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CHAPITRE XIII

Gaz portalif. — Gaz d'huile — Pétrole et essence. — Huile Tégélale. — Huiles lourdes. — Bougies et chandelle*. — Ballons lumineux. — Verres de couleur. — Fontaines lumineuses. — Vapeur d*eau colorée.

Gaz portatif. — Au début de rindustrie du gaz la question s'est posée de savoir s'il valait mieux transporter le gaz chez les consommateurs, en lui faisant suivre une canalisation étanche, ou en l'emmagasinant dans des voitures se rendant à domicile.

On conçoit parfaitement que le gaz portatif ait réuni des partisans, à une époque où les canalisations étaient fort défectueuses, et où elles ne se développaient, d'ailleurs, qu'avec une extrême lenteur.

Mais, on a reconnu, de suite, qu'il y avait intérêt à ne distribuer ainsi que du gaz à titre très élevé, afin de répartir les frais de transport sur un plus grand nombre d'unités lumineuses.

Ce gaz spécial était d'abord fabriqué avec des huiles. On l'emportait dans des réservoirs en toile vernissée, montés sur de grandes voitures, et on le faisait passer dans les gazomètres des clients en comprimant la toile à l'aide d'un treuil.

Le prix beaucoup trop élevé des matières premières, les transports onéreux auxquels donnait lieu la distribution d'un gaz à une pression naturellement faible, en raison du peu de résistance des réservoirs, ont fait abandonner cette méthode.

M. d'Hurcourt, puis M. Hugon, ont reconnu qu'il était bien plus économique de retirer le gaz d'un schiste bitumineux dit boghead^ dont il existe des gisements très abondants en Ecosse, et de le comprimer ensuite à une très

forte pression dans des cylindres allongés en tôle, pouvant se loger aisément dans une voiture. Cette industrie existe encore aujourd'hui à Paris. L'usine productrice de gaz est située 104, rue de Charonne. Elle a naturellement perdu de son intérêt depuis que presque toutes les rues de Paris ont été canalisées ; mais elle dessert encore dans Paris un certain nombre de consommateurs. Ses clients sont plus nombreux dans les communes suburbaines, surtout dans celles où il n'existe pas encore d'usine à gaz. Elle fabrique aussi du gaz pour quelques réseaux de distribution, dont l'importance est trop faible pour motiver la création d'une usine. C'est ainsi que les conduites de Marly sont alimentées par des réservoirs de gaz comprimé que les voitures de l'usine de Charonne viennent mettre en charge régulièrement.

Le gaz portatif commence à être un peu oublié aujourd'hui par les Parisiens. Mais il leur a rendu naguère d'incontestables services. A ce titre il mérite plus qu'un souvenir.

Sa fabrication se rapproche beaucoup de celle du gaz. Le boghead est distillé dans des cornues en terre réfractaire chauflTées dans des fours en brique. Il y a 7 cornues par four. Chacune est munie d'une colonne montante plongeant dans un barillet. La distillation du boghead produit des gaz très carbures et des goudrons légers. Ces derniers se déposent, d'abord dans le barillet, puis dans un réfrigérant, formé de tuyaux verticaux entourés d'eau. L'enlèvement du goudron s'achève par le passage du gaz à travers une caisse remplie de coke, sorte de condensateur à choc assez primitif. Quanta l'épuration chimique elle s'opère à l'aide de la chaux. Trois caisses, contenant des couches de chaux pulvérulente, sont successivement traversées par le gaz. Il se rend ensuite dans un compteur de fabrication, puis dans un gazomètre.

La compression se fait dans une salle spéciale contenant un moteur à vapeur et un certain nombre de compresseurs qui portent la pression du gaz à il atmosphères. Des appareils très ingénieux combinés par M. Hugon, permettent d'effectuer cette opération avec toute la sécurité désirable. Le gaz est comprimé directement dans les voitures. Il y en a toujours en attente dans la cour de l'usine. Elles font ainsi l'office de gazomètres. Chaque voiture contient 9 cylindres superposés par rangées de trois. Tous ces cylindres ont 3 mètres de longueur et 0*,40 de diamètre. Ils sont placés dans le sens de leur longueur. Chacun d'eux est relié par un tube en cuivre à une rampe de charge et de décharge comportant manomètre, raccord pour la charge et la décharge, robinets de commande pour chaque cylindre, etc. .. Tous ces appareils sont placés à l'arrière de la voiture (figure 182).

L'installation des abonnés se compose d'un cylindre-réservoir en tôle, d'un régulateur d'émission et d'un compteur. La charge s'effectue très simplement en reliant le réservoir à la rampe de la voiture par un fort tube en caoutchouc. La pression dans le réservoir du consommateur doit être au

maximum de 5 atmosphères. Le régulateur d'émission l'abaisse à 2 ou 3 centimètres d'eau. C'est donc à cette pression qu'est mesuré le gaz consommé.

Le prix de vente est de ! franc le meire nibc. IViipK^s les renseignements donnt^s par les fabricants, le pouvoir éclairant du gaz pnrlalif est égal à 3 fois et demie celui du gaz dislribuc par la Compagnie Parisienne. Le gaz portatif ne serait pas, par suite, plus cher que le gaz couranL

Figure IBi.

Voilure pour hj trajïspart du f»az portatif.

Les meilleurs brûleurs sr>nl le bec Manrliestn\ A deux Irous, le bec papillon, puis le bec cylindriqne, geni'c lîengel ou Argaiid.

Le gaz portatif dt'gage en bi'ulant un peu plus de chaleur que le gaz courant ; mais, comme il en faut tîeaucuup moins pour obtenir une quantité de lumi^re d(^torniint5e il en résulte que les toyers lumineux qu'il alimente produiraient finalement jnni de chaleur. C'est un avantaj^e ; mais c'est aussi un inconviMiieul, car la cuisine par le gaz devient ruineuse avec le gaz portatif,

La fabricatiun du gaz i^orlalif avec le bn^heatl i)roduit un certain nombre de résidus dont la venlc alt*'^nne nulablenieni le prix de j'cvient de la fabrication. D abord nn retire des cornues un coke de bogbead, ressemblant à de l'ardoise friable et qui renferme encore assez d'éléments combustibles pour

pouvoir être employé au chauffage des fours. Malheureusement il produit beaucoup de cendres et on ne l'emploie que mélangé à du coke de houille.

Les goudrons traités dans une usine spéciale donnent ensuite un liquide analogue à de la benzine et qui sert pour le dégraissage.

Enfin, lors de la compression du gaz à Tusine, il se condense dans les tuyaux d'évacuation des carbures d'hydrogène, riches en benzine que Ton soumet également à la distillation. Ces produits sont employés par quelques industriels pour carburer le gaz courant. Mais certaines précautions sont à prendre lorsque Ton veut obtenir un titre constant, attendu que les carbures les plus volatils sont les plus lumineux et qu'ils sont enlevés les premiers par le passage du gaz à travers le liquide carburateur.

Gaz d'huile. — Le gaz d'huile est connu depuis bien longtemps. Mais sa fabrication, qui date des débuts de l'industrie du gaz, avait été peu à peu abandonnée.

On s'est décidé à y revenir pour quelques éclairages spéciaux, depuis 1878, à la suite d'essais concluants effectués en Allemagne.

Le gaz d'huile consommé dans Paris est principalement employé par les Compagnies de chemin de fer qui s'en servent pour l'éclairage des wagons. Celles qui ont adopté ce mode d'éclairage (par exemple l'Ouest, l'Est et la Compagnie de P. L M.) ont construit de petites usines dans lesquelles elles fabriquent elles-mêmes le gaz qui leur est nécessaire.

Le principe de la fabrication du gaz d'huile est de distiller dans des cornues doubles en fonte, portées à la température d'environ 8 à 900*, des matières grasses liquides ou des huiles minérales, telles que l'huile de schiste ou l'huile provenant du raffinage du pétrole. L'huile de schiste est surtout d'un usage courant. Elle coûte, rendue à Paris, 22^,50 les 100 kilogr. et donne de 52 à 5i mètres cubes de gaz par 100 kilogr.

Une usine à gaz d'huile comprend une salle de fabrication comportant fours, cornues, barillet, caisse à goudron fonctionnant comme un collecteur d'usine à gaz et une salle d'épuration renfermant ordinairement un condensateur formé par des tuyaux verticaux de 0°',70 de diamètre, arrosés d'eau extérieurement, un laveur et au moins deux caisses à épuration chimique dans lesquelles le gaz abandonne ses sulfures et son acide carbonique.

Le gaz une fois épuré est mis en réserve dans un gazomètre. Pour le transporter on le comprime à 1 2 atmosphères dans de longs cylindres en tôle, montés sur wagon. On l'amène ainsi dans les gares et on le fait passer dans des réservoirs fixes d'oîi une canalisation en forts tuyaux de plomb le distribue le long des quais. De distance en distance se trouvent des prises de gaz formées d'un robinet et d'un ajutage que l'on peut relier par des tuyaux flexibles à de petits réservoirs en tôle placés sous les voitures. Celles-ci

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emportenl donc avec elles du gaz très fortement comprimé'. Comme les brûleurs usités ue fonctionnent convenablement qu'à une pression très basse (quelques millimètres d'eau) on fait traverser au gaz, avant de le lancer dans la caualisation intérieure de la voiture, un régulateur de pression.

Le gaz (l'huile a un pouvoir éclairant égal à quatre fois celui du gaz de houille. Pur la compression à 12 atmosphères le pouvoir éclairant diminue d'environ un quart.

Généralement on le brûle dans un bec Manchester à deux trous. Sa flamme est alors blanche et lumineuse.

Le gaz d'huile a le grand avantage de pouvoir se conserver pendant longtemps sans s'altérer. Le froid est aussi sans action sur son rendement lumineux.

I^étrole et essence minérale. — Le pétrole et l'essence minérale sont extraits d une huile minérale naturelle que l'on rencontre en de nombreux points du globe, mais principalement en Pensylvanie (Etats-Unis) et dans la région de Bakou (Russie, provinces du Caucase).

Le pi^trole et l'essence consommés dans Paris sont surtout des produits américains. Ceux-ci nous arrivent le plus souvent à l'état brut et Ton en retire le ifélroie et l'essence par le raffinage.

Le raffinage de l'huile minérale consiste à la soumettre à des distillations fractionnées. On l'introduit à cet efifet dans des chaudières en fonte reliées à des serpentins et dont on élève progressivement la température. Les produits recueillis sont les suivants :

i^de i5" hlO% Ether de pétrole, liquide très volatil, de densité 0,65 et qui forme avec l'air des mélanges explosifs très dangereux ;

2" de 75' à 120^ essence minérale ; densité 0,710 ;

3« de loO^^ à 280% pétrole; densité 0,800;

4^ de 280^ à 400% huiles de pétrole, dont la densité varie de 0,820 à 0,830 et qui servent principalement pour le graissage des machines ;

5" Enfin, pendant la dernière période de distillation, on obtient un peu de paraffine et il reste dans les chaudières un faible résidu charbonneux.

L'essent^e minérale et le pétrole sont les seuls produits de la distillation qui soient employés directement pour l'éclairage.

L'essence est très inflammable. "Son maniement est assez dangereux et elle n'est j^ui^re utilisée que dans les petites lampes à éponge, servant spécialement pour l'éclairage des cuisines. Elle prend feu au contact d'une allumelle enflammée.

^ Gênéra1i;ment on arrête la charge des voitures lorsque la pression du gaz cmmagaâiné atteint 7 kilogrammes.

Le pétrole, quand il est pur, est au contraire d'un emploi beaucoup plus commode. 11 doit être incolore et peser au moins 800 grammes au litre. Il ne s'enflamme pas comme l'essence au contact d'une allumette. Le conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine recommande de vérifier souvent que le pétrole présente cette qualité. Il suffît, pour s'en assurer, d'en verser une petite quantité dans une soucoupe et d'y jeter une allumette enflammée ; celle-ci doit s'y éteindre. Tout pétrole destiné à l'éclairage et qui ne soutient pas cette épreuve doit être rejeté comme pouvant donner lieu, par son usage, à des dangers sérieux.

Voici encore quelques recommandations du Conseil d'hygiène. « L'huile de pétrole, alors môme qu'elle ne renferme plus les essences légères qui lui communiquent la faculté de s'allumer au contact d'une flamme, n'en est pas moins une des matières les plus combustibles que l'on connaisse ; si l'on en imbibe des tissus de lin, de coton ou de laine, son inflammabilité est singulièrement exaltée ; aussi son emmagasinage et son débit exigent-ils une grande circonspection. L'huile de pétrole doit être conservée ou transportée dans des réservoirs ou dans des vases en métal. Les dépôts doivent être éclairés par des lampes placées à l'extérieur ou par des lampes de sûreté.

Avant d'allumer une lampe on doit la remplir complètement et ensuite la fermer avec soin. Lorsque l'huile est sur le point d'être épuisée, il faut éteindre et laisser refroidir la lampe avant de l'ouvrir pour la remplir. Dans le cas où Ton voudrait introduire l'huile dans la lampe éteinte, avant son premier refroidissement, il est indispensable de tenir éloignée la lumière avec laquelle on s'éclaire pour procéder à cette opération. »

Le pétrole, de beaucoup le plus intéressant des produits du raffinage de l'huile minérale brute, ne représente en poids que 40 ""j^ de l'huile distillée. On peut se demander aussi pourquoi on n'importe pas de suite du pétrole préalablement raffiné en Amérique, ce qui permettrait d'économiser 60 7o sur les transports. La situation actuelle est surtout une conséquence des droits de douane. Ceux-ci sont en efl*et de 12 francs par *•/« kilogr. pour les pétroles raffinés ou les essences et de 9 francs par 7o kilogr. seulement, pour les pétroles bruts*. La différence de 3 francs existant entre l'une et l'autre taxe est suffisante pour couvrir et au-delà les frais de raffinage. Les produits accessoires du raffinage s'écoulent en outre assez facilement dans l'industrie.

Le pétrole et l'essence minérale sont de plus en plus employés dans Paris. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau ci-après qui résume, pour les douze dernières années, les entrées constatées par le service de l'octroi.

* Ces droits ne sunt appliqués que depuis Tannée dernière. Ils étaient auparavant de 18 francs les Vo kilogr. pour le pétrole brut et de 25 francs les «/o kilogr. pour les pétroles raffinés et les essences,

Pétroles et essences introduits dans paris ^

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