‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 87 sur 120 · SUPPLÉMENT AU NUMERO DU 5 DÉCEMBRE, M · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT AU NUMERO DU 5 DÉCEMBRE, M

278 LA JEU>'E FRATSCE.

cience d'Iiomme ne se pouvait aliéner làeiienierU aux caprices (riin conducieur, etc., etc. H en aurait dit beaucoup plus encore, sans une bienlieureuse s< cou>se qui, lui prenant la lanfjue entre les dents, le conirai^T^nit à nous faire {]^ràce pour un moment de son intarissable élo(]uence. Je profiuii de cet instant de répit pour lui souiiietire quelques observations. Permettez-moi, monsieur, de redresser encore quelijues erreurs échappées sans doute à la chaleur de l'improvisation. 11 n'est pas vrai que les postillons soient à vous, parce que votre arjjent contribue plus ou moins à les payer. Votre arjjent est a vous tant qu'il est dans votre l our^e; mais au spectacle et ici, dès que, de votre gousset, l'argent est passé dans la caisse des bui eaux , en échange d'un billet ou d'un bulletin , il a cesse d eire vôtre : il » st devenu bien et légitimement la chose du théâtre ou des messageries. C*«'St l'argent de la direction ou de l'administration, qui seules en payent tout ce monde d'employés et d'artistes qui vous aujusent, de postillons et de chevaux (pii vous conduisent; tout ce matériel de harnais et de costumes, de décors et de voilures destines à tuer pour vous les heuies, ou à rapprocher les distances. C'est l'administration qui paie, c'est à elle d'ordonner. Votre contrat est avtc elle, et non point avec le postillon. Quant à dire que celui-ci est citoyen avant tout, a pi*d , j'en tombe d'accord; à cheval et en unilorme, je le nie. Il est postillon alors, et seulement cela. S'il a\ait dans le service une volonté qui ne t"ùt pas celle du conducteur, mal en prendrait certes à l'équipage. Supposez, dans un onh^sire, unuiUsicien qui , sous prétexte que sa conscience d'artiste se retuseà le laisser jouer un passage dans te! ou tel ton , l'exécuterait en si pendant qu'on raccompa<;ne en ré. i\e serait-ce point beau ? Voila t^ut juste ce que vous pi étendez. — Quoi, monsieur! c'est nous qui faisons vivre tout ce monde (pii nous conduit; c'est nous(|ui payons pour être voitures, et nous ne pourrons pas dire comment nous entendons l'èire. — ^on , monsieur; votre contrai avec raihuinistratiou n'est pas ce'a ; elle s'engage à vous mener à destination , en conciliant, avec ce qu'exigent votre commodiie et votre sùrete personnelle, le plus de promptitude possi!)le. Ces conditions assurées , le reste est son allaire. A vous le but , a elle les moyens dexecution. Vous comprenez, du reste, que s'il lui fallait consulter chaque passager, et mettre d'accord tant de volontés ou d'intérêts divers, nous courrions ns |ue de lester en route. — Et la majorité, n)onsieur î — La majoiiie peut faire et fera certainement des sottises; elle n'a pas le droit d'à Heurs, ifùi-elierunanuiiilé moins un , de changer le contrat primitif , sur la foi duquel nous nous sommes tous embarqués. Ml's allaires, par exemple, m'appellent dans trois ou (juatre villes portées sur f itinéraire : c'est le passage par cette route que j'ai voulu, que j ai paye; dépend-il du caprice delà majorité de me l'enlever? — Eh! mais vou> êtes libre. — De continuer la route à pied ou de payer une autre voilure. J'entends. Mais cela est-il juste? — Monsieur, monsieur. Nous sommes les plus sa;fes, puisque nous sommes les plus nombreux , et je suis bien bon de perdre mon temps à vous écouter et à vous répondre. Pendant ce temps, tes chevaux avaient été de f.irce conduits dans le mauvais chemin. Les honiujes de la rotonde, furieux, menaçaient de tout liriser , de tuer postillon et conducteur, si Ion essayait plus long-iemps de résister a leurs volontis, et t'orce avait été de leur obéir. L'équipage s'avançait au pas sur une route défoncée, à chaque instant embourbe , jeie d un trou dans une ornière , d'une ornière sur un caillou enorn.e , et dix fois en cinquante pas, menaçant de se perdre corps et bi n dans l'abîme qui ! ordait la chaussée. — Eh bien I nous cheminons, me dit mon interlocuteur radouci. Les couimencemens sont difficiles; mais il y a de ce côté quatre grandes lieues de moins que de l'autre, et c'est quelque chi>se. — Oui; mais le chemin ordinaire se fait en deux heures de moins, c'est quelque chose aussi. Et par ici, d'ailleurs, il n'est pas sur qu'on arrive. — Allons, vous êtes un alarmiste. Si nous versons , on nous relèvera. j\e faut-il pas d'ailleurs quelque événement a un voyage? Une chuie, dts volt urs, une intrigue amoureuse , une roue brisée , cela fait épisode : c'est pour égayer le trajet, qui serait sans cela fort ennuyeux. — A votre aise, monsieur, vous pouvez rire de l'embairas où vous nous niettez, vous qui me paraissez ne tenir à neu ; mais tous ces honnêtes gens ne pensent peut-être pas de même. — Ils n'ont rieu dit. — • C'est qu'ici, comme ailleurs, cette classe des honnêtes gens, nombreuse, mais insou-

ciante ou llmide, aimant la paix, crai{;nani le hrult, est la pire espèce que je connaisse. S'ils ne font pas, iU laissent faire, ce qui revient absolument au même. — Donc à nous la majorité; je vous l'ai cUt : Nous sommes les plus habiles et les plus sa}[ps , et nous voulons constituer enfin cette pauvre dilijjence. — Constituer ! Alais » monsieur, vous supposez une absurdité; si cette voilure n'était pas constituée, ce ne serait pas une diligence, ce ne serait rien. Elle existe, donc elle est constituée. Depuis le temps «ju'elle court sur cette route sans encombre , pensez-vous qu'elle y chemine au hasard? JN*a-t-elIe pas ses quatre roues, sa caisse, son limon, che\aux, postillons et conducteur? N'a-l-elle pas son réjjlement intérieur, ses instructions , son itinéraire? Constituer, c'est chan/^er que vous voulez dire ; déplacer, au risqu»' d'étie plus mal ; c'est détruire ce qui existe pour le plaisir de recommencer la uiachine au hasard... Grande folie, certes, et que beaucoup de nos voisins avec moi n'approuveront pas. — El qu'importe , SI le nombre est pour nous? — En étes-vous là déjà, monsieur? Celte parole ne sera pas perdue. Vos amis de la rotonde ont de bonnes oreilles pour la recueillir et des bras pour en profiler. D'autres sont tombés, qui vous blessaient, en disant nous sommes les plus riches ; vous tomberez à votre tour, vous qui dites nous sommes les plus sajjes, sans vous in(]i.iéter d'avoir pour vous la justice et la vérité ; vous tomberez devant ceux-là qui vous diront nous sommes les plus forts. — Quoi î ces brutaux entassés à l'arrière ? Et que savent-ils de leur force? Nous nous en servons a condition de la dirié;er. Nous ne les démuselons un moment que pour les remuseler ensuite, et nous ne les craignons pas. — Gela suffirait à me prouver que vous n'êtes pas sages. Vous leur avez appris ce matin a briser une cloison, et je ne pense pas qu'ils se fassent faute d'en briser d'autres (juanJ la fantaisie leur en prendra. Eux aussi voudront constituer la voiture à leur guise, et ne permettront pas que le sort n'ait de places que pour vous.

J'ach ment ebi

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