‹ L'école aux apparitions mystérieuses [microforme]Chapitre 5 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Autres récits curieux par des enfants.- Réflexions.

Les témoignages suivants donnés aussi par de jeunes enfants ont tous, à l'exception du dernier, été recueillis par nous, le 17 juillet de la présente année 1896, dans l’école de Dorchester Road. M. Hippolyte-A. Belliveau, syndie de l’école, était présent. Au cours de leurs divers récits, les enfants désignaiïent les différents endroits où se sont manifestées à leurs regards les apparitions, qu’ils racontent d’une maniere très intéressante.

ANGÉLINE LÉGÈRE, maintenant âgée de 14 ans, est fille de Philippe Légère et de Rosalie Melanson. C’est elle qui donne le premier témoignage et elle s'exprime ainsi :

“ Le matin de la première apparition, le 19 septembre 1893, je ne me suis pas rendue à l’école si tôt que j'en avais l'habitude ; cependant, j'y suis arrivée quelques minutes avant l'institutrice. On m'a raconté alors les choses extraordinaires qui venaient d'être vues: je suis allée regarder par la fenêtre de l'école et j'ai avisé une “dame,” dans l'école. Je l'ai vue plus tard dans le coin nord-est de l’école, à genoux: je l'ai aperçue également en procession.

“Je l’ai entendue plusieurs fois réciter le chapelet, pas d’une voix aussi forte que nous, mais d’une voix distincte. Quelquefois, je l’entendais seulement pendant une couple de dizaines ; d’autres fois, durant le chapelet entier.—Une fois, elle a dit ces

naroles :—Je suis la Mère de Dieu ct sainte Anne est ma mère. Une autre fois, elle a prononcé le nom de Marie. Dans une autre occasion, elle a dit en me regardent :—Prie! prie! prie! Dans une autre apparition, elle s'est énoncée ainsi :-—Je veuæ avoir une chapelle bâtie ici.

“Une autre fois, comme nous voyions une autre “ dame” apparaître, à l'intérieur de l’école, entre les deux fenêtres du côté nord, elle nous a dit que c'était sainte Anne, et que “lenfant” que nous voyions, dans l'angle nord-ouest de l'appartement, était l'Enfant-Jésus. Amanda Bourque a entendu les mêmes choses, mais Méline-D. Bourque dit qu'elle n’a pas entendu cela.

“Le premier hiver des apparitions, durant une auinzaine de jours, j'ai vu se détacher, sur le tableau de l’école, le buste d’un vieillard à longue barbe grise ou plutôt presque blanche ; le tout avait une hauteur d’un pied et demi environ, et semblait se refléter sur le tableau, comme une image.

“ Un jour, comme ce tableau avait été enlevé sous prétexte que nous ne voyions que des objets extérieurs s’y réfléchissant par le soleil ou la lumière du dehors, je vis, en entrant dans l'école, un mot formé sur le mur par des caractères ou lettres dorées ayant six pouces de longueur ou à peu près.

‘“ Cette mappemonde qui est là, déroulée sur le mur, était roulée jusqu'au haut et retenue par des ficelles, lors des premières apparitions. Sur cette partie du mur qui est cachée maintenant par la carte géographique, j'ai aperçu une grande croix de couleur noire avec l’inage du Crucifié toute resplendissante de dorure et d'éclat. Sa tête était inclinée vers son épaule droite. Amanda Bourque et Alice Belliveau ont déclaré voir la même chose. Nous en avons parlé à Mile J. Landry, institutrice : celle-ci n'a rien dit.

“J'ai souvent été témoin de l'apparition d'un

“enfant :” je l'ai vu une fois ou deux par jour, durant deux ou trois semaines ; parfois avec un vase en forme de calice ou de ciboire au-dessus duquel je voyais une hostie.

“Un midi, au retour du dîner, nous sommes entrées à l’école, Amanda Bourque, Alice Belliveau et moi. Après une courte prière, nous avons vu “ l’enfant” qui nous a recommandé de nous préparer pour communier.— Préparez-vous, a-t-il dit, pour Jarre la sainte Communion.—Nous nous sommes préparées, puis 1l nous a fait signe d'approcher. J'ai pris la chaise de l’institutrice, celle sur laquelle vous êtes assis maintenant, et je me suis approchée près de l'endroit de l'apparition. Nous nous sommes agenouillées sur la chaise, car nous n'étions pas assez élevées en nous mettant à genoux sur le plancher, et nous avons reçu la sainte Communion de sa main : moi, la première ; puis Amanda et Alice. J'ai goûté les saintes Espèces et les ai avalées de la même manière que lorsque je communie à l’église.”

En disant cela, les yeux d'Angéline Légère se sont remplis de larmes, ses lèvres se sont agitées, les traits de sa figure se sont contractés comme il arrive à un enfant dont l'âme est remuée par une forte émotion, et qui comprime avec peine un sanglot ou des pleurs.

“ Une autre fois, a-t-elle ajouté, j'ai vu la “dame” avec des chandelles allumées autour d’elle.—Enfin, nous étions, un jour, occupées, au dehors de l’école, à lever, à l’aide de bras, Séraphine Bourque pour qu’elle pût voir l'apparition au dedans, lorsque j'ai aperçu, à travers la fenêtre, un bras blanc faisant un mouvement analogue à celui qui se fait lorsqu'on repousse quelqu'un ou quelque chose.—C’est tout ce que j'ai vu.

ALICE BELLIVEAU, fille de Joseph Belliveau et de Emilienne Melanson, a maintenant dix ans et six mois. En 1893, elle n'avait que sept ans et demi. Un fait bien digne de remarque, et qu’il est bon de se rappeler en lisant son témoignage, c’est que, à cette époque, elle n'avait jamais vu de prêtre à l'autel n1 de cérémonies religieuses faites à l’église.

Après qu'elle eut entendu parler des apparitions, elle fit toujours beaucoup d’instances auprès de ses parents, pour se joindre aux autres voyants et se rendre à l’école. Toutes les fois que défense lui était faite d'y aller, elle demeurait, durant de longues heures, inconsolable. La jeune Alice déclare ce qui suit :

“J'ai vu la ‘dame ” à la même place qu’elle a été aperçue par les autres élèves: elle était Ià, au bas de l’école, tournée vers “l'enfant.” Cette “ dame,” dont l’habit était blanc, portait une ceinture bleue avec un voile blanc. Toutes les fois que je l'ai aperçue à genoux, elle semblait agenouillée sur un coussin blanc et se tenait tournée vers “ l'enfant ” qui apparaissait en même temps. Ses mains étaient jointes, ses yeux élevés vers le ciel: elle avait un chapelet à la main et sa tête était couverte d’une coiffure de couleur blanche. Son voile avait une bordure dorée. Elle m'a dit :—Le petit enfant que tu vois près du nur dans ce coin-là, c'est mon enfant Jésus. Tout de suite J ai entendu “ l'enfant ” me dire :—Ctelle que tu vois à mes pieds, c'est ma mère. Un jour, j'ai vu sur le mur du côté nord, entre les deux fenêtres, une dame qui portait sur son bras gauche un enfant dont elle contemplait la figure.

‘“ Dans la seconde année des apparitions, un jour du mois de mars, j'étais agenouillée aux pieds de “ l'enfant ” lorsqu’ il m'a dit:-—7l faut réciter le

chapelet de saint Joseph. J'ai répondu que je ne savais pas comment le dire.—On fuit le signe de la croix, a-t-il répondu, puis on dit: “Je crois en Dieu,” ensuite le “ Notre Père) après, on ajoute trois fois : “ Saint Joseph, priez pour nous,’ et on termine pur “ Gloire soit au Père, etc.” On reconmence le Notre Père,” puis dix fois, “ Suint Joseph, priez pour nous, ensuite “ (loire soit au Père et on continue de méine jusqu'à ta fin.

# L'enfant” ayant ainsi parlé, j'ai récité le chapelet de saint Joseph aussi fidèlement que j'ai pu, en suivant l'instruction qui venait de m'être donnée.

“Dans une autre apparition, j'ai vu reflétée, pour ainsi dire, sur le tableau de l’école, la figure d’un vieillard portant une barbe longue et presque toute blanche.—Un jour, j'ai vu, sur le coin du tableau de la classe, un crucifix de couleur noire avec un christ doré : la bordure, c'est-à-dire le rebord du crucifix, était jaune.

“ Une autre fois, j'ai aperçu dans la main de Méline-D. Bourque, une boule en forine de pomme, plus grosse toutefois qu’une pomme ordinaire. Elle était coloriée blanc et bleu et surmontée d’une croix de couleur jaune. Cette boule paraissait fatiguer la main de Méline par sa pesanteur, et je vis cette dernière employer l’aide de son autre main pour soutenir le poids de cette boule mystérieuse.”

(Méline-D. Bourque, qui est présente, corrobore cette déclaration, en disunt qu’elle a oublié ce fait en ne faisant son récit de la veille.)

‘ À l’époque où nous voyions des processions dans l'école, j'ai emporté de l’eau bénite, un jour, pour asperger les personnages mystérieux qui faisaient la procession dans la classe. On nous avait conseillé d’en agir ainsi, afin de nous assurer si C'étaient de mauvais esprits ou non. Lorsque j'ai jeté l’eau bénite, tous ceux que je voyais marcher en proces-

sion ont fait le signe de la croix.” — (D’autres enfants présents disent avoir eu recours au même evpédient avec un semblable résultat.)

—“ Une autre fois, a-t-elle dit en terminant, j'ai vu un autel de couleur jaune ou d’or. Près de l’autel, il y avait un personnage habillé comme les prêtres que j'ai vus à l’autel depuis ce temps-là. Il y avait quelqu'un agenouillé à côté de ce personnage aux habits sacerdotaux, et il avait la même posture que ceux qui servent la sainte Messe. L'autel était éclairé par six lumières, trois de chaque côté. —C’est, pour le présent, tout ce que je me rappelle avoir vu.”

DExIs (DrANoS) BELLIVEAU est aujourd’hui âgé de treize ans ctil est frère d’Alice Belliveau dont nous venons de lire le récit. Voici un résumé de sa relation:

“Ii y avait un mois que les petites filles voy: ‘ent quelque chose d’extraordinaire dans l'école, quand, un jour, j'ai aperçu le buste d’un vieillard à barbe grise et aux habits noirs se refléter, me semblait-il, sur le tableau. J’ai été témoin de la même chose plusieurs fois durant quinze jours. Je voyais, en inême temps, l’image d’une “ dame ” dont les traits ne m'arrivaient pas très distinctement : elle semblait entourée d'un léger nuage d’où je ne pouvais bien saisir la couleur, l'exacte description de ses vêtements, ni l'expression de sa figure.—Au dehors de l'école, j'ai souvent aperçu, à travers la fenêtre, des figures qui semble ent se réfléchir sur le tableau de la classe.—J’assure avoir vu ce qui est ici déclaré.”

D'autres jeunes enfants, tels que Napoléon Bourque, 12 ans, Marcel Belliveau, 11 ans, Timothée Boudreau, 14 ans, et d’autres encore sont sur la liste des voyants, dans la classe des enfants. Nous n'avons pas recueilli leurs témoignages, parce que nous étions persuadé que les déclarations qui précèdent seraient suffisantes pour les fins que nous

avons en vue. D'ailleurs, le lecteur, après ces premiers récits plus ou moins étranges, sent probab'ement le besoin de se recueillir et de se demander si, après tout, cette brochure n’en impose pas à la crédulité publique, et si ce ne serait pas le temps, pour Îui—avant d'en lire plus long,—de crier à l'imposture et de tout rejeter en bloc.

Non. Rejeter,-même les histoires d’enfants,-sans examen, sans vouloir les comparer avec des situations ou des faits analogues dans l’histoire, ce serait peu digne de personnes croyantes, sérieuses et avisées.

S1 les manifestations racontées plus haut par les jeunes enfants sont telles qu’ils les relatent, elles annoncent un phénomène digne d'examen. Si elles couvrent autant de mensonges, qui donc a exercé ces enfants à une pareille supercherie ?

Ils sont cinq ou six, et plus même, sains d'esprit, candides, bien élevés, s’accordant à narrer des faits qui relèvent soit de l’ordre du surnaturel ou du domaine des mystères que la science n'a pu approfondir : tel est le fait. Et, depuis trois ans, ces enfants persévèrent tous dans l'affirmation des événements ci-dessus relatés, sans altérer notablement ces récits, sans les renier en aucune manière, sans même avoir l'air de douter le moins du monde de leur caractère surnaturel.

Si, réellement, ils trompaient ainsi le public, jamais, dans une humble campagne, on n'aurait vu une semblable imposture se faire jour sous un tel masque de candeur, de sincérité et d'innocence. Mais cette dernière supposition n'est guère admis-

sible, et, aux yeux des personnes qui ont suivi ce développement extraordinaire et qui se sont imposé le devoir d'attendre jusqu’à nos jours avant de se prononcer, il n'est plus question de rêve ou de supercherie. Les théories et les hypothèses qu'on a invoouées pour expliquer ces faits extraordinaires ne sauraient, en pays un peu éclairé, donner la solution du problème qui est en situation.

Certains hommes de science prétendent que l’exaltation nerveuse à laquelle des personnes ou des familles entières sont sujettes, prend souvent le caractère des idées qui occupent le plus ces personnes ou ces mêmes familles. Or, l’idée religieuse dominante chez nos voyants ou voyantes a été le culte de la sainte Vierge sous son vocable de Notre- Dame du Rosaire et celui aussi de la Sainte- Enfance. On sait qu'il y a, dans cette mission, un singulier élan donné à la dévotion du Rosaire depuis une vingtaine d'années. Feu le R. P. Lecours en avait fait sa dévotion de prédilection pour ses ouailles de Scoudouc : il rassemblait souvent, autour de lui, les enfants,—les petites filles surtout ;—il leur parlait des mystères du Rosaire et il leur enseignait à les méditer en récitant le chapelet. De plus, les fréquentes processions qui se faisaient à l’église du village et auxquelles les enfants assistaient ; les descriptions qu’en relataient les mères à leurs petits enfants, au foyer, pour leur inspier de bonne heure la dévotion à la sainte Vierge et pour tourner leurs cœurs-vers la maison de Dieu: tout cela aurait-il frappé trop fortement l'imagination de ces jeunes enfants ?

Chez ces derniers, l'imagination serait-elle entrée en rapport avec l'organe de la vue, au point de produire, sur cet organe visuel des enfants et des adultes, une impression semblable à celle fournie par les objets extérieurs ? Est-ce que les personnages ou objets religieux perçus par ces imaginations surexcitées, comme quelques-uns les prétendent, ont pu acquérir la même objectivité que les objets réels eux-mêmes ?

Que la science réponde !

L'histoire fournit certains cas où les apparitions relatées par des soi-disant visionnaires n'étaient simplement que l'effet de leur imagination vive, active, douée de la faculté de se créer pour elle-même, tant ses propres images que la lumière qui les éclairait.

On cite, par exemple, les expériences de Jérôme Cardan, qui avait la faculté d'’illuminer, en quelque sorte, les objeis de sa propre lumière.—“ Quand je le veux, dit-il, je vois ce qu’il me plaît de voir, et cela, non avec l'esprit seulement, mais avec les yeux, comme ces images que je voyais dans mon enfance. Mais maintenant, je crois qu’elles sont le résultat de mes occupations. Je n’ai pas toujours, ilest vrai, ni en tout temps, cette faculté : je ne lai que quand je veux... Je crois que la cause de tous ces effets est dans l’activité de mon imagination et dans une vue très perçante.”’—(J. CARDAN, De varietate rerum, t. IV, c. 43.)

La science va encore plus loin. Elle nous dit que tandis que, à l’état normal, les images sont perçues d’abord par les sens extérieurs et montent de là dans l'esprit, dans les états extraordinaires

dont nous parlons ici, c'est justement le contraire qui arrive. C’est l’âme qui reçoit alors, la première, les impressions par l'aide d’une lumière toute spirituelle. Elle les dirige ensuite vers les sens où ces impressions agissent sur la lumière organique et mettent cette dernière si bien en éveil, que celle-ci finit par leur donner des traits distincts et une forme extérieure et objective.

Plusieurs personnes ont été douées de cette faculté. —Les habitudes de la vie ont aussi sur elle une influence incontestable, et, dans ce cas, il est probable qu’elle se rattache à la mystique.

C’est ainsi que Véronique de Binasco contempla, dans une suite de visions du genre de celles relatées déjà et de celles que nous raconterons dans un prochain chapitre, toute la vie de Notre-Seigneur. Elle le vit depuis le voyage de saint Joseph lorsqu'il alla à Bethléem avec la sainte Vierge jusque après le crucifiement.

Catherine Emmerich est un autre exemple frappant de ces sortes de visions. Non seulement celle-ci a vu se dérouler devant elle les scènes de la Passion du Sauveur, mais elle l’a suivi dans toutes ses courses à travers la Judée, pendant les trois années de sa vie publique. ‘“ La nature du sol, les fleuves, “ les montagnes, les forêts, les pays, les habitants, “ leurs demeures, leurs mœurs, leurs usages, leurs ‘“ costumes, les habitudes de leur vie, tout, nous dit “ un commentateur, a passé sous ses regards, dans “ des images claires et distinctes.”

Ces dernières visions sont peut-être les plus étonnantes, les plus intéressantes et les plus glorieuses que l'esprit humain ait jamais contemplées,

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