LES RUINES.— SEPTIÈME MÉDITATION
La Vision. — Le Génie du dix-huitième siècle.
J'étais resté couché au pied de la colonne du Temps, devant laquelle j'avais vu passer les siècles , vaste et profonde mer aux flots amoncelés , qui fuit comine une paille légère devant le souffle de Dieu. La voix, qui parle d'en haut, me dit : « l^evez-vous , et voyez ! »
En ce moment, je promenai mes regards autour de moi; je n'étais plus seul, le désert s'était encore une fois peuplé , l'espace s'était rempli : tout un siècle cou- \rait les plaines de l'histoire, comme une moisson inmieuse sur laquelle se levé-
rait et se coucherait le soleil. Et j'étais surpris des rayons ëlincelans dont ce siècle était couronné. Mais à mesure (jue celte lumière s'approcliait, je découvrais qu'elle éblouissait sans éclairer; et quand je voulais me réchaulïer à ses rayons, je les trouvais sans chaleur. Un froid {jlacial me pénétrait l'ame. Je ne voyais que ma^^nificence, éclat, splendeur et (jloire, et cependant mon cœur se serrait. Tous ces {^rands hommes qui se pressaient autour de moi me semblaient de pompeux cadavres. La cruelle ironie de la mort était écrite sur leur front. Je ne sais quelle amère dérision se peignait dans l'éternel sourire qui crispait leurs lèvres; ils attachaient sur moi des yeux qui brillaient comme des éclairs dans une nuit sombre, et je ne pouvais soutenir ce re^jard malveillant qui me glaçait le cœur, comme si j'y avais senti le froid d'un homicide acier. Dans l'angoisse de la terreur, je prononçai le saint nom de Dieu, et j'invoquai l'appui de celui qui délie la langue muetie, donne du courage à l'enfant , de la puissance à la faiblesse, et renverse, (Jevant celui qui invoque son appui , le colosse aux pieds d'argile et au front d'airain. El la voix me dit de ne rien craindre, et d'approcher d'un de ces pei'sonnages qui marchait en tète de son siècle.
C'était un vieillard; mais rien sur son front n'annonçait la gravité de la vieillesse et sa majesté vénérable. Son regard, perçant comme le dard d'une vipère , son regard n'avait point d'âges. Il souriait en regardant nos ruines; mais son sourire n'exprimait ni cette tendre bienveillance, ni cette mélancolique pitié , qui s'élèvent dans l'ame à la vue d'un grand malheur. Le sarcasme et l'ironie sortaient de ses paupières en longs regards de feu, et une moquerie cruelle, implacable, amère, se peignait dans toute sa physionomie. Je sentais une secrète antipathie contre cet honjme, et pourtant son œil me fascinait; et, par un attrait invincible, j'av-ançais pas à pas vers lui , partagé entre la crainte et le désir, entre la curiosité et l'horreur. Toutes les fois que son œil rencontrait le mien , je ne sais quel mouvement inexplicable s'élevait dans les profondeurs de mon être. C'était un tourbillon de pensées mo.jueuses et impies; c'était une tempête de toutes les passions haineuses qui fermentent au fond du cœur de l'homme. En vain je voulais prier, ma mémoire ne me fournissait plus de prières. Lorsque mes yeux étaient fixés vers la terre, ou levés vers le ciel , le charme cessait , et , retrouvant ma liberté, je repoussais cette maligne influence ; mais toutes les fois que le regard étrange de cet homme rencontrait le mien, il semblait pénétrer ma pensée il arrêtait l'oraison sur mes lèvres frémissantes , et les saintes résolutions mouraient dans mon cœur, et les religieux élans se flétrissaient dans leurs germes comme SI le vent du désert les eût touchés de son haleine fatale; l'orage des passions se dechamait violent et terrible, et l'incréduhté me montait à l'ame. Par un dernier effort, je me couvris la face de mes deux mains, et j'allais m'enfuir, lorsque le vieillard commença à parler.
Non jamais musique plus harmonieuse n'avait vibré à mes oreilles, non jamais plus puissante fascination n'avait agi sur mes sens. Ce n'était point, il est vrai cette parole haute, auguste, inspirée du grand siècle qui me semblait descendre du ciel pour se poser sur les lèvres de l'homme; mais c'était une parole hardie, railleuse, légère acérée, empreinte d'une ironie inexprimable, d'une ineffable mahce une parole qui excitait dans l'ame je ne sais quel délire de gaîté , je ne sais quelle démence de joie dont les enivrantes vapeurs faisaient vaciller l'intelhVence dans de joyeuses ténèbres. Et tandis que le vieillard parlait , je voyais l'expression
^Gi LA JEUNE FRAXCE.
de sa physionomie se refléter au loin sur les traits de tous ceux qui l'entouraient : tous ces visag^es innombrables étaient devenus le miroir de son visage. On aurait dit que ce siècle n'avait qu'uneame, et que cette ame, le caustique vieillard la portait en lui. Je comprenais, en l'écoutant, les mystérieuses séductions du jardin del'Éden; Eve , je vous comprenais, vous , en qui l'humanité tomba de sa première chute, victime des fascinations de la parole; je comprenais les hautes et saintes traditions de l'Écriture , et les fables décevantes du paganisme; je comprenais l'insouciant matelot, laissant briser son navire contre l'écueil, et acceptant un suicide mélodieux bercé par le chant des syrènes.
Je ne puis rendre l'effet merveilleux de cette parole puissante. C'étaient sans doute de pareils accens qui, empreints d'une joie étrange, dominaient les flamboyantes horreurs du bûcher, sur lequel, abandonnée de son Annibal , Capoue , la voluptueuse, monta tout entière, au sortir d'un banquet, la mort dans le sein , mais le sourire sur les lèvres, et la tête fléchissant sous le poids des couronnes de fleurs. Sans doute encore c'était au son de telles paroles que , laissant charmer sa molle agonie, Sardanapale, entouré des fleurs de l'Orient , souriait du haut de son trône d'or, aux flammes écarlates, dont les langues de feu commençaient à lécher amoureusement ses sandales de rubis. Sous l'empire de celte influence, on aurait suivi sans larmes les plus chères funérailles; on aurait souri près de la tombe récente d'un ami d'enfance ; on aurait souhaité la bienvenue aux fléaux et aux calamités.
Et je voyais commencer autour de moi un spectacle rempli à la fois de terreur et d'ivresse. Cette foule était assise sous les hauts portiques d'un temple dont les voûtes sublimes la protégeaient de leur immensité. Mais dociles auxenseignemens du vieillard, tous se levaient à la fois; tous élreignaient de leurs bras les majestueuses colonnes ; tous, par un effort unanime , cherchaient à les arracher de terre et à les renverser sur le sol. Chaque fois qu'une oscillation faisait trembler la voûte, un long cri de joie s'échappait de la foule, et les yeux du vieillard lançaient des éclairs de triomphe. Chaque fois qu'une pierre tombait du faîie comme un sinistre présage, comme un menaçant augure, les mains s'enlaçaient, et la foule s'arrondissant en guirlande, tournait autour de ce débris, emportée dans le tourbillon joyeux d'une danse rapide. Et alors la rosée des paroles du vieillard tombait plus enivrante encore. Sa poignante ironie rappelait les ouvriers de ruines à leur œuvre ; et il leur demandait ce qu'ils avaient à faire de ces colonnes massives qui gênaient leurs danses dans le temple , de ces portes d'airain qui empêchaient l'air et la lumière d'y circuler; et chaque parole du vieillard était saluée de longs applaudissemens ; et tout ce qu'il condamnait était condamné par la foule : c'était son oracle, son prophète, son dieu. Des mains innombrables secouaient les colonnes, et faisaient rouler sur leurs gonds de fer les portes d'airain, jusqu'à les briser, en mêlant à leur plaintive harmonie les éclats d'une joie bruyante. Cependant le vieillard parlait toujours , et sa parole puissante dominait tout ce drame. Le dôme, à peine soutenu par une colonne restée debout, s'inclinait vers sa ruine, et le vieillard demandait encore : à quoi bon celte colonne? et pourquoi on l'avait timidement respectée? Lui-même donnait le signal d'un nouvel assaut; de ses lèvres coulaient une lièvre de destruction , une ivresse de ruines qui s'emparaient de tous les cœurs. Un rire inextinguible faisait trembler le temple jusque dans ses fondemens; et comme dans le banquet Homérique, des larmes coulaient sur ces
rians visages ; la nuit sombre couronnait ces fronts de tenè])res livides; ces rires se terminaient en douloureux hurlemens : et de san/jlans fantômes , un doi{;t sur la bouche , passaient et repassaient silencieusement à travers la vaste salle. Rien ne rompait le charme, rien ne détruisait le presii{je, et je m'y laissai moi-même entraîner. Le vieillard me disait : admirez ces ruines, et j'admirais les ruines. Le vieillard me disait : applaudissez à ces destructions , et j'applaudissais aux deslruclions. Mon ame n'était plus à moi, elle était dans sa main, il la façonnait à son gré; il trempait mon cœur dans l'absinthe et le fiel, et ma pensée nageait dans une immense ironie. Je trouvais je ne sais quelle âpre volupté à tout abaisser, à tout flétrir. Je pesai dans ma main la cendre des siècles , et je pensai que j'avais peutêtre la main pleine de vertus et de gloire. Je m'écriais : Enorgueillis-toi ! ornement de la création et pâture du sépulcre ; le monde a été fait pour l'honmie , et l'homme a été fait pour le ver. Puis je baissais les yeux vers la terre , et je disais : « La terre est une boue immonde , pétrie par le hasard avec le sang et les sueurs de l'humanité. » Je levais les yeux vers le ciel, et je disais : « Il y a des taches au soleil.»
Alors j'entendis la voix du vieillard qui me criait de croire en lui et de l'adorer. Mais un éclair brilla dans la liue , le tonnerre gronda , et rassemblant toutes les puissances de mon ame , je répondis : Je crois en Dieu.
En ce moment il se fit un bruit immense. Les portes d'airain , cédant à l'effort des bras qui les agitaient, se détachèrent de leurs gonds et tombèrent. Les ténèbres entrèrent dans le temple, et un vent impétueux, mugissant sous ses voûtes, renversa la dernière colonne qui soutenait le dôme. L'édifice s'écroula avec un bruit épouvantable. Tous les échos de l'histoire en retentirent , et le silence des tombeaux en fut même troublé. La tête ironique du vieillard dominait seule ce spectacle d'horreurs. Je cherchais son nom dans mes souvenirs, lorsque le cercueil de Calvin s'entr'ouvrit dans le lointain et je vis que ce cercueil était vide, et une voix sortant de la nuit, plaintive et gémissante , apporta jusqu'à mon oreille celte parole : e Voltaire , les ruines le saluent ! >
Voltaire , Rousseau et Diderot.
La vision avait disparu , le temple était tombé ; j'étais seul face à face avec Voltaire. Sa physionomie n'avait plus celle expression étrange qui tout à l'heure me glaçait le sang dans les veines. 11 attachait de tristes regards sur nos ruines , et une pensée de remords semblait écrite sur son front plissé. Je levai devant lui le voile qui couvrait nos plaies : il recula d'horreur. Je lui montrai notre société s'en allant en lambeaux, n'ayant ni remparts, ni boses, livrée aux quatre vents du ciel, comme une tente qu'un orage a emportée loin du sol; je lui montrai notre littérature qu'il avait tant aimée , se débattant dans le délire d'une furieuse agonie, se tordant dans les convulsions du désespoir. Et Voltaire inclinait sa tête dans des pensées de tristesse et d'anieriume : il accusait deux hommes de ces désastres: c'étaient Rousseau et Diderot. L'un avait tourné la raison du siècle en démence par ses téméraires utopies; l'autre, par ses désolantes doctrines, avait aboli la conscience des sociétés.
Aussitôt les rangs du dix-huitième siècle s'ouvrirent. Rousseau et Diderot s'avancèrent vers nous, et comparurent devant les ruines, comme s'ils avaient entendu l'appel d'une voix qui leur fût connue. Le philosophe de Genève avait , comme
au temps de sa vie, le soupçon et la défiance écrits sur le front. Ses iT(;ards nialveillaus se fixèrent sur le pliilosopiie de Ferney , et le premier mot qui sorlit de sa bouche fut celui-ci : « Quoi î Voltaire accuse Rousseau ! »
Ces deux fiers ennemis se lancèrent un coup dœil dans lequel il y avait toute une vie de haine. Il me sembla voir revivre sous d'autres traits les ora^jeuses colères de Luther et de Calvin. Comme Luther, Rousseau au cœur ardent, à l'ame passionnée, aux sentimens impétueux , bouleverse toutes les bornes ; mais cependant cet ange tombé reste plus près du ciel que son riva!. Les harmonies divines de sa céleste patrie viennent retentir dans son style comme un lointain écho du concert des an(»es. Cette inlelli(jence dans sa chute n'est point tombée les yeux fixéssur la terre, mais les yeux tournés vers le ciel. Ce n'est point une erreur sèche, aride, sans entrailles, qui l'a séduite; son incrédulité était encore une croyance, et, en s'abaissant vers la terre, elle chantait, enivrée de la poésie d'un décevant mensonge, l'hymne de gloire à ce Dieu qu'elle avait quitté, et dont elle voulait retoucher la divine image pour la rendre plus conforme aux rêves de sa créature. Rousseau , dans le philosophisme, est l'asile des âmes tendres et passionnées. Il doute, il est vrai , mais il doute avec amour. Il y a du mysticisme dans cette ame qui descendit quelquefois jusqu'à la superstition en cherchant la croyance^ et qui, emportée par le flux et le reflux de ses opinions indécises , vécut et mourut à la peine : vécut sous la tente et mourut debout , sans s'être jamais reposé dans ce néant moral qu'on appelle l'indifférence. Rousseau avec ses variations , ses rêveries , ses élans de spiritualisme, c'est le Fénélon de l'incrédulité. Connne Calvin, au contraire. Voltaire dessèche tout ce qu'il touche. Son scepticisme (roid et railleur l^it tomber impitoyablement une à une toutes les chastes draperies qui voilent les régions de l'ame. Il a une pente instinctive pour le matérialisme, et il ne cherche point à la dissimuler. Tout ce qui ravale l'homme et l'humilie semble grandir Voltaire tant il le signale avec empressement ! Il appuie sur riunmmité de tout le poids de son immense génie , pour comprimer son élan et l'attacher a la terre. La causticité de son esprit se plaît à effeuiller toutes ces fleurs de l'espérance dont les parfums odoransréjouissentl'ame, et l'emportentsurleurslégersnuages jusqu'au pied du trône de Dieu. Ce poète ne croit en philosophie qu'a la prose, Jl amis son orgueil à douter, parce que le dix-septième s;ècle a cru ; a détruire, $S*ce que le dix-septième siècle a construit. Sa vanité littéraire se reflète dans ses opinions anti-religieuses; les hautes renommées du christianisme gênent sa renommée : Voltaire est l'ennemi personnel de Jésus-Christ. Le mot de croyance lui fait mal , il veut qu'on doute de tout et toujours, en philosophie, en religion, en histoire. Toutes les fois que l'humanité a foi en elle-même, il la raille ; quand elle a foi en Dieu, il la raille encore; il veut qu'elle n'ait foi qu'en Voltaire. Sa nature, comme celle de Calvin, est polie, polie comme le marbre et aussi dure. La nature de Rousseau, comme celle de Luther, est plus farouche , plus emportée, mais elle est meilleure peut-être. Le citoyen de Genève a commis plus de fautes devant les honmies, mais le seigneur de Ferney a plus de torts devant Dieu.
Tandis que je lisais ainsi dans le cœur de ces deux hommes, comme dans un livre ouvert, ils s'étaient approchés l'un de l'autre, et commençaient à se montrer nos débris. El Voltaire reprochait à Rousseau son Conirai social , écrit plus tard dans le sang à bras de révolution, et Rousseau re|)rochait à Voltaire celle société mecani(iue, sans cœur, sans entrailles , dont la vie morale s'est retirée. L'un disait
que tous les malheurs qui avaient suivi venaient de celle exaltation d imaj^inaiion , de celle fièvre de cœur, de ces décevantes idées de sonvcrainelé dont on avait caiessé les oreilles populaires; l'aulre attribuait ces malheurs à cette profonde corruption des consciences qu'on avait saturées d'indifférence et de scepticisme, à l'aide d'une longue ei cruelle ironie, c Triste Heraclite , disait Voltaire à Rous- » seau, vos larmes ont coûté un peu cher à l'humanité! » Et Rousseau répondait à Voltaire : « Gai Démocrite , vos rires ont été payés avec des larmes et du san{j.> Ainsi les deux g^énies de notre chaos en détournaient la face , et reniaient leur œuvre; les deux créateurs de nos ruines reculaient à leur aspect. Et je leur disais : « Coupables, vous l'êtes tous deux , coupables contre Dieu et contre les » hommes. Héritiers de Luther et de Calvin , vous avez pris le protestantisme où » ils l'avaient laissé, et vous lui avez fait faire un pas de.oéant. En cessant d'être une » reU(f\on , il a cessé d'être une apostasie, et l)ien des hommes ont rdjandonné les » croyances de leurs pères, dès qu'ils ont vu qu'on pouvait les abandonner sans
> les renier. Le protestantisme, devenu laïque, a fait tomber toutes les barrières.
> Reg^ardez autour de vous, et voyez les nunes que votre orgueil titaniquea amon- » celées sur nos têtes. Ce doute que Dieu a mis dans l'esprit de Thomme pour i humilier sa raison, pour lui rapj)eler qu'il n'est qu'un dieu mortel, dont les pieds
> sont attachés à la terre ; ce doute , semblable à un voile, tiré entre notre intel- » licence et l'astre radieux de la vérité ; ce doute , qui est la maladie de notre na-
* ture, l'obstacle qu'elle doit vaincre pour devenir féconde, vous l'avez accueilli , « vous l'avez cultivé, vous l'avez honoré , vous l'avez déifié, vous en avez fait une » religion ; vous avez écrit le symbole du scepticisme , l'évangile de l'incrédulité. » Dans la vie morale comme dans la vie matérielle , la première condition de la
> puissance créatrice, c'est la foi. II faut croire à sa patrie pour la défendre; croire » a la \eviu pour la pratiquer. C'est la croyance qui , rapprochant la terre du » ciel , fait descendre sur le front du génie ce diadème de feu dont Moïse était
• couronné en revenant delà monta^jne sainte; c'est la croyance qui, enir'ouvrant » les portes du firmament, au-dessus du divin Raphaël, laissait sou œil d'aigle
» plonger dans les tabernacles de la céleste Jérusalem, et^ devant son regard ins- •
> pire, balançait mollement sur des plaines d'azur la pieuse tribu des vierges » et les chœurs des anges: c'est elle encore qui soulevait à demi le voile de » flamme du sanctuaire, quand la divine madone, se mirant d'en haut sur cette toile
> vivante , y gravait pour jamais son ombre de feu. C'est la croyance, qui trans- » portant dans les hauts lieux le {ïénie de Racine, lui ordonnait de peindre celui » devant qui les célestes puissances courbées sur leurs harpes d'or, se voilmt » la face de leurs ailes, et (jui, versant dans son ame d'ineffables harmonies,
> renvoyait chanter à la terre les hymnes oubliés de l'Eden. C'est la croyance qui » s'asseoit comme une mère empressée auprès du berceau des empires, qui sou- » lient de sa puissante main les peuples et les royaumes; c'est elle qui forme les » gouvernemens , fonde et agrandit les villes : Rome , qui n'était qu'un bour{; ila-
> lien , eut foi dans sa gloire; elle se crut appelée à être la reine du monde, et » Rome fut la reine du monde. Et vous aveugles autant qu'ingrats, vous avez voulu
> étouffer la croyance. Déserteurs de la lumière, vous avez dit à l'ombre qui € marche derrière elle: Vous êtes mon Dieu. Quand l'univers, par ses mille voix,
> crie à l'homme de croire , vous lui avez imposé le doute ; vous avez dit : La vé- » rite s'arrête là où s'arrête mon regard ; vous avez mesuré à la longueur de
LA JEUINE FRAINCE.
i votre bras l'immensilé du bras de Dieu; et la créature, s'adressant au Créateur, » a jeté vers le ciel la parole qui en descendit pour donner des limites à la mer dé- > chaînée; et la iaiblesse humaine, moins obéissante que l'Océan aux vagues in- « finies , a crié à la toute puissance divine : Tu n'iras pas plus loin î > N.
(La suite au numéro 'prochain.)
CHRONIQUE
Faux LouisXVJL — Comédie imnisiérielle.—Du scejHicisme dans les discours de rentrée. — Politique extérieure : Portugal, Espagne, Angleterre -, le ministère Wellington. — Enquête commerciale au j^ro fit des Anglais. — La guerre des douanes déclarée à la France. — Grand mouvement politique masqué par le mouvement commercial.
Sommes-nous destinés à recommencer en tout le bas-empire, et ce siècle étrange doit-il donc, dans ce grand carnaval des folies humaines, voir repasser toutes les démences des âges précédens ? Toujours est-il que , grâce au procès du comte de Pxicliemontquia occupé les quinze premiers jours du mois , nous en sommes aux faux Démélrius.
Esl-il un fait plus malheureusement certain, plus lamentablement incontestable que la mort de Louis XVII ? Toute une génération a assisté à ce déplorable drame. Nos pères ont raconté à nos berceaux les mélancoliques destinées de ce pauvre enfant, à qui les courtisans dirent le jour de sa naissance : Maître, vous êtes né pour commander au monde-, et à qui, quelques années plus tard, Simon, le porte-clé, criait dans son rude langage: dors-tu Capei ? Certes, c'est là l'histoire la plus tristement authentique qui puisse se voir. Chacun sait combien de jours dura cette longue agonie; comment, faute de liberté et de soleil, la jeune fleur se fana à l'ombre des prisons; comment un jour arriva où les geôliers allèrent dire à la république : « Il faudra bientôt songer à se pouiToir d'un cercueil. » La visite des médecins si tardive et si inutile ; ce silence dont l'héritier des rois s'était fait une majesté au milieu de ses misères et de ses haillons , tous ces souvenirs sont présens comme s'ils dataient d'hier , et l'on ne passe point devant l'édifice où s'accomplît ce long martyre , sans que le cœur ne batte plus vile, sans que la nuit ne vous offre pendant votre sommeil , la figure pâle et taciturne de ce Dauphin de France , qui mourut vieux de douleurs , et qui n'avait pas encore treize ans.
Eh bien ! rien n'y a fait ; on n'a point respecté l'inviolabilité de cette tombe. Cet enfant infortuné qui , pour la première fois peut-ctre , a trouvé du repos dans les bras du sépulcre , on est allé l'y poursuivre: sa mort est aussi tourmentée que sa vie. Ceux là n'ont point voulu qu'il fût roi, ceux-ci ne veulent point qu'il soit mort ; ils lui disputent jusqu'aux larmes qui ont été versées sur sa mémoire ; ils ajoutent des jours à sa destinée pour compromettre le petit fils de Louis XIV le grand roi ; le fils de Louis XVI le martyr, le fils de Marie-Antoinette la sainte reine , pour le compromettre dans une accusation d'escroquerie ! Honte sur ce siècle, car ce siècle est infâme ! H brise toutes les renonmiées, il souille toutes les gloires, celles du génie comme celles du malheur. Qui sait ! demain peut-être, il nous viendra un homme qui , après avoir bien répété son rôle , après avoir appris à porter le petit chapeau et la redingote grise disputera les os du grand capitaine au rocher de Saint-Hélène, et dira : Je suis Napoléon !
Il a donc fallu refeuilleler toute la funèbre histoire du Temple, rouvrir les archives du crime , remuer tous ces souvenirs de deuil et de sang. Il a fallu que le dernier gardien du jeune prince vînt rendre témoignage à sa cendre, et qu'il empêchât qu'après lui avoir volé son manteau royal, on lui volât son linceul. Alors s'est présentée une de ces scènes qui mettent des larmes dans tous les yeux, et font courir parmi les spectateurs un sympathique frisson. Le vieillard s'est avancé, et d'ime voix tremblante d'émotion et cassée par l'âge, cet historien oculaire de la longue agonie, a dit les dernières journées de l'orphelin. Puis, éten-
dant tout à coup son bras décharné , et le courbant comme s'il voyait encore se pencher la tête qui s'y posa pour ne plus se relever, il s'est écrié au milieu d'un vaste silence : « C'est sur ce bras qu'il est mort ! »
Quel spectacle et que d'enseignemens dans ce mot ! Certes , ce n'est point là une histoire inconnue , tout le monde la savait dans l'auditoire, et cependant en écoulant le vieillard, tout le monde a frémi. Ce roi de France , n'ayant que son gardien pour soutenir sa tête si légère d'années, et cependant fléchissant sous le poids de la mort ; ce roi de France mourant le dernier de sa famille, ce martyr de la captivité qui , prêt à rejoindre les marfyrs de l'échafaud , entr'ouvre une dernière fois ses paupières à demi closes pour chercher la lumière , et ne rencontre que les épaisses murailles et les ténèbres éternelles d'un cachot; cette vie si courte et si pleine de larmes -, celte naissance entourée de tant d'hommages, et cette mort si abandonnée; cette tombe où l'histoire gravera pour toute épitaphe , une simple phrase qui renferme le plus lamentable exemple du néant des grandeurs et de la vanité des choses humaines : Né à Versailles y mort au Temple j tous ces souvenirs se pressaient dans ce seul mot.
Et après avoir entendu le vieillard le prononcer que restait-il à faire aux juges!^ Il leur restait à donner une larme à cette mémoire , et à déclarer insensé quiconque prendrait ce nom qui est le patrimoine d'un tombeau. Mais non ; au lieu de cela , il a fallu que le pouvoir mélàt le ridicule de ses craintes , et l'odieux de ses rigueurs à cette scène imposante. Il n'a songé ni à Louis XVII, ni à toutes les douleurs que ce nom rappelle. Il n'a vu dans ce procès qu'une chose, c'est un danger pour lui, et il a fait prononcer contre un insensé ^ un emprisonnement de dix ans. Admirable politique qui, en exagérant la peine, ne voit pas qu'elle agit précisément comme si elle voulait enraciner dans l'esprit des gens crédules l'erreur qu'elle veut détruire, et qui recommande à la pitié des indifférens eux-mêmes, à litre de victime , un homme qu'ils auraient méprisé sans cela comme fourbe ou comme fou !
A côté de ce triste retour vers la tragédie de 95 , la révolution de i 850 a placé la plus étrange comédie que le théâtre de la politique ait depuis long-temps offerte. Personne n'est ministre , tout le monde est ministre. Qui veut être ministre ? qui est minisire? C'est lui. — Non, c'est moi. — Non, c'est vous. On se couche simple particulier, on se réveille ministre ; on se couche ministre , on se réveille simple particulier. C'est la folle journée des portefeuilles , ce sont les bacchannales de la politique; il y a de la démence et de l'ivresse dans l'air, et chacun joue à qui perd gagne sa considération et sa renommée. On lire île leur néant les décrépitudes les mieux et les plus justement oubliées. Le pouvoir se prend d'une monomanie d'antiquaire; il lui faut des noms tout couverts de poussière, des gloires sur lesquelles les araignées aient tissé leurs fds. On répète tous les jours à la France qu'elle a de la jeunesse, de la vie, de la chaleur d'ame, et pour la gouverner, on irait volontiers demander un ministère aux momies. Vous avez un catarrhe , à la bonne heure , alors mettez-vous sur les rangs. Mais vous ne serez qu'en seconde ligne, faites d'abord place aux paralysies. Dieu merci ; elles ne manquent point cette année ! IMais ce n'est point assez encore; qu'on découvre une apoplexie, et le minislère introuvable est trouvé. Aussi im rire immense s'empare de la France entière. Chacun en sortant de chez soi , imiie la précaution de M. Mauguin, et dit à son portier : si l'on vient chercher un minisire, dites que je n'y suis pas. Chacun , en voyant revenir un ministère déclaré impossible hier , nécessaire aujourd'hui , répète ce paradoxe qui menace de devenir un axiome. Les sociétés ne vont pas parce qu'elles sont gouvernées, mais quoiqu'elles soient gouvernées.
Et en vérité , il faut que la main d'en haut qui mène le monde pendant que les hommes s'agitent, soit bien ferme et bien sûre pour soutenir les colonnes sociales que ceux-là même qui devraient en être les défenseurs, travaillent à renverser ! Vous vous souvenez des hautes et sahites mercuriales que prononçait d'Aguesseau à la rentrée des cours. Vous avez lucesmonumens de morale et d'éloquence. Que diriez-vous si vous lisiez les harangues de ses tristes successeurs ? Que de rehgion chez lui, chez eux, que de scepticisme ! C'était un chrétien qui parlait à une société chrétieniie ; ce sont des matérialistes qui parlent à une société athée.
Ils déclarent que les croyances sont à bas , que leur règne est fini , qu'elles sont mortes. Les sociétés modernes, disent-ils, ne croient plus à rien au monde , excepté aux lois , c'est-à-dire qu'elles ne croient plus qu'au boiuTeau. Et voyez la démence de ces hommes , voyez la folie des philosophes du siècle. Ils rejettent en même temps les deux puissances extrêmes placées aux deux bouts de l'horizon social : la puissance morale et la puissance matérielle, la religion et la force , le prêtre et le bourreau. Ils ne voient pas qu'il n'y a pas de société possible , sans l'un de ces der.x hommes qui ne se rencontrent qu'en un seul lieu , au pied de l'échafaud , où l'un, ministre de paix et de clémence , va absoudre la victime, où l'autre, ministre de vengeance va la fra[iper. Ils ne comprennent pas que pour affranchir une société du tribut de sang qu'elle paye, il faut la moraliser, c'est-à-dire, la rendre religieuse, et que pour retirer de dessus sa tête le tranchant du glaive , il faut la placer sous la sauvegarde delà croix de Jésus-Christ. Législateurs aveugles autant que présomptueux, imprudens et maladroits architectes, qui bâtissent des ruines sur des ruines , et qui prétendent arrêter les passions humaines avec des formules dépourvues de toute sanction Insensés politiques qui ne voient pas qu'en renonçant à la religion, ils se condamnent à la cruauté; car pour commander aux hommes, il faut avoir derrière soi ou l'espérance, ou la crainte , ou l'évangile ou l'échafaud. Ils devraient se souvenir pourtant de ce mot si profond de M. de Sartine qui, lui aussi, se connaissait en gouvernement : « Depuis que les « Frères de la doctrine chrétienne ont établi leurs écoles, la police du faubourg Saint- « Antoine me coûte cent mille écus de moins. »
Si l'on sort de France; en Portugal le sang coule par le poignard après avoir si longtemps coulé par l'épée , le meurtre , l'incendie et l'assassinat courent les rues , la guerre se détaille en crimes; en Espagne, il y a du moins des drapeaux levés, et c'est sur des champs de bataille que se vide la question. En même temps le monde d'Orient fermente et remue, la Turquie se prépare, l'Egypte s'irrite, et l'Europe observe. En Angleterre , deux opinions rivales se mesurent de l'œil, toutes prêles à entrer dans le champ clos de la session , le whiggisme et le torysme , ces deux éternels ennemis vont se ruer l'un contre l'autre dans une dernière et décisive bataille. O'Gonnel et l'Irlande attendent l'heure de la lutte, et l'antique Westminster s'allume comme une torche immense pour éclairer ce grand duel. Et tandis que nous parlons , par un de ces subits reviremens qui changent la face des affaires ; les whigs tombent du pouvoir, et les tories y remontent. La vieille Angleterre a fait un effort sur elle-même. On dirait que du sein de Westminster en cendres , les ombres de Pitt et de Burke , le sublime renégat d'une opposition subversive , celui qui apostasia si glorieusement l'idolâtrie révolutionnaire devant les échafauds de la France ; on dirait que ces ombres généreuses ont poussé les trois cris homériques qui arrêtent les armées triomi»hantes et qui enchaînent la victoire. C'est un spectacle digne de l'attention des peuples que celui qui vase présenter maintenant! Les torys chassés par les passions, ramenés par les intérêts; l'Angleterre se recueillant à la veille du jour qui verra crouler ou qui préservera l'édifice prodigieux de sa puissance politique , menacé par une révolution sociale , et le grand mouvement européen se présentant sous une face nouvelle depuis que le ministère tory est venu s'asseoir aux affaires dans la Grande- Jhetagne.
Mais la question sans contredit de l'intérêt le plus vif et le plus saisissant pour ce siècle , ou ce qu'il ya de matériel et de positif dans la vie des nations prévaut sur tout le reste, c'est l'enquête commerciale qui se poursuit en France , enquête à laquelle se rattachent les plus vastes et les plus graves questions. Ce n'est point là seulement une affaire d'industrie; c'est une affaire de haute politique, et pour bien l'expliquer, il faut sortir des vues de détail et des petits aperçus.
Nul doute d'abord (|ue la cause de celle enquêle ne vienne du dehors au lieu de tenir à la situation intérieure. La situât ion industrielle et commerciale du pays n'est pasbrillante; mais elle l'était moins encore , il y a deux ou trois années; ce;)endanl on ne fit point alors d'enquêtes, pourquoi donc en fait-on une aujourd'hui? Cela vient d'un faitqiii, d'abord inaperçu a grandi
dans le silence, et commence à frapper tous les yeux. Ce fait , c'est le système de douanes prussien. Ce système n'est autre chose, en politique, que l'unilé allemande en industrie, que l'exclusion donnée à tous les produits de la France , la guerre commerciale faite , non plus par des soldats, mais par des douaniers, un blocus continental établi devant nos frontièresjà l'instar du blocus de Napoléon.On dirait qu'une autre muraille de la Chine s'avance pas à pas de nos frontières. Sur quelques points elle n'en est plus qu'à deux lieues. Or, pour donner une idée de la gravité de cet événement, il faut qu'on sache qu'il esta notre connaissance qu'un de nos plus riches commercans du Nord, est en traité pour acheter au-delà des frontières , un terrain attenant à la Forêt-Noire, où il émigrera avec son industrie, dès que le système de douanes prussien , faisant un dernier pas, sera en contact avec notre territoire.
Qu'on se figure maintenant quel sera l'état commercial de la France placée entre le midi, fermé à nos marchands par la guerre civile qui a mis son épée en travers des Pyrémiées, et le nord , muré devant nos produits par les douanes prussiennes , s'étendant entre nous et l'Allemagne comme une immense barrière.G'est donc en raison de cette position vraiment critique que l'enquête a été décrétée. On a voulu voir si elle fournirait quelque moyen d'échapper au péril, et elle n'a fait que créer de nouveaux dangers en révélant les plaies de la France et en l'exposant aux exigences de l'Angleterre, celte avare et cupide alliée qui , par la voix quelque peu naïve de lord Durham a avoué que la Grande-Bretagne, voulait nous traiter comme le Brésil , c'est-à-dire , en agir avec nous de métropole à colonie.
Mais si cette révolution commerciale se fait sans la France et contre la France , que dire du grand mouvement politique qu'elle sert à masquer.
Préoccupés depuis quatre ans de querelles intestines et de misérables luttes , on dirait vraiment que nous n'avons pas vue sur l'Europe , tant nous semblons étrangers à ce (pii s'y passe. L'éternelle politique de la France a , de tout temps, été de ne souffrir ni dans le nord, ni dans le midi, ni derrière les Alpes, ni derrière le Rhin, une puissance unique, homogène qui, réunissant en faisceau les élémens épars de force et les lambeaux dispersés de territoires, pût lui créer des dangers sérieux. Là est l'explication de ces éternelles guerres d'Italie qui remplissent les règnes de Charles VIII , de Louis XII , de François I" ; là aussi est l'explication de nos guerres d'Allemagne contre la maison d'Autriche , et la pensée politique de trois grands règnes , ceux de Richelieu, de Louis XIV et de Napoléon. La France , pour prévenir ce double danger , usa de tous les moyens, tint tête à tous les périls; elle fit, quand il le fallut , la guerre par elle même, et elle eut toujours soin de se constituer la tutrice et la gardienne de l'indépendance des petits états. Cela alla si lom pour l'Allemagne que François I" envoyait des secours d'argent aux protestans de cette contrée en guerre avec l'empereur , pendant qu'il ftiisait brûler les protestans en France.
Dans le mouvement qui s'opère depuis quatre ans et qui marche lentement, mais sûrement à son but, toute notre politique nationale est mise au néant. Qu'on suive sur la carte ce qui se passe. Il y avait dans le nord trois grandes puissances rivales , la Prusse rivale de l'Autriche , l'Autriche rivale de la Prusse et inquiète des progrès de la Russie. Entre ces trois grandes puissances il y a eu évidemment un compromis. La Russie a eu sa question , c'est la question d'Orient; elle a fait ce qu'elle a voulu à Constantinople , elle s'est agrandie du côté de la Perse, elle a eu la haute inHuence sur tout ce qui est renfermé dans ce tour de compas , et elle a réalisé l'utopie de Catherine de la seule manière qu'on pût la réaliser , c'est-à-dire eu substituant l'intluence à la conquête. L'Autriche a eu aussi sa question, c'est la question d'Italie. Elle a fait avancer ses troupes en dehors des limites qu'elles n'avaient pas encore franchies, elle a occupé militairement les légations , par influence elle peut tout dans le royaume deNaples et dans le Piémont , qui n'est plus qu'une sentinelle autrichienne placée sur nos frontières. La Prusse qui avait souscrit aux développemens des deux puissances , a demandé aussi à avoir sa question, et elle a choisi la question des douanes , peutêtre la plus avantageuse de toutes, car c'est en d'autres termes l'unité allemande. Ainsi, trois pas immenses ont été fai's en Europe par trois puissances, et nous, nous sommes
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restés stalionnaires pour ne pas dire quelque chose de pis. Nous voyons de loin l'Orient devenir Pvusse , nous sommes presses entre une Italie autricbienne, et une Allemagne prussienne, dans ce moment même l'Angleterre nous échappe , et nous ne remarquons pas que nous n'avons rien gagné en iniluence , rien en territoire qui puisse rétablir l'équilibre détruit par ces prodigieux accroissemens.
Ceci mérite qu'on y réfléchisse d'une manière sérieuse. Les plus simples notions de la géographie politique suffisent pour le prévoir : dans un temps donné l'avenir de la France sera compromis, sa sécurité territoriale menacée. Celle silualion est plus forte que les hommes qui essaient de la diriger sans la comprendre. Ce ne seront pas les sales intrigues et les vues mesquines des hommes d'affaires , ni les caduques épigrammes de M. de Talleyraud qui nous fourniront une issue. 11 y a quatre ans que chacun songe à soi , il serait bien temps cependant de songer un peu à la France.
Lliistorien de la Jeune Franck,