‹ L'éclectismeChapitre 8 sur 18 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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La spéculation a besoin d'être confirmée par des faits. Le physicien ne se borne pas à calculer , il expérimente ; il vérifie le calcul par l'observation comme il éclaire l'observation par le calcul. De même, après avoir découvert l'origine de tous les cultes |)ar la seule puissance de l'induction , M. Cousin sentit le besoin d'appuyer sa théorie de quelque expérience décisive ; et s'emparant du christianisme, comme il eût fait d'une religion morte , il se mit à le disséquer afin d'en réduire les dogmes à des vérités rationnelles voilées d'images sensibles. Or, comme on le devine aisément, l'entreprise eut un plein succès , et la nouvelle philosophie se trouva cachée tout entière sous les symboles de la théologie chrétienne. Quoi de plus simple pour un analyste incomparable que de montrer , sous des formes reconnues mystérieuses , des vérités déclarées inaccessibles au commun des mortels?

Les mystères de la Sainte Trinité, de l'incarnation et de la rédemption , résument toute la métaphysique chrétienne , renfermant dans leurs saintes ténèbres tout ce que la révélation nous enseigne de la nature et des rapports de Dieu et de l'homme. L'intrépide psychologue le comprit , et enfonça le scalpel de sa critique droit dans ces trois mystères , le cœur du vieux dogme.

Le Dieu de FÉcrituf e fut le premier atteint. En moins de rien , la dialectique l'eut renversé comme une idole , chassé du sanctuaire où Thumanité T adorait depuis dix* huit siècles, et relégué parmi les abstractions sur le tréne désert dtme éternité silencieuse et dune eanstence absolue qui ressemble au néant de t existence. Aussitôt le Dieu triple et un de l'éclectisme revêtit la dépouille du Dieu mort. La causalité substantielle infinie et absolue prit de droit la place du Père. Le Fils fut remplacé par l'Univers , considéré comme l'ensemble des déterminations et modifications fatales de la causalité substantielle. L'Esprit devint le symbole de notre esprit considéré comme le rapport du sujet et de l'objet , de l'infini et du fini dans l'unité de la pensée. La Trinité chrétienne enfin se trouva réduite à n'être plus que l'expression symbolique du grand Tout, compris comme la détermination logique de l'infini par le fini au sein de la raison éternelle (1 ) . Après le Dieu trois fois saint, se présenta le verbe fait chair. Mais l'analyse qui avait supprimé Dieu avait emporté le Christ. S'il ne faut voir dans l'Univers entier que Fincamation fatale d'un Dieu qui ne fait qu'un avec ses œuvres , ce Dieu ne s'est pas incarné exclusivement dans Jésus; il s'est incarné dans tous les hommes. Nous sommes tous aussi bien que Jésus et au même titre que Jésus , fils de Dieu , verbe incarné. Et dès lors, que peut être ce verbe de l'Écriture qui revêt une forme sensible, s'incarne, se fait chair, se fait homme ? Qui ne l'a deviné ? Le verbe chrétien c'est l'éternelle vérité qui se révèle à notre conscience et se réalise dans la nature ; ce sont les idées archétypes , c'est le monde idéal et intelligible, la

(1) Foye» chapitre I , deuxième partie.

raiion enfin ^ le logos ^ le verbe de Platon et de Pydiagore(1). Voltaire le disait bien qae les chrétiens avaient formé leur verbe en appliquant au fils de Marie ce qui se racontait à Alexandrie du verbe de Platon !

Le Dieu des chrétiens une fois rejeté parmi les abstractions 9 et son Christ parmi les idoles , le rédempteur n'eut plus qu'à partager leur sort. La raison qui était déjà Dieu et THomme , devint encore le divin médiateur entre l'homme et Dieu (2). Là où l'Écriture dit : Nous connaissons Dieu par le Christ , nous nous élevons à Dieu par le Christ , ûous devons imiter le Christ ^ la philosophie dut traduire : Nous connaissons tout parla raison^ nous comprenons tout par la raison, nous devons conformer notre vie à la raison. La raison devint enfin la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde : ifuod illuminai omnem hominem venientem in hune mundum; et ce grand mystère de la rédemption, dont la profondeur a étonné tant de génies, se trouva réduit, voyez la puissance de l'analyse ! à une naïveté vulgaire.

C'est ainsi qu'une analyse savante des mystères chrétiens tira de leurs formules sacramentelles les propositions fondamentales de la nouvelle philosophie. Or, ce petit chef-d'œuvre de critique procura deux grands avantages à son auteur. Le premier fut de confirma d'une manière éclatante la théorie éclectique de la révélation, en ramenant la dernière des religions à un système philosophique voilé d'images sensibles. Le second fut de rendre aux prêtres chrétiens le sènê perdu de lêUrs dogmes j en y montrant, 6 blasphème ! la doctrine impie de l'identité de Dieu et du monde et de la divinité de l'esprit humain.

(i) Foyez chapitre I , deuxième partie.

(2) Foyez chapitre I, deuxième partie

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