‹ L'éclairage a ParisChapitre 2 sur 109 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

C'est enfin à Paris que Lebon fit ses premières expériences sur la fabrication du gaz et c'est dans un atelier parisien qu'a été réalisée, par M. Gramme, la première machine électrique réellement pratique et industrielle.

En matière d'éclairage Paris s'est donc toujours maintenu à Pavantgarde du progrès. Jamais les autres capitales n'ont pu l'égaler et les étrangers admirent sans restriction nos lignes de feux si heureuses et nos superbes candélabres, toujours entretenus avec une propreté parfaite.

L'éclairage, qui joue dans la vie de la grande cité un rôle aussi considérable, a nécessité la construction d'usines énormes, dans lesquelles s'engouffrent, chaque jour, des trains entiers de charbon. Sous le sol d'immenses canalisations ont été posées. Quant aux appareils producteurs de lumière ils ont crû, dans des proportions incroyables, et en nombre et en intensité.

Parmi les industries qui concourent à l'éclairage de Paris celle du gaz a su, depuis longtemps, se tailler la plus large place. 11 est peu de sociétés industrielles aussi puissantes, aussi bien organisées que la Compagnie Parisienne du Gaz, Elle occupe 9.000 personnes, possède 9 usines, 878 fours, distille par an plus d'un million de tonnes de houille et distribue le gaz, non seulement à Paris mais encore aux communes suburbaines, par une canalisation de 2.332 kilomètres.

L'industrie électrique, beaucoup plus récente, a fait, dans ces dernières années, des progrès excessivement rapides. De nombreuses sociétés ont été autorisées à distribuer aux habitants l'énergie électrique; la Ville, elle-même, a donné l'exemple en construisant des usines municipales; avant peu toutes les voies principales seront canalisées.

Alors que nos usines à gaz mettent en œuvre des procédés de production absolument identiques, la plus grande variété se manifeste, au contraire, dans les grandes usines productrices d'électricité.

C'est, d'abord, que l'énergie électrique peut se produire et se distribuer selon bien des systèmes ; c'est que nous assistons, ensuite, aux débuts d'une industrie et que l'on a commencé à fabriquer de l'électricité sans savoir exactement quelles étaient les meilleures méthodes à appliquer.

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On rencontre donc à Paris rélectricité sous ses principales formes : courants continus à basse et haute tension, courants alternatifs, courants provenant directenient des machines, courants distribués par des accumulateurs, etc..

Les canalisations électriques présentent aussi des différences capitales. Ici, Ion emploie des câbles nus supportés par des isolateurs dans des caniveaux en maçonnerie; là, on a posé directement dans le sol des câbles fortement isolés et protégés par une armature métallique; une autre société se sert de câbles isolés, logés dans des caniveaux en fonte.

Cette grande diversité dans la production et la distribution de l'électricité, si elle n'est pas très compatible avec un rendement économique, est en revanche excessivement instructive. Elle permet des comparaisons très utiles, grâce auxquelles il est possible de déterminer quelles sont, pour une grande ville, les meilleures conditions d'une exploitation électrique.

Le gaz et l'électricité ne sont pas les seuls modes d'éclairage usités à Paris. C'est d'abord l'huile minérale (pétrole et essence), dont l'emploi progresse avec une grande rapidité. Nous rencontrons ensuite l'huile végétale, la bougie et môme jusqu'à l'antique chandelle. Mais ces trois dernières matières n'offrent plus aujourd'hui qu'un intérêt ass^z minime. On en brûle de moins en moins et c'est à peine si elles produisent les quatre centièmes de la lumière artificielle consommée par la capitale.

La grande importance de l'éclairage à Paris justifie la publication de cet ouvrage. Non seulement il renseignera complètement les Parisiens sur les détails d'une organisation dont ils doivent être fiers ; mais il ne sera pas sans intérêt, du moins nous l'espérons, pour tous ceux qui s'intéressent à l'art de l'éclairage ou à ses applications. Dans ce but nous avons très souvent élargi notre cadre et, par des considérations d'ordre général, nous nous sommes efforcé d'aboutir à des conclusions susceptibles d'être appliquées partout.

Le plus grand nombre de nos chapitres est naturellement consacré au gaz et à l'électricité. Nous envisageons successivement leur production, leur distribution et leur utilisation. Les grosses questions se ratta-

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chant au monopole de la Compagnie Parisienne du gaz et aux difficultés auxquelles a donné lieu l'interprétation de son cahier des charges offrent de l'intérêt, non seulement pour les Parisiens, mais encore pour les municipalités qui sont liées d'une façon analogue avec des Sociétés d'éclairage. Nous leur consacrons un chapitre spécial. Nous examinons de même, avec détail, la situation administrative des Compagnies d'électricité. Enfin, après avoir passé en revue les procédés d'éclairage autres que le gaz et l'électricité, nous étudions spécialement l'éclairage des voies publiques au point de vue de. la répartition de la lumière sur le sol. C'est là une considération qui a son importance, surtout avec les gros foyers intenses employés depuis peu.

Ainsi limité notre travail eût été incomplet. Nous avons tenu, par un historique rapide, à mettre sous les yeux du lecteur la série des progrès accomplis. Comme on le verra, le pas franchi est immense. Il est peu d'arts, en somme, où le génie parisien se soit manifesté avec autant d'éclat.

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