‹ L'éclairage a ParisChapitre 89 sur 109 · H«toi'«f · texte numérisé non relu

H«toi'«f

La [ïroj^rossion, déjà si frappante, serait bien plus accentuée encore, sans les droits énormes qui frappent les pétroles et essences à leur entrée dans Parb. L*(>L troi perçoit en elfet 21^,60 par hectolitre ! En ajoutant les droits de donan*^ mi iirriveà un total réellement excessif. Ainsi 1 litre de pétrole raffiné, dti densité 0,800 doit d'abord payer à la douane 0^,12 x 0,8 = 0',096 et ensuite à Foctroi 0^,216. Total 0^312,'pour un produit dont là valeur en Amérique est d*environ 0^08.

Le pétrole, qui ne coûte en Belgique que 0^,13 à 0^15 le litre, coûte à Paris 0^40 en ^tos et de 0^50 à 0»,55 au détail. Quelques bonnes marques (oriflamme, luciline, saxoléine, etc..) se vendent, en outre, à un prix un peu plus élevé {0^50 en gros et 0^,65 au détail). Ces pétroles spéciaux ne sont que des pétroles du commerce, ayant subi un raffinage plus soigné.

L essence minérale coûte 0^,55 en gros et 0^,70 au détail.

Nous ne nous étendrons pas longuement sur les appareils qui permettent de briller le pétrole ou Tessence. Ils sont aujourd'hui connus de tous. Signalons seulement que, depuis peu, le pétrole à une tendance manifestée s'aristocratiser. On rencontre maintenant dans les salons les plus luxueux de superbes lampes montées sur des supports élevés très ouvragés et qui, dissimulées sous d'énormes abat-jour en soie, produisent au milieu des draperies et des verdures un effet incontestablement très décoratif*.

Il est clair cependant que le pétrole est et restera avant tout le mode d'éclairage le plus usité de la classe ouvrière. A ce titre on doit regretter qu'il

*■ Les chifTres indiqués comprennent tous les pétroles ou essences introduits dans PuriSp Enviran 95 <*/o servent pour Téclairage. Le reste a des applications multiples. Parmi les ^lus intéressantes citons i*emploi du pétrole dans les cuisines, pour le chauffage des fouraeaux — f^mploi qui se généraliserait certainement si le pétrole était moins cher — puis les moteurs à pétrole, moteurs improprement dénommés, attendu qu*iU marchent Èurtùiit avtc de i*essence.

* Ces appan^ils, d*origine anglaise, ont été introduits en France au moment de Texpo* siLlonde ISSU.

soit encore à Paris à un prix aussi élevé. Il n'est pas inutile, non plus, de

faire remarquer que les droits excessifs qui frappent le pétrole atteignent

surtout les petites gens et cela dans une proportion que Ton ne soupçonne

généralement pas.

Considérons par exemple, comme Ta fait M. Delahaye, une ouvrière qui

éclaire ses veillées avec une lampe à pétrole ordinaire, c'est-à-dire donnant

à peu près l'intensité d'une carcel et consommant environ 40 grammes de

pétrole à l'heure. L^ensemble des taxes perçues par litre, c'est-à-dire pour

800 grammes, s'élevant à 0^312, on voit que, pour 40 grammes, elle paiera

0^312 X q7^ = 0^,0156. Soit, pour une année, en supposant qu'elle veille oOO

quatre heures par jour et 25 jours par mois, une somme de 18^72. C'est environ 60 7o d^ ce que lui coûte son éclairage !

Nous venons d'indiquer pour la consommation des lampes ordinaires à pétrole 40 grammes par carcel et par heure. On fait — et le laboratoire municipal a essayé — des lampes présentant un rendement beaucoup plus satisfaisant. Mais ces lampes ont généralement des intensités supérieures à une carcel. Citons, en particulier, la lampe Besnard qui donne la carcel pour 31 grammes, la lampe intensive allemande améliorée par M. Aumeunier laquelle, diaprés les renseignements fournis par le fabricant, dépenserait moins de 30 grammes par heure et par carcel, etc....

Le rendement lumineux de l'essence est moins satisfaisant que celui du pétrole. Cela tient à une plus faible teneur en hydrocarbures et à l'imperfection des appareils lumineux employés. Avec les lampes à éponge on n'obtient la carcel qu'avec une consommation horaire de 70 grammes. L'éclairage à l'essence coûte donc beaucoup plus cher que l'éclairage au pétrole*.

Il nous reste à signaler une application indirecte des huiles minérales à l'art de l'éclairage. Nous voulons parler des carburateurs^ appareils qui permettent de fabriquer, à l'aide d'installations peu considérables, un gaz assez éclairant. Le principe consiste à faire passer un courant d'air dans un récipient contenant soit de la gazoline (l'une des parties de l'éther de pétrole), soit de l'essence, de manière à le bien charger de vapeurs inflammables. Ces appareils servent peu dans les grandes villes. On en trouve à Paris une assez

« On a employé aussi, pendant un certain temps, des lampes à essence analogues aux lampes à pétrole. Elles donnaient la carcel pour 45 à 50 grammes d'essence.

Tout récemment M. Girardet a présenté au laboratoire municipal une lampe A essence dont le rendement est beaucoup plus satisfaisant. Le système consiste à chauffer Tesseuce, à Taide d'un bec auxiliaire, dans un tube où elle est amenée par une mèche en amiante. Le gaz ainsi obtenu est brûlé soit dans un bec à double courant d'air semblable à un bec à gaz d'Argand, soit dans un bec à récupération de chaleur. On obtient dans le premier cas la carcel pour 35 grammes d'essence. Dans le bec à récup ration la consommation d*essence par carcel et par heure s'abaisse à i8 grammes.

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graoïin variété, mais sortout dans les magasins de vente où ils fonctionnent à litre d expérience.

Halle végétale. — L'éclairage à Thuile végétale, si répandu il y a une Imiitaifie d'années est aujourd'hui en pleine décroissance. Ce mode d*éclaini|r^ a cependant dos avantages : ce sont, surtout, une grande douceur de lumièn^ et une sécurité absolue. Mais, comme Thuile coûte deux fois plus cher que le pétrole et que les meilleures lampes à huile consomment au moins 42 fîfammos d'huile par carcel et par heure, on a une grande économie à reinptîicer l'huile par le pétrole. Ajoutons aussi que les lampes h huile sont û^(*z cf^mpliquées, qu'elles coûtent plus cher que les lampes à pétrole et quVUe» &'encrassent très facilement.

Les hiatisliques de l'octroi font connaître, pour chaque année, lepoidsdes hiiî!e«i v»%6tales autres que les huiles d'olive introduites dans Paris. Parmi ce» huile» quelles sont celles qui servent spécialement pour l'éclairage ? Leur proportion n'est pas exactement connue. M. Fontaine estime que le poids *rhiiil*^ consommé chaque année, par habitant, soit pour Talimentation, soit pour ïvtj besoins de l'industrie est constant et égal à environ 3 kilogr. 1 K L<' poitlï^ d'huile employé à l'éclairage s'obtient alors par différence. En adoptant rbvpothèse de M. Fontaine on trouve que l'on a brûlé, pour l'éclairage, l^s poids d'huile ci-après:

Années 1872 8.951 .000 kilogr.

L'Iiuile végétale paie, à Paris, un droit d'octroi de 32^,79 par 7o kilogr. 1/F^lai pr^^lève en outre un droit de 13 francs par ^'/o kilogr., par application tin la loi du 31 décembre 1873. Cet impôt sera supprimé le jour où la Ville Hiilipi inji*ra elle-même tous droits d'octroi sur les huiles. Le cas est prévu par lu loi {\\i 22 décembre 1878 dont l'article 3 est ainsi conçu :

** |bni!=i les villes ayant une population agglomérée de 4.000 âmes et au- (IcîMUH ^{<ii n'ont aucune taxe d'octroi sur les huiles autres que les huiles miiiAriili*n rimpùt établi par la loi du 31 décembre 1873 sur les huiles de toutes norli'H, h r<*xcc()tion des huiles minérales, est supprimé à partir du i'* jiinVMTl879. M

■ Oî (idïfre résulte d'un relevé fait, en 1872, par le service de l'octroi, des huiles serfiitti ti I:l yfjTHommation (2>',i par habitant) et d'une enquête faite auprès des principaux imJuitii**h,qui sont tombés d'accord pour évaluera 1 kilogr., par habitant, l'huile ne serinniui h Talimentation, ni & l'éclairage.

Huiles lourdes. — En étudiant les sous-produits de la fabrication du gaz nous avons dit que le goudron donnait, à la distillation, d'abord des huiles légères (de 50** à 180") puis des huiles lourdes (de 180** à 350*»).

Ces huiles lourdes sont très riches en hydrocarbures. Aussi, est-il venu à ridée de quelques industriels de les employer comme huiles d'éclairage. Parmi les appareils imaginés nous citerons la lampe Wells qui est susceptible de donner une très grande lumière et que, pour cette raison, on a em-

Figure 183.

Lampe Wells ponr huiles lourdes.

ployée beaucoup dans ces dernières années pour les débarquements et embarquements de troupes en rase campagne, pour l'éclairage des chantiers, etc.

Si nous en parlons dans cet ouvrage c'est qu'elle a permis, pendant le rude hiver de 1892-1893. d'organiser sur le lac supérieur du Bois de Boulogne, alors profondément gelé, une fête de nuit des plus brillantes. L'installation a été très rapide et on a obtenu, au point de vue de Téclairement, un

il8 l'éclairage a paris

résiiHat tout aussi satisfaisant que si Ton avait eu recours à la lumière élrrtrique.

[a\ lampe Wells est essentiellement composée d*un récipient en tôle d*acier,d'un brûleur et d'un tube vertical pénétrant jusqu'au fond du récipiriij et le reliant au brûleur.

Le récipient se charge d'huile à l'aide d'une pompe à main. La même pompe sert à comprimer de l'air, à la pression de 1 kilogr. à 1 kilogr. 5 par rf^ntimètre carré, dans l'espace existant entre la couche d'huile et les parois du n^cipient. Cette pression est suffisante pour faire monter l'huile jusque dans le brûleur et même pour la projeter avec force par un bec rond, analogue à un bec bougie. Au préalable elle traverse un serpentin que chauffe la ttaiimie même du bec et dans lequel elle se volatilise.

L'allumage se fait de deux façons. Ou bien on chauffe le serpentin avec des chinons imprégnés d'huile ou encore, à l'aide d'une valve spéciale, on met le lubo d alimentation en communication avec l'air sous pression du récipient. Il s<* produit alors une chasse d'air très rapide ; l'huile se vaporise et, dans vH iHat, une allumette suffit pour l'enflammer.

Le récipient peut se charger soit d'huile, soit d'air pendant la marche îiï^'^nie. L'appareil permet donc de réaliser un éclairage continu.

La lumière obtenue est excessivement intense. Le modèle employé au Bois tic Boulogne et que représente la figure 183 produisait 2.500 bougies pour itiH' consommation horaire d'huile de S kilogr. 3 *. Comme le kilogramme iliiuilc lourde spécialement préparée pour ce genre d'éclairage * coûte enviroji 0^,15 on voit que la bougie-heure revient avec la lampe Wells à un prix pxeeiîSÎvement bas.

L'iippareil a un léger inconvénient, c'est le bruit que produit la vapeur cHiuile en s'échappant par le bec. Mais en plein air — et c'est presque toujours i\u\^\ que la lampe Wells est employée — ce bruit se supporte très aisément.

Bougies et chandelles. — Nous réunissons la bougie et la chandelle

tiîiii^ un même paragraphe parce que l'une et l'autre dérivent des corps gras'.

Ln chandelle, après avoir constitué pendant des siècles le mode d'éclairage

20 lampes sufflsaient pour éclairer tout le lac.

- La densité de cette huile varie de 1,030 à 1,060.

' Ln chandelle est faite avec du suif de mouton. La bougie se fabrique surtout avec A\i suif de bœuf, mélange d*oIéine, de stéarine et de margarine. Ces substances sont tt-ansfûrmées, par divers procédés, en acides oléique, stéarique et margarique. On se iléharrasse de Tacide oléique paria compression à chaud et il reste un mélange d'acides Hti!uii4ue et margarique qui constitue la matière première de la bougie. La mèche se fait Bii colon tressé imprégné d'acide borique. Elle a, comme on le sait, le grand avantage de àii iioîisamcT d'elle-même, au fur et à mesure de l'usure de la bougie. C'est pour cette t'ubnii que la bougie n'a pas besoin d'ôtre motichée, comme la chandelle.

lin fabrique encore des bougies avec de la paraffine, du blanc de baleine (spermaceli) <'f, [ïiuTois aussi, avec de la cire.

le plus pratique et le plus brillantine contribue maintenant à l'éclairage de Paris que dans une proportion infime. Les nombreux industriels qui la fabriquaient soit au moule, soit à la baguette, et dont on se rappelle peut-être encore les installations assez primitives ont dû successivement fermer boutique. La bougie stéarique et aussi la petite lampe à essence minérale, dont il a été parlé plus haut, ont peu à peu expulsé la chandelle et celle-ci finira bientôt par ne plus exister qu'à l'état de légende, à l'égal des réverbères qui, (^ux aussi, ont eu leur heure de succès.

Les bougies, bien que supérieures aux chandelles, ne manquent pas d'inconvénients. Elles ne produisent d'abord qu'une lumière très faible ; ensuiUs dès qu'on les emploie en grand nombre, comme dans un lustre de salon, elles dégagent beaucoup de chaleur en même temps qu'elles vicient l'air irhB rapidement.

La consommation de bougies est maintenant à peu près stationnaire, avec une légère tendance à la baisse. Voici d'ailleurs les poids de bougies binles, par année, depuis 1882 *.

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