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Malheur aux rené;^ats poliliqnes ! Or, voilà justement le danger auquel M. de Conny est sûr d'échapper dans son Histoire de la Révolution française. Élevé jeune enfant dans les belles et simples doctrines de la monarchie , M. de Conny n'a jamais déserté les doctrines de son enfance. Elles ont été les doctrines de sa jeunesse ; homme fait, il les a professées tout haut à la Chambre des Députés ; il ne les a pas reniées un seul instant au miheu de la dernière révolution. A ces condiiions, il faut bien croire que M. de Conny a le droit de nous dire ce que c'est que la révolution française pour les royalistes, et ce qu'elle doit être pour tous les honnêtes gens de tous les partis. Il est inutile de dire que ce livre est écrit dans le grand style de l'histoire qui n'est pas le pamphlet, qui n'est pas le sarcasme , qui n'est pas le style de journal, qui, en un mot, ne ressemble en rien au style de VUisioire de M. Thiers.
A côté d'un bel ouvrage, un bel ouvrage; à côté d'un noble nom, un nom glorieux. M. de Sèze ! que de souvenirs sous ce nom ! M. de Sèze vient de publier un écrit sur le serment politique et la souveraineté en France, avec celle épigraphe de famille empruntée à Tacite : Principeni defendere prœcipuum sacramentum est. On rencontre dans cet écrit les considérations les plus liauies exprimées dans le slyle le plus grave et le plus élevé sur les questions fondamentales de la politique. Ne trouvez-vous pas la noblesse de ce nom dignement soutenue ? Les hommes de cette race ne forlignent ni devant l'échafaud ni devant l'exil.
Un ouvrage que nous pouvons aussi recommander en toute assurance à nos lecteurs, a pour titre : Épisodes des guerres de la Vendée^ par M. Creiineau-Jolij(*). Ce nom seul de la Vendée fait tressaillir toutes les âmes et fait battre tous les cœurs. C'est surtout dans ces récils, bien plus que dans les vers d'Homère, que les hommes vous apparaissent hauts de dix coudées. Quelles guerres! quels héros! quelle lutte de quelques-uns cjnlre tous! Mais en même temps que d'héroïsme perdu! que de grands noms ignorés! que de belles actions passées sous silence! Trop heureux Crelineau-Joly d'en avoir recueilli (luelques-unes! Son livre très-vif et très-animé, et qui rappelle les bonnes narrations de Tacite, quand il ose écrire et parler à livre ouvert, est consacré à la triple Vendée,- 17i)5, 1815, iSô2; ces trois Vendées qui se donnent la main, armées des mêmes glaives, couronnées delà même palme, victimes du même martyre, pleurant sur les fils de Calheliiieau, après avoir pleuré sur le père; œs triplex^ conmie dit Horace, contre lequel viendront toujours se briser les efforts des révolutions. Reste à savoir maintenant laquelle l'emporte de ces trois Vendées. L'histoire le dira. Quant à nous, à l'exemple de Creiineau-Joîy qui les a réunies toutes les trois dans son livre , nous les réunissons toutes les trois dans nos hommages, dans notre admiration et dans nos respects. D'ailleirs , pourquoi dire qu'il y a trois Vendées? Il n'y a qu'une V'endée , comme il n'y a qu'une devise vendéenne : Putius mort quàni fadmi!
Un beau l.vre, d'une noble apparence, a pour titre : L'ancien Bourbonnais. M. Achille Allier écrit l'histoje de cette ancieime province avec beaucoup de goût éclairé, beaucoup de bon style et d'esprit
Cet ouvrage de l'anc'en Bourbonnais , par M. Achille Allier, est un très-remarquable produit de la typographie française et provinciale. Il y a peu d'années, un ouvrage exécuté avec tant d'art, aurait fait honneur à la premiè e imprimerie de Paris; à présent, c'est à peine un tour de force pour la province. Figurez-vous le grand format in-folio, un texte magnifique, des caractères noirs et rouges, des dessins immenses et pleins de vie; des vignettes, des gravmes exécutées sous la direclion de M. Chenavard : c'est un véritable panorama; enfin , le plus grjuid soin dans les plis petites parties de ce bel ouvrage : voilà pour l'exécution matérielle. Or, ici , nous ne parions que de l'exécuiion matérielle. Le livre de M. Allier sera jugé par nous plus lard : nous l'avons déjà lu, nous le lirons encore avecle plusgrand [)laisir. Cependant on peut déjà prévoira l'avance, par les quatre livraisons qui ont paru, que ce sera'là un livre à la fois nouveau et bien fait , où la science et l'imagi-
0) Un vol. in-8* orné de deux vues. Prix ; G fr., et 7 fr. 50 c. par la poste. Chez Pillet^ libraire, rue des Grands-Auguslios, 7.
nation ) ces deux choses (jui se nuisent souvent, se donneront la main pour mener à bine celle entreprise. Pareil ouvrage enlrepris ainsi sur les lieux mêmes, à propos de loules les provinces de France , nous donnerait bienlôl la plus belle et la plus iuléressanie histoire de celle lerrede France, aux mille faces, aux mille histoires diverses, dont on ne voit qu'une seule face, dont on n'entend qu'une seule voix, dont nous ne savons qu'une seule histoire, Paris ! Paris ! toujours Paris (I) !
Si vous avez le temps et si le ciel est beau , et si l'arbre est touffu , vous pourrez lire non sans plaisir, un livre allemand Reisebilder , tableaux et voj/ar/e.ç par M. Henri Heine. C'esl uniiviesingulier et presqu'original. L'auteur est une manièrede proscrit fort jovial et fort heureux qui est venu rire à Pai is de tous les hommes et de loutes les choses dont il ne pouvait pas ce moquer publiquement à Berlin. Ces tableaux de voyages ont été écrits en toute haine politique et littéraire; mais c'est une haine si rieuse, c'est une colère si plaisante, c'est un mépris et une ironie si bien sentie, qu'il résulte de tout cela un ouvrage plein d'intérêt : car vous vous douiez bien que le voyage n'est pas un voyage; c'est une dissertation à propos de tout et sur touleschoses, cfisserialion à la Sterne, mais cependant moins maladive ; et puis il y a dans ce livre autant de politique que de poésie , autant de poésie que de politique, autant de rires que de larmes, autant de haine que d'amour. Voulez-vous savoir ce qu'on peut penser de Henri Heine? C'est un Allemand qui donne la patte, mais qui la donne avec beaucoup de grâce , beaucoup d'intelligence , beaucoup de verve , beaucoup d'esprit.
Un autre livre qui ne mérite pas une attention moins sérieuse, c'est un roman , et un roman philosophique encore ! Timon-Alcesie , par M. Charlemngne. C'est une histoire très-simple, et très-naturellement écrite de l'égoïsme moderne. L'auteur est, sans contredit, un homme de beaucoup de seus et d'un sens très-froid. Il a bien vu le monde , quoiqu'il n'ait jamais fait partie du monde. H a jugé simplement et nettement la société, ne la ciiargeant pas de trop de mépris et de trop d'épithèîes. Il a jeté un profond coup d'œil sur cet étal mixte dans lequel nous vivons, qui n'est ni la hberlé ni l'esclavage, ni la misère ni la richesse, et qui surtout n'est pas le bien-être. Et ce qui vaut mieux , ce qui est plus rare aujourd'hui que d'être un homme de style et d'esprit, M. Charlemagne est un homme de foi; il a au fond de son cœur une bonne et ferme croyance qui le guide dans les sentiers les plus difficiles. A ceux qui auront le courage de le lire sérieusement, Timon-Alceste donnera beaucoup à réfléchir. C'est un livre de haute morale et de saine et tolérante philosophie.
Timon-Alceste est accompagné d'une préface de M.Jules Janin, dans laquelle notre spirituel écrivain, faisant trêve aux habitudes de sa pensée, explique très-simplement comment un beau jour, voyant parmi ses amis un jeune homme pauvre et dénué de tout, fier et plein d'esprit, ill'a engagé à publier Timon-Alceste, donlli lui donna le plan ou tout au moins le sujet. C'esl là une des nombreuses occasions dans lesquelles M. Jules Janin s'est montré l'ami le plus affable cl le plus dévoué que puisse avoir tout homme de lettres qui commence. Aussi, pour notre part , nous le félicitons du livre de M. Charlemagne comme s'il en était l'auteur.
— Un roman moins sérieux que celui de M. Charlemagne , c'est le roman nouveau que publie Madame Sophie Gay, intitulé : la Duchesse de Chdieauroux. C'est une réhabilitation très-habile et très-spiiituelle de ce roi Louis XV qu'on s'est appliqué à nous peindre sous des couleurs si odieuses. Il est impossible de tourner une plus grande difficulté avec plus de bonheur que madame Gay, parlant de madame de Châleauroux. Costumes, intérêt , style , observation , voilà ce qui dislingue celle nouvelle production , d'une des femmes les plus spirituelles de notre temps.
Hier encore, pas plus tard, on nous a remis un autre roman de M. Ernest Dnprès : les Femmes vengées. C'est le second ouvrage du même auteur, qui a déjà fait un Enfant^ très dramatique histoire. Nous avons lu tout d'un trait les Femmes vengées. Figurez-vous un
(1) On souscrit à l'Ancien Bourbonnais, à Moulins, chez M. Dcsrosicrs, iinprimeur-Iihr. Prix : 6 fr. ht livraison.
drame très-simple , iiîais plein d'intérêt , tout rempli de nobles et brûlantes passions ; chaoiin des personnages de ce drame est dessiné avec une merveilleuse exaclilude, et il parle la langue qui lui convient. Là, pas de mœurs de convention, pas d'inventions puériles , pas de péripéties maladroitement suspendues à un fil; rien du roman ordinaire; mais des caractères tout neufs , des passions toutes brûlantes , une suite infinie d'études de mœurs. Ajoutez que l'auteur s'est montré grand écrivain, et qu'il a saisi avec le plus rare bonheur les tons si divers de tous les personnages de son roman. Comme vous voyez , la récolte n'a pas été très-mauvaise ce mois-ci.
IV'iais, hélas ! ce sont là les livres de choix, les livres qui surnagent ; que vous seriez épouvantés si vous aviez sous les yeux l'immense tas des compositions nouvelles ! Le catalogue est effrayant, rien qu'à le lire. Voici cependant quelques litres choisis et lires dans cette seconde fournée des beaux esprits contemporains.
Jra&e//e, par M. Jules de Saint-Félix, moitié roman, moitié comédie , moitié drame, moitié vers, moitié prose. Quelques belles scènes, quelques traits heureux, une facilité de versification assez remanpiable, et puis un monde de défauts. Figurez-vous un soleil où il y aurait plus de taches que de rayons.
La Tétc et Le cœur, par M. Paul de Musset, auteur de la Tahle de nuit. Il est impossible d'analyser de pareilles œuvres qu'on dirait sorties du cerveau de quelque bel esprit des environs de Charenton. On a dit que le premier roman de M. Paul de Musset, la Table de nuity était fait tout exprès pour servir de bibliothèque à son second roman, la Tête et le Cœur. L'un vaut l'autre.
Le Siège de Toulon ,\)ar M. Masse, 2 vol. in-S*^. On y dit beaucoup d'injures aux Bourbons; on y fait de grandes avances à la république, qui ne s'en inquiète guère : c'est une histoire qui est un roman, c'est-à-dire le pire des romans et la pire des histoires. Passons.
Les Prisonniers de guerre, par M. de Corbière. C'est un roman maritime en retard. On peut dire aux romans maritimes : Mes très-chers, vous êtes bien malades ; on voxis met en vaudevilles. M. Corbière aura beau faire , il ne sera jamais que le second du capitaine Eugène Sue.
Elie Tobias, 2 vol. in-8°, à propos d'un juif qui aime une princesse, et qui se fait chrétien. Ce juif s'appelle Elie Tobias. Grand bien lui fasse !
Elmora, par M. Leloup de Cheray, \ vol. in-8". La scène se passe au sommet du Carmel. Elmoraest éprise d'amour pour Nôtre-Seigneur J.-C. Ils ont fait du Christ un personnage de roman. Profanation ! Notez bien qu'il est question, chez plusieurs de nos grands génies, de faire un drame de la Passion de Notre-Seigneur ! !
Un Remords, par Madame Jenny Bastide, in-8". On croit qu'il y a là une faute d'impression, et qu'il faut lire : Un remords de Madame Jenny Bastide.
La Henaudie, ou la Conjuration d'Amboise, par M. Victor Borau, 2 vol. in-8**. C'est un jeune homme qui commence et qui promet beaucoup de romans médiocres et historiques.
Cœlina, par un baron ( i\L Mortemart). Cadavres, poignards, maris italiens, fenêtres, etc.
La Dame noire de Doona, 2 vol. in-S". Roman irlandais. ( Il y a des gens d'esprit qui prétendent que depuis Walter-Scott le roman irlandais n'existe pas. )
Clotilde, par madame de Thélusson, \ vol. 111-8". C'est le roman de l'école et du style de madame Cottin. Il y a du goût et de la grâce. On s'apitoie sur le sort de la pauvre Clotilde , dont le mari est fou avec des momens lucides ; ce qui est bien dangereux. On a si vite fait son roman dans des instans lucides !
Celte série de romans est terminée par une ignoble composition de M. Paul de Kock. Je ne puis même pas vous en dire le titre. Il est impossible d'imaginer quelque chose de plus honteux comme imagination et comme exécution, comme littérature, voire même comme littérature d'écurie et d'anlichambrc. Un peuple qui regarde, même en passant, le roman de M. Paul de Kock , est un peuple bien mal et bien tristement amusé !
Le théâtre a encore été plus maltraite que toute autre littérature. Un mélodrame de M. Dumas, Catherine Howard, a excité le liaro général. M. Dumas a fait de Catherin*^
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Howard la descendante de cette illustre maison , avec laquelle le fier Henri VHI put s'allier sans faire une mésalliance, une petite fille i^morée, sans asyleel sans nom. A cette Catherine Howard de sa composition M. Dumas a donné le plus abominable caractère ; il l'a faite ingrate et vile jusqu'à la bassesse. Bien plus, il lui a donné un premier mari; et c*esl ce premier mari qui tue Catherine à la fin de la pièce, pour remplacer le bourreau absent... On a donc prétendu qu'un auteur dramatique n'avait pas le droit d'abuser ainsi de l'histoire, et de couvrir de fange des personnages historiques. A ces critiques, M. Dumas a répondu ,' dans une préface (jue nous n'avons pas lue , mais dans laquelle il avance, dit-on , des doctrines étranges, — à savoir, que la critique n'a pas le droit de le juger, parce qu'elle n'avait pas le droit de juger Racine et Corneille. La belle raison !
Nos badauds de Parisiens se sont portés de Catherine Howard au théâtre nautique. Dans ce théâtre nautique, il y a de tout : des danseurs , des danseuses, des décorations, un maître de ballet nommé Henri, qui est un homme d'un inmiense talent; il n'y manque que de l'eau. Les Parisiens étaient là, bouche béante , comme autant de canards avant la pluie î C'est une des meilleures mystifications qui aient eu lieu dans ce temps d'élections.
Nous ne vous parlerons pas de cinq ou six douzaines de vaudevilles, dont nous ne savons même plus le nom : ce n'est pas là de la littérature même dramatique.
Un événement littéraire , c'est l'impatronisation du comédien Frédéric Lemaître sur la scène des Folies Dramatiques. Ce théâtre des Folies Dramatiques est un véritable trou infecte à l'usage des amateurs du dernier ordre. Frédéric Lemaître, au contraire, est au jugement universel , le premier comédien de Paris. Soit caprice , soit l'envie de faire du bruit , soit vanité, ce grand comédien est donc descendu si bas , qu'il a fallu tout son crédit pour y attirer ses f)arlisans. Là, il a joué un drame de sa composition, Robert Macoire. Ce Robert Macaire est un voleur , un escroc , un assassin , un vrai bandit que Frédéric Lemaître a adoi)té comme son propre enfant. Pour jouer ce rôle, il faut des haillons, et quels haillons! Frédéric arrive sur son nouveau théâtre tout troué, tout taché, tout en guenilles : il est affreux à voir! Et là, pendant trois heures, on n'entend parler que de vols , assassinats, escroqueries ; pendant trois heures , on ne voit que des filles , des gendarmes , des commissaires , des voleurs ; pendant trois heures, onn'enlend parler que l'argot , cette atroce langue qu'on dirait faite par des tigres ivres de sang. Et à ce spectacle de misère et d'échafauds, on rit aux éclats pendant trois heures! Vous ne pouvez vous faire une idée de ce rire et de celte joie cynique ! Sommes-nous donc des hommes civilisés! Sommes-nous bien les mêmes qui avons admiré les Romains du grand Corneille , qui avons pleuré aux vers de Racine ? Est-ce là aussi la même langue française , notre orgueil et notre amour ? ou bien n'est-ce pas là une nation en décadence, qui , à défaut de gladiateurs , n'aime plus à voir que des guenilles, des souillures , des bagnes remplis , des échafauds teints de sang.
Frédéric Lemaître en guenilles, et les tréteaux des Folies-Dramatiques, voilà toute la littérature dramatique du mois passé. -
CHRONIQUE
Ce qui a le plus occupé la France pendant le mois qui vient de s'écouler, ce sont les élections. H était facile de prévoir que le gouvernement aurait la majorité : personne n'en doutait. Mais des voix généreuses se sont fait entendre; les organes de toutes les opinions indépendantes ont élevé la voix contre le monopole électoral , et nous-mêmes nous ne sommes pas restés en arrière dans ce beau mouvement national. Nous avons publié une brochure Sur la vérité dans le système représentatif^ dans laquelle nous avons franchement exposé nos doctrines politiques, et manifesté notre opinion dans les circonstances où nous nous trouvions placés (1).
Maintenant que la question a été nettement posée, l'opposition sera forte, quel que soit le petit nombre de ses membres dans la session prochaine, parce qu'elle n'aura qu'une volonté, qu'un but; le bien public : elle aura de plus le talent et l'intelligence pour elle.
(1) Cette brochure s'est distribuée gratis dans nos bureaux et chez MM. les correspondans, 3 sous par la poste.
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Aussi il n'y avait pas de distinction d'opinions entre les candidats. Les hommes qui ont fait preuve d'indépendance, soit avant, soit après la révolution de juillet, étaient rangés d'un côté; ceux qui depuis trois ans se sont mis au service du ministère, étaient rangés du côté opposé. Il n'y avait que deux classes de candidats : les ministériels ou les hommes du monopole; et les candidats de la France.
Rien n'a été curieux comme la plupart des proclamations adressées aux électeurs par certains hommes qui briguaient la députarion. Nous avons vu des hommes obscurs se pavaner devant nous, parler de leur caractère honorable, de leurs brillantes qualités, faire l'énumération des services qu'ils ont rendus à la patrie, et parler de l'effet que produirait leur présence à la tribune. Ceux-ci se sont fait vanter à r.ant par ligne; ceut-là ont envoyé des émissaires pour étaler aux yeux des électeurs leurs vertus ignorées : il en est même qui se sont fait un titre à la candidature, delà fortune qu'ils ont acquise dans l'espace de deux ans, à force de mensonges , d'intrigues et de duperies. Nous avons beaucoup ri, et nous ri rons encore jusqu'au jour où nous démasquerons tous les fourbes et tous les imposteurs. Maisies chambres s'ouvriront! Gare à ceux qui se sont fait élire dans la pensée secrète de servir leurs intérêts privés aux dépens des intérêts publics : la législature ne durera pas cinq ans !
Pauvres électeurs', comment auriez-vous pu vous débarrasser des filets que vous tendait le ministère.-* Si vous nommiez son candidat, des places, des honneurs devaient pleuvoir sur vous: il vous promettait de faire réparer vos routes, rebâtir vos églises, doter vos hospices, avec vos écus, s'entend.
Mais comme maintes fois ces belles promesses se sont en allées en fumée, M. Persil a joint les effets aux paroles. Craignant, dit-on, de n'être pas réélu à Lombez (Corrèze), il jeta son dévolu sur un des arrondissemens les plus pauvres et les moins populeux de la France, celui d'Ussel. 11 y fit envoyer 14,000 volumes pour y fonder une bibliotbèque publique, 500 fr. pour Thospice, et 12,000 fr. pour la réparation d'une église. Ce n'est pas tout ; il a promis de plus, pour le mois de juillet, un relai de poste, et le passage par Ussel de la route de Clermont à Bordeaux.
L'ex-grand député, M. M. de M., est très familier avec le petit ministre Th. , au point qu'un jour qu'Oclilon-Barrot venait de prononcer à la chanibre des députés un fort beau discours en faveur des associations, le petit ministre étant embarrassé d'y répondre, l'cxdépulé lui écrivit sur un billet : « Vous êtes un petit lâche! » — « Que voulez-vous que je dise? fit M. Thiers, en s'approchant du député; savez-vous que pour répondre â ce discours il faudrait être préparé. » Mais M. M. de M. haussa les épaules et sortit de la séance. Le petit ministre, voyant la bouderie de son ami, se recueillit un instant, parla, et les centres l'applaudirent comme à l'ordinaire.
Or, il arrive que dans larrondissement où M. M. de M. fut nommé député à la session passée, tous les électeurs indépendans, légitimistes et autres, paraissaient vouloir s'entendre pour se débarrasser de lui aux élections prochaines. « Serait-il possible, dit l'ex-député tout rou^^e décolère, à une personne que nous connaissons, serait-il possible que les patriotes
de V ne voulussent plus me donner leurs voix , à moi qu'ils ont appelé dans le temps le
premier patriote du Midi! »
» Puis il a été voir le petit ministre. « Il faut absolument , lui a-t-il dit , que vous changiez le lieu de convocation du collège électoral ; à L , je n'ai pas de chance de succès; aa
lieu qu'à U.... j'ai de nombreux amis: d'ailleurs, je louerai pendant quinze jours la principale auberge du pays pour régaler mes électeurs , et cela ira tout seul ensuite. » Vous sentez bien que le ministre a tout promis.
» Malgré tout cela, n'étant pas encore entièrement assuré de sa nomination future, dernièrement l'ex-député a été de nouveau trouver le ministre pour la même affaire. « Je ne peux pas décemment, lui a-t-il dit, me présenter aux élections seiilement avec mes œuvres, et leur dire : « Voy z et jugez si je mérite votre confiance; » ce serait leur jeter l'hameçon sans appât. 11 me faut une bagatelle pour le département, une quarantaine de mille francs, par exemple. Eh bien! qu'est-ce que cela signifie.^ Vous faites la grimace! Voyons, consentez-vous à me les donner? C'est une trop forte somme, répondit M. Th.... , je ne peux pas. — Ah! vous ne pouvez pas! Si vous ne me donnez pas cette somme, je ne me présenterai pas aux élections. — Vous demandez 40,000 fr. , fit alors le petit ministre; va pour quarante mille I je tâcherai de m'arranger avec les chambres. » •
Si M. M. de M. n'a pas été réélu , ce n'est pas sa faute ni celle du ministère, comme Tons voyez.
Pendant que les élections ont occupé la France , la réforme de rEp;lise anglicane en Irlande occupe l'Angleterre, Le clergé protestant qui, bien différent du ch rgé citholique , emploie dans son intérêt propre, ou dans un intérêt de famille, les sommes immenses qu'il reçoit , défend avec ardeur l'abus dont il profite.
M. l'évêque d'Exeter, qui possède plus de 400,000 fr. de rente, crie que les évêques irlandais n'ont rien de trop avec chacun 255,000 fr., terme moyen. Mais il ne dit pas que ces évêqucs-là sont environ trente-deux pour 700,000 protestans anglicans, qu'ils augmentent leurs revenus parles nominations aux bénéfices, par des simonies , des exactions notoires; que leurs terres forment ensemlile 992,000 acres , c'est-à-dire à peu près le dix-neuvième de la superficie de toute l'Irlande, et que le reste doit nourrir 6 à 7 millions d'honmies. M. l'évêque de Londres , l'archevêque de Cantorbéry, qui comptent par millions, trouvent, dans leur zèle apostolique, que les I énéficicrs d'Irlande sont des hommes éminemment utiles, charitables, exemplaires. Cependant on cite parmi ces messieurs trente ou quarante doyens, recteurs, grands-vicaires et autres, qui vivent habituellement à Londres, à Paris, en Italie, où personne ne se doute qu'ils ont des ouailles à conduire dans leur malheureuse île.
Mais c'est assez parler de l'Eglise anglicane. On sait, du reste, qu'il est de la jusîicede ne pas faire payer aux catholiques irlandais les prêtres d'une religion qui n'est pas la leur. Disons un mot du peuple anglais, notre frère aîné en révolutions, de ce peuple qu'on nous représente si grand, et qui nous a dotés d'une partie de nos institutions. Le voilà accusé , nous disons même convaincu, de se livrer au plus abrutissant de tous les vices, à l'ivrognerie. Oui , les Anglais sont des ivrognes! Un homme respectable l'a dit en plein parlement.
M. Buckiniiham, dans la séance de la chambre des communes du 3 juin, pour développer sa motion tendante à ce qu'il fût nommé un comité pour s'enquérir des pr(*grcs toujours croissans de l'ivrognerie dans le royaume-uni , et de rechercher les moyens les plus propres à y mettre un terme, a cité un certificat des médecins attachés à la maison des fous de Syonvell, attestant que sur 100 individus admis à cet hospice, il y en a 72 «lont l'aliénation mentale doit être attribuée à l'ivresse. L'orateur a ajouté que pour s'assurer par lui-même de l'étendue des habitudes d'intempérance qu'il avait signalées, il avait eu la patience de s'installer dans une taverne d'une des principales rues de Londres ; qu il y avait vu entrer 2()C0 hommes, 1855 femmes, et 289 enfans. « Je me suis assuré , dit-il, que, le dimanche, le nombre des visiteurs était presque double. » Le propriétaire de l'établissement m'a déclaré qu'il débitait des boissons par semaine à environ 269,450 hommes, 108,590 femmes, et 142,450 enfans. Heureusement pour nous , nous ne ressemblons pas en cela à nos confrères d'outremer.
Il fut un temps où les systèmes étaient à la mode; maintenant ce sont les constitutions On dirait que depuis que la nôtre a été brisée par les pavés de juillet, ses débris ont été lecueillis par les peuples voisins, et élevés par eux sur le pinacle législatif. L'Espagne ellemême, cette terre classique de l'absolutisme, est devenue constitutionnelle. Christine, nu nom de sa fille Isabelle, a obnvoqué les Cortès à Madrid pour le 24 du mois de juillet, par ordonnance datée d'Aranjuez le 20 mai. Le Portugal est constitutionnel. A la vérité, il l'est devenu malgré lui, et il n'a fallu rien moins que le poids d'une quadruple alliance pour le forcer à courber la tête sous la charte de l'ex-empereur du Brésil. Mais enfin don Miguel a capitulé. Une convention conclue à Evora , le 26 mai , entre les généraux en chef des deux armées, a réglé les conditions de la pacification. Une pension de 375,000 fr. a été assignée à don Miguel, indépendamment de ses propriétés particulières, et, de son côté, il s'est engagé à quitter le Portugal dans le terme de quinze jours, à ne revenir jamais dans aucune partie du royaume d'Espagne ni du territoire portugais. Ceci n'est qu'un on dit.
Reste à savoir si la forme du gouvernement qui vient d'être implantée dans l'Espagne et Je Portugal seradurable. A voir l'enchaînement des événemens politiquesde ces deux pays, on pouvait prédire ce résultatdepuis trois ans. Mais qui se serait douté, grand Dieu .'que le Danemarck se ferait aussi constitutionnel.^ Qui se serait imaginé que le 15 mai de l'an de grâce 1834, le roi Frédéric, par un beau caprice, se dirait : « Je suis las de faire ma volonté dans mon royaume; je vais octroyer une constitution à mes bons et tranquilles Danois; quitte à la retirer ensuite s'ils ne sont pas contens, » Faudrait-il s'étonner après cela que le grand- Turc adoptât la forme représentative.? Nullement. Ne vient-il pas de créer une garde natio-
nale ! Le Moniteur ottoman , en date du 9 mai , nous apprend l'organisation du raedifi-man* souré, ou la nouvelle milice ottomane. C'est une véritable milice citoyenne; c'est un bon commencement, comme vous voyez. ( Peut-on savoir où Dieu nous conduira?)