APPLICATIONS DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
Le bon marché relatif de la lumière électrique et sa puissance de concentration ont fait naître depuis lo^gtemps ridée de l'appliquer dans un grand nombre de cas particuliers, et, dans ces derniers temps, on a même conçu Fespérance de l'employer comme moyen d'éclairage public; mais, sans parler de cette application qui n'est pas encore complètement résolue, comme nous allons le voir à rinstant, il est une foule de cas où <îet éclairage peut être employé dès aujourd'hui dans de bonnes conditions, entre autres pour l'éclairage des grands ateliers, des grands magasins, des travaux de nuit, des gares de bagages aux chemins de fer, des galeries minières, etc., etc. Il est même des applications pour lesquelles nul autre système d'éclairage ne pourrait fournir des effets aussi avantageux et aussi complets. De ce nombre sont les applications qu'on en a faites aux phares, aux opérations militaires, à la navigation, aux travaux sous-marins, aux projeclions d'expé-
238 X'ÉGUIRAGE ÉLECTRIQUE.
riences de physique, aux représentations théâtrales, aux fêtes publiques, aux signaux maritimes, etc., etc. C*est de ces applications que nous allons maintenant nous occuper, et nous commencerons par l'application la plus générale, savoir l'éclairage public.
Application à réelairaipe pnbiic. ~ Depuis la découverte par Davy du merveilleux pouvoir éclairant de l'étincelle électrique échangée entre deux charbons, on a fait bien des essais pour rappliquer à l'éclairage public; mais ces essais n'avaient fourni que des résultats très-peu satisfaisants, et il devait en être ainsi, car, outre le prix de cet éclairage, qui était fort élevé, ce n'était pas une lumière intense et concentrée qu'on devait recherchey pour cette application ; une pareille lumière, en effet, est insupi)ortable à la vue quand on s'en rapproche, et elle ne peut éclairer une assez grande étendue autour d'elle pour présenter un réel avantage sur les lumières disséminées en grand nombre sur des points différents. On a pu se convaincre de cette vérité lors des expériences qui ont été tentées il y a une vingtaine d'années sur la place du Carrousel, non, il est vrai, avec de la lumière électrique, mais avec une lumière également très-intense, qui projetait autour d'elle une belle sphère lumineuse. On a reconnu finalement que ce bec unique était loin de fournir les mêmes avantages que les becs de gaz ordinaires qui s'y trouvaient placés auparavant. Or, si l'on considère que le caractère propre de la lumière électrique est précisément sa puissance de concentration, on arriverait à conclure que, si cette lumière avait dû rester dans les conditions où elle se trouvait, il y a peu d'années encore, ce n'était pas à elle qu'on devait demander l'éclairage public. Toutefois, l'abaissement considérable du prix de cette lumière et les moyens qu'on a trouvés récemment de la diviser dans d'assez bonnes conditions ont fait changer la question de face, et les importants essais entrepris cette
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à 60 Carcel, suivant ^^jsitit au prix suivant M. Leblanc ^^^^ primitiveii: d'après le marctié P^ jablochkoff.
Paris et la compaST* *, «-az ; «"«is il pour la Ville, à cel"» ** ^^ gf la Comp»
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Législatif, coûtait da» oooIp
1^25 : or, suivant H. Hallet, on pourrait avoir pour cette somme soixante-huit becs de gaz, ce qui constituerait, lumière pour lumière, un désavantage pour l'éclairage électrique dans le rapport de 1 à 6 ; mais ce chiffre de i',25 s'est trouvé réduit à 0^30 dans la dernière délibération du Conseil, et nous ne voyons pas que la Compagnie Jablochkoff Tait refusé, puisque Téclairage électrique continue. Nous croyons toutefois que, dans ces conditions, la Compagnie doit être en perte, car, d'après les calculs du rapporteur du Conseil municipal, les frais devraient s'élever à 0^75.
Comme cette question présente un certain intérêt en raison des difficultés qu'on rencontre à obtenir des renseignements exacts, il nous semble utile de résumer ce qui a été dit à ce sujet au Conseil municipal.
D'après le rapport de M. Cernesson, le prix de revient de chaque bec de lumière électrique, par heure, peut être déduit de la liste suivante des frais occasionnés pour l'allumage de soixante-deux becs pendant une heure :
Force motrice (frais divers) 3 fr.20
Charbon pour alimenter les moteurs 6 64
Huile pour le graissage des machines i 23
Salaire du surveillant préposé à Tallumage et
aux rallumages périodiques 3 20
62 bougies à 50 centimes Tune 31 00
Total fr. 45 fr.27
Ce qui donne par bougie 0^73.
Toutefois la Compagnie se contentait de 0^,60 et demandait au Conseil de passer le marché à ce taux ; mais les conclusions du rapport n'ont pas été conformes à ce désir, et il a été admis, en principe, que la Compagnie de la lumière électrique serait payée en proportion de la quantité de lumière fournie.
« Chacune des lanternes électriques, dit le rapport, ayant été considérée comme donnant autant de lumière que onze
becs de gaz débitant 140 litres à Theure et coûtant chacun environ 2 centimes 1/2, la commission demande qu'il soit attribué à la Compagnie une somme de 30 centimes par lanterne et par heure. D'après Téchelle précédente, la Compagnie n'aurait droit qu'à 27 centimes.
Quant au projet proposé par la Compagnie d'éclairage électrique de prendre Tentreprise pour trois ans de l'éclairage des principales voies de Paris, la commission a refusé nettement de se lier d'une manière définitive ; elle a décidé que, dans l'état actuel des choses, l'électricité, représentée par la bougie Jablochkoff, ne pouvait être considérée comme arrivée à un degré de perfection qui lui permît de supplanter le gaz, mais que les progrès accomplis étaient assez sérieux et assez importants, pour qu'il y ait lieu de continuer les expériences sur une plus vaste échelle. En conséquence, elle pense que l'avenue de l'Opéra devra continuer à être éclairée comme par le passé pendant une année à partir du 15 janvier, et que la Compagnie de l'éclairage électrique pourra encore appliquer son système sur deux nouveaux points de Paris, la place de la Bastille et l'un des pavillons des Halles centrales (Voir le journal Y Électricité des 5 et 20 janvier).
L'éclairage de l'avenue de l'Opéra et de la place du Théâtre-Français ne comporte qu'une bougie par candélabre, et il y a en tout quarante-huit foyers lumineux. Sur la place de l'Opéra il n'y a que huit candélabres, mais deux bougies brûlent ensemble dans chacun d'eux; les deux triples lanternes placées des deux côtés de la façade de l'Opéra n'ont que des bougies simples.Ces deux derniers candélabres sont alimentés par deux machines de VAlliancCy mais ceux de la place de TOpéra sont actionnés par une machine Granune à division, ce qui entraine pour l'ensemble de l'éclairage électrique de cette partie de Paris l'emploi de quatre machines employant chacune de seize à dix-huit chevaux de force. La place de la Bastille
244 L'ËGLAIRAGE ÉLECTRIQUE.
et le pavillon des Halles centrales seront éclairés, chacun de leur côté, par seize candélabres.
Malgré la guerre acharnée que les Compagnies de gaz ont faite, dans les journaux, à ces essais d'éclairage électrique, tous les pays civilisés sont en ce moment en train d'établir la lumière électrique chez eux. Les villes /de Stockholm, de Saint-Pétersbourg, d'Amsterdam, ont passé déjà des marchés dans ce but. La ville de Londres s'occupe dés maintenant de réaliser cette belle application, et les nouveaux quais de cette capitale sont aujourd'hui ainsi éclairés. Enfin, TAmérique elle-même fait essais sur essais pour arriver à une solution immédiate. Aurons-nous le triste courage de n'adopter chez nous cette belle application qu'après tous les autres pays, comme nous l'avons déjà fait pour la télégraphie électrique, les chemins de fer, etc.?... Ce serait dur après avoir fait les premières expériences ! !
Jusqu'à présent nous ne nous sommes occupé que de la lumière fournie par les bougies JablochkofT, mais ce système n'est pas le seul qui puisse être appliqué à l'éclairage public, et ce n'est peut-être même pas le plus économique au point de vue de la lumière produite. Les globes en verre émaillé sont, d'un autre côté, une mauvaise disposition qui empêche de profiter de tout le pouvoir éclairant de la lampe. Déjà on essaye en ce moment les globes de H. Clémandot, qui sont constitués par deux surfaces sphériques de verre transparent entre lesquelles se trouve introduite de la ouate de verre. Ce système, essayé aux magasins du Louvre, n'absorbe, dit-on, que 24 "pour cent de lumière au lieu de 40. Avec les systèmes Reynier et Werdermann appliqués aux candélabres actuels, on aurait évidemment, à égalité d'intensité électrique, une plus grande division de la lumière et probablement une moins grande dépense de charbons. Ceux-ci étant logés dans l'intérieur de la colonne du candélabre, ce qur serait facile avec la disposition Werdermann, pour-
raient brûler toute une nuit sans qu'on ait à s'en occuper. D*un autre côté, avec les machines de M. de Méritens, il serait peut-être possible qu'on pût réduire dans un rapport assez élevé la dépense de la force motrice, de sorte que le prix élevé de la lumière électrique qui, dans les conditions actuelles, est le grand cheval de bataille des partisans quand même du gaz, pourrait être assez abaissé pour lutter victorieusement, même à ce point de vue, avec le gaz. Pour l'éclairage local, le problème est, comme on l'a vu, résolu depuis longtemps, et il n'est pas dit qu'en augmentant beaucoup la section des conducteurs et en dépensant pour eux autant qu'on le fait pour les conduites de gaz on ne placerait pas l'éclairage public dans les mêmes conditions d'économie que l'éclairage local. Nous ne voyons donc aucune raison pour que le prix de revient de Téclairage électrique n'arrive pas à être au-dessous de celui de l'éclairage au gaz ; c'est une question de temps, et le point important était de démontrer que le problème de l'éclairage public par la lumière électrique n'était pas matériellement impossible : or nous savons aujourd'hui à quoi nous en tenir à cet égard.
On a prétendu que la lumière électrique était un éclairage dangereux pour la vue, désagréable d'aspect et susceptible de faire peur aux chevaux. Les expériences faites depuis six mois ne m'ont pas laissé cette impression, et quand, en se plaçant au coin de la rue de la Paix et de l'avenue de l'Opéra, on compare, le soir, l'éclairage des deux voies et surtout des maisons qui les bordent, on croit que l'une est dans l'obscurité. Certainement, quand l'éclairage électrique de l'avenue de l'Opéra cessera, le public éprouvera une grande déception et aura de la peine à s'habituer aux luminaires gazeux qui ne l'éclairent actuellement que la nuit, et pourtant ces luminaires comportent trois becs de gaz là où il n'y en avait qu'un seul il y a peu de temps encore.
246 LtCLAIRAGE ÉLECTRIQUE.
Quant à Faspect blafard de la lumière électrique, il ne parait froid que parce que nous sommes habitués aux lumières rouges ; mais si on tenait absolument à cette teinte rougeâtre, il ne serait pas difficile de la donner en introduisant dans la composition des charbons certains sels colorants ; mais en vérité il m*est difficile de croire que cette idée soit sérieuse, car une lumière blanche qui est très-analogue à celle du soleil et qui ne dénature pas les couleurs à la vue est, ce me semble, préférable à une lumière qui enveloppe tous les objets d*une teinte fausse. 11 est évident que les personnes qui critiquent à ce point de vue la lumière électrique sont ennemies de ces beaux effets de clair de lune si vantés par les poètes et les artistes.
Quand il ne s'agit que d'éclairer une portion de l'espace dans une direction donnée et sous un angle ne dépassant pas 180 degrés, on peut employer avec avantage les projecteurs à diffusion imaginés par M. J. Van Malderen; ce sont des espèces de miroirs paraboliques dont le foyer de lumière électrique occupe le centre, et dont la partie antérieure est fermée, à une petite distance de ce foyer, par un verre dépoli qui, en recevant le faisceau de rayons parallèles renvoyés par le miroir, les diffuse et élargit le faisceau dans des proportions telles qu'il éclaire alors tout l'espace en face de lui. On a prétendu que l'intensité de l'éclairage se trouve de cette manière grandement accrue.
Au sujet de la divisibilité de la lumière électrique dont on a tant parlé dans ces derniers temps, et qu'on a posée comme une découverte nouvelle sans tenir compte des travaux antérieurs de MM. Wartmann, Quirini, etc., jecrois intéressant de reproduire ici une lettre que M. Lontin a adressée au journal V Électricité et qui a paru dans son numéro du 6 novembre 1878 :
* Permettez-moi de vous rappeler Qu'ilDiYId^^Çîcîgfc^pi^on,
j'ai pris un brevet pour [des régulateurs photo-électriques qui divisent parfaitement le courant qu'on leur fournit.
« La machine magnéto-électrique de V Alliance qui fonctionnait à l'Exposition avait alimenté, il est vrai, 4 bougies Jablochkoff; mais cette même machine, sans y apporter aucun changement, a fait fonctionner 12 de mes régulateurs. Voilà, je crois, véritablement la divis\J)ilité de la lumière électrique, divisibilité d'autant plus réelle que chacun de mes régulateurs donnait comme pouvoir éclairant, une intensité lumineuse de 19 becs Carcel. Cette puissance lumineuse peut d'ailleurs être encore abaissée, puisque j'ai obtenu des intensités de A Carcels seulement. Je crois pouvoir conclure de ces expériences que la machine de V Alliance ou l'une de mes machines dynamo-électriques, disposée convenablement dans ce but, pourrait facilement alimenter 50 régulateurs.
c L'éclairage de la gare des chemins de fer de Lyon, Tannée dernière, a été obtenu avec un de mes générateurs électriques donnant 12 courants, et chaque courant alimentait deux ou trois lampes. La nouvelle installation que j'organise en ce moment permettra d'interposer quatre lampes par courant.
« A la gare Saint-Lazare, chaque courant entretient deux et quatre lampes dont l'intensité est mise en rapport avec les besoins du service. »
Application à l*éclaira|pe des phares. — ^ Nous ne sommes plus maintenant dans le domaine des hypothèses, l'application de la lumière électrique aux phares est un fait accompli depuis près de 15 ans (1864), et je ne sache pas qu*aucun accident sérieux soit venu interrompre les expériences. La plupart des phares importants des côtes de France, de Russie et d'Angleterre, sont ainsi éclairés, et c'est à la courageuse initiative de la compagnie V Alliance et de son intelligent directeur M. Berlioz, que le monde civilisé doit cette belle application qui a évidemment prévenu bien des sinistres maritimes. Il est vrai que M. Berlioz s'est trouvé puissamment aidé dans ses expériences par l'administration des phares et entre autres par MM. Reynaud et Degrand qui, après de nombreuses et intelligentes expériences, disposèrent vers
248 L'ÉaAIRAGE ÉLECTRIQUE.
1863 les phares de la Hève dans ce nouveau système. Quelque temps après, TAngleterre nous imita et employa, comme machines magnélo-éleciriques, celles deM. Holmes, qui n*étaient qu'une copie imparfaite de celles de TAlliance. M. Le Roux a publié dans le Bullelin de la Société d* encouragement sur ce genre d'application une très-intéressante étude que nous aurions eu un grand plaisir à reproduire ici, si Tespace ne nous avait manqué, mais que nous devrons simplement résumer, renvoyant le lecteur au tome XIV du bulletin de la Société, p. 762.
Aujourd'hui, ce sont les machines dynamo-électriques qui semblent être préférées, et le Télégraphie Journal, dans son numéro du 1*' décembre 1877, donne beaucoup de détails sur la manière dont le système est installé aux phares du cap Lizard ; cette installation aurait été intéressante à décrire, mais, faute d'espace, nous nous contenterons, en ce moment, d'étudier la manière dont la lumière électrique est organisée au sommet des phares.
La partie éclairante des phares se compose, comme on le voit fig. 56, d'une cage de verre constituée par un certain nombre de lentilles à é^'.helons de Fresnel et au centre de laquelle se trouve le foye lumineux. Cette cage de verre tourne sous l'influence d'un fort mouvement d'horlogerie, et c'est le passage des zones de séparation des diverses parties lenticulaires qui détermine ces éclipses qui distinguent les feux des phares des feux ordinaires. Plus le point lumineux est petit, plus son effet est amplifié par les lentilles, et le point capital pour avoir une lumière qui soit aperçue de loin est que la lampe qui fournit cette lumière ait un foyer lumineux le plus vif et le plus restreint possible. Or la lumière électrique résout ce double problème, et c'est pour cette raison qu'elle semble faite tout exprès pour les phares. Toutefois, comme les régulateurs de lumière électrique sont quelquefois sujets à des extinctions et qu'une extinction prolongée pourrait causer de graves sinistres, les régulateur de lu-
mière électrique (qui sont le plus souvent du système Serrin ou du système Siemens) sont disposés en double
FiG. 56.
pour chaque appareil lenticulaire; ils y entrent en glissant sur de petits rails ménagés à la surface d'une table
en fonte , comme on le voit fig. 57 ; un arrêt les fixe au foyer de Fappareil; ils s'y allument d'eux-mêmes instantanément, et c'est là encore un des grands avantages que présente la lumière électrique, surtout avec les régulateurs dont nous avons parlé. La communication électrique s'établit d'une part au moyen de la table de
fonte, de l'autre par l'intermédiaire d'un ressort métallique qui vient presser sur le dessus de la lampe en un point convenablement disposé. La substitution d'une lampe à une autre n'exige pas plus de deux secondes, celle que l'on retire s'en allant par un des chemins de fer, tandis que celle qui doit la rempla* cer arrive par le second. On peut encore faire passer plus instantanément la lumière d'un appareil dans l'autre au moyen d'un commutateur qui leur transmet successivement le courant ; mais il y a plus de difficultés pour bien centrer les deux foyers.
Les charbons employés pour les phares ont 7 millimètres de côté et 27 centimètres de longueur, et leur consommation peut être évaluée à 5 centimètres par pôle et par heure, du moins avec les machines à courants altei*^
PiG. S7.
natifs. Malgré celte usure égale, il y a pourtant une petite différence, et le charbon du haut s'use un peu plus vite que le charbon du bas, dans le rapport de 108 à 100. On a bien réglé en conséquence les régulateurs, mais, comme il est important que la variation du point lumineux soit au-dessous de 8 millimétrés, sans quoi aucun rayon ne serait renvoyé à la limite de l'horizon, il importe que cette lumière soit toujours l'objet d'une surveillance attentive. Pour permettre aux gardiens de suivre sans fatigue la marche des charbons, on projette sur le mur, au moyen d'une petite lentille à court foyer, l'image des charbons ; un trait horizontal est tracé sur le mur, et les charbons doivent se trouver à égale distance de ce trait. Comme une déviation de 1 millimètre est représentée par une déviation de 22 millimètres sur le mur, on aperçoit aisément les défauts de réglage.
Cette installation a commencé à fonctionner au phare sud du cap de la Héve le 26 décembre 1863, et c'est après 15 mois d'expériences qu'on a décidé d'appliquer le même système d'éclairage au second phare. Depuis . cette époque l'éclairage électrique y a été définitivement établi.
Quant aux machines qui, comme les régulateurs, sont installées en double, elles sont généralement placées au bas de la tour du phare avec les machines à vapeur destinées à les faire marcher, et ce sont des câbles bien isolés et d'un assez fort diamètre qui conduisent le courant électrique aux régulateurs, comme il a été dit plus haut.
D'après le travail de M. Le Roux, il paraîtrait que, même avec les machines de V Alliance à 4 disques, le prix de ' l'unité de lumière coûte en moyenne sept fois moins avec la lumière électrique qu'avec l'huile.
Dans l'état naturel de l'atmosphère, les machines de VAlliance à 4 disques donnent une portée de 38 kilomètres et celles à 6 disques une portée de 50 kilomètres ; mais une chose curieuse à constater, c'est que, en temps
de brouillard, la lumière électrique n'éclaire pas à une dislance plus grande que la lumière des lampes.
Aujourd'hui un certain nombre de phares électriques existent en France, en Angleterre, en Russie, en Autriche, en Suède et môme en Egypte. Partout on est satisfait de leur fonctionnement.
Applleatlon A l'éelalraf « des navires. — L*une des plus importantes applications de la lumière électrique est celle qu'on en a faite aux navires pour éclairer leur marche, éviter les abordages et éclairer assez les passes des ports pour pouvoir y aborder de nuit. Les premiers essais ont été faits avec les machines magnéto-électriques delà compagnie V Alliance, et, bien que les résultats n'aient pas entièrement satisfait la marine, ils étaient pourtant déjà assez complets pour faire entrevoir dans un avenir peu éloigné la solution de ce grand problème ^ Les inconvénients qu'on reprochait à ce système pouvaient se résumer ainsi : la lumière électrique développe autour d'elle un . nuage blanchâtre qui fatigue la vue, nuit aux observations; le feu fixe électrique, par sa grande intensité, fait disparaître les feux réglementaires vert et rouge, ce qui constitue un vrai danger; près des côtes les bâtiments
* Les premiers essais de la compagnie VAlliance^ alors dirigée par M. Berlioz, a^ient été faits dès 1855 à bord du Jérôme Napoléon dont le commandant, M. Georgette Dubuisson, se montrait fort partisan du système. On les répéta ensuite à bord du Saint-Laurent , du Forfait, du (TEstrée, de VHéroïne, du Coligny et de la France, et Ton peut Toir par les rapports qui ont été réproduits dans le journal les Mondes, t. XVm, p. 54, 325, 458, 593, 637, t. XVI, p. 488, 594, t. XIII, p. 177, 405, 493, t. VIII, p. 592, que, si la marine en général attachait peu d'importance à cette application, plusieurs officiers distingués en appréciaient toute la valeur. A cette époque, il est vrai, on n'avait pas encore organisé sur les navires les phares électriques qui ont donné de si bons résultats à bord de V Amérique, mais un fanal de lumière électrique très ingénieusement combiné était installé au mât de misaine, et annihilait par là Tune des principales objections que l'on avait soulevées.
peuvent prendre le fanal électrique pour un phare et faire fausse route; enfln les appareils sont encombrants et leur prix d'installation trop considérable eu égard aux services rendus.
Dans ces derniers temps, on a fait en grande partie disparaître ces inconvénients, en élevant le fanal lumineux à une certaine hauteur, en rendant la lumière intermittente et en employant les machines Gramme, qui sont d'un petit volume et d'un prix peu élevé. C'est à bord du paquebot transatlantique ÏAmérique et d'après les instructions du commandant Pouzolz que cette nouvelle organisation a été pour la première fois installée, et il paraît qu'elle a parfaitement réussi.
Voici les détails que donne M. Fontaine sur cette installation :
« Le fanal est placé à la partie supérieure d'une tourelle dans laquelle on monte par des échelons intérieurs sans qu'il soit nécessaire de passer sur le pont, car la tourelle surmonte le capot d'un escalier de service. Cette disposition est très-avantageuse, surtout pendant les gros temps où Tavant des navires est difficilement accessible par le pont. La tourelle avait primitivement 7 mètres de hauteur, mais M. Pouzolz Ta fait diminuer de 2 mètres pour lui donner plus de stabilité et pour abaisser le niveau de la tranche lumineuse ; de sorte que cette tourelle est aujourd'hui de 5 mètres au-dessus du pont. Son diamètre est de 1 mètre et elle est fixée à l'avant du paquebot à 15 mètres de l'étrave.
« Le fanal proprement dit est à verres prismatiques ; il peut éclairer un arc de 225"* en laissant le paquebot presque entièrement dans l'ombre. Le régulateur, qui est du système Serrin, est suspendu à la cardan. Un petit siège ménagé dans le haut de la tourelle permet au -surveillant chargé du service de régler la lampe sur place. La tranche lumineuse a environ O^jSO d'épaisseur.
« La machine Gramme qui alimente le foyer lumineux a une puissance de 200 becs Carcel et est mise en marche par un moteur à 3 cylindres du système Brotherhood, ce qui réduit l'espace occupé par les deux machines à 1",20 de longueur sur
0",65 et 0*,60 de lirgeiir et de hauteur. Ces deux machines sont placées sur un faux plancher dans la chambre de la machine motrice à 40 mètres environ du fanal.
« Tous les fils passent par la cabine du commandant, lequel a sous la main des commutateurs lui permettant de faire naître ou d'interrompre, à T^lontè, la lumière dans chacune des lampes, alternativement ou simultanément et sans que la machine Granune Tarrète.
« La nouveauté de Tinstallation de VAmérique réside dans rintermittence automatique de la lumière du fanal. Cette intermittence est obtenue par un commutateur très-simple fixé à l'extrémité de Tarbre de la machine Granmie et qui a pour effet d'envoyer alternativement le courant dans la lampe et dans un faisceau métallique fermé, de même résistance que Tare voltaïque, lequel faisceau s'échauffe et se refroidit alternativement. Cette disposition a été prise pour laisser la machine Gramme, qui fonctionne toujours avec une vitesse de 850 tours, dans les mêmes conditions par rapport au circuit extérieur. D'après les calculs de M. Pouzolz, Ik meilleure relation entre les éclipses et les apparitions de la lumière serait celle que produirait une lumière de 20 secondes et une éclipse de i 00 secondes.
ff La hauteur du foyer lumineux est de 10 mètres au-dessus de Teau, et la portée possible de la lumière, eu égard à la dépression de l'horizon, est de 10 milles marins (18520") pour un observateur ayant l'œil à 6 mètres au-dessus de l'eau.
« Dans le but d'éclairer les huniers et les perroquets, tout en laissant les basses voiles dans l'obscurité, M. Pouzolz a fait construire un tronc de cône en fer-blanc, et l'a placé sur la lampe mobile, la large ouverture en l'air. De cette façon VAmérique était vue de fort loin par les bâtiments et les sémaphores, quand il convenait au commandant de laisser la lumière électrique en fonction continue pendant toute la nuit, i
Comme on le voit par cette description, toutes les objections opposées à l'emploi dfe la lumière électrique à bord des navires ont été levées par cette nouvelle organisation de lumière électrique, et M. Pouzolz répond à celles qu'on pourrait faire sur l'emploi d'une lumière intermittente, en disant que la lumière faite par courts éclaU n*a jamais gêné la vue d'aucun officier de quarts ni
des hommes de veille au bossoir j et qtie V éclat da feux de côtéy verts et rouges^ n'est en rien diminué par Vusage du phare de l'avant.
Bu reste, depuis les affreux abordages qui ont eu lieu il y a quatre ans, on se montre maintenant plus disposé à revenir à Tèclairage électrique des navires, et nous voyons d*aprés le livre de M. Fontaine que, en 1877, un certain nombre de machines Gramme ont été installées à bord de plusieurs navires de guerre français, danois, russes, anglais et espagnols, parmi lesquels nous citerons : le Livadia et le Pierre-le-Grand de la marine russe, le Richelieu et le Suffren de Ja marine française, le Rumancia et le Victoria de la marine espagnole.
Il nous reste à parler du projecteur de la lumière électrique qui, en raison du faible espace sur lequel doit être projetée la lumière, doit être différent de l'appareil lenticulaire des phares. Cet appareil ne diffère pas essentiellement de celui qui avait été établi à bord du Jérôme-Napoléon. Celui-ci en effet se composait surtout d'un réflecteur parabolique au foyer duquel était maintenu Tare voltaïque produit par un régulateur Serrin. Ce réflecteur un peu prolongé en avant était fermé par une lentille de Fresnel, pour trarisformer le faisceau divergent en faisceau parallèle. Enfin, derrière le régulateur et le réflecteur se trouvait adapté un petit réflecteur sphérique. Le tout était monté dans une chambre mobile sur un pivot qui permettait, au moyen d'un levier et d'une plate-forme tournante, d'orienter le faisceau lumineux dans toutes les directions. De plus, une lunette marine adaptée à l'appareil permettait de distinguer les points de l'horizon que le faisceau éclairait. En plaçant devant ce faisceau des verres colorés, on pouvait teinter en vert ou en rouge la lumière envoyée et la rendre ainsi propre aux signaux maritimes.
Dans le projecteur de MM. Sautter et Lemonier, que nous représentons flg. 58, les réflecteurs paraboliques
et sphëriques n'existent pas, et c'est une lentille de Fresnel, composée de 3 éléments dioptriques et de 6 éléments
•'■S'i iii îij
FiG. 58.
catadioptriques, qui constitue entièrement le projecteur ; cette lentille est renfermée dans un large tube cylin-
drique qui, étant supporté avec tout Je système électrique sur un pivot, peut être orienté comme on le désire.
Dans le projecteur de M. Siemens représenté ûg. 59 le réflecteur parabolique est placé derrière la lampe, et celle-ci est munie en outre de deux appareils lenticulaires pour la projection des charbons sur un écran et pour rendre ainsi le réglage plus facile.
Application aux signaux
Fig. 59.
nautiques de grande portée. — Les signaux de nuit échangés entre les différents navires d'une escadre sont le plus souvent insuffisants à cause de la faiblesse de leur intensité lumineuse, et on pouvait désirer que ces signaux fussent plus nets et visibles de plus loin. Pour résoudre ce problème M. de Mersanne a combiné un système de régulateur de lumière électrique particulier, qui pût non-seulement être gouverné à distance , mais encore être réglé sans exi-
ger la présence dun surveillant auprès dCy Tinstrument.
Ce régulateur a ses porte-charbons montés sur deux
CjGOgle
L'ÉCLAm^GB ÉLECTWftUE.
tiffcs -verticales munies d'tm pas de vis, et susceptibles de tourner sur elles-mêmes sous Vintluence d'un mécanisme èleclro-magnétique gouTCmè par un conunutatear. I^'g^ppareil est renfermé dans une grande lanterne munie dans sa partie centrale d'un système cylindrique de lentilles à échelons au foyer desquelles est fixé le point lumineux, et qui est disposé de manière à diriger la lumière suivant la hauteur à laquelle la nappe lumineuse doit atteindre. Or, c'est pour toujours placer exactement ce point lumineux qu'a été adapté le mècaiûsme électro- 0jagnétique dont nous avons parlé et qui se compose de deux électro-aimants droits et de deux èlectro-aigiants en fer à cheval disposés entre eux suivant deux lignes perpendiculaires dans un plan vertical. Au centre de ces quatre organes électro-magnétiques est disposé, sur une armature en fourchette, un levier muni d'une dent d'acier qui se trouve interposée entre deux rochets disposés parallèlement et d'une manière inverse à Vextré ntiité mféneure des deux tiges des porte-charbons du régulateur. Quand aucun courant ne passe dans les organes magnétiques de l'appareil, cette dent se trouve placée exactement entre les deux rochets; mais, si l'on *^'îL,l"dtr.^ "^V^"" du commutateur, l'un des éiec- ^''^rr, été oui,;-''^^"^ ^« dessus, par exemple, le levier
i^^7oTJltrSZ^ '^-^ dents du rothet supérieur SÏ^aCisserTcou^^^^^^^^ f^'^ «^ - n'est queçu^^ Sroite que celui-ci r:t:TLtlr^:r^L''^^'^^^T\l
^•i»n cran. La tige à vii 'V'"^"'^ *e levier et pousse la «"-► ^«antité en rapport av^o v .""^Sulateur tourne donc d'une ^l,aisse le porte-eharVwT ®<^*»aPPement de cette dent et
^r\ anime l'électro-aiijn-„. ^**>'*'espondant. Si maintena»» Vc^ier engrène avec W * "^^ dessous, la dent du
Régulateur, et, qua^d on*'**- * inférieur de la lig« <^" ^' électro-aimant de gauch ^'^"^^ ^ lancer le courant dans
>*e. la tige en question tourne de
l'intervalle d'une dent du rochet, mais en sens ^^^^^^^^^ du nttouvement précédent, ce qui fait relever le ^^^\l\a d'abord abaissé. Le même effet pouvant être produit d^^^^ même manière sur le second charbon, on peut dc ^^ façon placer le point lumineux où l'on veut, ^ ^^^so^^ dislance que Ton soit du régulateur, et agir a^ x^séparément ou en même temps, sur les deux claat»^^ .^^^eSi Quant aux signaux, on peut procéder de den^s. ï^^^ x(^^ soit en éteignant au moyen du commutateur U ^ -^ ^^ dans ceux des systèmes qui constituent l'appât*^ ySS^' signaux, soit en masquant celui ou ceux des îoY^^ ^^^ neux qui doivent être éteints, au moyen d'un ^^^ fo^^^\. que Ton fait descendre électriquement devant le^ \x^^^kQ Les appareils comportent alors l'adjonction de tiO c^ systèmes électro-magnétiques au moyen desquel ^^ ^^fC fonction s'exécute facilement. M. de Mersanneen ^jaVJ biné plusieurs modèles qui peuvent d'ailleurs ^'^I^^\^^^ à tout autre système de régulateur ; le probl^^^^^ comporte aucune difficulté.
L'appareil à signaux précédemment décrit a ét^ ^ slruitpour marcher à la main, mais l'on conçoit qxa^, I ce qui est de la régularisation de la lumière, on pexx* 1 tenir automatiquement d'une façon très simple, erx iTa^i •réagir un mécanisme mis en rapport avec le couii-a.:t: lumière sur le commutateur dont il a été déjà quosta.^ Il est un petit détail dans la construction du oosm tateur qui a son importance. C'est un fil de platxn^ rougit toutes les fois que la lampe elle-même est al i -,. et qui s'éteint avec elle. Celui qui envoie les sigxxa^u donc averti, lors même quUl ne voit pas la lami>eï, cette dernière est bien allumée.
prodigieui';: laTmière électriciue et la ^^^^^^^^ ^r« de pouvoir la faire apparaître ou dispa^^ ^^-^^^ném?nt à distance suivant ^^J^^^^^^"^ -^
UfeCLAIRAGE ELECTRIQUE-
anliblc d'une application sérieuse dans les opéra-
^?^®^^^lilaires, soit pour fournir des signaux, soit
^*^^e tnoyen d'éclairer à longue distance un point qu'on
*^^besoin de reconnaître pendant la nuit, soit pour éciai-
^ r les travaux des assaillants dans les sièges. M. Martin
aL Brelles a publié, il y a quelque vingt ans, sur cette
uestion, un travail intéressant que nous avons reproduit
en entier dans la seconde édition de notre %xposé des ap-
-ulicaivoru de l'électricité y tome 111, p. 258, et dont nous
ne pourrons citer ici que quelques extraits, en raison de
l'exiguïté de l'espace qui nous est réservé.
« Les signaux dans la guerre de campagne ou celle de siège, dit M. Martin de Brettes, ont pour objet principal la transmission d'ordres ou de dépêches urgentes. D'après cela,. il est clair que le meilleur système de signaux lumineux sera celui dont chaque feu se produira avec le plus de simplicité, sera vu de plus loin et donnera le plus de régularité à l'apparition des feux combinés, pour créer les signes nécessaires à une correspondance télégraphique.
«voi^^t' '"" ^'""^^^^^ ^"^ P^^'^^^ ^^ »««^ière électrique de ^^Ser ./ '''''^"\' ''"' ^^'''"^^ considérable, on ne peut T^uS f TT"^^ P^"'* ""'^'^ "'^ *>^n système designU ^innces^^^^^^^ iusées pourront, en général et 4ans les circontSstZt'nn ''"' T'^'V'"' ^^«ntageusementïcausede V^L f!^?^. *^' ^** peu d'embarras qu'offre IPiir tmnsnort et
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^'''1ÏBtA^^^^''^înaux de guerre. M- Gramme a co»i ^^«,^ ,r \cs s^S» ,ites dimensions qu on peut
'i.îv»^^^^*'.. d'homme- Celle macHirxe ^cUoan^^
^*^^ J^r* ^«^ ^''^Axdt une l"^^^^^*^ équivalent, à 50 ^^
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