‹ L'éclectismeChapitre 11 sur 18 · EST UNE CAUSE EXACTEMENT SEMBLABLE A CELLE DE SPINOSA · texte numérisé non relu

EST UNE CAUSE EXACTEMENT SEMBLABLE A CELLE DE SPINOSA

» on du moins nous ne pouvons pas avoir une idée claire » de la difGérence. »

Cen'estpas un jésuitequiaécritceslignes; c'estl'homme que M. Cousin appelle le plus grand penseur de notre siècle j M. de Schelling, qui s'étant aperçu que sa philosophie de la nature conduisait , ainsi que toutes les métaphysiques rationalistes depuis Descartes , à la confusion de Dieu et du monde , c'est-à-dire à la négation de Dieu , a condamné courageusement son propre système , et frappé du même coup ce qu'on appelle en Allemagne la contrefaçon française.

« M. Cousin se flatte que sa théorie peut seule ex- )) pliquer la nature et les rapports de la Divinité. Hé )) bien ! c'est précisément sur son absolue incompétence à » remplir les conditions d'un théisme rationnel que » nous voulons démontrer sa faiblesse. Dieu , dit-il , » crée; il crée en vertu de sa puissance créatrice, et il » tire rUnivers non du néant , mais de lui-même , qui » est l'existence absolue. Gomme son caractère distinctif » est d'être une force créatrice absolue , qui ne peut r> pas ne pas passer en acte , il s'ensuit , non pas que la iD création est possible , mais nécessaire. Nous serons y> courts. Soumettre la Divinité à une nécessité , la né- » cessité de sa propre manifestation , identique avec la » création de l'Univers , c'est contredire les postulats fori^ r> damentaux de la nature ditine. Dans cette hypothèse , 9 Dieu n'est pas distinct du mande. La créature est me y> modification du Créateur. Or, sans objecter que la seule r> subordination de la Divinité à la nécessité équivaut à son » détrônement , voyons à quelles conséquences cette né- » cessité conduit inévitablement dans le système de l'aii* » teur. Dans ce système , il faut choisir entre deu^ alter^ t> natives. Dieu étant nécessairemeirt détermitié à passer » de son essence absolue à une manifestatioti relative , est » forcé dé passer ou du meilleur au pire ou du pire au » mieux. La troisième supposition^ qui ferait les deui » états égaux, étant contradictoire enélle-ïôême et rejeta » par l'atiteur , nous ne l'examinerons pas. La première » supposition doit être repoussée. La nécessité déter- » mine Dieu à passer du meilleur au pire , c'est-à-dire i> à s'anéantir partiellement. La force déterminante doîl » être externe et hostile , car rieii ne travaille à sa » propre destruction ; et , dans ce cas , cette force supé*

» rierire à tè tien prétendu est elle-même là Divinité j) réelle , l&i elle est une cause intelligente , ou une négay> tion de toute Divinité , si elle n'est qu'une puissance » aveugle ou le Destin. On ne peut davantage admettre » cette seconde supposition , savoir .* que Dieu en passant » dans rUnivers passe d'un état relatif d'imperfection à » un état de perfection relative. La nature divine est V identique à la plus parfaite nature , et identique aussi » à lia cause première. Si la cause première n'est paâ » identique à la plus haute perfection , il n'y a pas de » Dieu ; car les deux conditions essentielles de son exîsyf tence ne sont plus réunies. Or , dans la supposition » actuelle , la nature la plus parfaite est celle qui est y> dérivée, c'est-à-dire que l'Univers est à l'égard de sa » cause le réel , l'actuel , rSvTw; hv ; il serait aussi le ]0 divin, mais cette divinité supposerait également la » notion de cause ; tandis que l'Univers n'est ex hypo^ » îhesi qu'un effet. Ce n'est pas répondre à ces diffi- » cultes que de dire, avec M. Cousin, que Dieu, quoi- » qu'il soit une cause qui ne peut pas ne pas créer, ne » s'épuise cependant pas dans l'acte, et que bien qu'il » passe dans l'Univers avec tous les éléments de son »étre, il demeure tout entier inaltérable dans son » essence, et dans toute la supériorité de la cause sur » l'effet. Le dilemme est inévitable : ou la divinité est » indépendante de l'Univers, soit par son existence, » soit pour sa perfection , et , dans cette hypothèse , » l'auteur doit abandonner sa théorie de Dieu et dô », la création ; ou bien la divinité dépend de sa mani- » festation dans l'Univers , soit pour son existence , » 8oit pour sa perfection , et dans ce cas sa doctrine » est sujette aux difficultés précédemment exposées. »

Ce jugement sévère n'est pas extrait d'un paniphlet , mais d'un écrit célèbre sorti de la plume d'un savant professeur étranger que M. Cousin a proclamé luimême le plus grand critique de notre siècle (1).

Enfin voici comment s'exprime (2) sur la première philosophie de M. de Schelling, identique pour les ré* sultats avec la philosophie de M. Cousin , l'érudit, l'intelligent^ l'impartial Tennemann, le meilleur des Idstoriens de la philosophie, selon M. Cousin lui-même (3).

« Nous ferons seulement remarquer dans cette philo- )) sophie les difficultés suivantes : 1 "^ Elle semble relati- )> vement à la science pratique fort à l'étroit et embar- )) rassée ; on ne conçoit pas bien comment dans un tel » système d'identité absolue peut trouver place la néces- » site pratique^ l'obligation qui soumet les actes à la loi du ï> devoir. En eflfet , ce qui domine dans ce système, c'est » une destinée aveugle , une nécessité de nature ; il faut » que Dieu se révèle ; l'histoire tout entière , tous les )) changements qui s'opèrent dans le monde, ne sont que » les modifications de son être. 2" Outre l'inconvénient » de cette unité trop exclusive , on peut reprocher au » système de manquer d'une base solide. Comment l'es-

(1) « ...Si mes adversaires veulent bien se laisser représenter un n moment par M. Schelling et par M. Hamilton, c*est-à-dire par le 9 plus grand penseur et par le plus grand critique de notre siècle.)» (Fragm. philos. y Avertissement, p. x, 1. 1*% 3' édition.)

(2) Manuel de l'histoire de la philosophie de Tennemann , t. Il , p. 299.

(3) Foyez sur Y érudition y la sagacité, Yintefligence philosophique, Vimpartialité et tous les mérites de Tennemann, Tintroduction à V Histoire de la philosophie , p. 393 , et la préface de la traduction du Manuel de philosophie de Tennemann ^ par M. Cousin.

» prit humain peut-il s'élever à cette contemplation in- » tellectuelle ? c'est ce qu'on ne démontre point. Les » principes ne sont donc ici que des suppositions. Une » pensée sans un sujet pensant est une pure abstraction ; » une identité absolue ne peut être conçue sans une iden- » tité relative ; sans cette dernière condition l'absolu se » réduirait au néant. On ne saurait démontrer que cette » absolue identité soit la nature des choses. En préten* y> dant que cette abstraction est réelle et constitue Ig » nature de toutes choses, on n'avance qu'une hypo- )) thèse sans aucune preuve ; car celle que l'auteur a » avancée d'abord n'a pu se soutenir. A défaut de preuve, » pour représenter l'absolu on a souvent eu recours soit » à un jeu de mots arbitraire (l'identité de l'identité et » de la non-identité), soit à une contradiction (le lien de » l'unité et de la pluralité , la copule , l'absolu dans l'ab- » solu , le divin dans le divin), enfin à un abus de termes » vagues et indéterminés. 3° La forme de ce système est » moins scientifique en réalité qu'en apparence. Son » problème était de déduire par une démonstration » rédle (par construction) le fini de l'infini et de l'absolu, » le particulier de l'universel. Or ce problème n'est nul- » lement résolu. Schelling nous assure que dans l'origine » des choses un fini et un infini , un réel et un idéal ont » existé indivis ; ensuite il les dégage à son aise en vertu » de cette identité absolue qu'il a lui-même supposée. » Il en est de même à l'égard de la révélation spontanée. » C'est par un simple il faut , comme fait moralement » nécessaire, qu'il répond à la question : Pourquoi Dieu » se révèle-t-il ? Parfois Schelling a recours à la théorie » mystique de Platon, relativement à une chute des idées » tombées de l'absolu. Mais comment se pourraitril que

9 quelque chose tombât de Tabsolu , puisque hors de i> l'absolu (le tout) il n'existe rien ? Parfois encore il se » fatigue à démontrer qu'il n'y a rien hors de Tunité , » de la copule, de l'absolu. D'où vimnent dcmc et la » connaissance finie dans le temps , et l'espace, et les » catégories ? Toute la force apparente de la solution 9 de Schelling consiste en ce qu'il substitue à la no« j> tion vague et nominale de l'absolu des imaginations 9 et des notions positives qu'il a empruntées à l'expé* j> rience. i** Quel homme enfin peut avoir la téméraire » prétention de renfermer la nature impénétrable de la dî* f> vinité dans l'idée de l'identité absolue? La philosophie If de la nature ne donne aucunement la cenmnssance de r) Dieu y ou ce qu'elle en donne semble contraire à la croyance i> religieuse. En effet, premièrement elle idemifie Dieu aoee )? la nature , et tombe à cet égard dans le pamihéisme. Se^ » condement , elle soumet Dieu lui-même à des conditions r> supérieures à la nature divine , puisqu'il le suppose obligé n de se révéler, et fait sortir dans le temps la divifâié n comme intelligence du sein de l'être non intelUgent (la n nature en Dieu , le chaos ). Dieu rend passive une popîf tion de son être avec laquelle il était précédemment n actif. Pour pouvoir le considérer comme un élre per* j) sonnel , il faut renfermer en hii la nature , le négatif. rt Dieu n'est pas seul^nent un être , mais encore une

V vie. Or, toute vie a sa destinée , et est soumise à des n conditions d'une réceptivité purem^it passive et d'un » développement actif, etc. , etc., » et Tcsmemann termine son analyse en disant : <i que ce système devait j> offrir à beaucoup d'esprits un puissant attrait par l^ea^

V clttsion de toute loi et de toute eomtrainêe morale ou 9) au^e. i>

Traduisons cet allemand en français :

Une philosophie qui a Tinconvénient dideniifier Dieu avec la nature , de soumettre Dieu à des conditions supérieures à la nature divine , de ne donner aucunement la notion de Dieu ou d'en donner une notion contraire à la croyance religieuse. . . j s'appelle en français une philosophie TRÈS-PEU RELIGIEUSE.

Une philosophie dans laquelle il ny a pas de place pour la nécessité pratique, pour t obligation j qui soumet les actes à la loi du devoir ; une philosophie qui offre à beaucoup d'esprits un puissant attrait par l'exclusion de toute toi et de toute contrainte morale ou autre. . . j s'appelle en français une philosophie très-peu morale.

Mais la nouvelle philosophie française accepte les résultats de la nouvelle philosophie allemande j et n'en diffère que par la méthode.

Ainsi , selon le plus savant , le plus intelligent, le plus impartial, le meilleur des historiens de la philosophie, comme aussi selon le plus grand penseur et le plus grand critique du siècle, la philosophie que l'État laisse enseigner dans ses écoles serait dans ses conséquences légitimes une doctrine... Que le lecteur achève.

Qu'arrivera-t-il donc si l'on ne parvient pas à délivrer l'Université de sa philosophie ?

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