CHAPITRE I
I/to«etlaiBe et le Cfertstltatome.
ÀYortis par le clergé , par la tribune , par la presse , par les philosophes , par la voie publique enfin , les chrétiens qui savent lire se demanderont pourquoi ils n'éclairciraient pas par eux-mêmes la question de savoir si l'école philosophique à laquelle appartient l'Université ruine ou non le christianisme. Ils ouvriront les livres des chefs de l'école éclectique , ces livres qui sont les livres classiques de l'école Normale j qui se trouvent dans les bibliothèques de tous les collèges , que l'on donné en prix aux élèves , et auxquels les professeurs renvoient la jeunesse , avec I'autorisàtion du gouseil rotal, comme au commentaire naturel , au complément de leurs cours. Et qu'y verront ces lecteurs chrétiens ?
Us y verront cette claire déclaration que la religion chrétienne ne suffit plus à la France du xiï* siècle , qu'il faut chercher une solution nouvelle des problèmes résolus par le christianisme , et que cette solution encore ignorée ne sera pas une religion j mais une philosophie.
«Il y a nécessairement dans la vie de Thumanité des époques de crise ; et ces époques sont celles où ses lumières la forcent à se détacher d'un dogme reçu pour en créer et en embrasser un autre. C'est dans Tintervalle qui sépare inévitablement ces deux solutions que l'humanité souffre et s'agite. Elle souffre et s'agite alors parce que ses idées ne sont pas assises, et que, quand ses idées ne sont pas assises sur les choses qu'il lui importe le plus de connaître avec certitude , il est impossible que l'humanité soit tranquille , il est impossible qu'elle ne souffre pas. On ap-
pelle ces époques révolutionnaires , et ce sont les seules qui méritent véritablement ce nom ; car il n'y a de vraies révolutions que les révolutions d'idées -, tous les autres mouvemenls qui agitent les affaires humaines s'ensuivent , pour qui sait voir et comprendre. Une révolution est donc un pas que fait l'esprit humain dans la recherche de la vérité. Condamner les révolutions c'est donc condamner la nature humaine , et avec elle Dieu qui l'a créée perfectible ; combattre les révolutions , c'est donc combattre la nature des choses et les lois de la Providence dont elle est l'expression. Une pareille tentative serait immorale et impie si elle était comprise par ceux qui la font; mais elle est toujours impuissante 5 on n'empêche pas ce qui est fatal , et la marche du monde moral ne l'est pas moins que celle du monde physique. Or, sans rien attaquer et sans rien défendre , avec respect pour le passé et sympathie pour l'avenir, je dirai qu'en fait, rhumanité se trouve aujourd'hui dans une partie de l'Europe , et spécialement en France , dans un de ces formidables intervalles que nous venons de signaler. Il y a déjà quelques siècles qu'une grande guerre a éclaté en Europe entre la raison humaine d'une part, et les imperfections d'une solution qui gouverne depuis dix-huit cents ans cette partie du monde , de l'autre. Cette guerre a commencé , comme il arrive toujours, par les esprits pensants , et peu à peu elle a été adoptée et continuée par une partie des masses. De là , d'abord dans les hautes classes , parce que les hautes classes avaient commencé les premières à douter, et plus tard dans les masses , une agitation intellectuelle qui n'est point encore de l'anarchie , mais qui y touche. C'est précisément là Tétat où nous nous trouvons, oij nous nous sentons aujourd'hui. Il y a un moment dans ce grand intervalle dont nous parlons , où les esprits sont si contents de renverser des croyances qui leur paraissent fausses , que la joie de détruire leur tient lieu de foi et semble leur suffire. En effet, c'est croire quelque chose que de croire qu'une chose est fausse; on peut-être uni dans cette idée-là comme dans toute autre ; on peut l'embrasser avec ferveur et la soutenir avec enthousiasme. C'est donc cette foi négative qui rallie l'humanité dans la première moitié d'une révolution , qui lui dissimule l'abîme que cette révolution a creusé et qui la sauve de l'anarchie. Mais celte foi négative ne peut durer; elle tombe le jour où flnit la guerre avec le passé. Ce joiar-là l'humanité , assise sur les débris qu'elle a accumulés, ressemble au maître d'une maison le
lendemain de Tincendie : la veille , il avait un foyer domestique, un abri , un avenir, un plan de vie; aujourd'hui il a tout perdu , et il faut qu'il relève ce que la falalité de la fortune a détruit. C'est alors , Messieurs, que le besoin de remplacer les solutions que le temps a remplacées naît au fond des âmes. On sent que là est la paix: , là le repos ; le sentiment religieux et le sentiment philosophique se réveillent avec énergie ; le scepticisme est pris en aversion et en mépris , et à l'époque critique succède l'époque fondatrice. Chez nous, Messieurs , le mouvement de destruction a déjà cessé dans les classes éclairées , mais pas encore dans les masses. Le mouvement du xvni^ siècle continue dans les masses et n'est pas près d'y être achevé. 11 tient encore lieu de foi à ces populations incrédules qu'un irrésistible entraînement a détachées des croyances de leurs pères. Elles sont encore ferventes dans le scepticisme \ elles sont encore unies dans la haine du passé ; et cette croyance et cette pas* siou communes forment encore un lien intellectuel qui les unit. Mais le jour où le mouvement de destruction venant à cesser, ce dernier lien aura été brisé , le jour où l'on se trouvera à vide entre deuK croyances , l'une détruite et l'autre à faire , sans foi morale , sans foi religieuse , sans foi politique , sans idées arrêtées d'aucune espèce sur les questions qui font palpiter l'humanité , alors les esprits s'élançant à la recherche de la vérité dans des directions différentes , et se dispersant avec le même fanatisme sur les milliers de routes qui s'offriront à eux, il faudra que le bon sens de l'époque soit bien puissant , s'il ne se manifeste pas dans les masses une agitation , une effervescence, une anarchie dangereuses. Il est donc pressant^ Messieurs , de pourvoir à ce besoin de croyances nouvelles qui se fait déjà sentir dans les classes éclairées , et qui ne tardera pas à pénétrer dans les masses et à y porter tous les éléments de trouble qui l'accompagnent. Comment y parvenir? Il est évident qu'il n'y a qu'un moyen ; c'est de poser de nouveau l'éternel problème , et de chercher la nouvelle solution qu'il attend. Quelle sera cette solution future ? je Vignore^ la seule chose que je puisse affirmer c'est que loin de détruire la précédente elle la contiendra. Quant à la question de savoir si cette solution sera religieuse ou philosophique , peut-être n'est-il pas impossible de le prévoir. On a tellement persuadé à la raison humaine qu'elle était capable de tout , et qu'elle pouvait tout entreprendre \ on lui a tellement répété qu'elle était la seule autorité
— éo —
légitime , et que cela seul était vrai qui venait d'elle *, ôo a ai complètement battu en ruine ce principe de croyance qa'on appelle révélation , foi, autorité^ enfin toutes cea idéea sont deaoendues si avant dans la société et se sont si bien infiltrées partout , et jusque dans les derniers rangs de la multitude , qu'il me paraît difficile qu'en France, et dans l'époque actuelle, une nouvelle solution puisse se produire et s'accréditer sous la forme religieuse. Rappelez-vous , Messieurs , qu'en vortu des défini* tions que nous avons données , ce qui distingue la solution re* ligieuse, c'est de tirer son autorité du ciel et de s'envelopper da formes plus ou moins symboliques. Eh bieb ! je vous le demande , croyez-vous que dans l'époque actuelle une solution puisse être proposée à l'acceptation des masses , à ce titre qu'elle a été révélée ? Croyez- vous qu'elles sentissent du goût pour une doctrine qu'on leur envelopperait de figures? Quant à moi , Messieurs , j'incline fortetnent pour la négative ; et c'est ce qui me fait penser qu'il est difficile qu'une religion nouvelle puisse désormais prendre pied au milieu de nous. Je trouve donc, dans la prétention de faire aujourd'hui une religion, plus de réminiscence du passé que d'intelligence du préseni et de l'avenir; je suis même convaincu que pour qui a compris le passé , il reste évident qu'une religion ne se fait pas de propos délibéré, ne Se trame pas comme une conspiration , mais qu'elle est toujours une production spontanée des idées des masses y se faisant jour et sHncarnanty quand elles sont mûres ^ dans une imagination exaltée^ dupe elle-même le plus souvent de la térité qu'elle annonce. Je sais qu'on peut changer le sens des termes et imposer le nom de religion à une doctrine rationnellement démontrée et rationnellement e:iiposée. Mais alors la chose échappe , et l'on n'a conquis que le mot. C'est, selon moi, tout Ce qu'on peut faire aujourd'hui ; je le dis parce que le crois , et en reconnaissant d'ailleurs tout ce que suppose de lumières et de prévoyance l'illusion même de ceux qui espèrent et entreprennent davantage. Il ne reste donc, selon moi , pour venir au secours de la société menacée , qu'une seule voie , qu'un seul moyen , c'est d'agiter philosophiquement ces redoutables problèmes dont il lui faut nécessairement une solution , c'est d'en chercher franchement , par les procédés rigoureux de la science, une solution rigoureuse aussi ^ qui puisse soutenir les regards sévères de cette raison aux mains de laquelle la civilisation a fait passer le sceptre de l'autorité. Au fond, c'est là tout ce qu'ont fait et
— éi —
tout eê qu'ont pu ^aii*e oeun-là tnécne qui , dans une inientioÉ bienveillante pou^ lea inasaea , enveloppent d'un voilé religieut ks essais de solution qu'ils proposent ; car si des esprits éclairés peuvent eroire à l'utilité d'une pareille enveloppe, il ne dépend pas d'eui. d'y voir autre chose qu'une figure. Ifaintenant, Mes^sièura , vous connaissez les motifs qui , dans un moment et dans un pays comme celui-ci , m'ont engagé à poser dans toute son étendue le problème de la destinée humaine , et à l'abordei* avec l'arme mftle et sainte de la science. Je ne vous promets pas de ce problème ni des solutions complètes , ni des solutions incontestables. Je ne suis qu'un ouvrier à la tâche immense que j'ai tracée. Après quinze années d'inquiètes méditations sur l'énigme de la destinée humaine , je suis arrivé à des convictions sUr beaucoup de points , à des doutes raisonnes sur les 9UttNsa. G0S conviction^ et ces doutes , je vous les dirai i leurs motifs je vous les exposerai. Heureux si ces solutions ébauchées peuvent servir un jour à construire l'édifice , et , en attendant , porter dans vos âmes un peu du calme qu'elles ont répandu dans la mienne ! Encore un mot avant de finir. Ceqx^ là se tromperaient beaucoup qui croiraient voir dans l'idée dç ce courir des symptômes de mépris ou de haine pour le passé. Non y Messieurs, rien de semblable n'est dans mon cceur. Du point dQ vue , oserai-je dire élevé , où lea lumières de mon siècle bien plus que mes faibles forces m'ont conduit , il n'est plus en oioi (et je ne sais si je dois m'en féliciter) , de sentir ni enthousiasme pi haine pour les opinions et les partis qui se di^-putent la scène du monde, Les événements sont si absolument déterminés par les idées, et les idées se succèdent et s'enchainent d'une manière si fatale , que la seule chose dont le philosophe puisse être tenté , c'est de se croiser les bras et de regarder s'accomplir des révolutions auxquelles les hommes peuvent si peu. C est far une loin4ce$êair$ qWune docirim $e produit f if'e$t pçr une loi nécessaire qu'elle rigne \ éest par um hi néeessmre qu' elle pas^e quand sa missiçn e8ttermin4e, Celle du christianisme me semble av(nr été d'acheter PédtwaiiQn de rhumamlé ^ ^deh rendre capable de connaître la vérité sans figures et de l'a^eepisr sitins autre titre que %a propre évidence. Dés que eette esuvre est terminée dam un esprit, it est négessaise que i.e ûheistianisue s'en rsties ) mais en se retirant, il emporte avec lui le germe de toute foi ^ et ce n'est jamais une religion nouvelle , c'est Tomouas l4 paiLosopiiiK qui lui succède. Cette mission sublime
du cbristianisine , elle est loin , bien loin d'être accomplie sur la terre. Elle ne l'est pas même entièrement dans ce pays que sa civilisation place à la tête de Thumanité ; elle est plus loin encore de l'être dans les autres parties de l'Europe ; et elle est à peine commencée dans le reste du monde. Ceux-là sont bien aveugles qui s'imaginent que le christianisme est fini , quand il lui reste tant de choses à faire. Le christianisme verra mourir bien des doctrines qui ont la prétention de lui succéder. Tout ce qui a élé prédit de lui s'accomplira. La conquête du monde lui est réservée , et il sera la dernière des religions. » {Mélanges philosophiques de Th. Jouffroy, page 482. Leçon sur leproblême de la destinée humaine.)
Ils trouveront dans le Cours de droit naturel du même professeur, la même théorie exposée avec la même netteté en ces termes :
« Le scepticisme de fait, autrement dit le vide de croyance, est introduit dans les masses par une action étrangère et supérieure, l'action philosophique, laquelle constatant la somme de connaissances à laquelle l'esprit humain est arrivé , et confrontant avec cette somme de connaissances les croyances régnantes, reconnaît et déclare que ces croyances ont cessé d'être au niveau des lumières de l'humanité , et à ce titre en provoque et en obtient le rejet. Que nous soyons actuellement dans une époque pareille , c'est ce qui est évident et ce que peu de personnes prennent aujourd'hui la peine de contester... Le vide de croyance et le besoin de croire, tels sont les deux caractères de notre époque... Les uns dévots du passé s'efforcent de rétablir dans leur intelligence et de rallumer dans leur cœur cette foi que trois siècles ont détruite et qu'ils voudraient ressusciter. D'autres ont désespéré delà vérité. Mais il est un troisième parti, sans comparaison le plus nombreux et auquel appartient l'avenir, c'est celui qui , ayant besoin, comme les deux autres, delà vérité, au rebours du second, n'en désespère pas , et au rebours
du premier, la cherche devant soi et non pas derrière D'où
était venue cette organisation sociale sapée depuis trois siècles et renversée par notre révolution? Des solutions données par le christianisme aux grandes questions humaines. Cet ordre devait en sortir et en est historiquement sorti. Aujourd'hui cet ordre est détruit et pour en créer un autre il faut un nouveau germe,
c'est-à-dire de nouvelles solutions aux questions suprêmes qtue lé christianisme avait résolues. La solution du problème politique est donc dans une foi morale et religieuse. Cette foi nous
manqi^ Le fond du christianisme est trop vrai pour que
cette grande religion disparaisse comme l'a fait le paganisme ; mais nul doute qu'elle ne doive subir des épurations et recevoir une forme nouvelle et des additions notables. Il est très-possible qu'avant que les croyances de l'avenir se soient formulées et implantées dans les masses , et leur aient rendu le Credo après lequel elles aspirent, il s'écoule encore bien des générations^ et que pendant ce temps nous demeurions dans cette anarchie intellectuelle et morale que nous décrivions tout à l'heure et qui ne peut finir qu'avec une foi nouvelle. // n'y a pas encore l'ombre d*un symptôme de solutions nouvelles : nous sommes donc bien
loin du dénoûment Quant à la pairie, il y a aussi pour tous,
en ce temps-ci, une manière de lui être utile, et ce moyen, c'est de faire comprendre le plus possible à tous ses enfants et la véritable situation où elle se trouve et les raisons de cette situation ; c'est de leur expliquer à tous le secret de leur mal , la nature du bien auquel ils aspirent et les moyens faux ou vrais d'y arriver: il faut éclairer les masses , etc. » (Cours de droit naturel de M. Jouffroy, dixième leçon, du scepticisme.)
Us comprendront alors le vrai sens du chapitre des mélanges intitulé : Comment les dogmes finissent y commençant par ces mots :
n Quand un dogme touche à la fin de son règne , on voit naître d*abord une indifférence profonde pour la foi reçue. »
Et finissant par ceux-ci :
« Ainsi s'accomplit la ruine du parti de l'ancien dogme et l'avènement du nouveau 5 quant au vieux dogme lui-même, il est mort depuis longtemps. » {Mélanges^ p. 1-29.)
Ils changeront d'auteur. De Jouffroy , ils passeront à M. Cousin. Mais ils s'apercevront bientôt que les idées des deux maîtres de la nouvelle philosophie, différentes sur d'autres points . s'accordent dès qu'il s'agit du christianisme. Partout, dans tous les livres du fondateur de
l'école à laquelle Appartient rUnnrenftité^ ili trouyerent
comme Tiin des principes fondamentaux du système cette doctrine : — que le Christianisme est bon pour ceux qui ne peuvent aller plm loin ^ pour le peuple , maia non pour ceux dont l'esprit est capable de s'élever jusqu'à la philosophie.
« Messieurs, point de présomption , car nous sommes , je voua le répète , nous sommes d'hier et nous sommes arrivés très-peu loin ; mais ayons foi dans ravenir, et par conséquent soyons patients dans le présent. 11 y aura toujours des masses dans l'espèce humaine : il ne faut pas s'appliquer à les décomposer et à les dissoudre d'avance. La philosophie est dans les masses soud la forme naïve, profonde, admirable de la religion et du culte. Le christianisme est la philosophie du peuple. Celui qui porté Ici la parole est sorti du peuple et du christianisme, et j'espère que vous le reconnaîtrez toujours à mon profond , à mon tendre respect pour tout ce qui est du peuple et du christianisme. La philosophie est patiente : elle sait comment les choses se sont passées dans les générations antérieures et elle est pleine de confiance dans l'avenir. Heureuse de voir les masses , le peuple, c'est-à-dire à peu près le genre humain tout entier, entre les bras du christianisme ^ elle se contente de lui tendre doucement ta main et de l'aider à s'élever |)/i« haut encore. » (/n<ràrf««** tion à l'histoire de la philosophie, par M. douaÎD, leçon 11, p« 60^)
Et ailleurs :
«Jeunes gens nourris dans le sein du christianisme,
préparés par ses nobles enseignements à la philosophie, arrivés ainsi au faite de vos études antérieures , vous trouverez dans la traie philosophie avec l'inteltigenee et l'eitplieaHon absolue» de ioutêê choHSune paix supérieure et inaltérable » (Id., p. 27i)
Et dans la préface de la deuxième édition des Fragments hiêtoriques j p. 38 :
« Le christianisme est le berceau dé la philosophie tnôderne, et j'ai signalé moi-même plus d'une vérité caeMe eoas le veiie des ifioages chrëtieanes. Que ces aaintes et subUoief» ûuages entrent de bonne heure dans les âmes de nos enfants et y déposent
— Ôô —
h$ germu^àe loutes les vérité» : la patrie, rbumaDÎté, la philosophie elle-même y trouveront les plus précieux avantages 5 mais il ne faut pas prétendre que jamais la raison n'essaye de se rendre compte de la vérité sous une autre forme que celle-là. »
Et à la dernière page de V Introduction à C histoire de la philosophie:
« Selon moi, dans le christianisme sontrenfermées toutes vé« ri lés ; mais ces vérités étemelles peuvent et doivent être aujoui^d'hui abordées, dégagées, illustrées par la philosophie. Au fond il n'y a qu'une vérité , mais la vérité a deux formes , le mystère et l'exposition scientifique; je révère Yune , je suis ici l'organe , rinterprète de l'autre. »
Les superstitions indiennes ont bien été remplacées pa:r une philosophie. Une philosophie grecque a bien succédé aux mystères païens ; pourquoi des mystères chrétiens traduits et expliqués ne sortirait-il pas une nouvelle philosophie française ?
« Tout de même que la philosophie orientale a pour base première les Védas, que la philosophie grecque est sortie des mystères, de même la philosophie du moyen-âge est sortie de la Bible, de l'Ancien et du Nouveau Testament et des décisions souveraines de l'Église. » Mais « l'unité et le caractère fonda* mental de la scolastique est dans ceci , qu'elle s'exerçait dans un cercle qu'elle n'avait pas tracé elle-même, qui lui était imposé par une autre autorité que la sienne Abélard, Albert,
saint Thomas étaient, il est vrai, des esprits originaux, même téméraires , mais dans leur élan le plus hardi ils avaient sans cesse les yeux sur les limites qui leur étaient tracées par l'autorité ecclésiastique et ils s'y renfermaient, ou du moins ils prétendaient s'y renfermer. Aujourd'hui, l'émancipation est complète. » [Introduction à V histoire de la philosophie, page 50-57.)
Nos lecteurs chrétiens concevront alors qu'une philosophie qui enseigne que le Christianisme , œuvre de la raison , peut être dépassé par la raison , ait été conduite à convertir tes mystères chrétiens en prétendues vérités
rationnelles, et ils liront sans étonnement, non sans
tristesse, cette déplorable interprétation du mystère de
la sainte Trinité :
« Quels sont les élémenls de la raison humaine, c'est-à-dire quelles sont les idées fondamentales qui président à 8on developpemeni?... 11 faut d'abord constater, énumérer dans leur to- (aliié les cléments ou idées essentielles de la raison ; la première loi d'une sage méthode est une énuméralion complète. La se* conde est un examen si approfondi de tous ces éléments qu'il aboutisse à une réduction de ces éléments et que nous finissions par avoir entre les mains le nombre déterminé d'éléments simples, irréductibles les uns aux autres, indécomposables et primitifs qui sont la borne infranchissable de l'analyse. La troisième loi de la méthode est l'examen des différents rapports de ces éléments entre eux... Il y a plus de douze ans que pour la première fois, dans une chaire publique, j'ai donné une énumération complète des éléments de la raison humaine, une réduction de ces éléments et une analyse de leurs rapports. Je me contenterai aujourd'hui d'exprimer les résultats de ces travaux, laissant à vos méditations le soin de féconder ces germes, et me fiant à la vertu de l'histoire qui, en les développant, les confirmera. J'ai l'air peut ôlre de hasarder beaucoup, et je ne fais que résumer les travaux de toute ma vie,., L La raison humaine , de quelque manière qu'elle se développe, quoi qu'elle aborde, quoi qu'elle considère, soit qu'elle s'arrête à l'observation de cette nature qui nous entoure , soit qu'elle s'enfonce dans les profondeurs du monde intérieur, ne conçoit toutes choses que sous la raison de deux idées. Examine-t-elle le nombre et la quantité, il lui est impossible d'y voir autre chose que l'unité ou la multiplicité; ce sont là les deux idées auxquelles toute considération relative au nombre aboutit. L'un et le divers, l'un et le multiple, l'unité et la pluralité, voilà les idées élémentaires de la raison en matière de nombre. S'occupe-t-elle de l'espace, elle ne peut le considérer que sous deux points de vue ; elle conçoit un espace déterminé ou borné, ou l'espace des espaces, l'espace absolu. S'occupe-t-elle de l'existence, prend-elle les choses sous ce seul rapport qu'elles existent, elle ne peut concevoir que l'idée de l'existence absolue ou l'idée de l'existence relative. Songe-t-elle au temps, elle conçoit ou un temps déterminé, le temps à proprement parler, ou le temps en soi, le temps
absolu , savoir réternité , comme l'espace absolu est Timmea*' silé. Songe-t-elle aux formes , elle conçoit une forme finie , déterminée, limitée» mesurable^ et quelque chose qui est le principe de cette forme et qui n'est ni mesurable, ni limité, ni fini , l'infini en un mot. Songe-t-elle au mouvement, à l'action , elle ne peut concevoir que des actions bornées et des principes d'action bornés, des forces, des causes bornées, relatives, secondaires , ou une force absolue, une cause première au delà de laquelle, en matière d'action, il n'est pas possible de rien rechercher et de rien trouver. Pense-t-elle à tous les phénomènes extérieurs ou intérieurs qui se développent devant elle, à celte scène mobile d'événements et d'accidents de toute espèce, là encore elle ne peut concevoir que deux choses, la manifestation et l'apparence comme apparence et simple manifestation , ou ce qui, tout en paraissant» retient quelque chose encore qui oe tombe pas dans l'apparence, c'est-à-dire l'être en soi, et, pour prendre le langage de la science, le phénomène et la substance. Dansla pensée elle conçoit des pensées relatives à ceci, relatives à cela, qui peuvent ôtre ou n'être pas, et elle conçoit le principe en soi de la pensée, principe qui passe sans doute dans toutes les pensées relatives, mais qui ne s'y épuise point. Dans le monde moral , aperçoit-elle quelque chose de beau et de bon, elle y transporte invinciblement cette même catégorie du fini et de l'infini qui devient ici l'imparfait et le parfait, le beau idéal et le beau réel, la vertu avec les misères de la réalité ou le saint dans sa hauteur et dans sa pureté non souillée... Voilà, selon moi , tous les éléments de la raison humaine. Monde extérieur, monde intellectuel, monde moral, tout est soumis à ces deux idées. La raison ne se développe et ne peut se développer qu'à ces deux conditions. La grande division des idées aujourd'hui acceptée est la division en idées contingentes et idées nécessaires; cette division est, dans un point de vue plus circonscrit , le reflet de la division à laquelle je m'arrête , et que vous pouvez vous représenter sous la formule de l'unité et de la multiplicité, de la substance et du phénomène, de la cause absolue et des causes relatives , du parfait et de l'imparfait, du fini et de l'infini... IL Pensez-y, messieurs, chacune de ces propositions a deux termes, l'un nécessaire , absolu , un , substantiel, causal, parfait, infini ; l'autre imparfait, phénoménal, relatif, multiple , fini : une analyse savante identifie entre eux tous les seconds termes et tous les premiers termes entre eux 5 elle idendifie
PiniiDensitë , Téternîté , la substance absolue et la cause absolue, la perfection et l'unité d'une part; et de l'autre le multiple, le phénoménal, le relatif, le limité, ]e fini , le borné , Timparfait... 111. Arrivés à cette réduction , examinons le rapport de ces deux termes... Les deux idées fondamentales auxquelles se réduit la raison sont deux idées contemporaines dans la raison, dont la raison non-seulement ne peut pas se passer, mais qui lui arrivent en même temps... Mais c'est là le rapport de ces deux idées à l'esprit, ce n'est pas là le rapport de ces deux idées en elles-mêmes. Sans doute l'une ne nous est pas concevable sans l'autre. Mais en même temps que nous ne concevons pas l'iine sans l'autre , nous ne concevons pas non plus que dans l'ordre intrinsèque des choses , dans l'ordre en soi , la variété puisse exister sans que préalablement ait existé l'unité. L'unité, la perfection, la substance, l'éternité, l'espace absolu nous paraissent l'affirmation, le positif, l'idée supérieure et antérieure dont la diversité, le fini, l'imparfait, le momentané, le successif, ne sont que la négation. C'est donc Vunité qui préexiste d la variété comme l'affirmation à la négation , comme dans d'autres catégories l'être précède l'apparence, la cause première précède la cause seconde , le principe de toute manifestation précède toute manifestation. L'unité est antérieure à la vérité; mais quoique l'une soit antérieure à l'autre, une fois qu'elles sont, peuvent - elles être isolées? Qu'est-ce que l'unité prise isolément? Une unité indivisible, une unité morte, une unité qui, restant dans les profondeurs de l'existence absolue , et ne se développant jamais en multiplicité , en variété et en pluralité, est pour elle comme si elle n'était pas. De même, qu'est-ce que la variété sans unité? C'est une variété qui , n'étant pas susceptible d'unité , ne pouvant pas être rapportée à une unité, ne peut jamais être élevée à une totalité, à une collection quelconque, ne peut jamais être additionnée, ne peut pas faire une somme; c'est une suite de quantités indéfinies , de chacune desquelles on ne peut pas même dire qu'elle est telle et non pas une autre, car ce serait supposer qu'elle est une, c'est-à-dire supposer l'idée d'unité; de manière que, sans unité, la variété aussi est comme si elle n'était pas. Voilà ce que produirait l'isolement de l'unité et de la variété ; l'une est nécessaire à l'autre pour être , pour exister de la vraie existence, de cette existence qui n'est ni l'existence multiple, variée, mobile, fugitive et négative, ni cette existence absolue, éler-
Ciéllé, iàSâfe, (Mtfhite, qui est ëileHnÔfne tomme lé néant de Fexistenee. Toute vi*aie existence, toute rêatiiê est dans Vunién ie ces deux éléments , quoique essentiellement Tan soit supérieur et etniérieur à l'autre. Il faut Qu'ils coexistent poui qoe de leur <:oEii^£MGB RÉSULTE LA RÉALITÉ. La vaHélé manque de réalité sans unité, l'unité manque de réalité sans variété. La réalitéouiavie (je parle ici de la vie raisonnabl^e , de la vie de la raison) est la simultanéité de ces deux éléments. Mais il y a encore un tout autre rapport que celui de la coexistence. Vous ne pouvez séparcf la variété de Tnnilé, ni Funité de la variété, la substance du phénomène, ni le phénomène de la substance-, l'une est antérieure à Foutre mais n'existe pas sans l'autre : ils Coexistent nécessairement. Mais comment coexistent-ils? quel est lé mystère de cette coexistence? l'unité est antérieure à la multiplicité, comment donc l'unité a-t-elle pu admettre la multiplicité? La pensée ne pourrait admettre Tune sans l'autre , mais , dans l'ordre féel, nous avons vu que l'une est antérieure à l'autre. Comment donc s^est fait ce mouvement de l'unité à la variété? C'est là le vice fondamental des théories anciennes et modernes ; c'est là lé vice de fa théorie de Kant. Elle pose l'unité d'un côté, la multiplicité de l'autre, Tinfini et le fini dans une opposition telle, que le passage de t^un à l'autre semblé impossible. Une analysé [Supérieure résout cette contradiction. Nous avons identifié touà les seconds termeâ entre eux ; nous avons identifié aussi tous léS premiers termes. Et quels sont ces premiers termes? C'est l'îmmensilé, l'éiernîté, l'infini, l'unité. Nous verrons un jour comment l'école d'Élée, en se plaçant exclusivement dans ce point de vue, à la cime de l'immensité, dé l'éternité, de Têtre en soi, d'e la substance infinie, a défié toutes lesautres écoles de pouvoir jamais, en partant de là, arriver à l'être relatif, au fini, à la multiplicité, et s'est beaucoup moquée de ceux qui admettaient Texistence du monde, lequel n'est, après tout, qu^une grande multiplicité. L'erreur fondamentale de l'école d'Éléé vient de ce que, dans tous les premiers termes que nous avons éûumérés, elle en avait oublié un qui égale tous les autres en certitude et a droit à la même autorité que tous les autres, savoir : l'idée delà cause. L'immensité ou l'unité de l'espace , l'éternité ou Tunité de temps, l'unité des nombres, Funité de la perfection, l'idéal dé toute beauté, Finfinî, la substance, l'être en soi, l'absolu, c'est une cause aussi) non pas une cause relative , contingente, finie , niais une cause absolue. Or étant une cause absolue, l'unité, \é
fiubslanceiie peut pas do pas passer à Tacte, elle ne peat pas ne pas se développer. Soit donDé seulement l'être en soi , la substance absolue sans causalité , le monde est impossible. Mais si Têtre en soi est une cause absolue, la création n*est pas possible, elle est
NÉCESSAIRE Ct LE MONDE NE PEUT PAS NE PAS ÊTRE. OtCZ la Catégorie
de la causalité à l'ensemble des autres catégories , Tobservateur superficiel n'y aperçoit aucune importance^ mais voyez-vous ce qu'on fait alors : on détruit la possibilité de la création du monde, car il implique que l'unité seule passe à la variété et la substance au phénomène; il implique de tirer le relatif de l'absolu; mais l'absolu n'est psi^Vabsolutumquid de la scolastique, c'est la cause absolue qui absolument crée , absolument se manifeste , et qui en se développant tombe dans la condition de tout développement, entre dans la variété, dans le fini, dans l'imparfait, et
produit tout ce que vous voyez autour de vous Résumons.
nous. H y a dans la raison humaine deux éléments et leur rapport, c'est-à-dire trois éléments, trois idées. Ces trois idées ne sont pas un produit arbitraire de la raison humaine; loin de là, dans leur triplicité et dans leur unité , elles constituent le fond même de cette raison , elles y apparaissent pour la gouverner, comme la raison apparaît dans l'homme pour le gouverner. Ce qui était vrai dans la raison humainement considérée subsiste dans la raison considérée en soi ; ce qui faisait le fond de notre raison fait le fond de la raison éternelle, c'est-à-dire une triplicité qui se résout en unité, et une unité qui se développe en triplicité. L'unité de cette triplicité est seule réelle, et en même temps cette unité périrait tout entière sans un seul des éléments qui lui sont nécessaires , ils ont donc tous la même valeur logique, et constituent une unité indécomposable. Quelle est celte unité? L'intelligence divine elle-même. Voilà, messieurs, jusqu'où , sur les ailes des idées , pour parler comme Platon , s'élève notre intelligence ; voilà le Dieu trois fois saint que reconnaît et adore le genre humain, et au nom duquel l'auteur du système
du monde découvrait et inclinait toujours sa tête octogénaire
Savez- vous, messieurs, quelle est la théorie que je vous ai exposée? Pas autre chose que le fond même du christianisme. Le />teu des chrétiens est triple et un tout ensemble, et les accusations qu'on élèverait contre la doctrine que j'enseigne doivent remonter jusqu'à la Trinité chrétienne. » Introduction à l'histoire de la philosophie y par M. Cousin, quatrième et cinquième leçons.
Et ce travestissement du mystère de rincarnation !
« Le genre humain croit à la raison et ne peut pas ne pas y croire , à celte raison qui apparaît dans la conscience en rapport momentané avec le moi, reflet pur encore, quoique affaibli, de celle lumière primitive qui découle du sein même de la substance éternelle , laquelle est tout ensemble substance , cause , intelligence. Sans l'apparition de la raison dans la conscience, nulle connaissance psychologique, ni encore moins ontologique. La raison est en quelque sorte le pont jeté entre la psychologie et Ton tologie , entre la conscience et l'être ; elle pose à la fois sur Tune et sur l'autre; elle descend de Dieu et s'incline vers l'homme ; elle apparaît à la conscience comme un hôte qui lui apporte des nouvelles d'un monde inconnu dont il lui donne à la fois et l'idée et le besoin. Si la raison était personnelle , elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors du sujet et du moi individuel. Si elle restait à l'état de substance non manifestée , elle serait comme si elle n'était pas pour le moi qui ne se connaîtrait pas lui-même. 11 faut donc que la substance intelligente se manifeste , et celte manifestation est l'apparition de la raison dans la conscience. La raison est donc à la lettre une révélation nécessaire et universelle , qui n'a manqué à aucun homme et a éclairé tout homme à sa venue en ce monde :
ILLUMINAT OMNEM HCHINEai VENIENTEM IN HUNC MDNDUH. La RaisOn
est le médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme, ce X6yo<; de Pythagore et de Platon, ce verbe fait chair, qui sert d interprèle à Dieu et de précepteur à l'homme , homme à la fois et Dieu tout ensemble. Ce n'est pas sans doute le Dieu absolu dans sa majestueuse indivisibilité , mais sa manifestation en esprit et en vérité; ce n'est pas l'être des êtres, mais c'est le Dieu du genre humain. >» (Fragm, philos, par M. Cousin, p. 78, t, P', 3* édition. )
Et cette parodie du mystère de la rédemption ;
« Que l'homme par lui même ne puisse atteindre jusqu'à l'infini, que la portée de sa conscience et de sa sensibilité expire sur les bornes du variable et du fini, qu'un médiateur soit nécessaire pour unir ce phénomène d'un jour et celui qui est la substance éternelle, c'est ce dont on ne peut douter. De là la nécessité d'un terme moyen entre Dieu et l'homme; de là encore cette nécessité que ce soit Dieu qui se manifeste à l'homme, et
que le terme ipteriDédiaire vienne de lui pour aller à rbooime 9 rhomme étant dans une impossibilité absolue de créer luimême l'échelle qui doit V élever jusqu'à Dieu; de là la nécessité d*une révélation. Or cette révélation commence avec la vie dans l'individu comme dans l'espèce «, le médiateur est donné à tous les hommes : c'est la lumière qui éclaire tout homme qui vient
M ce monde Étevez-vous donc , dit Platon , de cette scène
de la vie et de la nature qui change continuellement à ce qui ne change point, aux vérités absolues, aux idées. Arrivée là, la raison ne s'y arrête pas ; elle reconnaît que la vérité est la manifestation de quelque chose, la manifestation d*un être à qui elle se rapporte , comme à sa substance , la vérité absolue devant avoir aussi sa cause et sa substance comme tout le reste. La vérité conduit donc à la substance même , à Dieu , qui , profondément invisible en son essence , se manifeste ou se révêle d nous par la vérité , rapport sacré qui unit Phomme à Dieu, Telle est la théorie platonicienne et chrétienne. » Pragm. pAt7., par M. Cousin , t. V^ , p. 226 , 3^ édition.
Les chrétiens liront ces pages et bien d'autres; et quand les chrétiens sauront que ia secte philosophique à laquelle appartient C Université ^ ruine de fond ep pomble le christianisme et en travestit indignei^ont les
dogmes , ce ne seront point les néo-cailtoliques , ce
seront }es catholiques , les luthériens , les calvinistes , l^s méthodistes, les piétistes, les quakers, toutes les communions chrétiennes qui redouteront pour leurs enftmts les écoles de l'État aussi longtemps que l'État y laissera enseigner une philosophie destructive du christianisme.