‹ L'école aux apparitions mystérieuses [microforme]Chapitre 3 sur 11 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Récits des enfants.

Les témoignages qui suivent ont été donnés à l’auteur de cette brochure, le 16 juillet 1896, par les voyantes et voyants eux-mêmes. (Ceux-ci n'avaient pas été prévenus de notre visite au milieu d'eux.

Arrivé dans l'après-midi, nous les avons réunis tout de suite dans une maison de Dorchester Crossing, et là, nous avons recueilli, sous leur dictée, les faits qui sont ici publiés. Une fois leurs témoignages donnés, ces voyants ne s’attendaient pas à être appelés à les répéter. Cinq semaines plus tard, nous sommes revenu à Dorchester Road et ayant convoqué les enfants, nous les avons priés de nous faire leurs récits encore une fois, et ils nous ont exposé les mêmes détails, sans changements notables.

MÉLINE-D. BOURQUE, fille de Vital Bourque et de Julienne Melanson, est appelée en premier lieu. Elle est âgée maintenant de douze ans. Sa figure est un peu brune; elle est bien posée et sa physionomie a un cachet particulier qui inspire la confiance. Elle s'exprime ainsi :

“C’est moi qui, la première, ai vu la “dame,” le 19 septembre 1893. Ce matin-là, j'étais partie de bon matin pour aller à l'école, en compagnie de mes deux petites cousines, Amanda et Séraphine Bourque. Nous étions assises, toutes trois, sur le seuil de la porte d'école et nous nous entretenions

de choses et autres, lorsque j’ai entendu ces exclamations : Mais ! mais ! mais! (1) proférées, me semblait-il, par une voix à l’intérieur de l'école. Ensuite, j'ai entendu trois coups, comme s’ils eussent retenti sur le pupitre de l’institutrice, vis-à-vis de la porte.

“J'ai dit à mes petites amies que j'avais entendu frapper, et, tout de suite, le même son des trois coups s’est répété. Alors mes petites cousines m'ont dit que, cette fois, elles venaient d'entendre.

“Je suis allée avec elles à la première fenêtre à droite de la porte d'entrée. J’ai vu près de la fenêtre, au dedans, et apparaissant de profil, une dame dont la figure était tournée vers l’est. Elle était vêtue en blanc ; ses mains étaient jointes, ses yeux semblaient levés vers le ciel. Elle portait un voile blane et une ceinture bleue. Sa taille était, quant à la hauteur, un peu au-dessous de celle des femmes ordinaires. L'expression de sa figure me paraissait empreinte d’une certaine tristesse.

“Je croyais que c'était un effet de mirage ; aussi, après avoir pris un petit bois dans ma main, je me suis approchée tout près des vitres de la fenêtre, afin de m’assurer que rien ne mirait dans ces vitres : la même personne paraissait encore. L'idée m'est venue de frapper sur la fenêtre avec mon bois, comme pour surprendre ce que je voyais à l’intérieur, ou pour attirer son attention : l’apparition garda toujours la même expression et la même attitude.

“Pendant ce temps-là, Amanda Bourque voyait la même chose tandis que Séraphine, sa sœur, disait ne rien voir.—Saisies de frayeur, nous sommes allées nous asseoir sous les arbres qui sont près de l’école, pour y attendre les autres élèves. À leur arrivée, nous avons raconté ce que nous avions vu et enten-

(1) Mais ! mais ! est une interjection acadienne qui exprime une surprise et quelquefois un reproche.

du. Ces derniers venus sont allés à la fenêtre et plusieurs ont vu la “ dame” comme nous.”

Questionnée —Y a-t-ù d'autres enfants qui, ce jour-là, n'ont rien vu à la fenétre ?

R—Séraphine Bourque dit n'avoir rien vu; je ne me rappelle pas si d’autres ont fait la même déclaration.—Sur ces entrefaites, l’institutrice, Mlle Julienne Landry, est arrivée à l’école. Nous lui avons dit que nous avions vu une “ dame,” et, pour toute réponse, il nous a été signifié d'entrer dans l’école. En entrant, nous n’avons rien vu.

“ À la récréation de 104 h., nous sommes sortis. Je me suis rendue à la fenêtre dont j'ai déjà parlé : d’autres élèves m'ont accompagnée: l'institutrice même y est venue. J'ai aperçu la “ dame” à lu même place et dans la même posture que deux heures auparavant.

“ L'institutrice, pour sa part, a dit qu'elle ne voyait rien ; mais elle ne nous a pas gourmandés et n’a pas semblé tout-à-fait incrédule au sujet de ce que nous disions.—Durant plusieurs jours, toutes les fois que je regardais dans la fenêtre par l’extérieur, je voyais cette “ dame” telle que je viens de la représenter.

“ Après cette première série de visions, j'ai vu, —en dedans de école et pendant toute une Journée,— l'apparence d’un homme à barbe grise et, près de lui, une femme tenant un petit enfant dans ses bras. Ce groupe paraissait sur le tableau noir de la classe. L'homme était debout ; les trois personnages, —autant que je puis me rappeler, — étaient vêtus en blanc. Je n'ai vu ce groupe qu’une journée entière.

“Quelque temps après, j'ai aperçu un “petit enfant” apparaissant dans un coin de l'école, non loin du tableau. Il semblait avoir une tunique blanche; il ne touchait sa à terre et je ne voyais pas ses pieds.—Au bas de sa robe, il v avait une

bordure en dentelle blanche large de trois ou quatre

pouces, à peu près. “ L'enfant ” paraissait être haut comme ceci.

(Ici Méline mesure deux pieds, plus ou moins, en superposant ses mains l’une au-dessus de l’autre.)

‘ Les veux de “ l'enfant” étaient parfois souriants, parfois tristes ; ils se dirigeaient sur nous tous et semblaient nous fixer directement. Ses petites mains étaient pendantes, tournées en dedans, comme pour attirer, demander ou supplier. Ses cheveux étaient Jaunes et sa chevelure ondoyante descendait en avant, sur chaque côté des épaules, jusqu'à la ceinture.

“Ce jour-là, en regardant par la fenêtre, à l’extérieur, Emma Belliveau avait déjà vu “ l'enfant, ” avant moi. Pour ma part, j'étais en dedans de l'école lorsque je l’ai aperçu, mais je ne me souviens plus si c'était le matin ou l'après-midi.

“J'ai vu ce même “enfant” dans l’école, depuis cette époque jusqu'aujourd'hui. Depuis que j'ai commencé à voir “ l’enfant ” seul, je n’ai plus aperçu la “dame.” Durant à peu près quatre mois, “l'enfant” m'a apparu avec un cœur couleur d’or et qui semblait suspendu sur sa poitrine.—Dans ses récentes apparitions, il a toujours gardé la même expression de physionomie. J'ai souvent aperçu des scapulaires pendant de sa main droite. D’autres fois, une couronne d’une couleur dorée, fine et brillante de clarté, faisait le tour de sa tête, sans la ceindre de très près—Avant d’avoir vu les scapulaires, j'ai aperçu, un jour, un bel oiseau blanc se balancer en voltigeant, à deux pieds de distance, au-dessus de la tête de “ l'enfant ”. Cet oiseau tenait une fleur blanche dans son bec.

“ Ce soir, 16 juillet 1896, a dit Méline-D. Bourque en terminant son récit, Madame S. Bourque, qui est venue avec vous, m'a envoyée, avec ma cousine Amanda, chez M. Aimé Boudreau. Chemin faisant,

nous nous sommes rendues toutes deux près de l'école, qui est fermée maintenant, à cause des vacances. Nous avons regardé à l’intérieur par la fenêtre, et toutes deux nous avons vu le petit “enfant,” à la même place que de coutume : il avait sa couronne autour de la tête. Il y a longtemps que je ne l’ai vu avec cette couronne.

“Au commencement des apparitions, pendant que je voyais la “ dame,” j'ai uperçu cette dernière se promenant quelque fois sur le plancher de l’école, lorsque les élèves étaient dehors en récréation.— C’est tout ce que j'ai vu.”

AMANDA BOURQUE, âgée maintenant de treize ans, est fille de Maxime Bourque et de Mathilde LeBlanc. Elle à fait sa première communion une aunée avant les apparitions que nous racontons, et elle a été confirmée en 1893. Son témoignage est pareil à celui qui précède, sauf toutefois quelques détails : il a été donné comme suit :—

“ Quand, au premier jour de l'apparition, j'ai entendu frapper sur le pupitre, à l’intérieur de l’école, je suis allée à la fenêtre avec les autres, mais je n'ai rien vu, ni ai-je entendu dire alors, par mes petites compagnes, qu'elles voyaient quelque chose.

“ Nous sommes allées nous asseoir sous les arbres, et là, Méline D. Bourque a dit, la première, qu’elle avait vu une femme à travers la fenêtre de l’école. Je suis allée me placer dans la même position qu’elle avait auparavant, et j'ai «perçu alors une “ dame ” dont je ne voyais qu’un côté de la figure. Ses mains étaient jointes, ses yeux levés vers le plafond de l'école. Elle était habillée en blane, à l’exception de sa ceinture et de son voile qui étaient de couleur bleue. J’ai ététellement saisie parl’émotion que jen’ai pas suffisamment fait attention pour donner une description exacte, dans les détails, au sujet de l’habillement ou des traits de la femme. J’ai demandé

à ma petite sœur Séraphine si elle voyait, et elle m'a répondu : non.

“Méline D. Bourque est venue ensuite à la fenêtre : elle avait à la main une canne ou une baguette en bois; elle pensait, m'a-t-elle dit plus tard, que les vitres faisaient du mirage. Elle s’est approchée, a frappé légèrement les barreaux de la fenêtre et elle a encore aperçu la “ dame.” Plusieurs élèves sont arrivés. Nous leur avons détaillé tout ce que nrus avions vu, puis nous sommes allés ensemble à la fenêtre et quelques-uns ont déclaré voir la même chose que nous. Je suis moralement certaine que d’autres ont alors avoué ne rien voir. La maîtresse (1) est venue : nous lui avons raconté ce que nous avions vu. D'abord, elle a paru surprise, puis elle a eu l’air de ne pas ajouter foi à ce que nous disions.—“Ce sont des inventions que vous faites là, a-t-elle dit ; entrez à l’école.” Elle ne nous & rien dit de plus. Quand elle à ouvert la porte, je m'attendais à voir quelque chose en ‘ledans de l’école, mais, pour cette fois-là, rien. Plus tard, c'est-à-dire durant l’automne et l'hiver qui ont suivi ces événements, j'ai souvent vu la ‘dame ” dans l'appartement, au même lieu où “ l'enfant ” a été vu depuis. Quelquefois, cette “ dame” était debout et semblait toucher à terre: d’autres fois, elle paraissait avoir un nuage au-dessous de ses pieds. De taille, elle était haute à peu près comme moi (/« voyante est très grande pour son dge) ; eile portait un voile bleu, une ceinture de même couleur: le reste de ses vêtements était en blanc. Ses pieds, quand ïls étaient visibles, étaient couverts de courroies à sandales (2): elle tenait toujours ses mains jointes.

(1) En maintes localités, les Acadiens emploient habituellement le mot maîtresse pour dire institutrice.

(2\ La description donnée ici par Amanda répond à celle que donnerait n'importe quelle personne du peuple pour signifier des courroies et sandales.

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