CHANT CALABRE
Nous donnons sans commentaire et sans même dire combien nous les trouvons simples , touchans, admirables, ces vers de M. Lamartine destine's à la nouvelle édition de ses œuvres complètes , chez Charles Gosse lin qui les a achetées cent mille francs comptant. Nous n'avons pas besoin de dire que le morceausuivant, vers et prose, est tout entier sorti de la même main et du même cœur.
« Il y a un morceau de poésie nationale dans la Calabre, que j'ai entendu chanter souvent aux femmes d'Amalfî en revenant de la fontaine. Je l'ai traduit autrefois en vers, et ces vers me semblent s'appliquer si bien au sujet que je traite que je ne puis me refuser à les insérer ici. C'est une fnmme qui parle :
Quand, assise à douze ans à Pangle du verger Sous les citrons en fleurs ou les amandiers roses , Le souffle du printemps sortait de toutes choses , Et faisait sur mon cou mes boucles voltiger, Une voix me parlait si douce au fond de Tame , Qu'un frisson de plaisir en courait sur ma peau 5 Ce n'était pas le vent , la cloche , le pipeau , Ce n'était nulle voix d'enfant, d'homme ou de femme C'était vous ! c'était vous, ô mon ange gardien , C'était vous dont le cœur déjà parlait au mien!
Quand plus tard mon Gancé venait de me quitter. Après des soirs d'amour au pied du sycomorej Quand son dernier baiser retentissait encore Au cœur, qui sous sa main venait de palpiter, La même voix tintait long-temps dans mes oreilles, £t sortant de mon cœur m'entretenait tout bas . Ce n'était pas la voix ni le bruit de ses pas. Ni l'écho des amans qui chantaient sous les treilles, C'était vous ! c'était vous, ô mon ange gardien , C'était vous dont le cœur parlait encor au mien !
Quand jeune et déjà mère autour de mon foyer J'assemblais tous les biens quele ciel nous prodigue, Qu'à ma porto un figuier laissait bomber sa figue Aux mains de mes garçons qui le fesaient ployer , Une voix s'élevait de mon sein tendre et vague. Ce n'était pas le chant du coq ou de l'oiseau, Ni dessouffles d'enfans donnant dansleur berceau. Ni la voix des pêcheurs qui chantait sur la vague : C'était vous! c'était vous, ô mon ange gardien. C'était vous dont le cœur chantait avec le mien î
Maintenant je suis seule et vieille à cheveux blancs , Et le long des buissons abrités par la bise , Chauffant ma main ridée au foyer que j'attise Je garde les chevreaux et les petits enfans ; Cependant dans mon sein la voix intérieure M'entretient, me console et me chante toujours : Ce n'est plus Cette voix du matin de mes jours. Ni l'amoureuse voix de celui que je pleure^ Mais c'est vous, oui c'est vous, ô mon ange gardien , Vous dont le cœur me reste et pleure avec le mien.
« Ce que ces femmes de Calabre disaient ainsi de leur ange gardien, l'humanité peutîe dire de la poésie. C'est aussi cette voix intérieure qui lui parle à tous les âges qui aime , chante, prie ou pleure avec elle à toutes les phases de son pèlerinage séculaire ici-bas. »
NOUVELLE PREUVE QUE LA JEUNE FRANCE REUNIT TOUTES LES SYMPATHIES NATIONALES.
^ M. Ze directeur et MM. les membres de la société de la Jeune France. Messieurs , J'ai reçu la médaille que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser ; je ne saurais vous exprimer combien j'ai été flatté d'y lire à côté de mon nom le titre de protecteur de votre association.
Je sais à quels hommes éminens par leurs vertus et leurs talens vous avez accordé ce litre, et je suis d'autant plus fier de l'obtenir après eux. Vous avez conçu, Messieurs, une grande entreprise au milieu d'une société matéria-
liste et en face d'un gouvernement qui Test plus encore ; vous avez relevé le drapeau du spritualisme chrétien.
Même parmi ceux qui ne seraient pas avec vous en communion absolue d'orthodoxie', vous devez rencontrer les sympathies les plus vives.
L'élite de la jeunesse française abjure de plus en plus les traditions du siècle dernier : elle a cessé de partager les ig^norances et les déloyautés historiques à l'aide desquelles l'école de Voltaire calomniait une religion qui aéré la civilisation du monde moderne.
Vous avez raison de penser que la fécondité de l'ancien culte de nos pères n'est pas épuisée par ses bienfaits dans le passé , et que seul il peut déterminer les progrès de la société dans l'avenir.
A cet égard , Messieurs , votre foi est ma foi , et je puis faire cette profession sans me contredire j car la philosophie à laquelle je suis dévoué est celle que Hegel a définie : Le Christianisme ayant conscience de lui-même.
Veuillez donc me compter a toujoubs au nombre de vos admirateurs et de vos amis les plus sincères.
Agréez, Messieurs, l'assurance de ma plus haute considération ,
Eugène Janvier.