‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 23 sur 120 · L.\ JF.UNE FRA.NCt:. 'y · texte numérisé non relu

L.\ JF.UNE FRA.NCt:. 'y

Et si l'un et l'autre nous mourons avant qu'ils soient en ûjw de pourvo»r eux-roème» » leurs ncccs- «ités, ils auront pour père le Père qui est dans les ceux î

Ainsi le voilà qui, après avoir arrache l'espérance du cœur deriiomme, lui remet Tesperance au cœur. De l' espérance à la prière, il n'y a qu'un pas. Le désespoir n'est un crime que parce qu'il arrête la prière sur les lèvres du misérable. Donc , après avoir dit à l'homme — Espère encore: M. de La Wennais lui dit: — Prie encore. Nous allons trouver cette fois le seul vrai Croyant que nous connaissions dans le monde. — Le Chrétien.

La prière rend rafniction moins douloureuse et la joie plus pure.EUe mêle a l'ame je ne sais quoi do fortifiant et de doux et lui donne un parfum c<^leste.

Vous êtes un voyageur qui cherche sa patrie , ne marchez point la tcte baissée^ il faul lever le» yeux pour reconnaître la route.

Votre patrie c'est le ciel , et quand vous reprardez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien ? est-ce que nul désir ne vous presse ou ce de'sir est-il muet;

Mais ici s'arrête cet clan du cœur. Au milieu de son extase religieuse, l'homme s'arrête tout d'un coup, le politique revient. Tout à l'heure il était dans la fui , à présent le voilà dans le doute j tout à l'heure il ét.it à genoux, à présent le voilà qui se icvoilc; à la fois ange et démon ; à la fois humble de cœur et révolté en esprit ; à la fois chrétien et révolutionnaire; en même temps à la droite de J.-G. et à la droite de Samt-Just; comparez à cet élan de prière^ cet élan de résistance ;

Quand on vous dira de ceux qui possèdent sur la terre une grande puissance , voila vos maîtres ! ne le croyez point ; s'ils sont justes , ce sont vos serviieurs ; s'ils sont vos éjaux , ce sont vos tyrans.

Tous naissent égaux 5 nul en venant au monde n'apporte le droit de commander.

J'ai vu dans un berceau un enfant criant et bavant , et auprès de lui étaient des vieillards qui lui disaient. Seigneur ! et qui s'agenouillant l'adoraient. Et j'ai compris la misère de l'homme.

Arrrêtons nous ici; quoi donc, I\ï. de La Mencais ne voit-il pas qu'il brise d'un seul mot le passé, le présent et l'avenir des peuples I Ne voit-il pas qu'en renversant ainsi l'autorité^ celle force sur laquelle est posé le repos du monde, il rejette le monde dans im chaos moral plus redoutable mille fois que le chaos matériel? C'est lui, c'est le prêtre chrétien, c'est le descendant des disciples de J.-C. qui, pour ne pas résister à leur maître, se sont abandonnés aux plus cruels supplices, aux plus horribles tortures, c'est lui qui vient prêcher la résistance aux pouvoirs de la terre, c'est lui qui établit celte doctrine que la volonté des peuples est plus que la volonté des rois. — Et qui a fait les rois. Sinon les peuples? qui a établi la force, sinon le peuple qui s'en est démis comme d'un instrument nuisible? Naguère encore, quand l'Europe était brisée par l'épée de Napoléon, qui l'a sauvée , dites-nous, si ce n'est ce principe .^auveur et conjervateur de la légitimité obscurci un instant, mais qui doit briller encore d'un éclat immortel? Ohl que c'est là être plongé dans une triste erreur, de venir prêcher la révolte aux nations I Ohl que c'est là un triste moyen pour donner aux peuples le repos qui leur manque , de venir autour du berceau royal et là de compter les vagissemens de l'enfant qui vient de naître et de se moquer du respect que lui portent les vieillards.

Mais vous avez donc oublié, M. do La Mennais, que c'est par un enfant au berceau et par les adorations des vieillards qui l'appelaient Seigneur! que le christianisme a été révélé au monde qu'il devait sauver î Mais vous l'avez donc perdue dans le ciel cette brillante étoile qui conduisait les mages de l'Orient jusqu'à la crèche de l'enfant de Bethléem

Hélas! M. de La Mennais , quand il a écrit ce passage, ne s'est pas même souvenu du petit enfant royal qu'il a vu passer, vaincu et fugitif dans le royaume de ses pères, pour retourner dans celte terre d'exil, d'où le besoin de la nation les avait déjà rappelés à deux fois!

Apres avoir ainsi renié de toute sa force l'ancienne France, M. de La Mennais n épargnepas la société moderne; d'un coup de pied il a renverse les trônes et les. sceptres légitimes , d'un trait de plume il va cffHCcr les lois et les chartes :

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Ne vous laissez pas tromper par de vaines paroles. Plusieurs chcrchcroni à vous persuader que vous êtes vraiment libres, parce qu'ils auront é<Tit sur une feuille de papier le mot de liberté et l'auront arficlic à tous les carrefours.

Pour Tcpoque présente, rien d'aussi juste, et nous devons avouer que nous admettrions dans la plupart de ses conséquences cet admirable chapitre, si, au lieu d'être placé là , pour faire le pendant des monarchies brisées, il arrivait comme la triste conséquence de ces ruines amoncelées par les révolutions. Prenez ce chapitre isolément, et voyez avec quel dédain Poraleur y traite notre sociéié depuis juillet; «t vous ne pourrez vous empêcher de dire : — Il a raison , le grand politique.

La liherié n'est pas un placard qu"'on lit au coin des rues. L'oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs. Il joint le mensonge a la tyrannie et a l'injustice la profanation, car le nom de liberté est saint.

Gardez vous donc de ceux qui disent : liberté! liberté! et qui la détruisent par leurs œuvres! Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous rjouvcrnent, qui vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela, qui imposent vos biens , voire industrie et votre travail ? Et si ce n'est pas vous , comment êtes- vous libres?

Pouvcz-vous disposer de vos enfans comme vous l'entendez, confier à qii vous plaît le soin de le» instruire et de former leurs mœurs ? Et si vous ne le pouvez pas , comment cics-vous libres ?

Les oiseaux du ciel et les insectes même s'assemblent en commun pour faire en commun ce qu'aucun d'eux ne pourrait faire seul. Pouvez-vous vous assembler pour traiter ensemble de vos intérêts, pour défendre vos droits, pour obtenir quelques soulagemens k vos maux? Et si vous ne le pouvez pas, comment clcs-vous libres ?

Pouvcz-vcns aller d'un lieu a un autre si on ne vous le permet ; user «les fruits de la terre et de» productions de votic travail, tremper votre doigt dans Tcau de la mer, et en lai.*ser tomber unep;ouiie dans le pauvre vase de terre où cuisent vos alimens , sans vous exposer à payer l'amende et a être traîné en prison ? Et si vous ne le pouvez pas , comment ctes-vous libres ?

Quelle éloquente et admirable satire de la liberté, telle que l'ont faite les révolutions! quelle amère et sublime ironie! Connaissez-vous, dans la langue française, un dédain mieux senti pour les lois de fisc qui vous privent du droit de tremper votre doigt dans la mer? Oui, cela est admirable! oui, ce chapitre isolé des autres chapitres est d'une vérité effrayante! oui, c'est bien là le tableau véritable de notre constitution depuis juillet. — Ni le droit d'élever les enfans, — ni le droit de régler les impots, — ni le droit d'association, — ni le droit de remercier le ciel, — ni le droit de dormir sous son toit sans que la police ait le droit d'enfoncer la porte au milieu de votre sommeil. — Mais comment M. de La Menna'S n'a-t-il pas vu que la liberté des chartes, la liberté affichée au coin des rues, la liberté moderne, était tout-à-fait la conséquence des révolutions qui ont perdu la France, que c'était là une liberté entièrement opposée à cette sainte et honorable liberté des monarchies que les révolutions ont brisée? Comment M. de La Mennais n'a-t-il pas vu que le principe royal qu'il a brisé était le seul obstacle à celle libellé de chiffons de papier et de la tribune? Puisqii'il renverse les rois, pourquoi s'attaque-t-il aux chambres des rrprésentans? puisqu'il ne veut plus des anciennes couronnes, pourquoi ne veut-il pas de nouvelles chartes? Que veut-il? Et ne voit-il pas qu'en désespoir de toufe autre politique, il faut absolument souffrir celle-ci , — la constitution; la constitution est eu effet le dernier rempart qui nous défende de l'anarchie et de la mort ! Mais ce sont-là des objections bien futiles pour M. de La Mennais; c'est à peine s'il daigne un instant s'y arrêter. Il arrive tout de suite à Texplication que nous allions lui demander; il nous fait le programme de la liberté comme il l'entend. — Mais ce sont là des explications fantastiques : c'est là ime définition incomplète : M. de La Mennais serait bien en peine de l'établir, seulement pour une heure, celte liberté qu'il a rêvée. Il est trop occupé d'ailleurs à entendre le murmure confus des peuples ^ à entendre les Rois hurler sur leurs trônes , et à les voir rétenir à deux mains leurs couronnes emportées parles vents. On dirait à le voir lui-même ainsi occupé , qu'il est le génie de la tempête. Il siiÇnîÏÏfteskL débris et de ruines. Son œil satisfait contemple les puissans et les riches, /Im^eiu ^■^illons et demandant aux passons un peu de pain noir pour apaiser

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Irur faim En même temps le monde cesse. Hélas î il ne faut rien moins qu'un autre inonde à M. deLaMennais, et d'autres créatures et un autre soleil, pour adopter, pour comprendre , pour fctonder sa liberté : c'est uu monde qu'on ne peut trouver sur la terre, qu'il faut aller clierchcr dans le ciel.

C'est donc au chapitre XXIV de son livre que s'arrêtent les raisonnemens de M. de La Mennais. Vous l'avez vu prêchant le de'sordre moral, abolissant les rois, abolissant les constitutions, aussi ennemi du passe que du présent du monde; amoureux de je ne sais quelle liberté idéale que le monde ne peut comprendre, aller chercher tout à coup un autre monde pour celte liberté à établir ; — nous l'avons suivi jusqu'à présent dans tous les raisonnemens de sa misantropie et de son désespoir; à présent qu'il a élevé sa cité dans les nuages , à présent qu'il a placé sa liberté sur un beau piédestal de vapeurs fugitives, le voilà qui revient encore une fois à ces transports de beau idéal et de parfait amour qui sont d'admirables épisodes dans son livre. Admirables poèmes, élégies touchantes, passion, mélancolie, prière, amour, transports, idéal, tout est la.

Tantôt c'est une mère et sa fille qui, par une nuit d'hiver, quand le vent souffle au dehors et quand la neige blanchit les toits, se livrent au travail de leurs mains. Le froid et la faim les tourmentent, une lampe vacillante éclairait celte pauvre demeure, et un rayon de la lampe venait expirer sur une image de la vierge suspendue au mur.

Alors la vieille femme en cheveux blancs et la jeune fille parlent ensemble de leurs

misères; la jeune fille se plaint, et la mère la console. — Dieu est le maître, ma fille, ce

qu'il fait est bien fait I

La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la lête et quelques larmes qu'elle s'efforçait de cacher, tombèrent sur la toile qu'elle tenait entre ses mains.

La mère ajouta : Dieu a été bon pour nous. De quoi avons-nous manqué? tandis que d'autres manquent de tout?

Il vous a, ma fille, donnée à moi , de quoi me plaindrais-je?

A ces dernières paroles , la jeune fille tout émue tomba aux genoux de sa mère, prit ses maint, les baisa et se plongea sur son sein en pleurant !

A quelque temps de là, une ame sainte vit deux formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe d'anges les accompaonait et l'air retentissait de leurs chants d'allégresse !

Quel drame î jamais lord Byron , jamais Goethe , jamais Schiller, jamais les princes de la poésie romantique n'ont trouvé un petit drame plus mélancolique à la fois et plus naïf. Que de sainte résignation dans la piété de ces deux pauvres femmes I et coramenl M. de La Mennais peut-il accorder la résignation de ces femmes à la révolte qu'il prêchait tout à l'heure aux ouvriers ?

Et comme s'il avait peur de l'effet produit par la simple histoire de ces deux femmes qui échappent à leurs misères par la prière et par la mort, l'instant d'après il se met a faire l'éloge du peuple et à charger de mépris et de haines les Scribes et les Pharisiens. « Le cœur du Christ battait sur le cœur du peuple, et le cœur du peuple battait sur son cœur! »

Les autres chapitres pourraient s'intituler — de la Tolérance : « la persécution à deux tranchants, elle blesse à droite et elle blesse à gauche;» — de la Justice et de la Charité : — c'est un chapitre contre les mauvaises lois du monde. — Le chapitre suivant n'est que le corollaire et le complément des déclamations de l'auteur contre la servitude des peuples. — Le reste de l'ouvrage est une suite de méditations, de prières, de regrets, de reproches, de menaces, de consolations : cette pensée si mobile et si ingénieuse à se tourmenter ne se repose sur rien, ni sur la Bible ni sur l'Évangile, ni sur la loi des hommes, ni sur le passé, ni sur le présent, c'est à peine si elle se confie, parfois, à

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l'avenir I Arrive ensuite un admirable morceau; le sommeil du pauvre et le sommeil du riche. Vous avez déjà lu cela dans Horace :

Somnus ap,res»iuin

Lenis vii'oruin non iiuniilcs domos Fastidit. . .

Districtus ensis cui super impin Cervice pendet, non siculap dapcs Dulcem claborabant saporem , IVon aviam citharaeque cantus, Sotnnium reduccnt.

Ce sont tout-à-fait les mêmes images €t les mêmes pensées , mais combien le prêtre français est au-dessus du profane poète du temps d'Auguste I Le poète s'amuse à décrire des festins, à compter les mets, à vous dire le chant des oiseaux ; le prê're chrétien arrive qui se penche sur cet homme endormi, qui regarde jusqu'au phis profond de son cœur, et qui devine dans ses entrailles le secret de son sommeil; c'est une des plus belles pages qu'ail jamais écrites cet homme qui en a tant écrit , M. de La Mcnnais I

Je ne sais pas cependant si quelques âmes d'élite , et qui ont besoin d'émotions toutes fraîches écloses, ne préféreront pas à ce tableau la complainte de l'exilé : ceci est encore un des bonheurs du livre de M. de La Mennais; c'est qu'il n'a laissé échapper aucune occasion de lui donner toute la physionomie d'un livre pensé il y a long-temps , mais écrit d'hier. Ce livre reproduit dans son ensemble , non-seulement toutes les paraboles des peuples, non-seulement toutes les terreurs des rois , mais encore les plaintes et les terreurs des plus petites infortunes qui se glissent entre les grandes infortunes des têtes couronnées qui cherchent leurs couronnes et des nations libres qui demandent la liberté. Hélas î nous avons si fort appris par nous-mêmes et par les autres ce que c'est que l'exil I Toute l'ancienne France les a senties ces douleurs de l'exil que nul ne peut comprendre s'il ne les a senties! et aujourd'hui c'est à notre tour à les recevoir les exilés des autres nations qui ont reçu les nôtres. A l'heure qu'il est, des peuples entiers changés de place et jetés hors de leurs demeures errent tristement en Europe, réalisant toutes les tortures du Juif errant de la légende. Non^ non, à voir ce qui se passe, à se rappeler les révolutions d'autrefois , les tourmens d'Ahasvérus ne sont pas des tourmens imaginaires. Ce voyageur immortel que rien n'arrête, cet homme qui n'a que l'hotelleiie pour demeure , que le grand chemin pour domaine, que le mendiant pour famille, cet homme qui va çà-et-là sans savoir où il va, pour qui seul les sentiers battus n'ont pas d'issue , pour qui les mers n'ont pas de rivages, pour qui ce monde n'a pas de bornes , pour qui le ciel n'a pas d'horizon , cet homme infatigable toujours et sans cesse fatigué, ce pèlerin dont tout le monde sait le nom et que personne ne connaît, qu'on voit passer pour ne jamais le revoir, à qui on ne fait pas l'aumône parce que ce serait une aumône perdue, non , non ce n'est pas là une histoire faite à plaisir, cet homme c'est le premier exilé que vous trouvez à votre porte, exténué de fatigue , et mort de faim î

Pauvre exilé I disons comme M. de La Mennais î que Dieu garde lepauvra exilé.

11 y aussi la chanson guerrière. — Jeune soldat , où vas-tu"^ Qui est aussi belle que toutes les chansons de Béranger, c'est tout-à-fait le mouvemeot guerrier d'un hymne militaire; on se rappelle involontairement cet autre vers d'Horace : . . . Tyrieusquc marns aoimos in martia bella Vcrsibus cxacuitl...

L'orateur finit comme il a commencé par un appel au peuple :

« Croyez-vous que le bœuf qu'on nourrit "a l'clabic pour Fatteler au joug et qu'on engraisse pour I* w boucherie, soit plus à envier que le lauroau qui cherche libre sa nourriture dan» les forctô?

» — Croyez-vous que le clicval qu'on selle cl qu'on bride, et qui a toujours abondamment du foin » dans le râtelier, jouisse d'un sort préférable à celui de Pctalon qui, délivré de toute entrave, hennit » et bondit dans la plaine?

LA JKUNE FHAi-^CE. ^O

» — Croyez-vous que Thomme timide qui expire dans son lit, étouffé par l'air infect qui envi- » ronne la tyrannie, ait une mort plus désirable que Thomme ferme qui, sur Féchafaud, rend à Dien M sou âme libre comme il l'a reçue de lui ? »

Et par une conclusion digne de l'exorde il ajoute : — Le travail est partout et la souffrance est partout-, seulement il y a des travaux stériles et des souffrances fécondes , des souffrances infâmes et des souffrances glorieuses I »

Permettez-nous de ne plus tirer d'autres conclusions de ce livre , que les conclusions que nous en avons déjà tirées; nous vous avons donne' l'analyse très-exacte et très-complète de cette sombre méditation. Vous avez pu reconnaître comme nous , au milieu de tous ces accens divers , l'homme qui soufi're , l'homme qui se de'sespère , l'homme qui se révolte , mais aussi l'homme qui est fort, l'homme qui espère, l'homme qui se soumet. C'est un étrange et quelquefois un sublime pêle-mêle de tous les principes, de toutes les émotions , de toutes les passions. Il a fallu pour e'crire ce livre, un homme de génie, disposé à tout pousser à l'extrême , depuis les doctrines de la Convention , jusqu'aux doctrines de l'Evangile, depuis le style d'Isaïe, jusqu'au style de J.-J. Rousseau, depuis le Cantique des Cantiques jusqu'à la Déclaration des Droits de l'Homme. Sous ce point de vue , le livre de M. de La Mennais est un livre qui pourrait faire de grands ravages dans les âmes jeunes et sans expérience que les doctrines d'égalité séduisent toujours à coup sûr par quelque bouche qu'elles soient prêchées. Il est donc nécessaire de lire ce livre avec toutes sortes de précautions, précautions du coté de la foi, qui ne peut pas admettre cette révolte d'un esprit supérieur, qui doit être d'autant plus soumis à l'autorité, qu'il est plus élevé devant les hommes; précautions du coté de la société, qui ne peut guère entendre sans frémir un tel homme attaquer si violemment la propriété , la royauté et la constitution , c'est-àdire les trois gardiennes avancées du peu de civilisation qui nous reste. Les paroles de M. de La Mennais ainsi jetées par de jeunes esprits, sans commentaires et dans toute la verve brûlante de leurs raisonnemens, produiraient facilement l'effet de torches ardentes jetées sur des gerbes de blé î ce n'est donc qu'avec toutes sortes de précautions et de commentaires que nous nous sommes hasardés à parler des paroles d'un Croyant.

Mais une fois cette double difficulté vaincue (et nous avouons qu'elle est grande) , quel beau livre il vient d'écrire encore ce grand génie auquel nous devons V Essai sur Vindifférence. Quel style I et quelle passion I et quelle mélancolie profonde I et quelle charité I Comme il parle de la patrie et avec quels transports I Quels nobles accens pleins d'héroïsme î Comme Bossuet aurait été heureux et fier de le ramener dans les saintes et sévères doctrines de l'Eglise et de la politique, cet audacieux, infatigable et éloquent génie, qui a déjà donné tant de sérieuses inquiétudes à l'Eglise, et qui en donne de si a'ueiles aux gouvernemens d'aujourd'hui I

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