LA DÉFENSE DES CÔTES
Projecteurs, — Les projecteurs employés pour la défense des côtes seront des types les plus puissants.
Klablis à poste fixe, ou tout au plus mobiles sur rails sur un espace déterminé, leurs dimensions ne sont pas limitées, comme c'est le cas à bord des navires ou pour d autres applications militaires, par le poids et l'encombrement. Rien ne s'oppose à ce que Ton ait recours aux
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plus grands diamètres avec des sources lumineuses d'une puissance correspondante.
Le projecteur Mangin est à peu près le seul employé pour la défeuse des côtes chez les principales nations maritimes.
Diamètre du projecteur. — Le dianièlre des projecteurs Mangin employés sur les côtes est de 0°S90. Exceptionnellement et par raison d'économie, on a admis sur certains points le projecteur de 0"\7o.
Intensité de la source lumineuse, — Il y a peu d'années encore, le courant de iOO ampères était considéré comme suffisant dans les projecteurs de 0"*,90. Actuellement, on estime qu'il faut alimenter la lampe avec 130 ampères pour tirer le meilleur parti de ses grandes dimensions. Les perfectionnements apporlés au matériel rendent, d'ailleurs, telle intensité inofftnsive peur la conservation de l'appareil.
On a reconnu également qu'il y avait tout avantoge à augmenter le voltage. Pour obtenir une lumière fixe, un arc stable, il est nécessaire de fonctionner avec 80 à 83 volts aux bornes de la dynamo compound, la différence de potentiel aux bornes de la lampe étant maintenue à J'aide d'un rhéostat entre 57 et 58 volts.
Ces conditions de marche permettent de découvrir le cratère du crayon positif et d'obtenir ainsi le maximum de puissance lumineuse.
La lampe employée est la lampe mixte Sautter-ïlarlé, inclinée, et marchant à volonté, automatiquement ou à la man. — Une lois réglée, on peut l'abandonner à ellemême sans aucune surveillance. On n'a plus alors qu'à remplacer les crayons lorsqu'ils sont consumés.
Divergence du faisceau. — Les projecteurs de ro-
cherche donnont le maximum de concentralioa aux rayoDS lumineux afin d'obtenir la portée maxinia. Il n'en est pas de même des projecteurs da direction fixe éclairant les lignes de torpilles. Leur faisceau doit être d'une largeur suffisante pour qu'aucun bâtiment de petile dimension, lancé à grande vilesse, ne puisse traverser la ligne éclairée pendant un temps trop faible pour échapper aux observateurs. La pratique a démontré qu'un angle de divergrnce de 10** élait suffisant avec un projecteur de 0°*,90. L'écart des rayons est obtenu au moyen d'une porte divergente que l'on place sur le trajet du faisceau. L'intensité d'éclairement, diminuant à mesure que la divergence augmente, n'a plus alors que le I/o® de sa valeur avec le faisceau concentré, mais la portée maxima à réaliser, égale à la largeur de lapasse, est elle-même beaucoup plus faible.
En général, tant que la passe n'offre pas plus de 2300 mètres dans sa plus grande largeur, un seul projecteur à Tune des extrémités peut suffire. Au delà, il devient nécessaire d installer deux appareils qui ge font vis à-vis en croisant leurs feux, de manière à donner à la zone éclairée une largeur à peu près constante.
Emplacement des projecteurs, — Les projecteurs de recherche seront placés dans le voisinage des positions fortifiées, à une distance variable, suivant le profil du terrain et la configuration de la côte. Les projecteurs de direction fixe pour l'éclairage d'une ligne de torpilles auront leur position déterminée par l'axe même de cette ligne.
Les projecteurs de recherche pourront être placés, dans la plupart des cas, à posle fixe, et les projecteurs dé direction seront montés sur galets et roulant sur rails.
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Celle disposîlion offre le moyen de les prolégor par des lunncls casema'és ; leur faisceau conservant une direction fixe, il est, en effet, moins diffiiile pour Tennemî de re|)érer leur position el de les délruire.
Le danger est moindre avec les projecteurs de recherche qui explorent tout l'horizon et produisent à volonté les effets d'aveuglement dont nous avons parlé plus haut. — On pourra, du resle, en les disposant sur rails, les rentrer dans des casemates pendant la journée.
Certaines puissances ont adopté pour l'éclairage militaire des côtes des appareils photo-électriques locomobiles, grand modèle. — Les projecteurs et la source d'électricité possèdent ainsi une mobilité plus grande et peuvent éclairer à volonté, un point quelconque de la côte. MiM. Saulter Ilarlé pensent qu'il est préférable de donner aux diverses installations une stabilité complète qui permet seule de recourir à l'emploi des plus gros calibres, d'assurer toute sécurité dans le fonctionnement el de protéger les stations génératrices du courant et la canalisation.
Commande à distance des projecleurs. — La commande à distance des projecteurs par réiectricilé, perfectionnement qui date de deux ans à peine, est appelée & rendre les plus grands services dans les installations de côtes.
Pour uliliser toute la puissance d'éclairement du projecteur, il est indispensable que les observateurs, placés à une certaine distance pour ne pas être gônés par la clarté propre du faisceau, puissent diriger eux-mêmes les mouvements, sans être obligés de passer par l'intermédiaire d'un aide placé au projecteur. — Ce résultat est obtenu au moyen d'un mécanisme avec éleclro-mo-
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leur, logé dans le socle de l'appareil, et d'un manipula-» teur de commande au poste d'observation > relié avec rappareil par un câble spécial.
Muni d'une lampe automatique et commandé à une dislance de 130 à 200mèlres, un projecteur de recherche donne le maximum de visibilité et une sécurité complète, avec une facilité de mouvements permetlant de suivre les torpilleurs les plus rapides.
Pour les projecteurs de direction, la commande à distance n'oiïre pas autant d'inlérèt, le faisceau n'étant plus chargé d'explorer Thorizon.
Statio'.zs gènéralrices délectricité. — Les emplace" menls des projecteurs étant déterminés par la configuration des lieux, les stations génératrices du courant électrique seront placées à une distance convenable des divers appareils qu'elles auront à alimenter.
Suivant le cas, une seule station pourra desservir deux projecteurs, mais si la distance qui les sépare est trop considérable, il deviendra nécessaire d'établir une station par projecteur.
Le courant électrique sera produit au moyen de dynamos actionnées par des moteurs à vapeur à commande directe.
La principale difficulté que l'on rencontre dans C3 genre d'installations, placées en dehors des lieux habités, au bord de la mer, est l'alimentation d'eau douce pour les chaudières.
JIM. Sautter llarlé ont proposé la solution suivante qui a été appliquée avec succès aux appareils de défense des côtes aussi bien qu'aux phares éclairés à rélectrîcilé.
La vapeur d'échappement des moteurs est reçue par un condenseur à surface, entièrement fermé. L'eau pro
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venant de la condensation, convenablement épurée, rentre dans la chaudière sans pertes appréciables. Avec ce système, une station d'une puissance de 20 chevaux ne consomme, au maximum que 40 litres d'eau par heure de fonctionnement. Un réservoir de quelques mètres cubes peut donc suffire aux besoins d'une longue période de marche.
La chaudière est tubulaire, inexplosible et facilement démontable. Elle peut être mise en pression au bout de 20 minutes. Calculée assez largement pour fournir la vapeur nécessaire au tirage ordinaire, elle peut également marcher au tirage forcé en doublant sa production.
L'ensemble générateur d'éleclricité est constitué par un moteur à vapeur à un ou à deux cylindres verticaux, du type pilon, commandant directement une dynamo compound à vitesse lente, dont Tinduit est montée sur le même arbre.
L'^n régulateur empêche tout écart de vitesse.
La dynamo compound fournit un courant d'intensité vanable suivant les besoins, au potentiel constant de 80 volts, suffisant pour alimenter un projecteur à plusieurs centaines de mètres.
L'appareil de condensation est constitué par un faisceau tubulaire où se rend la vapeur d'échappement. Ce faisceau est constamment rafraîchi par un courant d air refoulé par un ventilateur. La puissance, faible d'ailleurs, nécessaire au ventilateur est prise sur l'arbre du moteur. L'eau condensée est filtrée par une couche de coke qu'elle traverse ; elle est recueillie dans une bâche où puise la pompe d'alimentation de la chaudière.
Dans certains cas, on peut employer des appareils photo-éleciriquos mobiles {Planche XXIIÎ).
L ECl.AlRAtiE ELtCTHlgiTE
lisaiion. — La canalisation du coursnt de la sta-
ïnéralrice aux projecteurs peut élre faite soit
Q, au moyen de cdbles nus supportés par des
:, soit souterraine.
remiëre solution, plus économique, ne pourra,
plupart des cas être adoptée.
.nalisation souterraine constituée par des câbles
enfermés dans une gaîne en plomb, que l'on
laire circuler dans un caniveau, offre l'avantage
iiiiuler entièrement la direi;lion suivie par les
le D E.\PERIEN-CES SLR LES TROJECTEURS FAITES EN FHANCB ET A t.'BTRA^GEn.
ranee, des manœuvres très importantes ont été es en 1893, au Mont-Yalérien, sous l'habile dide M. Bocbet, sous-lieutenant do réserve d'orliligénieur de la maison Sautter-llarlé. Ces mas ont été remarquoblement conduites, étant surtout l'insuffisance des moyens dont disposait mant Bocliet; nous ne saurions mieux fj ire que ire Ici, en grande partie, le rapport de cet in-
latérlel photo-électrique dont dispose l'artillerie t-Valérien, comprend :
grand app:ircil dit de 2.oOO becs, muni d'une re de Dion, Boulon et Trépardoux cl d'un moleur hood, rominandint direclcment à 1100 tours une I exciice en série, pouvant donner normalement ires à 35 volts.
EXPERIKNCKS SÏJR LES PROJKCTEL'RS
2^ Un appareil secoadaire, dit de 600 becs, fonctionnant à 25 ampères, 53 volts, 930 tours avec ch:iudièrc Trépardoux, moteur Brotherhood et dynamo Compound.
3^ Un appareil secondaire avec chaudière Field.
4® Un projecteur Mangin, de 0",90d6 diamètre, de type ancien (1878).
5^ Un projecteur Mangin de 0"S40 (1882).
Le service est assuré par une équipe comprenant :
Un maréchal des logis, chef d'équipe.
Six canonniers, remplissant les postes de :
Chauffeur,
Mécanicien-électricien,
Conducteur de la lampe à arc,
Conducteur du projecteur (pointage),
Téléphoniste du poste d'observation,
Téléphoniste du posle de projecteur,
Deux canonniers suivent les manœuvres en qualité d*auxiliaires pour se mettre au courant et remplacer les titulaires le cas échéant.
Au début et au cours des manœuvres, un certain nombre de séances ont été consacrées à la vérification et au réglage des appareils et à Tinstruction du personnel. Ces séances ont eu lieu de jour.
Les autres séances onté'é employées à des manœuvres dans le fort et à des manœuvres à l'extérieur.
La première séance de nuit dans le fort a été effectuée au moyen du grand appareil et du projecteur de 0'",7j à court foyer.
488 LECLAIRAGK ELKGTRIQUK
Le projecleur élait installé à la a pointe des Blagueurs ». Lo posle d^observalion était le cavulier q^2, dislaQt de la puiiiie des Blagueurs de 250 mètres.
Les deux postes étaient reliés par le téléphone.
La transmission des ordres se faisait très aisément et leur exécution élait suffisamment rapide.
L'objectif de la manœuvre était la surveillance des routes de Versailles (distance 2.500 mètres), de Saint- Cloud (dislance 2.000 mètres) et de Rueil (distance 1.500 mètres), ainsi que de la route stratégique (distance 800 mètres).
Les parties de ces routes pouvant être éclairées utilement ayant été soigneusement repérées pendant la journée, il a été très aisé de diriger le faisceau lumineux alternativement à de courts intervalles et avec une grande précision sur les points à garder.
On obtenait ainsi un résultat qui, au point de vue de la surveillance, était absolument comparable à celui d*un éclairage simultané et continu de tous les points à observer ; une colonne de troupes ou un train de voitures n'auraient pu passer sans être vus. Le temps était de transparence moyenne.
Une opération identique a été exécutée le lendemain 21 septembre. La colonne envoyée sur les routes surveillées qu'elle pouvait suivre arbitrairement et à un moment quelconque a été trouvée de suite. Elle se trouvait alors à une distance de 2.500 mètres et elle était assez vivement éclairée pour qu*il fut possible de distinguer le rouge des uniformes.
Lue séance analogue a eu lieu avec un projecteur de 0°^,60.
Un projecteur de 0'",fiO commandé électriquement à
EXPÉttlENGES SUR LES PROJECTEURS 489
distance, du type de la marine, a été également expérimenlé au Mont-Valérien.
Ce projecteur, qui avait été prêté par la maison Saullcr, Ilarlé et C'^, était actionné par une locomobile du type de 2.400 becs. Celte machine étant munie d'une dynamo excitée en série fonctionnant à 53 volts, ne convenait nullement pour alimenter le mécanisme de commande à distance qui est établi pour fonctionner sous une tension de 80 volts, maintenue bien constante avec les dynamos compound en usage à bord des navires de guerre. L'emploi d'une dynamo en série ne convenait pas non plus pour la lampe automatique. Malgré ces conditions absolument défavorables, les résultats obtenus ont éié remarquables et méritent la plus grande attention. Ils ont montré, en effet, que la commando à distance augmentait considérablement l'cfàcacité du projecteur en rendant l'observation d'une oxlrème facilité.
La lampe du projecteur était reliée comme de coutume aux bornes de la dynamo. Un cdble parlant des balais de la dynamo, où la tension atteignait 73 volts, conduisait le courant au poste de commande, qui était relié, à son tour, par un cable à 6 conducteurs au mécanisme de commande placé dans le socle du projecteur.
Une pluie très violente gênait les opérations, limi'ait la portée du projecteur et provoquait des contacts dans les câbles dont l'isolation était fortement dégradée. Néanmoins les appareils ont fonctionné avec une régularité parfaite et les ofOciers p^é^ents qui avaient pour la première fois entre les mains un appareil de commande à distance réussissaient sans peine à suivre des trains marchant à toute vitesse avec le faisceau lumineux. La distance des trains était d'environ 2 300 mètres.
490 l'éclairage elegthiqus
Malgré l'état de ratmosplière, il a été facile de distinguer le clocher de Suinl-Cloud, distint de plus de 3.500 mètres. Ces résultats sont très bons, étanl donnée la proximité du proji'cleuret des observateurs. Le poste de commande avait été, en effet, placé très près du projecteur afin qu'il fût facile d'étudier le fonctionnement de Tensemble.
Celte première sortie a été effectuée avec rapparcil secondaire muni d'une chaudière Trépardoux. Cet appareil a été seul employé à l'extérieur.
Le matériel s'étant bien comporté, même dans de très mauvais chemins, des sorties de nuit ont pu être entreprises.
L'appareil secondaire de 600 becs portait, pour celte manœuvre, un projecteur de 60 centimètres. Le projecteur était sur la voiture et tous les accessoires étaient arrimés réglementairement :
Afin de se rapprocher de la réalité, où l'appareil serait amené en feu et en pression sur sa position, la chaudière avait été mise en pression au fort, puis le feu avait été jeté bas pour éviter les dangers de la chute d'escarbilles sur la roule. En arrivant à la position, il restait encore un kg di pression, de sorte qu'en 20 minutes environ on obtenait la pression normale, malgré l'absence du souffleur pour activer le feu et la gêne produite dans le tirage par les doubles grilles de sécurité de la cheminée.
Mais la descente du projecteur de la voiture, son transport sur la position, son installation sur le socle et l'établissement des jonctions ont exigé un temps considérable, une heure environ. Les mêmes lenteurs et les mêmes difficultés se sont reproduites pour remettre les appareils en ordre de route.