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CONSEIL DE DOCTRINES RELIGIEUSES

Le but fondamental de la Jeune France étant le christianisme, nous nous trouvons souvent amenés à aborder des questions qui intéressent les dogmes du catholicisme si profondément lié à tout l'ordre social; on ne doit rien hasarder sur ce qui touche aux graves intérêts de la religion, sans recourir aux lumières des hommes instruits et qui ont l'autorité de la doctrine. Nous avons supplié Monseigneur l'Archevêque de Paris de vouloir bien établir au milieu de nous un conseil de doctrines religieuses pour être assurés de ne rien publier qui ne soit orthodoxe. Sa Grandeur a eu la bonté d'accueillir favorablement notre demande ; une aussi haute protection est poumons un nouvel encouragement et un nouveau titre à la confiance de nos lecteurs.

— Tous les littérateurs du premier ordre , de Paris et des provinces se sont engagés à coopérera la rédaction.

Les artistes les plus célèbres de l'école française nous ont promis leur concours , et déjà MM. Paul Delaroche et Ingres ont concédé à l'Écho de la jeune France le droit de publier les deux merveilles de l'exposition de i834, Jeanne Gray et le martyr de saint Symphorien j nous nous sommes assurés du concours de MM. H. Dupont , Caron , Delestre, graveurs au burin , Thompson et Lacoste , graveurs sur bois ; Grèvedon , Léon Noël , De Roy, Courtin etChapuy^ lithographes.

L'auteur des ruines a été nommé rédacteur en chef; M. Forfelier est chargé spécialement de la direction.

L'Écho de la Jeune France est donc destiné à occuper le premier rang parmi les journaux littéraires même sur ceux qui coûtent 80 francs par an.

— La médaille de la Jeune France a été frappée en argent; il nous en est déjà arrivé dix pour MM. les correspondans qui ont réuni cinquante souscriptions.

— La publication de l'Écho de la Jeune France, n'étant pas le résultat d'une association commerciale fondée dans un esprit de spéculation^ MM. les souscripteurs doiventle considérer comme leur Journal et s'intéresser à son succès comme au succès de leur propre chose.

— La nouvelle loi sur les associations n'atteindra pas la Société de la Jeune France^ qui est toute morale , littéraire et scientifique ) ainsi , nous resterons comme par le passé, unis de cœur et d'action. Nous saisissons cette occasion pour rappeler que nous sommes unis pour la défense de la religion et de la morale ^ la destruction des monopoles y la propagation des Connaissances uniuerselles , et pour travailler à assurer le bien-être de tous.

— Le journal paraîtra deux fois par mois sans augmentation de prix pour tous les souscripteurs, lorsqu'ils auront atteint le chiffre de 12,000^ — nombre nécessaire pour ne pas être en perte.

Paris, ^ avril 1834. Jules Forfelier.

LA JEUNK FRANCE. 3"*

5ooo de nos souscripteurs en renouvelant leurs abonnemens, nous ont annoncé « qu'approuvant l'entreprise éminemment nationale DK la JEU^E » FRANCE , dans SON BUT ET DANS SES MOYENS, ILS s'eNG AGENT POUR LE PRESENT » ET POUR l'avenir A PAYER LEUR COTISATION ANNUELLE A l'ÉCHO DE LA JEUNE » FRANCE qu'ils SOUTIENDRONT PAR TOUS LES MOYENS QUI SONT EN LEUR POUVOIR.

Notre beau portrait jjravé au burin sur acier , pour lequel nous avons payé 1200 fr., ne pourra cire joint a rédition de 6 fr. que le mois prochain, attendu la lenteur du tirafrp. — CVst un peiit chefd'œuvre.

BEAUX-ARTS : 2^ anicle.

Peinture. — La Visite du Curé. -— Un dernier mot sur Jane Gray. — Un Corj)Sde-garde arabe. — St-Symphorien. — La mort du Poussin.

Comment voulez-vous que l'attention publique soit aux artistes quand la ville appar tient à l'émeute? Tout ce qui est art et poésie dans le mande a besoin , pour vivre, dr repos et de calme; ces charmantes superfluites de la vie perdent tout leur intc'rêl quand la vie de chaque jour est trouble'e par des misères sans cesse renaissantes. Que voulez-vous? Quel homme de cœur oserait s'occuper de tableaux, pendant qu'on renverse des villes entières à coups de canon y et quel est le marbre assez empreint de douleur et de ge'nie poui arracher nos regards de ces places publiques remplies de cadavres? La grève et les rues désolées et les maisons en ruines et les églises détruites et les villes fumantes, voilà le5 tristes expositions auxquelles se presse la foule. Le musée est désert, mais en revanche la morgue est pleine, le fleuve charie les morts; on abandonne Jane Gray en peinture pour entendre des récits pleins de douleur, pour voir passer de véritables cercueils oii sont cou chés des enfans, des jeunes filles, des hommes de vingt-huit ans que leurs fiancées attendaient et que la mort a saisis tout palpitans d'amour I Si donc nous n'avions pas, nous ausji, une tâche à remplir à propos du salon de i834, si c'était là seulement une dissertation d'artistes, un jugement de tableaux, à Dieu ne plaise que nous A'oulions l'entreprendre, ni vous ni nous, nous n'avons assez ^e sang-froid.

Toutefois, il faut que vous retourniez au salon ne fût-ce qu'une heure. Entrez, passez rapidement dans la première salle, elle est remplie de mauvais portraits et l'on n'v distingue qu'un joli tableau de genre, la Visite du curé. La physionomie du curé de campagne est pleine de bonté et de douceur, il est mollement assis sur un petit cheval, er toute la ferme vient au-devant de lui, femmes, enfans, et le vieillard lui-même : c'est une charmante composition pour laquelle je donnerais tout le premier salon.

Dans le grand salon saluez encore une fois la Jane Gray, regardez si vous l'osez ce bourreau tant soit peu dameret, cette hache qui reluit dans l'ombre, cette paille qui , tout à l'heure va être ensanglantée, et tout en assistant à cette leçon donnée aux rois usur pâleurs , regrettez avec nous que dans ce moment suprême d'une femme qui va -mourir . le peintre n'ait pas mis un prêtre avec elle, et qu'elle soit uniquement occupée à chercher le bloc sur lequel elle va poser sa belle tête. Le peintre a oublie pour elle les dernières idées que la victime doit avoir!

Tout à côté de Jane Gray, remarquez un charmant tableau d'un de nos plus grands coloristes, Decamps. Son tableau représente un corps-de-garde arabe. Quelles figures! quelles draperies I Admirez cette espèce de vagabond à demi nu , tout crépu, tout velu , tout en guenilles, qui pince mélancoliquement de la guitare. Et quel ciel! et quelle chaleur, et quel éclat! Ce Decamps est un homme admirable; aussi n'a-t-il pas reçu un seul encouragement du pouvoir, ce qui est très-heureux pour lui , car le public lui est venu>/ et le public s'arrache ses tableaux au poids de l'or.

Du tableau de Decamps, et en faisant un demi tour, vous vous trouvez en présence d'un joli petit tableau d'Alfred Johannot, cela est très-léger, très-fin. très-spirituel : ce n'est FRANCE, f> MAT l83/i. NUMÉRO '} . 1^ ANNÉE. 3

peut-être pas tout-à-fait de la peinture. Mnis à coup sûr il n'y a pas une vignette anglaise qui soit d'un fini plus admirable et d'une composition plus parfaite.

Maintenant levez les yeuxl voici le saint Srmphorien de M. Ingres : la tête du saint

est belle et inspirée. Le voyez-vous, il marche à la morti — à la gloire!

Tout au bout du même salon, dans le coin à droite, approchez- vous et admirez. Vous êtes en présence du tableau de Granet , la Mort du Poussin. Le grand peintre qui a compris Virgile et qui l'a traduit avec tant de charmes sur la toile, est en effet étendu sur un lit de mort. Auprès de lui, envoyé par le pape, se tient un cardinal de l'église romaine, à son chevet est suspendu son tableau et in Arcadia ego. Dans le fond de l'appartement, les sœurs de charité qui l'ont veillé jusqu'à présent ;, se sont laissées tomber sur un fauteuil. A leur abattement et à la fatigue, plus encore qu'à la figure du mourant, on voit que le grand peintre est perdu. L'ensemble de ce tableau est plein de grâce et d'esprit. Il est impossible de tirer un parti meilleur d'une scène si souvent faite, un homme qui meurt. On ne saurait trop louer l'éclat, la couleur et l'harmonie de ce tableau. C'est sans contredit le chef d'œuvre de M. Granet.

Je vous aiTeteiais bien encore dans ce salon, vis-à-vis le tableau de M. Roqucplan , mais ce tableau est trop grand et l'effet en est manqué. Regardez le saint Georges de M. Ziegler. Ce saint Georges a trop l'air d'un petit enfant qui joue au soldat. Cependant la cuirasse du saint est fort éclatante et fort belle. Passons donc, tout de suite, dans la galerie. Là vous vous retrouvez plus que jamais dans cette foule insipide de portraits qui res'iemblent à ces portraits tout faits comme dit le Jean-Jean de Charlet. — Je viens chercher mon portrait tout fait. Beaucoup de ces portraits ont la croix d'honneur, et même il faut dire que c'est le grand nombre. En ceci je suis fort de l'avis d'un journal ministériel , qui prétendait l'autre jour que jamais les beaux-arts n'avaient été plus encouragés. Qui peut dire en effet combien de portraits n'ont été commandés au peintre que pai'ce que les porteurs de ces physionomies étaient bien aises de faire faire le portrait de leurs croix d'honneur j sauf à faire peindre leur figure par-dessus le marché; en ce sens là, plus un gouvernement donne de croix d'honneur, plus il protège les beauxarts.

Cependant, au milieu de cette foule de portraits, ily a des tableaux à distinguer, mais il y eu a fort peu, et de si médiocres qu'ils ne valent pas une mention. Nous sommes convenus que tout cela n'est pas de l'art, c'est à peu près de la peinture, si vous voulez, mais ce n'est rien de plus; et le moyen de s'occuper de ces misères I

Sculpture. — Dantan. — Mojne. — Barye. — Chenavard. — Basio.

Que si de celte exposition, ou plutôt de cet étalage de peinture, vous descendez dans l'espèce de cave humide où la statuaire est reléguée^ vous trouverez encore moins de quoi vous satisfaire. La statuaire fut de tout temps la passion des nations opulentes et des gouvernemens somptueux. Il n'appartient qu'aux masses de payer et de commander des statues; l'antiquité grecque et romaine firent une grande profusion de statues. Les dieux, les héros et les grands hommes furent plus célèbres encore par le marbre des grands artistes que par les vers des grands poètes. Les rois de France n'ont pas manqué à cette royale passion de la statuaire; François I'''' avait donné un palais au grand -maître Bcnvenuto Cellini; l'empereur Na|H>léon , qui avait tous les instincts de la royauté, ne fit pas faute au marbre des états, et le jour oii il prit Rome il prit aussi l'Apollon du Belvédère. C'est surtout à la statuaire que la révolution de juillet a porté les plus grands coups. A la rigueur les particuliers suffisent à encourager la peinture; cette année encore les beaux tableaux de l'exposition ont été achètes par des particuliers. La Jane Graj y la Mort du Poussin, les deux tableaux de Decamps, le joli tableau de Roqueplan, V Antiquaire pas-

seront du musée dans les salons de quelques gens de goût. Il n'en est pas ainsi de la statuaire , outre qu'à rae'rite e'gal une statue coûte trois fois plus cber qu'un tableau , il faut encore à une statue un emplacement que les maisons bourgeoises n'ont pas toujours. La statuaire est tout le fait du gouvernement ; or, le gouvernement de juillet ne s'en occupe guère. Nos jeunes artistes, ceux qui donnaient les plus belles espérances, ont cte abandon ne's à eux-mêmes. Il yen avait un qui s'appelle Dantan. Celait un jeune homme inge'nieux et fort habile , il aurait compose' des fresques charmantes si on lui en avait confie, il a e'tc' réduit à composer des caricatures, il a fait des charges, il a décomposé toutes les figures qui sont tombées sous son regard , il a eu tous les succès du monde dans ce genre misérable, il s'est perdu. Il y avait un jeune homme qui a nom Antoni Moyne, artiste plein de passion et d'avenir, éperduemcnt amoureux du moyen âge , et qui en avait merveilleusement compris le sens religieux, on n'a pas su faire autre chose pour Antoni Moyne que de lui donner à faire un buste de la reine des Français. Il y en avait un autre, qui est un grand artiste, et qui s'appelait Barye. Baiye a fait sortir de la terre des monstres admirables, des tigres qui dévorent, des lions qui hurlent, des chevaux qui galopent; de petits ours charmans qui jouent et qui prennent le bain, c'était admirable: on avait peur rien qu'à les voir; on a donné à Barye un service en argenterie à composer. Il y en avait un autre qui s'appelait Chenavard.Ghenavardest un fort habile architecte. C'est lui sans contredit qui entend le mieux l'ornement proprement dit : On a fait appeler Ghenavard,on lui a commandé un plan pour la restauration du théâtre français; voilà Chenavard qui se met à l'œuvre : Il fait les plans; on les loue; on l'encourage; et le lendemain on donne, ou plutôt on livre le Théâtre-Français a, l'architecte Fontaine, qui a badigeonné le théâtre comme ferait un maçon.Ghenavard en a été pour ses projets. D'après cela vous pouvez juger en lecture, sans descendre dans la cave où sont exposées les statues. Vous n'y verriez que de mauvais plâtres, des bustes sans forme , des archanges sur des rochers, des statues en pied de quelques pouces de hauteur, deux vulgaires bas-reliefs, un groupe raisonnablement agréable de M. Pradier, et rien de plus.

Je ne vous parle pas de l'architecture; l'architecture est le grand art par excellence ; l'art des Athéniens, de Périclès, et l'art des Romains , l'art de Médicis , et l^art de Louis XIV. C'est à peine si quelques modestes plans de monumens imaginaires ont étéappendus aux murailles du Musée; personne ne les regarde parce que personne n'y ajoute foi , pas même les malheureux qui les ont faits. Venons maintenant au plus grand scandale qui soit jamais arrivé à aucune exposition du Louvre dans les temps les plus despotiques et les plus difficiles. Moins la chose est croyable et plus vous devez y croire.

Il s'agit de M. le baron Bosio, du premier sculpteur de notre temps, d'un homme qui a fondé , qui a apporté en France l'art de la statuaire , qui a balancé la réputation de Canova en Europe, et qui aurait vaincu Canova lui même, si au lieu de venir en France, cette terre de révolutions, il eût cultivé son art en Italie, cette admirable patrie des arts, où se rassemblent tous ceux qui les aiment, emportant, quand ils partent, statues et tableaux qu'ils ont achetés au poids de l'or, et aussi fiers que s'ils étaient leur conquête. M. Bosio est venu bien jeune en France. Napoléon venait de se faire empereur et les sœurs de l'empereur étaient devenues des reines; à toutes ces grandeurs subites, rien ne manquait, ni l'or, ni les soldats, ni les respects des peuples, ni l'enivrement des grandeurs, ni les vers des poètes, ni les tableaux des peintres, ni les flatteries de tout genre; une seule chose leur manquait, la statuaire. Elle n'existait pas à Paris, c'est M. Bosio qui Ta donnée à Paris. C'est en vain qu'on avait essayé plusieurs fois le buste de l'empereur et de l'impératrice; les bustes étaient sortis si guindés et si raides, si grecs, si romains et si peu français que le tact exquis de Napoléon et la grâce tant soit peu coquette de Joséphine , s'indignèrent de ces charges grotesques. Heureusement le jeune artiste italien inconnu et pauvre se présente. On l'admet devant l'empereur, il fait le buste de l'empereur, et pour la première fois le héros se trouve ressemblant. Il fait le buste de l'impératrice, et pour

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la première fois l'imperalrice sourit à son image en marbre. Bientôt après il exposa son merveilleux petit amour, et toute la ville d'accourir et de rester e'mue et transportée devant ce chef-d'œuvre nouveau, tout neuf, qui n'appartenait à aucune école, qui n'appaitcnait ni à la Grèce ni à l'Italie, mais bien à la n3t..rc. De ce jour, M. Bosio fut proclamé et lecoonu pour le premier maître de la Franco. Les élèves lui arrivèrent de toutes parts, l'ancienne école française, humiliée et vaincue rongea son frein en silence. Tout le grand siècle impérial, hommes et femmes, vint par-devant le maître, implorant un marbre de sa main. I/empire passa; revint la maison de Bourbon, rapportant avec elle tous les vieux souvenirs des beaux-arts et la noble passion des fds de Louis XIV. Louis X^ III, celle iiitellii^f'ncecoiuTonnée, accueillit le grand-maître comme elle reçut toutes les supériorités delà France. Et comme ce fut alors une grande époque de paix intérieure tt de travaux de tout genre, M. B>sio n'eut qu'à clioisir parmi tous les monumens dont on décora la ville. C'esi lui qui a fait Louis XïV à cheval, ce cheral qui se cabre et ce roi si calme- c'est lui qui a placé sur l'arc de triomphe du Carroussel ces admirables chevaux de bronze qu'on dirait dérobés à Venise par la victoire; c'est lui qui a fait l'Aristée et l'Hercule et le petit Henri IV et la nymphe d'Almasis et le charmant Hyacinthe du Luxembourg, et quoi encore? Enfin le roi Charles X, voulant que le grand artiste terminât dignement cette longue suite de chefs-d'œuvre , lui commanda un Louis X\ I en marbre qui était destiné à la chapelle expiatoire.

APOTHÉOSE DE LOUIS XVI

Jamais depuis que le marbre obéit au génie de Ihomme, docile et souple comme la cire, un sujet plus grand et plus beau n'avait été proposé au génie de la statuaire. Louis XVI sur l'échafaud î Le roi martyr dont la mort fut le dernier effort et le dernier crime du dix-huitième siècle, et ouvrit une route nouvelle et inconnue à notre destinée de nation. Louis XVI, dont la mémoire serait indestructible chez nous, comme époque, si elle ne l'était pas comme crime. Louis, le saint roi qui est mort en pardonnant à ses bourreaux I Mais aussi, si c'était là un grand et noble sujet, quelle difficulté il présentait, un échafaud, une tête coupée, un roi sous la hache, le bourreau et les mille autres détails que M. Delarochc lui-même a recherchés avec tant de minutieuse prévenance dans son tableau de Jane Grav, et dont s'accommodait s.i bien la poétique sanglante et les habitudes ignobles de notre époque. M. Bosio n'a été arrêté par aucune de ces difficultés qui , pour tout autre , auraient été insurmontables. Vous croyez qu'il va reculer devant l'échafaud î Oh non pasi l'échafaud sera là, l'échafaud est le seul théâtre où puisse se passer cette grande scène. Le voici, vous en voyez les marches! Comptez- les... Mais en même temps qu'il se ra;>pclait le sanglant thcàtre sur lequel était placé ion héros, l'artiste se rappelait quel était le héros. Un roi assassiné sur la terre, mais aussi un martyr dans le ciel, un homme frappé par le bourreau, m as une âme emportée vers le ciel. Si le tambour de Santerre a battu au pied de cet échafaud , la voix du confesseur sur ce même échafaud a parlé plus haut que les tambours de Santerre : — Fils de sai>t Louis montez au cielÎ Aussi l'artiste a vu cette grande catastrophe sous son double côté, le côté historique et le coté poéliquc; il a été à la fois historien et poète; les marches de l'échafaud, voilà pour l'histoire; l'ange qui descend derrière le roi et qui lui montre le ciel, voilà pour la poésie. Cet ange est eu effet un être venu d'en haut. C'est à peine si du pied il touche la terre. Ses ailes sont tlcndues, le roi vient de mourir, mais à la voix de 1 ange , la vie immortelle revient sur ce visage royal ; encore un instant, ange et roi, tous les deux ils auront quitté la terre pour retourner auprès de saint Louis.

L'effet de cette composition est si graiid , si touchant et si noble qu'il ne baurait se décrire. H y a djus les deux personnages, l'ange tt le roi , tant de conviction , tanl de pitié ixïur la terre , tant de p.irdou poui les hommes, tint de foi chrétienne; ils se comprennent si bien, celui qui descend de là haut et celui qui va y mouler! On oubi c si bien l'écha-

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faud à l'aspect de ce ciel ouvert , le bourreau tout sanglant à l'aspect de C( l an^e aux ailes étendues que jamais , non jamais la puissance de l'art ne s'est plus fort manifestée. M. Bosio a travaillé dix ans à ce chef-d'œuvre <t y a mis tout ce qu'il avait d'austère mélancolie et de ^énie* il en a fait une œuvre à part dans les œuvres des hommes, il s'est dit quand il l'a fait : « Je construis mon oraison funèbre , je grave mon dernier pas sur la terre, je place ma mémoire sous une ombre éternelle, j'inscris un nom au-dessous du plus malheureux nom des temps modernes, quand j'aurai achevé mon œuvre, je puis mourir! O sublime et naïve vanité de l'artiste! o imprévoyance du génie! ce grand artiste n'avait oublié qu'une chose dans ce vaste calcul oii il résumait toutes ses espérances, où il enfermait à la fois le présent, le passé »t l'avenir de son génie; il n'avait oublié qu'une chose, une révolution : celte révolution est venue; elle a brisé ce qu'elle a pu briser, elle a renversé un trône , elle a chassé une dynastie , elle a couvert la France de guerres civiles , elle a tout fait , tout osé ; mais ce que personne ne pourrait croire , c'est qu'elle a proscrit de nouveau Louis XVI, le roi martyr, oui proscrit, chassé du Louvre. Il a été défendu à M. Bosio d'envoyer son groupe à l'exposition de cette année. Cette image a fait peur, ce marbre a glacé d'effroi : l'artiste a reçu l'ordre de cacher dans son atelier cette immcui^e production de son génie. Voilà pour ce qui regarde le groupe de marbre. Quand au monument expiatoire, il a reçu une destination nouvelle. C'est une triste proscription, la proscription qui poursuit des morts dans la tombe! Couper la tête à un homme vivant c'est horrible , couper la tête à une statue , c'est ignoble. Pour être un simple bourreau , il faut encore un certain courage , mais pour être le bourreau d'une statue, il faut être un lâche.

Effacer Louis XVI de l'histoire! mais commencez donc par effacer une seule ligne de son testament ! Ces gens-là ont même aboli le 21 janvier. Ils ne savent donc pas que la statue équestre de Charles V^ se voit encore à W'^itehall !

Quelques personnes s'en vont tristement et comme on se rend en pèlerinage dins la coiir de l'Institut : Là, on leur indique l'atelier de M. Bosio et elles voient Louis XVI tout chargé de poussière, monument qui devait être impérissable et que rien ne défend plus , monument proscrit sans jugement, tué dans l'ombre et sans appel.

Nous autres qui comprenons notre mission, nous qui sommes dévoués corps et ame à Il prospérité des arts comme à toutes les nobles infortunes, nous qui ne voulons laisser passer aucune proscription sans venir au secours des proscrits, nous avons un projet pour cette admirable statue proscrite. Si tout asile digne d'elle lui est refusé, nous lui donnerons un asile dans nos maisons, à la place la plus honorable; si les murs du Louvre lui sont fermés, nous ferons en sorte que tous puissent le voir et l'admirer; si le gouvernement n'en veut pas, le peuple en veut, le peuple l'aura; au souvenir de Louis XVI quelles âmes resteraient sans émotions, quelles paupières ne resteraient humides? Voici donc ce que nous avons résolu :

Dans l'attente ou plutôt dans la crainte de tout événement, nous ne voulons pis abandonner au hasard et aux craintes pusillanimes des partis la destinée de Louis X\ L,

Nous avons donc demandé à M. Bosio !a permission de faire graver son Louis X\ l. M. Bosio, qui a applaudi à notre projet, s'est empressé de combler nos vœux', et nonseulement il nous a accordé la permission que nous lui avons demandée, mais il veut luimême diriger les travaux de gravure. Celte gravure sera confiée au plus habile de nos artistes, à un homme qui a fait ses preuves et qui regardera ce jour-là comme ayant reçu ses lettres de noblesse. Elle sera gravée sur acier et tirée à un nombre immense d'exemplaires, afin qu'elle soit partout répandue, et que chaque musée de famille s'ouvre pour elle à défaut du Musée royal. Nul doute que toute la France, la France passée et la France présente, la génération que le sang de Louis XVI a couverte d'une tache ineffaçable, et la génération qui en est innocente, les étrangers eux-mêmes qui ont eu si peur de cette grande mort et qui en ont été agités pendant quarante années , nul doute que

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l'Europe entière ne vienne à nous, et n'applaudisse à cette idée que nous croyons utile et grande à la fois.

Si donc nos vœux sont entendus, si nos efforts sont compris, si rien ne s'oppose à l'accomplissement de ce grand projet; il y aura dans le monde avant qu'il soit six mois autant de gravures d'après le monument de M. Bosio, que d'exemplaires du Testament du roi martyr.

En conséquence, une souscription est ouveite dès ce jour dans les bureaux de la Jeune France , de la Gazette , de la Quotidienne , de la Mode , du journal des villes et des campagnes, de toutes les Gazettes de province, et chez tous les membres correspondans et libraires de la Jeune France , et des marrban4s d'estampes de France et de l'étranger, pour la gravure sur acier du groupe de M. Bosio, aux conditions suivantes :

La gravure aura 2 pieds de hauteur sur 18 pouces de largeur.

Il sera tiré cent épreuves avant la lettre papier grand cavalier, signées par M. Bosio aux prix suirans :

Savoir : Pour les 5o premiers souscripteurs. ... -20 fr.

Pour les 5o suivans 3o fr.

Les autres épreuves tirées avec la lettre. . . 8 fr.

Les souscripteurs paieront moitié comptant, et le surplus le jour de la livraison.

Chaque souscription aura son numéro d'ordre.

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