DES EXPOSITIONS PUBLIQUES
L'idée d'établir des expositions pour les arts mécaniques remonte à l'année 4797. Le directoire exécutif voulant célébrer avec pompe l'anniversaire de la fondation de la république, François (de Neufchâteau), alors ministre de l'intérieur, reçut l'ordre de régler les réjouis-
sances auxquelles cette fête donnerait lieu. Dans ce but , il s'entoura de plusieurs hommes éclairés. Quelques-uns d'entre eux pensèrent à joindre aux danses, aux feux, aux mâts de cocagne, aux courses de chars et de chevaux, une exposition de peinture , de sculpture et de gravure; d'autres prétendirent que les arts d'agrément ayant jusqu'à ce jour joui d'une solennité semblable, on devait avec raison la faire partager aux arls mécaniques. Cet avis prévalut, et la première exposition publique des produits de l'industrie en France eut lieu à cette époque. On conçoit qu'elle ne dut pas avoir un grand éclat : d'abord parce que notre industrie manufacturière était encore dans l'enfance; ensuite parce que les fubricans de Paris furent à peu près les seuls qui purent exposer, ceux des départemens n'ayant pas été prévenus à temps. On y compta cependant quatre-vingts exposons.
Les avantages de cette solennité industrielle furent goûtés dans les villes manufacturières, puisqu'à l'exposition suivante, en 4801 (I), deux cent vingt-six manufacturiers s'empressèrent d'y envoyer les produits de leurs fabriques. Plusieurs d'entre eux méritèrent l'approbation des connaisseurs. (Il n'existait pas encore de jury d'examen.) Toutefois, ils ne purent entrer en parallèle avec ceux que fournit l'exposition de 1806. Dès celte année, les objets exposés purent être divisés en quatre grandes classes : i° Arts mécaniques ; 2" arls chimiques; 5" beaux-arts ; 4" tissus.
Celte exposition constata des progrès dans plusieurs branches importantes de l'industrie ; elle fut remarquable par le concours des fabricans de toutes les parties de la France, qui y parurent en nombre au moins dix fois plus grand qu'à l'exposition précédente. Trois mille quatre-vingt-deux exposans y prirent part : on distribua vingt -sept médailles d'or, soixantetrois d'argent , cinquante-trois en bronze.
Des échantillons pris sur quatre-vingt-sept troupeaux répandus sur les diverses parties de notre territoire furent examinés par le jury : en comparant la laine des mérinos de race pure établis en France depuis plusieurs générations, avec celledes mérinos nés en Espagne, le jury les trouva égales en finesse et en 'beauté. Dès-lors on put prévoir une époque où nous cesserions d'être contraints d'acheter à l'étranger les laines propres à la fabrication de nos draps. Ceux qui parurent à cette exposition , et il en vint de presque tous |es points de la France , atleslèrent une fabrication soignée et même améliorée.
Pour la draperie superfine , Louviers et Sedan fournirent une grande quantité de draps de la plus belle qualité; Elbeuf fit des progrès remarquables dans la fabrication des qualités moyennes; Carcassonne, dans celle des draps légers; Castres, Chalabre, Limoux, dans les castorînes. Les fabricans cités avec le plus d'honneur furent M\L de Cretot et Ternaux frères, qui obtinrent chacun une médaille d'or; Delarue, Pétou , Lecamus, de Louviers , Grandin , d'Elbeuf , auxquels une médaille d'argent fut décernée.
Les soies grèges de MM. Jubié frères , de la Loire (Isère), leur valurent une médaille d'or ; il en fut de même pour I\L Jensoul (de Lyon^, qui avait apporté quelques perfectionnemens dans son industrie. Le jury remarqua des coussins en brocart or relevé , et des brocarts or et argent, sans envers, envoyés par M. Camille Pernon, de Lyon (médaille d'or). Ces étoffes étaient de la plus grande magnificence, et dignes de la haute réputation de cette ville pour les soieries et les broderies.
MM. Vandenel , de Chantilly, et Mercier , d'Alençon , honorèrent , par la perfection et la beauté de l'exécution, l'industrie des blondes et dentelles. On reconnut aussi quelques améliorations dans les batisles et linons. Les nombreux échantillons de colon lilé , soit en filature continue, soit au mult-jenny, donnèrent la certitude (pie l'art de filer le colon éuiit parfaitement établi en France. Une médaille d'or fut décernée pour cet objet à MM. Delèlre Woël etcomp. , filaleurs à l'Épine, près Arpajon. Les mousselines de MM. Malagrin, de Tarare, obtinrent une médaille d'or. MM. Rogier et Sallendrouze présenlèrent quelques nouveaux perfectionnemens dans la fabrication de leurs tapis. JMM. Monlgolfier et Canson, d'Annonay (médaille d'or), exposèient des papiers vélins de la plus grande beauté, supé-
(I) Je passe sous silence l'exposition de 1800.
i^Q LA JEUNE FRANCE.
rieurs en tous points à ceux de leurs concurrens. MM. Descroizille, de Rouen, et Oberkampf, de Jouy, reçurent cliacun une médaille d'or : le premier , pour le blanchiment; le second, pour la fabricalion des toiles i)einles.
L'induslrie des papiers peinls offrit quelques difficultés vaincues d'une manière utile pour l'avanremenl de l'art.
Plus de cent cinquante usines, dans quarante déparlemens environ , firent des envois en fonte, fers, faulx, aciers, limes, tôles, fers-blancs, et prouvèrent que la France était plus riche en bons fers et aciers qu'on ne l'avait pensé jusqu'alors. MM. Coulaux frères , entrepreneurs de la fabrique de Klingental, renommée depuis long-lemps pour la bonne qualité et la belle fabricalion de ses armes blanches , furent jugés dignes d'une médaille d'or. Quelques machines à filer le colon, fabriquer le filet, admises à l'exposiiion, obtinrent l'approbalion du jury ; dans celles diles de précision, M. Bréguet, de Paris (médaille d'or), prouva qu'il élait digne de sa haute réputation.
Il est aisé de reconnaître par l'exposé que je viens de faire des objets admis en 1806, que la fabrication en fut parfaite : aussi est-ce à partir de celte époque que la France prit en réalité son rang parmi les nations industrielles les plus avancées.
-1819 vil une nouvelle exposition : la quantité et la perfection des produits qui la composèrent dépassa toutes les prévisions des amis des arts et de l'industrie. Le nombre des exposans fut bien plus considérable qu'en ^806. On décerna cinquante-six médailles en or , cent quarante-huit eu argent, cent quatorze en bronze. Celle belle fête industrielle fut sans contredit la plus brillante que l'on eût vue encore. Elle eut un grand retentissement à l'étranger, et pjur n'en citer qu'une preuve entre mille, voici ce qu'en disait un journal anglais :
« C'est un véritable triomphe pour la France, triomphe plus glorieux que ceux qu'elle a » jamais obtenus. Dans ce pays, les arts marciient à pas de géant : des manufactures, encore » dans l'enfance il y a cinq ans, sont parvenues au plus haut point de prefeclionnement; » d'autres, à peine connues l'année précédente, appellent aujourd'hui les regards et l'atleu- » tion|):ibliq le. Dans les artsd'agrément, les Français ont toujours obtenu le premier rang » parmi les nations industrieuses -, les voilà, pour le moins, au second rang dans les produits » des choses usuelles.
» C'était une idée heureuse que celle de l'exposition : elle a été exécutée avec beaucoup » d'habileté. Le gouvernement en supporte les frais, et les avantages sont pour les manu- » facturiers.
» En fait d'industrie, le peuple anglais fut long-temps sans connaître de rivaux ; mais il » en a un maintenant, et ce rival est formidable : la France voudrait nous enlever notre » commerce. La fierté des Bourbons n'a pas dédaigné des marchands au lever royal. » Louis XVIII a appris quelque chose en Angleterre; mais il en a appris davantage en » France. »
Un pareil témoignage ne saurait être suspect dans la bouche d'un Anglais ; il constate les progrès de nos manufaolures et la perfection de leurs produits.
Entrons maiiUenant dans quelques détails sur l'exposition de 4819, et passons successivement en revue les principaux objets qui y furent admis, en omettant toutefois ceux qui n'offrent aucun perfectionnement nouveau.
A l'exposition de 4 80G, la grande et importante opération de l'amélioration des laines présentait déjà de fort beaux résultats. Le jury avait remarqué que la laine des mérinos français égalait celle des mérinos espagnols. Il fut constaté en 1819, par différens échantillons, que la laine des mérinos gagne de la finesse par le séjour de cette race en France ; que la laine française élait employée de préférence dans la fabrication des draps du premier degré, et la laine espagnole admise seulement dans ceux du second. Il fut reconnu aussi que les draperies superlines avaient fait des progrès véritables pendant les treize années écoulées depuis la dernière exposition : MM. Ternaux , de Paris; Riboulau, Jourdain, de Louviers; Bacot père et fils, de Sedan, furent ceux dont les produits réunirent le plus de suffrages.
. L'année -1819 sera notable dans l'histoire de l'agriculture française, par l'acquisition des chèvres cachemires dîtes du Tliibet, introduites par les soins de M. ïernaux. Les cliàies qu'il fabriqua avec des tissus provenant de la toison de ces animaux, lui firent le plus grand honneur, et n'auraient pas manqué d'attirer sur lui les récompenses du gouvernement, s'il n'avait eu la délicatesse de se mettre hors du concours, comme membre du jury. M. Lagorce exposa des chûles fabriqués au lancé : le tissu en était très-beau , les bordures de bon goût; ils présentaient en outre toute l'apparence de ceux de l'Inde. Le jury lui décerna une médaille d'argent.
Avant de parler des étoffes de soie, je ne puis passer sous silence l'ingénieuse machine de Jacqiiart. Celles qu'on employait jusqu'alors étaient compliquées, chargées de pédales et de cordages : les ouvrières, obligées pendantdes journées entières de conserver des attitudes forcées, déformaient leurs membres, abrégeaient leur vie. A cet appareil si imparfait, Jacqnart substitua une machine simple, au moyen de laquelle on exécute des tissus façonnés avec autant de facihté que si l'ouvrier fabriquait une toile unie.
Lyon continua d'occuper le premier rang pour ses soieries. Sans renoncer à la fabrication des étoffes riches, et pour se conformer aux moyens de toutes les classes, on mêla le coton et d'autres matières à la soie; on en fit un usage heureux, pour embellir ces étoffes de tous les agrémens du tissage, du dessin et de la couleur.
Nîmes se montra lout-à-fait digne de sa grande réputation ; celte ville industrieuse sut y ajouter encore par des perfeclionnemens nouveaux, et produisit une étoffe fabriquée sur le métier à bas, portant le nom de tricot peluché.
Les batistes, linons, coutils, toiles a voiles, mouchoirs de fil, rubans, lacets, soutinrent dignement la renommée des fabriques qui les produisaient. Ils présentèrent même quelques améliorations dans la fabricafci(in comme des avantages réels par la baisse de prix.
A l'époque de l'exposition de ^806, les filateurs français ne fournissaient assez généralement que des fils d'un degré de finesse qui ne dépassait point le n« 00; l'art ne présentait pas un aspect aussi satisfaisant pour les fils d'une plus grande finesse. Les numéros ordinaires jusques 90 et même 400 sont arrivés en 1819 à un point de perfection bien fait pour conlenter jusqu'aux fabricans de tissus les plus difficiles.
On vit à cette exposition des échantillons nombreux de cotons filés au-dessus du n" 120 jusques à 200, qui purent dès-lors être employés dans la fabrication des mousselines de Tarare que l'Angleterre avait approvisionné jusqu'alors, en dépit d'une loi de prohibition- M. Mille, de Lille, présenta un fil beau, égal et fort, pour lequel le jury lui décerna une médaille d'or.
Les dentelles, blondes, broderies sur tulle et sur mousseline, ne laissèrent rien à désirer sous le rapport de l'exécution et de la correction.
En examinant avec soin les étoffes coloriées qu'offrit l'exposition, on put se convaincre que l'art de la teinture n'avait pas fait moins de progrès que celui de la filature et du tissage.
MM. Paillot et Labbé, aux forges de Grossouvre (Cher), obtinrent une médaille d'or pour leurs progrès dans l'extraction des fers : le jury en décerna pareillement une à M. Milleret, de Saint-Etienne (Loire), pour les échantillons de son aciérie de Labérardière : MM. Mertian frères, à Montataire (Oise), reçurent une médaille d'or pour des fers-blancs unis, planés, exécutés au laminoir, de la plus belle fabrication, de l'aspect le plus brillant.
Tels sont les principaux objets qui fixèrent l'attention du public dans l'exposition de 4819. Celle ce 4823 la surpassa encore, tant pour le nombre que pour l'importance des produits qu'elle renfermait. Quelque vaste que fut le local disposé pour cette belle fêle mauufocturière, il se trouva tellemeut rempli dès les premiers jours, que plusieurs fabricans, dont les envois étaient en retard, eurent infiniment de peine à y trouver place. Des troupeaux susceptibles de produire les laines les plus fines s'étaient multipliés .sur SUPPLÉMENT AU NUMERO DU 5 JUILLET. 8
MS LA JEUNE FRAPsCE.'
plnsieurs points de la France. La précieuse espèce de ver qui fournit la soie sina se propageait avec rapidité dans nos départemens méridionaux.
Les fabriques de coton parvinrent à fiier jusqu'à des degrés de finesse très-élevés. Le lissage fit aussi tant de progrès, que nos mousselines fines et brodées soutinrent avec avantage la concurrence de l'étranger.
Les capitaux affluèrent pour l'exploitation des minéraux utiles ; des compagnies s'organisèrent de tous côtés : les unes pour les extraire de notre sol, d'autres pour procurer à la France ceux dont elle manquait. Des marbres blancs statuaires et des marbres de couleur sortirent des carrières dont on soupçonnait à peine l'existence, et rivalisèrent avec ceux de la Belgique et de l'Italie. Les progrès de la fabrication des papiers furent surprenans.
Les théories chimiques reçurent d'utiles applications dans la préparation de certains agens de teintures, dans le perfectionnement des procédés d'éclairage et de chauffage, dans les moyens de conserver long-temps les substances propres à la nourriture des hommes, et prouvèrent que dans la chimie manufacturière nous n'avions pas à craindre de rivaux.
L'exposition de ^827, qui suivit celle de ^825, offrit plutôt des objets de luxe remarquables par la perfection et le fini du travail, que par de nombreuses applications ou des découvertes fructueuses. Mille sept cent quatre-vingt-quinze exposans y furent admis. L'habileté et le bon goiit de nos dessinateurs, les découvertes importantes faites depuis peu dans les arts chimiques et mécaniques, nous assurèrent une supériorité marquée dans la fabrication des toiles peintes; l'industrie des cliAles présenta aussi d'assez beaux résultats. Les maroquins français ne le cédèrent plus à ceux de l'Orient, et MM. Noirot et Ferret de Niort soutinrent dignemtnt la réfutation de la chamoiserie. Les verres et cristaux furent peu nombreux ; cependant ils firent honneur à ottte industrie. Nos fontes, nos fers ne présentèrent aucune amélioration ; les aciers se ressentirent de l'infériorité de ces matières premières; la tréfilerie seule, quoique déjà bien perfectionnée, fit encore quelqites progrès.
L'exposition de 1854 a surpassé toutes celles qui l'ont précédée, non-seulement parle nombre, mais encore par l'importance et la variété des objels qu'elle a fait paraître aux yeux du public. Toutes nos industries , qui présentaient en 1827 des résultats Irès-salisfaisans, ont fait d'immenses progrès; des découvertes précieuses, des perfeclionnemens sans nombre se sont réalisés depuis que la science , sortant de l'enceinte des académies où elle vivait exclusivement, parcourt nos champs, nos ateliers, et vient présider aux modes les arrangemens de l'économie omesti{|ne.
Attirés par la très-louable ambition de se montrer avec éclat, d'obtenir une distinction honorable dans cet immense concours, les industriels français sont accourus de tous les points du royaume. Leur afiluence a été même si grande , que les constructions improvisées sur la place Louis XVI, quelque spacieuses qu'elles soient, n'ont pu recevoir les derniers arrivans.
Quatre pavillons se partagent les nombreux trésors de nos ateliers, les magnifiques richesses de nos manufactures. Le premier pavillon est consacré aux métaux, aux objets qui les emploient dans leur fabricalion,et aux machines de tout genre, de toute espèce, de toule dimension. C'est un spectacle intéressant pour les vrais connaisseurs; mais ils sont peu nombreux. An lieu de disposer les mécaniques par département, comme on l'a fait, il aurait sans doute mieux valu les grouper par s isihnea, c'est-à-dire les presses avec les presses, les semoirs à côté des semoirs , etc. L'état des questions y aurait gagné.
Le pavillon n° 2 offre à lui seul plus de variété que tous les autres. Il serait difficile de vous énumérer tous les objels qu'il renferme : coutellerie, tabletterie, produits chimiques, fleurs arlificielles, papiers peints, typographie, reliure, lithographie, parfumerie, verrerie, cire, bougies, poterie, cannes, perruques, corsets, ganterie, billards, etc.. C'est à ne pas en finir.
Les magnifiques soieries de Lyon et de Nîmes , les gracieuses toiles peintes de Mulhonse , les cachemires de Paris, les mousselines, gazes, tulles, draps et tissus de tout genre,
LA JEUXE FBANCE. ii9
brillent dans le n® 5, où la foule se heurte, se presse, à toutes les heures de la journée.
L'industrie parisienne vous éblouit dans le quatrième pavillon, avec des crislaux magnifiques, des bronzes admirables, des horloges qui chaulent, des tapis aux mille couleurs, des pendules , des vases , des b istes pleins de goût , d'élégance et de simplicité ; vous trouvez un pêle-mêle de pianos généralement remarquables par une foule de modilicaiions importantes ou de perfeclionnemens nouveaux : des clarinettes, flûtes, bassons, guitares, et cent autres instrumens de musique qui ont participé au mouvement progressif de l'industrie.
Huit expositions ont donc eu lieu jusqu'à ce jour, et l'on ne saurait nier que c'est à elles qu'on doit les immenses progrès de notre industrie manufacturière. Cependant quelques esprits rétrogrades ne cessent encore de voir dans les expositions publiques des causes de ruine assurée pour noire commerce d'exportaiion, et une rivalité dangereuse pour celui de rintérieur. Les beaux résuliats oblenus d;ms tous les genres de fabrication, les perreclionnemens sans nombre, la baisse extraordinaire des prix, sont des faiis qui parlent bien plus éloquemment que lous leurs \*ains discours. Que si nous comparons aujourd'hui les salons de notre première exposition de 4797, si dégarnis (puisque quatre-vingts fabricans seulement y figurèrent ), avec ceux de 1834, que de fabrications nouvelles, alors ignorées, n'aurions-nous pas à signaler !
Oui, les expositions publiques rendent d'importans services ; elles ouvrent aux fabricans une publicité immense, leur procurent un débouché plus prompt, plus sûr, plus avantageux , établissent une rivalité généreuse entre les industries du même genre, et reculent ainsi les bornes des arts industriels. Et qu'im ne vienne pas nous dire que nos expositions publiques ne dépassent pas les limites de nos quatre-vingt-six départemens, qu'elles n'ont point de retentissement à l'étranger; ce serait là une bien grande erreur : nul doute qu'après l'exposition qui vient d'avoir lieu, les journaux étrangers ne fassent assister leurs lecteurs à une fcie si magnifique, qu'ils ne signalent ceux des produits qui y auront été le mieux accueillis.
N'oublions pas toutefois qu'il est une espèce de produit qui doit éveiller la sollicitude de tous nos fabricans : nous voulons parler des objets de première nécessité. Sachons bien que nous devons rendre leur usage accessible aux classes les moins aisées de la société, augmenter ainsi leur bien-être. Tant d'efforts réunis hâteront nécessairement l'époque où nous marcherons à la tête des nations par la supériorité de notre industrie, comme nous y marchions naguère par la gloire de nos armes.
Si une revue pittoresque et critique des produits de l'industrie exposés en 483} peut plaire à nos lecteurs, nous la ferons dans le numéro prochain.