CHAPITRE VI
Situation générale de la production éleclrique. — Eléments principaux d^une station centrale : (a) Production de la vapeur ; (b) Moteurs ; (c) Dynamos ; {d) Distribution de rélectricité. — Classification des secteurs et stations centrales. — Secteurs de la Société anonyme d*éclairage et de force : (a) Physionomie générale et système de distribution ; (b) Accumulateurs ; (c) Usine de Saint-Ouen ; (d) Usine du faubourg Saint-Denis ; (e) Usine du boulevard Barbes ; (/) Usines de la rue des Filles-Dieu, de la rue de Bondy et de la Villette. — Secteur Edison : (a) Physionnomie générale et système de distribution ; (b) Usine du faubourg Montmartre ; (c) Usine de l'avenue Trudaine ; (d) Station secondaire de la rue Saint-Georges. — Réseau et Usine du Palais-Royal.
Situation générale de la production électrique. — Nous avons vu que réclairagc électrique de Paris avait été concédé à six Sociétés, exploitant chacune un secteur dont nous avons donné les limites générales*.
Nous avons dit également que le Conseil Municipal avait fait installer dans les sous-sols des Halles Centrales une grande usine exploitée en régie et destinée à alimenter une certaine zone du centre constituant le réseau municipal.
Pour faire connaître exactement la situation de Paris au point de vue de la production électrique il nous reste à signaler, d'abord la station centrale du Palais-Royal, puis, un certain nombre d'installations éclairant soit des jardins et des bâtiments communaux, soit des théâtres et des bâtiments appartenant à des Compagnies ou à des particuliers.
C'est ainsi que le parc des Buttes-Chaumont et le parc Monceau sont alimentés chacun par une usine spéciale. 11 en est de môme des jardins du Champ-de-Mars, bien que l'éclairage y soit intermittent.
* Voir Chapitre Premier, page 15.
L'Hôtcl-de- Ville est le premier établissement municipal qui ait été pourvu d'une usine d'électricité. Comme nous le verrons par la suite, des usines ont été également créées aux Entrepôts de Bercy et aux Abattoirs de la Viliette.
Tous les grands théâtres de'Paris sont maintenant éclairés à rélectricité ; mais bien peu ont conservé leurs propres machines, installées à la lïîUe, au lendemain de la catastrophe de TOpéra-Comique. Les directeurs, au moins pour les installations modestes, ont eu un intérêt évident à s'adresser aux secteurs dès qu'ils ont pu se brancher sur les canalisations publiques. — La plus importante des installations actuelles est celle de l'Opéra ; sa puissance dépasse 1.000 chevaux.
Parmi les gares, celles de Lyon, de l'Est, d'Orléans, ainsi que les deux gares de la Compagnie de l'Ouest (Saint-Lazare et Montparnasse), sont éclairées à l'aide d'usines importantes, spéciales à chacune de ces gares. La gare du Nord reçoit au contraire son courant de l'un des secteurs de Paris, celui de la Société anonyme d'éclairage et de force.
Il existe enfin un certain nombre de grands magasins tels que : le Louvre, le Bon Marché, le Printemps, etc.... ou de grands hôtels (Continental, Gmnd Hôtel, Terminus, etc ) qui n'ont pas hésité à remplacer le gaz par rélectricité, en établissant dans leurs caves ou leurs sous-sols de vastes usines, comparables, par leur importance, à de véritables stations centrali^s.
Quant aux petites installations particulières, elles étaient, il y a peu de temps, encore très nombreuses. Beaucoup de commerçants fabriquaient en effet, directement, à l'aide de moteurs à gaz, l'électricité nécessaire à Téclairage de leurs magasins. Toutes ces petites installations sont destinées à disparaître, au fur et à mesure de l'extension du réseau public d'électricité.
En fait, à part quelques centres de consommation très importants, comme les gares, TOpéra, les grands magasins, quelques hôtels, etc.... qui ont économie à s'éclairer eux mêmes, on peut dire que l'éclairage électrique de Paris est assuré par les six secteurs, y compris Tusine du Palais-Royal et par le réseau municipal * .
C'est déjà une simplification et une amélioration. Mais il n'en est pas moins évident que le système actuel, qui a été établi, par prudence, à une époque où Ton ne pouvait dire quels étaient les meilleurs procédés de production et de canalisation de l'électricité présente encore bien des inconvénients. Ceux-ci résultent surtout de la multiplicité des usines productrices d'électricité, situation peu compatible en effet avec des rendements économiques, et de l'importance relative des frais généraux.
Nous allons examiner successivement les divers secteurs et les slatîons
* Nous omettons à dessein un petit réseau aérien exploité dans les 3* et 4* arrondissements, par MM. Tschiéret et Puciis. C'est que le nombre des abonnés desservis est très limité. L*autorisation accordée est d'ailleurs essentiellement précaire et révocable.
174 L'ÉCLAlRAriE A PARIS
centrales de Paris. Nous retrouverons plus loin les autres installations, en nous occupant des éclairages qu'elles ont permis de réaliser.
Eléments principaux d'une station centrale. — Pour pouvoir apprécier plus rapidement les qualités respectives des diverses usines de Paris, il est bon de déterminer comment devrait être organisée, maintenant, une station centrale type.
On sait que, dans Tétat actuel de nos connaissances scientifiques, il n'existe qu'un seul moyen industriel de fabriquer l'électricité. C'est de mettre en mouvement des dynamos, — soit avec des moteurs à vapeur ou à gaz, soit avec des moteurs hydrauliques.
Les moteurs hydrauliques ne peuvent être employés à Paris attendu qu'il n'y existe pas de chutes d'eau disponibles.
Quant aux moteurs à gaz, malgré tous les perfectionnements qu'on leur a fait subir, ils ne sont pratiques et économiques que pour la production de petites forces'. Ils n'ont donc pas leur place dans une station centrale où l'on doit pouvoir développer plusieurs milliers de chevaux.
Il ne reste en définitive à la disposition des électriciens que l'emploi des moteurs à vapeur*.
Une station centrale comprend, par suite, comme éléments principaux :
!• des chaudières qui fabriquent de la vapeur ;
2* des machines qui transforment la force élastique de la vapeur en travail mécanique ;
3» des dynamos qui transforment le travail mécanique ainsi produit en énergie électrique.
Nous allons examiner successivement ces trois étapes de la production du courant électrique.
{a) Prodiiction de la vapeur. — La vapeur s'obtenant en chauffant de l'eau avec du charbon de terre, il est nécessaire que le prix de ce combustible soit aussi bas que possible.
On a donc intérêt à avoir de grandes usines, afin de pouvoir passer de forts marchés et à les placer dans le voisinage immédiat d'un chemin de fer ou d'une voie navigable. On peut alors amener le charbon directement aux chaudières et économiser des frais souvent considérables de manutention et de camionnage. Ces conditions ne se réalisent guère qu'à la périphérie de Paris, extérieurement aux fortifications.
* Avec du gaz à 0',30le mèlre cube, prix payé par les particuliers à Paris.
^ Les machines à vapeur ont l'inconvénient de n^utiliser que 8 à iO o/o de la chaleur dégagée par les combustibles employés au chauffage des chaudières. 11 n*est pas impossible que Ton arrive à fabriquer des machines ayant un rendement thermique plus satisfaisant. Nous devons citer dans cet ordre d'idées les recherches faites par divers constructeurs sur le remplacement de la vapeur par de Tair chaud.
On pourrait faire remarquer que, dans ce dernier cas, on a encore Favanlage de ne pas payer de droits d'octroi sur les charbons (7f,20 par tonne). Mais nous verrons plus loin que cette économie ne peut entrer que partiellement en ligne de compte, attendu qu'alors le prélèvement de 5 ^/^ opéré par la Ville sur les produits bruts de la concession est augmenté de 1 o/o.
Il faut, en second lieu, que l'eau d'alimentation des chaudières puisse être obtenue abondamment et à bon marché. C'est donc une mauvaise opération, par exemple, de se placer en un point où l'on n'a à sa disposition que l'eau, fort chère, des conduites de la Ville.
Quant aux chaudières, elles doivent satisfaire aux deux conditions suivantes : produire beaucoup de vapeur pour un poids donné de charbon ; être telles que l'on puisse rapidement les mettre en pression, afin de parer aux variations brusques de la consommation. Ces variations sont assez fréquentes ; il s'en produit par exemple lorsque des brouillards ou de gros nuages bas passent tout à coup sur Paris.
Il existe beaucoup de bonnes chaudières à vapeur satisfaisant à ces conditions. On obtient couramment en employant des réchauffeurs ou des économiseurs ' 9 kilogrammes de vapeur à 7 atmosphères pour 1 kilogramme de charbon.
Les chaudières produisant de la vapeur à 10 et 15 atmosphères sont un peu plus économiques « ; mais leur emploi n'est pas toujours possible. Elles sont généralement d'une conduite plus difficile que celles à basse pression.
Quel que soit leur système, les chaudières doivent être établies conformément au décret du 30 avril 1888. Aussi, a-t-on été amené fréquemment à * adopter pour les usines situées dans l'intérieur de Paris, des chaudières multitubulaires, qui offrent de grandes garanties de sécurité.
(b) Machines à vapeur. — Une machine à vapeur a un rendement d'autant plus satisfaisant qu'elle est plus puissante. Il faut donc adopter de grosses unités. Il est indispensable, dans ce cas, étant donnée la grande consommation de vapeur, d'employer des condenseurs'. Ceux-ci absorbant, pour leur fonctionnement, d'énormes quantités d'eau (environ 80 fois le poids de la vapeur à condenser), il est nécessaire que l'usine soit à proximité de puits abondants ou mieux d'un canal ou d'une rivière.
' Le principe de ces appareils est d'utiliser la chaleur des fumées, avant révacuation de celles-ci par les cheminées, pour chauffer Teau d'alimentation. On peut ainsi amener sa température, avant introduction dans les chaudières, à 100 et 130°.
' Exemple : si, pour produire un poids donné de vapeur à 5 atmosphères, il faut brûler 1.000 kilogrammes de charbon, il n'en faut que 1.650 pour avoir le môme poids de vapeur, mais sous une pression de 10 atmosphères. Il en faudrait au contraire 2.000 si la proportion était conservée.
* Les condenseurs permettent de réaliser des économies de vapeur de 20 à 25 Voi suivant le type de machine.
Le choix entre les divers systèmes dépend des considérations suivantes :
Les dynamos exigent, pour bien fonctionner, des vitesses absolument régulières. Il faut donc que les machines à vapeur elles-mêmes tournent bien régulièrement pendant un temps donné, une minute par exemple, et de plus que, pendant un tour de volant, le mouvement soit bien uniforme.
Les machines à un seul cylindre à simple effets dans lesquelles Tadmission de la vapeur ne se fait que d'un seul côté du piston et dans lesquelles la vitesse du piston diminue par suite à mesure qu'il s'éloigne des orifices d'admission, doivent être proscrites.
Les machines à un seul cylindre mais à double effet et à détente produisent un mouvement plus régulier ; mais on a encore deux points morts correspondant aux changements de marche des pistons. On peut cependant régulariser la rotation en employant de forts volants. Toutefois on est ainsi conduit à mettre inutilement en mouvement des masses énormes.
Une excellente disposition consiste au contraire, à employer deux machines actionnant une même dynamo avec des manivelles calées à 90**. Dans ce cas les irrégularités de mouvement se détruisent.
On a l'avantage, en employant des machines à un seul cylindre, d'avoir des moteurs dont on peut régler la dépense de vapeur suivant les besoins de la consommation, sans que pour cela leur rendement subisse de diminution notable. Elles sont en outre très sensibles à l'action du régulateur, ce qui permet d'obtenir une vitesse de rotation bien constante, malgré les variations souvent considérables de la charge.
Les machines à un seul cylindre s'établissent horizontalement. C'est une disposition excellente, attendu que la surveillance et l'entretien des organes se font alors très aisément.
Comme dans les machines que nous étudierons plus loin les cylindres doivent être entourés d'enveloppes de vapeur. On évite ainsi leur refroidissement, et, par suite, toute condensation anticipée. L'économie réalisée sur le poids de vapeur est alors de 10 à 15 °/o, économie qui permet d'amortir bien vite les dépenses de premier établissement des enveloppes.
Les machines à double ou triple expansion comportent deux ou trois cylindres accolés et disposés de telle façon que la vapeur se détende successivement en les traversant, avant de s'échapper au condenseur *. On étage ainsi la condensation, ce qui pennet d'employer de la vapeur à haute pression et de mieux utiliser la force élastique de cette vapeur.
L'emploi de deux ou trois cylindres permet d'actionner les dynamos avec
* On fait aussi des machines à triple expansion à 4 cylindres. La vapeur entre d'abord à sa pression dans un petit cylindre, elle se détend ensuite dans un moyen cylindre, puis dans deux grands cylindres montés en tandem sur chacun des deux cylindres précédents. On n'a ainsi que deux manivelles.
des manivelles calées à 90^ ou 120*. Dans ces conditions la vitesse de rotation est remarquablement régulière.
Le rendement des machines à double expansion et surtout de celles à triple expansion est très satisfaisant ; mais il ne se maintient constant que lorsque les machines marchent dans des conditions normales de charge. Elles ne conviennent donc pas lorsque Ton a à développer un travail variable. C'est par exemple le cas des stations pour courants alternatifs, car, pendant les instants où la consommation diminue, on n'a pas encore la ressource de charger des accumulateurs.
Les machines à double et triple expansion se montent généralement verticalement. C'est un avantage précieux dans les grandes villes comme Paris, où souvent la place est très mesurée. Mais une telle disposition ne laisse pas que de compliquer un peu la surveillance.
{c) Dynamos. — Les premières dynamos construites exigeaient une vitesse de rotation considérable. On était par suite obligé, pour passer du mouvement relativement lent de la machine à vapeur à celui de la dynamo, d'employer des poulies de renvoi et des courroies. Cette disposition qui est acceptable pour de petites installations, entraîne des inconvénients multiples dans les grandes usines. Aussi a-t-on cherché à actionner directement les dynamos par les moteurs.
On y est arrivé, d'une part en donnant aux machines toute la vitesse compatible avec une bonne utilisation de la vapeur, d'autre part en construisant des dynamos à allure lente.
Le problème peut être considéré actuellement comme résolu et Tonne rencontre plus de courroies dans les nouvelles usines. Les machines verticales à double et triple expansion dans lesquelles les chutes de vapeur sont étagées, se prêtent particulièrement bien aux grandes vitesses. Quant aux dynamos, elles tournent d'autant moins vite que l'induit présente un plus grand développement. On en construit maintenant dont la vitesse de rotation est inférieure à 70 tours par minute et dont le rendement est supérieur à 90 7o-
Le choix à faire entre les dynamos à haute et à basse tension dépend surtout de la distance de l'usine aux principaux centres de consommation.
On sait, que reffet utile d'un courant électrique dépend de deux facteurs : l'intensité I du courant (qui s'évalue en ampères) et la tension E ou force électromotrice de ce courant (qui s'évalue en volis).
Un courant de 1000 ampères et de 100 volts représente autant d'énergie qu'un courant de 100 ampères et 1000 volts.
Plus généralement deux courants E, I et E', T, s'équivalent, au point de vue de l'énergie transportée, lorsque l'on a E X I = E' X T. Le produit E X I est la valeur en wcUls du courant.
Or, quand un courant E, I passe à travers un conducteur de résistance R, il perd, d'après la loi de Ohm, une partie de sa tension égale à RI. Le nombre de watts disponibles à l'extrémité du conducteur n'est plus alors que
(E — RI)I = EI — RK
La quantité d'énergie perdue RI* disparait sous forme de chaleur. On voit qu'elle croît comme le carré de I. Par conséquent on perdra d'autant moins d'énergie dans un câble de section donnée que I sera plus petit, c'est-à-dire que E sera plus grand.
Ainsi un courant de 1000 ampères et 100 volts, passant dans un conducteur de résistance R, perdra un nombre de watts égal à 1.000.000 X R tandis qu'un courant équivalent de 100 ampères et 1000 volts, ne perdra qu'un nombre de watts égal à 10.000 R.
On a donc avantage à employer des courants à haute tension et, parmi ceux-ci, ceux qui se fabriquent et se transportent le plus aisément c'est-à-dire les courants alternatifs. Quant à la tension elle-même, étant donnée la topographie de Paris, elle ne paraît pas devoir dépasser 3.000 à 4.000 volts.
{d) Distribution de rélectricité. — Il est bien clair, cependant, que l'on ne peut songer à distribuer aux consommateurs des courants présentant une tension aussi élevée. S'il en était ainsi, le moindre accident serait mortel. En outre, on ne pourrait utiliser les appareils lumineux actuellement connus (lesquels ne demandent que 110 volts, au maximum) qu'en les mettant en série, ce qui serait inapplicable dans la plupart des appartements. Une transformation du courant est donc nécessaire.
Nous estimons que, si les courants alternatifs à haute tension sont plus commodes à produire et à transporter que les courants continus à haute tension^ une distribution de courants continus à basse tension est, en revanche, bien préférable à une distribution de courants alternatifs à basse tension. Il suffit, en effet, de se rappeler que les courants continus à basse tension sont excessivement maniables, qu'ils peuvent être très facilement employés à la production de la force motrice et qu'ils permettent de charger des accumulateurs, le seul réservoir pratique d'électricité, inventé jusqu'ici.
Nous considérons donc comme une nécessité d'établir, à côté du réseau d'alimentation par courants alternatifs à haute tension (3 à 4.000 volts), un réseau de distribution par courants continus à basse tension.
Mais comment passer de l'un à l'autre?
Actuellement on sait très bien transformer un courant alternatif à haute tension en un courant alternatif à basse tension sans perdre plus de 3 à 5 7o de l'énergie transformée. Les appareils employés, dits transformateurs^ sont d'une simplicité admirable. Ils sont même si commodes, qu'ils ont pu faire passer jusqu'ici par dessus les inconvénients inhérents aux courants alterna-
tifs à basse tension et que certains secteurs n'ont pas hésité à en faire la base même de leurs systèmes de distribution. Mais est-il donc impossible de les modifier de manière à leur faire engendrer des courants continus? N'oublions pas que nous sommes, pour ainsi dire, aux débuts de Télectricité. Peu à peu s'écarteront les voiles qui obscurcissent encore beaucoup de phénomènes. Cette force invisible et fugace n'échappera pas aux équations des mathématiciens et leurs conquêtes théoriques ne manqueront pas de fournir de nouvelles armes à ceux qui tournent plus modestement leurs efforts du côté de la pratique.
D'ailleurs, dans l'ordre d'idées où nous nous plaçons, des résultats très satisfaisants ont déjà été obtenus. Nous voulons parler d'un appareil imaginé par MM. Leblanc et Hutin qui, s'il tient ce qu'il promet, permettra de résoudre avantageusement le problème.
On est donc amené, finalement, à concevoir l'éclairage électrique de Paris comme réalisé par de puissantes usines réparties à sa périphérie et placées dans le voisinage de la Seine ou des canaux et d'un chemin de fer. Les courants produits seront des courants alternatifs à haute tension (probablement des courants polyphasés) dont le voltage ne paraît pas devoir dépasser 3 à 4.000 volts. Ces courants seront amenés dans certains centres de transformation d'où rayonneront des réseaux de distribution à courants continus et à basse tension. C'est dans ces centres de transformation que se trouveront les réservoirs d'électricité, auxiliaires indispensables de toute distribution électrique. Aujourd'hui ce seraient des accumulateurs. Demain, nous disposerons peut-être d'appareils plus perfectionnés, moins encombrants et échappant aux critiques méritées que l'on adresse aux accumulateurs relativement à leur faible rendement (50 à 70 %) et à leur dispendieux entretien.
Classification des secteurs et stations centrales. — Lorsqu'il s'est agi de la production du gaz nous avons dit qu'il suffisait de connaître les procédés généraux de fabrication de la Compagnie parisienne^ attendu qu'on les retrouvait invariablement dans toutes les usines de la Compagnie.
En matière de production et de distribution électrique une telle simplification est malheureusement impossible. Autant de sociétés, autant de systèmes. Force est bien de les étudier tous.
Mais comment se reconnaître au milieu de ce dédale de machines, de dynamos, d'accumulateurs? Evidemment une première classification par secteurs ou réseaux s'impose. A chaque secteur ou réseau correspond, en effet, un système de distribution bien déterminé.
Dès lors, si le mode de distribution est une caractéristique pour chaque secteur ou réseau, rien de plus logique que de commencer par les systèmes les plus simples.
C'est ainsi que nous sommes amené à étudier, d'abord les distributions
180 l'éclairage a pakis
par courants continus à 2, 3 et 5 fils, puis les distributions par courants alternatifs et enfin les distributions mixtes par courants continus et par courants alternatifs.
Nous adopterons, par suite, la classification suivante :
1** Secteur de la Société anonyme d'éclairage et de force, — Distribution par courant continu et à 2 fils.
2** Secteur Edison. — Distribution par courant continu et à 3 fils.
3° Réseau et usine du Palais-Royal. — Distribution par courant continu et à 3 fils.
4° Secteur de la place Clichy. — Distribution par courant continu et à 5 fils.
5* Secteur de la Compagnie parisienne de l'air comprimé. — Distribution par courant continu à 2, 3 et 5 fils.
6° Secteur des Champs-Elysées. — Distribution par courant alternatif.
V Secteur de la rive gauche. — Distribution par courant alternatif.
8* Réseau municipal et usine des Halles. — Distribution par courant continu et par courant alternatif.
Nous verrons plus loin quels sont les emplacements des diverses stations centrales. Dès à présent on peut se faire une idée de la répartition des usines électriques dans Paris en jetant un coup d*œil sur le plan que représente la figure 66. On y trouvera également indiquées les limites de chaque secteur.
Secteur de la Société Anonjrme d'Eclairage et de Force. — [a) Physionomie générale et système de distribution. — Le Secteur de la Société Anonyme d'Eclairage et de Force est délimité : au Nord par les fortifications ; à VEst par le quai Jemmapes et la rue d^AUemagne ; à VOuest par les boulevards Ornano, Barbes, Magenta et la rue du faubourg Saint-Denis; au Sud par diverses rues qui le font pénétrer dans le Secteur de la Compagnie Parisienne de l'air comprimé, jusqu'à Tintersection de la rue Turbigo et de la rue Etienne-Marcel *.
Le Secteur de la Société Anonyme d'Eclairage et de Force ^ bien que n ayant pas une étendue excessive, est alimenté par six usines. Cette division de la production s'explique, jusqu'à un certain point, par le système de distribution adopté (en dérivation et à deux fils) et par la disposition du secteur qui présente certaines zones de consommation assez déterminées. (Grands boulevards. — Quartier de Clignancourt. — Quartier de La Chapelle et gare du Nord. — Quartier de la Villette.)
11 convient, en outre, de remarquer que l'une des usines ne concourt que d'une façon indirecte à l'éclairage du secteur. Son rôle se borne, en effet, à
^ Voir la flgure 66.
^f9^ mtmMpa/m mi m^mnaU dm
Plan de Paris donnant les limites des secteurs, les ci appartenant à la Ville ou t
Figure 66.
Bcemenls c
^rei'airant des établissements municipaux.
^fuplacemenls des stations centrales et ceux des usines électriques
transmettre de la force motrice à deux des usines et, pour cette raison, elle a pu être placée extérieurement à Paris, dans le voisinage de la Seine et h proximité d*un chemin de fer. C'est à Saint-Ouen-les-Docks que s'élève cette usine. Les deux usines auxquelles elle est reliée sont Tusine du boulevard Barbes (N° H) et. celle du faubourg Saint-Denis (N°183). Ces usines reçoivent de Saint-Ouen du courant continu à 2400 volts et le transforment, à Taide de réceptrices et de génératrices, en courant continu à HO volts.
Les autres usines, savoir, celle de la rue de Bondy n* 70, celle de la rue des Filles-Dieu n® 13, et celle de la Villette (quai de la Loire n** 1) marchent exclusivement à la vapeur.
On peut se demander pourquoi le système de la transmission de la force n*a pas été appliqué à ces dernières usines. En ce qui concerne Tusine de la rue de Bondy, la question ne peut être discutée, puisqu'elle a été établie avant la constitution du secteur, spécialement pour Téclairage des théâtres de la Renaissance, de la Porte-Saint-Martin, de TAmbigu et des Folies-Dramatiques. Pour les deux autres, l'emploi de la vapeur se justifie par leur éloignement de l'usine productrice de force motrice. Au surplus, la production du courant par réceptrice et génératrice, telle qu'elle se fait sur le secteur de la Société anonyme d'Eclairage et de Force, est d'une économie discutable. Le rendement final paraît plutôt inférieur à celui que l'on obtient avec des machines à vapeur, et c'est probablement cette raison qui a décidé la Société à adjoindre, à l'usine du faubourg Saint-Denis, lorsqu'elle a dû l'agrandir, non des moteurs électriques, mais des machines à vapeur de 150 chevaux.
Le matériel employé dans les usines de Paris présente une uniformité satisfaisante. Les réceptrices sont du système Marcel Deprez, à double anneau ; elles actionnent chacune deux dynamos. Les moteurs à vapeur sont de belles machines verticales de 150 chevaux, à triple expansion, mettant en mouvement des dynamos Desroziers. Enfin les chaudières appartiennent toutes au même type. Ce sont des générateurs Belleville, pouvant produire chacun 1.500 kilogr. de vapeur à l'heure, à la pression de 15 kilogr. par centimètre carré.
La distribution se fait à deux fils par courant continu à 110 volts ; les câbles de distribution sont alimentés par des feeders qui les relient aux usines. Il n'y a pas un réseau distinct pour chaque usine. Le réseau forme un tout complet et les usines peuvent s'entr'aider mutuellement. Les canalisations sont formées par des câbles nus en cuivre, supportés par des isolateurs en porcelaine et logés dans des caniveaux en maçonnerie.
La transmission du courant continu à haute tension produit par l'usine de Saint-Ouen, aux deux usines du boulevard Barbes et du faubourg Saint- Denis est assurée par 3 feeders qui suivent les voies de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Les câbles sont aériens et communs jusqu'à la rue
Ordener. A partir de ce point, où Ton a d'ailleurs établi une cabine de commutation, ils se dédoublent. L'une des ramifications continue à suivre les voies du Nord pour aboutir h l'usine du faubourg Saint-Denis. L'autre se dirige sous trottoir et dans un caniveau en maçonnerie jusqu'à l'usine du boulevard Barbes.
Les câbles aériens pour haute tension sont nus. Ceux que l'on a placés dans des caniveaux sont au contraire fortement isolés au caoutchouc. Ils reposent de plus sur des isolateurs en porcelaine.
[b) Accumulateurs. — La Société anonyme d'éclairage et de force a, dès l'origine, employé des accumulateurs. Ils lui servent à la fois comme appareils de réglage et comme réservoirs d'électricité. Les dispositions adoptées pour obtenir ce résultat sont les mêmes dans chaque usine. Elles sont
Figure 67.
Usines de la Société anonyme d'éclairage et de force. Mode d'emploi des accumulateurs.
représentées schématiquement par la figure 67. Le tableau de distribution comprend 12 barres -h numérotées de 55 à 67 et une seule barre — . La batterie d'accumulateurs est installée, en dérivation, entre les barres -+- et la barre — ; mais, à chaque barre 4-, correspond Un nombre variable d'accumulateurs. Ainsi il y a 55 accumulateurs entre la barre — et la barre 55 ; 56
entre la barre — et la barre 56 et ainsi de suite jusqu'à la barre 67 qui peut être alimentée par 67 accumulateurs*.
Si on suppose par suite qu'il y ait arrêt des machines (c'est le cas de la figure) et que le réseau soit exclusivement alimenté par les accumulateurs on voit que chacune des barres H- sera à une tension différente.
Cela étant, rien n'est plus facile que d'obtenir dans les feeders Fi, Ft, et Fs la tension correspondant aux diverses variations de la consommation. Il suffit de les relier à celles des barres -f- dont la tension est égale à celle qu'il faut obtenir.
Cette opération se fait très aisément à l'aide d'un appareil spécial appelé commutateur de réduction ou plus simplement réducteur. C'est une vis sans fin le long de laquelle se déplace un curseur en cuivre qui établit une communication, d'une part entre une barre de cuivre reliée aux feeders, et, d'autre part, avec les différentes barres +. En faisant tourner la vis on amène le curseur et par suite le feeder correspondant à communiquer avec Tune quelconque des barres du tableau.
Plus la consommation du réseau augmente et plus on relève les curseurs. Lorsque l'on est arrivé aux barres extrêmes il devient nécessaire de mettre une machine en route. Soit la machine de gauche. Cette machine peut communiquer par l'intermédiaire de l'interrupteur I avec un réducteur identique à ceux des feeders. On met le curseur sur la barre 67 et lorsque la force électromotrice de la dynamo est devenue égale à la tension de la barre 67 on ferme les interrupteurs. Deux cas peuvent alors se présenter :
!• la machine débite plus que les feeders. Il se fait alors sur la barre 67 un partage d'électricité. La quantité d'électricité qui devient disponible passe à gauche du curseur et charge les accumulateurs. S'il faut alors abaisser les curseurs des feeders on abaisse aussi le curseur de la machine afin que le courant puisse gagner directement les feeders sans passer par les accumulateurs ;
2* la machine débite moins que les feeders. C'est au contraire le courant des accumulateurs qui vient renforcer le courant de la machine.
Lorsque la machine et les accumulateurs deviennent insuffisants on met une nouvelle machine en route. Elle se groupe alors en quantité avec la première.
Deux ampèremètres donnent l'un le débit total du réseau, l'autre la quantité d'électricité débitée ou absorbée par les accumulateurs. Un disjoncteur automatique D protège chaque dynamo pour le cas où, à la suite d'un
* Le groupement est quelquefois diflférent. Ainsi, entre deux barres consécutives, on peut insérer deux ou trois éléments. Mais, le raisonnement est le même dans tous les cas.
affaiblissement de la force électromotrice, il se produirait un renversement du courant, sous l'action des accumulateurs.
Les diverses batteries d'accumulateurs en service dans les usines de la Société anonyme d'Eclairage et de Force peuvent fournir un débit de 40.000 ampères-heure. Elles sortent des ateliers delà Société pour le Travail Electrique des Métaux.
{c) Usine de Saint Onen. — L'usine de Saint-Ouen est édifiée sur un vaste terrain donnant sur la Seine et desservi par un embranchement du chemin de fer des Docks (Compagnie du Nord). Elle peut ainsi recevoir son charbon soit par bateau, soit par wagon ; elle trouve en même temps, dans le fleuve, l'eau nécessaire à la production et à la condensation de la vapeur. Toutefois, en ce point, l'eau est tellement souillée par l'égout collecteur d'Asnières qu'il faut décanter et filtrer avec soin, celle qui sert à l'alimentation des chaudières.
L'usine de Saint-Ouen ne doit pas seulement envoyer du courant continu à 2.400 volts aux stations du boulevard Barbes et du faubourg Saint-Denis. Elle dessert également, par transmission de force, les communes d'Asnières et de Saint-Denis et elle fournit de l'électricité à plusieurs établissements industriels situés dans son voisinage {Société pour le travail électrique des métaux, Compagnie des Wagons-Lits, etc.). Pour ce dernier service une distribution à deux fils et à HO volts était tout indiquée. L'usine contient par suite deux sortes de dynamos. Mais, comme aux heures de faible consommation on n'a pas besoin de beaucoup de force motrice, on fait faire à chaque moteur un service mixte; c'est-à-dire qu'il commande à la fois des dynamos à haute et à basse tension.
Tous les appareils (générateurs, moteurs, dynamos, etc..) sont installés dans un vaste bâtiment très clair et parfaitement aéré. A ce point de vue l'usine est bien supérieure aux usines parisiennes, dans lesquelles il règne presque toujours une chaleur sufTocante. Nous ajouterons aussi que l'emplacement dont on dispose à Saint-Ouen permettra d'accroître autant qu'on le voudra la puissance de production de l'usine. C'est un avantage que l'on ne manquera pas d'apprécier plus tard.
Dynamos, — Les dynamos à haute tension sont à double anneau Gramme. Elles ont été imaginées par M. Marcel Deprez à l'occasion des expériences entreprises par ce physicien, sur le transport de la force entre Creil et Paris. Chaque dynamo peut développer à la vitesse de 600 tours par minute 28 ampères à 2.500 volts. On dispose ainsi de 100 volts pour les différentes pertes. Ces dynamos, très ramassées, sont bien équilibrées. Elles présentent en outre une grande sécurité de fonctionnement et sont très maniables. (Voir figure 69).
Les dynamos à basse tension sont des dynamos Hillairet de 250 ampères et 120 volts. Elles sont munies de balais en clinquant.
Il existe 8 dynamos Marcel Deprez et 4 dynamos Hillairet. Elles forment 4 groupes comprenant chacun 2 dynamos Marcel Deprez et 1 dynamo Hillairet.
Chaque groupe unitaire reçoit son mouvement d'un arbre horizontal que font tourner deux machines à vapeur accouplées sur cet arbre. La transmis-
Dynamo à haute tension Marcel Deprez.
sion du mouvemeiil des niHcljinos à l'nrbn.^ cl de l'arliro aux dynamos m fait par courroies, Cetkulîsposition peu reconiiiiandablo, sera cerlaiiieinent abandonn(:'e si, comme il en est question, la Société se décide à remanier son usine.
Nous ne nous aiT^lerons pas à examiner la faenn dtnit se IVïnt le réglage et la dUlribution du courant à basse tensinn. Comme nous lavons indiqué ca courant esl consommé dans le voisinage de Tusine, c'est-ànlire hors Paris et, d'ailleurs, nous retrouverons les disposifionn employées h Sainl-Ouen, dans les usines parisiennes de la Société. Mais il est nécessaire de d*mner quelques délaib snr le réglage des dynamns à iianlr* tension et snr les manœuvres que comporlo leur grou|)einent en ijuanlilé.
Tout d'abord disons que les dynamos sont excitées par du courant émanant du réseau à basse tension. On restreint ainsi le couranl à haute tension aux seuls anneaux induits el l'on peut proeédei- h l\*xcitatiim des dynamos avec autant de facilité et de sécurité que s^il s agissait de dynamos h tension ordinaire.
Chaque dynamo porte à cet effet deux circuits distincts : Tun sur ses inducteurs qui n'est parcouru que par un courant à basse tension ; Tautre partant des anneaux induits et qui doit résister à une tension de 2.500 volts. Ces deux circuits se rendent à un tableau général de distribution sur lequel se font toutes les opérations de réglage, de mise en route ou d'arrêt. En arrière courent deux barres de cuivre correspondant à Taller et au retour du courant à haute tension. Le courant d excitation est, au contraire, amené par deux barres de cuivre placées sur le devant du tableau. A chaque machine correspond une section du tableau. Ces sections étant identiques, il suffit d'examiner Tune d'elles pour connaître l'ensemble du tableau. La figure 70 représente l'un de ces sous-tableaux. Parmi les appareils indiqués il en est
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Figure 70.
Usine de Saint-Ouen. — Tableau de distribution.
un qui nécessite, de suite, quelques explications. C'est le rhéostat à liquide R. Nous en donnons une vue de détail dans la figure 71. Cet appareil, inventé lors des expériences de Creil, permet, lorsque l'on met une dynamo en route, de ne lancer dans la canalisation le courant produit que progressivement. Inversement, lorsque Ton veut rompre un circuit on peut, grâce à l'appareil, diminuer peu à peu l'intensité du courant. Ces précautions sont indispensables en raison du haut voltage des courants engendrés et pour éviter les
effets de self-induction que ne manquemit pas de produire toute manœuvre trop brusque.
Le principe est le suivant : soient deux parties d'un circuit à réunir. Relions chaque extrémité à une lame de tôle plongeant dans un bac rempli d'eau. Plus les lames seront éloignées et plus sera grande la résistance intercalée sur le circuit et par conséquent moins il passera de courant. En rapprochant ou éloignant les lames on pourra faire varier à volonté l'intensité
du courant. C'est de cette façon qu'agit le rhéostat liquide de l'usine de Saint-Ouen. Use compose d'une auge en bois posée sur des isolateurs et doublée d'un revêtement intérieur en gutta-percha.
Une électrode A formée de trois feuilles de tôle plongeant constamment dans le liquide est reliée à l'un des conducteurs. L'autre conducteur communique avec deux autres feuilles de tôle B, mobiles autour d'un axe horizontal et qui viennent s'insérer entre les feuilles de l'électrode A. On peut ainsi faire varier la résistance en enfonçant plus ou moins dans l'eau l'électrode B. Lorsqu'elle esta bout de course elle vient toucher une barre de cuivre reliée à l'électrode A et le courant passe alors sa^s traverser le liquide.
La manœuvre de l'électrode A se fait à l'aide d'un engrenage E. On remarquera que cette électrode est munie d'un contrepoids qui tend toujours à la soulever et par conséquent à rompre le circuit. On la fixe en place en enfonçant une cheville C dans la roue dentée D qui commande l'engrenage. Revenons maintenant au tableau de distribution. Nous y trouvons d'abord le circuit d'excitation avec son interrupteur t, son ampèremètre a et son rhéostat à contact glissant r. Quant au courant à haute tension il traverse avant d'arriver aux barres collectrices le rhéostat à liquide R. L'interrupteur I et l'ampèremètre A se trouvent sur le circuit de retour. Un voltmètre V permet d'avoir la différence de potentiel existant soit entre les barres + et — , soit entre les fils d'aller et de retour de la machine.
La mise en circuit d'une dynamo se fait de la façon suivante. On ouvre l'excitation en manœuvrant l'interrupteur i. En même temps, comme l'interrupteur i est relié à l'interrupteur I, on ferme le câble négatif de la machine. Dans cette manœuvre la barre B, qui relie les deux interrupteurs
Figure 71.
Usine de Saint-Ouen. — Rhéostat à liquide.
et qui était poussée sous Tengrenage E, de manière à empêcher tout abaissement de l'électrode mobile, a dégagé cet appareil. On note alors la différence de potentiel existant entre les barres -h et — et Ton met en route. Lorsque la machine a atteint sa vitesse, on abaisse Télectrode mobile jusqu'à toucher l'eau. A ce moment le courant de la dynamo commence à circuler. On tnesure sa force électromotrice et on l'amène à égaler la différence de potentiel précédemment observée, en agissant sur l'excitation. Quand ce résultat est obtenu, on manœuvre alors peu à peu le rhéostat liquide et on le ferme à bloc.
Pour arrêter une dynamo on effectue une manœuvre inverse. Les appareils de sécurité sont de deux sortes. D'abord on dispose, pour empêcher toute élévation excessive de courant dans les machines, d'un coupecircuit formé par des fils de plomb fusibles. Toutefois, comme il y aurait un grave inconvénient à ce que le courant fût subitement et complètement interrompu, dans le cas où le plomb viendrait à fondre, on a relié aux bornes du coupe-circuit deux lames de tôle plongeant dans une cuve remplie d'eau et entre lesquelles un courant très faible peut encore s'établir. Ensuite les machines sont protégées contre tout renversement de courant, comme il pourrait s'en produire dans le cas d'arrêt brusque ou de suppression de l'excitation, par un électro-relais formé d'un électro-aimant sur lequel passe le câble négatif de la machine et qui, au moment où le courant change de sens en passant par zéro, met en communication avec les barres d'excitation, un autre électro-aimant qui fait relever le rhéostat liquide*. Cet électroaimant est excité par un circuit qui se greffe sur les barres à basse tension de l'usine.
Moteurs. — Vis-à-vis de chaque groupe de dynamos se trouvent 2 moteurs horizontaux Lecouteux et Garnier de 150 chevaux chacun et à détente Corliss. Leur vitesse normale est de 70 tours par minute. La vapeur est admise à la pression de 6 kilogr. par centimètre carré. Chaque moteur a son condenseur monté en tandem.
Chaudières, — Les chaudières, au nombre de 8, appartiennent au type Roser. Chacune peut produire par heure 2.000 kilogr. de vapeur à la pression de 12 kilogr. par centimètre carré. Un détendeur ramène la pression à 6 kilogr.
Accumulateurs. — L'usine ne possède qu'une petite batterie d'accumulateurs qui sert au réglage de la distribution du courant à basse tension.
^ Ces appareils n'out pas été représentés sur la figure 70 afin de ne pas rembrouiller.
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(rf) Usine du Faubourg Saint-Denis. — Nous commençons la description des usines parisiennes de la Société Anonyme d'Eclairage et de Force par celle de l'usine du faubourg Saint-Denis parce que cette usine contient à la fois des moteurs mécaniques et des moteurs électriques. Nous pourrons ainsi passer plus rapidement sur les autres usines puisque les appareils que nous y rencontrerons auront été déjà décrits.
L'usine du faubourg Saint-Denis touche d'un côté à la rue du Faubourg Saint-Denis, de l'autre à la gare du Nord. Cet emplacement se justifie par cette considération que l'usine doit assurer l'éclairage de la gare et de ses annexes, éclairage qui absorbe une grande partie du courant produit. Le bâtiment qui la renferme contient une salle pour les chaudières, une salle pour les moteurs et les dynamos et une salle pour la batterie d'accumulateurs.
L'électricité est produite par deux dynamos Desroziers de 750 ampères et 165 volts et 6 dynamos Edison de 250 ampères et 165 volts.
Les dynamos Desroziers sont commandées chacune par un moteur à vapeur. Comme elles ne tournent qu'à 160 tours par minute on a pu les accoupler directement aux moteurs par un plateau Raffard.
Les dynamos Edison sont au contraire mises en mouvement par des moteurs électriques. Il y a trois moteurs actionnant chacun directement deux dynamos Edison. Ces moteurs sont identiques aux dynamos à double anneau de l'usine de Saint-Ouen.
Chaque moteur électrique a, comme à Saint-Ouen, un tableau spécial. La disposition des divers appareils de réglage et de manœuvre est sensiblement la même (Voir figure 74). Le circuit d'excitation de la réceptrice alimenté par le courant à basse tension, est commandé par l'interrupteur i et complété par le rhéostat à touche r et l'ampèremètre a. Chaque génératrice prend ainsi son excitation sur les barres à basse tension. On en règle l'intensité avec les rhéostats r. Le courant à haute tension traverse d'abord un coupe-circuit à plomb fusible et à auge, puis un rhéostat à liquide. Sur le câble de retour se trouvent un interrupteur I, solidaire de l'interrupteur t, un ampèremètre A et un coupe-circuit. La manœuvre est analogue à celle que nous avons décrite en nous occupant de l'usine de Saint-Ouen. Il suffit de se la rappeler et d'examiner la figure 74 pour comprendre comment on opère dans l'usine du faubourg Saint-Denis.
Nous ne reviendrons pas non plus sur la façon dont se règle et se distribue le courant à basse tension. Nous l'avons indiquée plus haut, en parlant de l'emploi, par la Société, des batteries d'accumulateurs.
Les moteurs verticaux de 150 chevaux et à triple expansion sont au nombre de deux. Ils sortent de la maisons Weyher et Richemond. Ce sont de belles et bonnes machines. Malheureusement leur grande vitesse nécessite une surveillance assidue et conduit à des frais de graissage assez considé-
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rables. Le condenseur, type de la maison Weyher et Richemond, constitue un organe distinct des moteurs. Il est actionné par une pompe à vapeur.
La vapeur est fournie par deux chaudières Belleville pouvant produire 1.500 kilogr. de vapeur à Theure à la pression de 15 kilogr. par centimètre carré. Un détendeur ramène la pression à 10 kilogr.
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Figure 74.
Usine du Faubourg Saint-Denis. — Tableau de distribution. *
La batterie d accumulateurs est susceptible de débiter 9. 100 ampèresheure. Elle a été fournie par la Société pour le Travail électrique des Métaux,
(e) Usine du boulevard Barbes. — L'usine du boulevard Barbes (n° 11) ne contenant que des moteurs électriques a pu être logée complètement dans un sous-sol. C'est bien là, en se plaçant à un point de vue exclusivement municipal, la véritable usine idéale. Pas de bruit, pas de fumée, pas de trépidations gênantes pour les voisins. Tout se passe silencieusement, propre-
' Dans la figure le conducteur reliant le plomb fusible de droile au tableau doit être descendu jusqu'à la barre inférieure a haute tension.
194 l'éclaikage a pakis
ment, commodément. Plas de ces températures tropicales, comme en produisent le vobinage des chaadières et les loyaux de transmission de la Tapeur. Plus de charbon et aussi plus d*escarbilles.
Ces avantages sont très appréciables. Evidemment ils ont moins de valeur pour une Société qui se préoccupe avant tout de la question économique ; maisy n*esi-il pas évident que ce sont surtout des usines de cette nature que les municipalités devraient encourager? Et, puisque Fintérét public est si vivement intéressé à la production de Télectricité par des moteurs électriques, n'est-il pas permis de regretter que Ton n'ait pas songé à vulgariser leur emploi, dès l'origine, en stipulant, par exemple, une forte atténuation des charges municipales en faveur des usines exclusivement actionnées par des moteurs électriques ?
L'usine du boulevard Barbes comporte 4 n^ceptrices Marcel-Deprez, type de Saint-Ouen (70 kilowatts). Chacune actionne directement deux dynamos. Ces dynamos sont de deux types. Quatre sortent des ateliers Bréguet et fournissent 250 ampères à 165 volts. Les quatre autres sont des dynamos Edison identiques à celles du faubourg Saint-Denis. (250 ampères à 165 volts.)
La distribution se fait comme dans les autres usines. Les accumulateurs, en dérivation sur les barres du tableau, peuvent débiter 3.300 ampères-heure avec un débit normal de 330 ampères à l'heure. Ils ont été fournis par la Société pour le Travail électrique des Métaux,
(b) Usines de la me des Pilles-Dieu, de la rae de Bondy et de la Tillette. — L'usine de la rue des Pilles-Dieu (n» 1S) s'élève sur un terrain excessivement rétréci. Aussi la Société a-t-elle dû la développer en hauteur, en réservant pour le rez-de-chaussée les moteurs et les appareils susceptibles de produire des vibrations importantes. Encore a-t-il fallu, dans ces derniers temps, établir sous les machines une plate-forme en caoutchouc, afin de satisfaire aux vives réclamations qui s'étaient produites dans le voisinage. Les chaudières sont supportées par un plancher en fer qui règne à la hauteur d'un premier étage. Cette disposition ne laisse pas que de compliquer notablement l'exploitation ; les inconvénients sont, il est vrai, un peu rachetés par les avantages que procure la situation excessivement centrale de l'usine.
Nous donnons (figure 75) une coupe des bâtiments. Evidemment de telles dispositions ne peuvent être recommandées. Mais nous avons jugé utile de les représenter pour montrer comment on peut, dans des cas analogues, combiner une installation électrique.
Les moteurs à vapeur (4 moteurs de 150 chevaux) et à tripje expansion de la maison Weyher et Richemond actionnent chacun^ par un accouplement Raffard, une dynamo Desroziers de 750 ampères et 165 volts. La vitesse de rotation est de 160 tours. Le condenseur appartient au type déjà rencontré
dans Tusine du faubourg Saint-Denis. Les chaudières Belleville, au nombre de 4, produisent chacune 1.500 kiiogr. de Vapeur àTheure à la pression de 15 kiiogr. par centimètre carré.
La distribution se fait comme dans les autres usines de la Société. La batterie d'accumulateurs, de la Société pour le Travail électrique des Uétav^c^
Figure 75.
Secteur de la rue des Filles-Dieu. — Coupe. A. Chaudières. — B. Machines à vapeuj. — C. Condenseurs. — D. Chevaux alimentaires. — E. Dynamos. - - . .
distribution.
F. Accumulateurs. — G. Tableau de
peut débiter 10.670 ampères-heure au débit normal de 1.067 ampères par heure.
L'usine de la rue de Bondy (n® 70), la plus ancienne de la Société, contient 4 machines Weyher et Richemondde 150 chevaux actionnant chacune par
courroie une dynamo Desroziei*s de 750ampères et 165 volts. La transmission par courroie s'explique par ce fait qu'au moment de la construction de lusine la maison Bréguet, qui fabrique les dynamos Desroziers, ne livrait que des dynamos tournant à 260 tours. Les moteurs tournant à 160 tours, une transmission par courroie était donc nécessaire.
Les chaudières, du type ordinaire, sont au nombre de 4. La batterie d'accumulateurs de la Société pour le Travail électrique des Métaux, peut débiter 11.000 ampères heure, au débit normal de 1.100 ampères par heure.
Vusine de la Villette (quai de la Loire n^ /j, fort bien installée, ne contient que deux moteurs verticaux de 150 chevaux, 2 dynamos de 750 ampères et 165 volts tournant à 160 tours par minute et actionnées directement par les moteurs à l'aide d'un plateau Raffard et deux chaudières Belleville de 1.500 kilogr. à l'heure. La batterie d'accumulateurs peut débiter 6.000 ampères-heure au débit normal de 600 ampères par heure.
Secteur Edison. — {a) Physionomie générale et système de distribution. — Le secteur Edison a pour limites générales : au Nord : les fortifications ; à VEst : les rues de Clignancourt, Rochechouart, Bergère et d'Enghien ; au Sud : les boulevards entre la porte Saint-Denis et l'Opéra y compris le pâté de la Bourse ; à YOttest : la limite est du secteur de la place Clichy, à savoir : la rue de la Chaussée d'Antin, la rue de Clichy, l'avenue de Clichy et l'avenue de Saint-Ouen *.
La partie de ce Secteur qui touche aux boulevards constitue une zone excessivement dense dans laquelle des théâtres, des hôtels, de nombreux cafés, de grands magasins, ont naturellement besoin de beaucoup de lumière. Il y avait là des clients assurés pour une entreprise d'éclairage électrique. Aussi avait-elle tenté plusieurs industriels et, avant qu'il ne fût question de l'organisation des secteurs, MM. Mildé, Clerc et C*** avaient-ils installé une petite station centrale rue du Faubourg-Montmartre 8, à peu près au centre de ce quartier*. L'Administration n'avait accordé qu'une autorisation absolument provisoire et, à ce titre, elle avait toléré l'emploi de câbles aériens, jetés par dessus les toits.
La Compagnie Continentale Edison a racheté cette usine et, bieA que le terrain sur lequel elle s'élève soit excessivement rétréci elle a pu, en la transformant, lui donner une puissance suffisante pour alimenter tout le centre de son secteur.
Mais, pour faire faceà4a consommation toujours croissante, ainsi que pour
* Voir la carte des secteurs, figure 66.
* Cette usine avait été inaugurée le 20 juin 1887. Elle ne pouvait alimenter plus de 1.500 lampes. Le matériel se composait de 2 locomobiles de 60 chevaux et de 4 dynamos (îranime, type supérieur.
assurer Téclairage des quartiers voisins de la périphérie du secteur, elle a dû créer une seconde usine, avenue Trudaine n** 9. Cette usine se trouve à quelques pas de la rue Rochechouart, limite Est du secteur. Son emplacement est donc défectueux. Mais on sait combien il est difficile de trouver, dans rintérieur de Paris, des terrains convenables pour l'édification d'une usine.
Indépendamment de son Secteur, la Compagnie Continentale Edison éclaire tout Tîlot du Palais-Royal, y compris lé Théâtre-Français et le Théâtre du Palais-Royal. Il s'agit là d'une concession spéciale, absolument indépendante de celle du secteur. Si nous en parlons, dès maintenant, c'est que depuis peu le réseau du Palais-Royal a été relié au réseau général du secteur. L'usine dite du Palais-Royal, joué donc, jusqu'à un certain point, le rôle d'usine de secours par rapport aux autres usines du secteur.
La Compagnie Continentale Edison exploite des courants continus et emploie le système de distribution dit à trois fils. Il consiste à mettre deux dynamos A et R en série et à répartir les lampes de manière que les deux ponts MN et NP soient également chargés. Dans ces conditions, le fil compensateur N n'est parcouru par aucun courant. On dispose d'ailleurs entre chaque pont d'une chute de potentiel de HO volts, soit 220 volts entre les fils extrêmes.
Comme les consommateurs sont absolument libres d'allumer leurs lampes quand ils le veulent, il arrive le plus souvent que les ponts sont inégalement chargés. Il passe alors une certaine quantité de courant dans le fil compensateur. Sa section ne peut donc pas être nulle. Pratiquement, on lui donne une section égale à la moitié de celle des conducteurs extrêmes *.
La distribution de l'électricité ne se fait pas complètement comme l'indique la précédente figure. Le réseau comprend en réalité des câbles de dis-
Figure 76.
Secteur Edison.
Distribution à trois fils.
* L'économie réalisée sur deux circuits en dérivation d'égale longueur, alimentés
séparément paries dynamos A et B est facile à calculer. En e/Te^ puisque le courant aura une tension de 110 volts seulement, les conducteurs devront avoir une section double de celle des conducteurs M el P, et, comme nous en aurons quatre^ leur poids sera égal à huit fois celui d'un des conducteurs M et P ou à 16 fois celui du conducteur N. Le poids total des conducteurs MN et P étant égal à cinq lois celui du conducteur N, on voit que Ton fera sur le poids du cuivre une économie de 11/16.