‹ L'école aux apparitions mystérieuses [microforme]Chapitre 6 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Visions des adultes.

A la suite des récits merveilleux donnés par les enfants, nous allons maintenant exposer certains témoignagnes venant de personnes adultes, et même plus ou moins avancées dans le chemin de la vie. Ici encore, nous aurions pu fournir un plus grand nombre de témoignages, mais comme nous l'avons déjà fait entendre, nous ne voulons pas remplir cet opuscule d’une répétition de récits qui finiraient vite, du reste, par lasser le lecteur.

Pour ce qui est de l'honnêteté et de la bonne réputation de nos témoins, vieux ou jeunes, le public comprendra nos raisons de n’en riendire. Faire le portrait des adultes, c’eût été blesser leur humilité. Quant aux enfants, à Dieu ne plaise que, d'un côté, nous doutions de leur candeur et de leur sincérité, et que, de l’autre, nous allions jeter sous leurs pas, au début de leur course, un encens de louanges dont la fumée pourraît peut-être les égarer, leur faire perdre la vraie route qui mène à la vie.

Ces remarques préliminaires étant faites, écoutons les témoignages suivants :

ME DENis-L. BoURGEOIS (née Nathalie Melanson) est âgée de cinquante-trois ans. Elle est mariée depuis trente-trois ans et elle est mère de quatre enfants. Sa demeure est voisine de l’église de Scoudouc. Elle donne son rapport comme suit :

“ Il y avait déjà plusieurs semaines que les enfants voyaient, disait-on, lorsque je suis allée à l’école. La mère de Méline-D. Bourque est une de mes sœurs : elle est plus jeune que moi. Un dimanche, un peu avant les patates arrachées (1), je me décidai de me rendre à l’école de Dorchester Road, tout en passant faire une visite à ma sœur.

“ J'arrivai au moment où la foule finissait de réciter des prières dans l’école. Un peu désappointée au sujet de mon retard, je demandai toutefois aux petites voyantes, si elles rentreraient avec moi, pour quelques minutes. Je disposai les petites filles en rang, à genoux, devant moi, tournées du côté où elles prétendaient voir: je m'agenouillai en arrière d'elles.”

“ Nous commençâmes à réciter ensemble le chapelet médité. Nous étions à réciter la première dizaine des mystèresjoyeux,l'Annonciation, lorsque J'ai vu, en face de la porte d’entrée de l’école, une “ dame” à genoux sur ce qui me paraissait être un coussin blanc. Son habit était de couleur blanche, ses mains étaient jointes, son manteau était blanc et des lances d’une longueur de deux à trois pieds, à peu près, entouraient sa tête. —Au second mystère, la Visitation, la “ dame” s’est levée. Un personnage était à genoux devant elle : j'étais tellement agitée par l'émotion aue je ne me rappelle pas aujourd'hui si ce personnage avait l'apparence d’un homme ou celle d’une femme.

“ Lorsque nous méditions le mystère de la VNaissance de Jésus, la ‘“ dame” s’est tournée de notre côté. Surson bras gauche, elle portait un petit

(1) Locution en usage chez les Acadiens pour signifier l’époque où l’on arrache les patates, c’est-à-dire du premier à la mi-octobre. En 1893, le premier dimanche d'octobre, la fête du saint Rosaire tombait le premier jour du mois. Le second dimanche était la fête de la Maternité de la saiate Vierge. Nous verrons par d’autres témoignages que la première visite de Mme Bourgeois se fit le 8 octobre,

“ enfant” aux yeux bleus et à l’habit tout blanc. Comme l'éclair, la pensée suivante m'est venue à l'esprit: “ Mon Dieu! mon Dieu! est-ce bien là Celui qui me jugera un jour ?

“ Et il m'a semblé que ses yeux brillèrent alors d’un plus vif éclat et nous regardèrent toutes avec plus de fixité.

“ Au quatrième mystère, Jésus présenté au temple, j'ai vu l’image d’une bâtisse en avant de laquelle il y avait un homme de haute taille. Devant ce dernier, une dame présentait un enfant dans ses bras. En arrière de la “ dame” se dégageait aussi, mais peu distinctement. l'ombre d'un autre homme dont je ne vis que le côté de la figure.

“ Au dernier mystère, Jésus retrouvé dans le temple, j'ai aperçu un crucifix d’un pied de hauteur, a peu près, surmonté d’une banderolle blanche qui ne touchait pas au crucifix. Le christ sur ce crucifix avait couleur de chair vivante, sans, toutefois, qu'il y eût, en apparence, écoulement de sang venant des plaies. Chacune des apparitions dont je viens de parler n’a duré que le temps employé pour la récitation de chaque dizaine, et a fait place successivement aux scènes suivantes dans l'ordre que je viens de donner.

“ Après le chapelet ainsi médité, j'ai récité le cha. pelet du Sacré-Cœur de Jésus. C’est alors qu'une image du Sacré-Cœur, grandeur d’un pied, m'est apparue. Le manteau qui couvrait les épaules était ouvert en avant et laissait voir, au côté gauche, un cœnr palpitant de vie. Dans le cœur, il y avait ure plaie en forme circulaire. Tout le tour de cette plaie, je vis un bouillonnement de sang continuel sans qu'il parût non plus y avoir effusion. Je n'ai pas demandé aux enfants s'ils voyaient les mêmes choses.

“ Tout cela se passait dans l’avant-midi, car il n’y avait pas eu de messe dans notre église, ce

dimanche-là. Après ces diverses visions, je suis sortie avec les enfants.

“ Dans l'après-midi, je suis retournée à l’école avec tous les autres. Il y avait alors, dans la ciasse, une vingtaine de personnes de tout âge. Nous avons récité le chapelet en commun, et je n'ai rien vu. C’est la seule fois que je suis entrée dans l’école, depuis cette époque, sans voir quelque apparition extraordinaire. Pendant que nous étions ainsi à prier au dedans, le bruit s’est répandu que quelques personnes sorties au dehors apercevaient quelque vision extraordinaire, à travers la fenêtre.

“ Je suis sortie, à mon tour, et de la fenêtre, à l'extérieur, j'ai aperçu la forme d’un autel entouré de rideaux blancs. Je vis en même temps un vieillard. Ilétait de haute taille: ses cheveux gris blanc tombaient en boucles sur ses épaules ; ses mains étaient étendues et ses bras étaient demilevés, comme ceux d’un prêtre chantant une oraison à la sainte Messe. A côté de lui, je vis une dame avec une couronne tellement brillante que je fus saisie d’une émotion indicible. Sous ses pieds, il y avait des gradins de couleur blanche et ayant forme d’escabeau. Sa ceinture était bleue, son manteau était bleu ciel, sa robe était d’un jaune foncé, ses mains étaient jointes comme celles du vieillard. Au côté gauche, elle avait, à la ceinture, un chapelet qui était d’un jaune luisant. Sa figure était tellement éblouissante qu'on ne pouvait la fixer longtemps ; cependant, elle avait un tel pouvoir d'attraction, que j'aurais fait n'importe quelle route pour la suivre du regard.—Cela dura quelque temps, et la vision disparut.

“ Quatre jours après, dans la même semaine, je suis retournée à l’école. J'étais à prier dans l’intérieur de la classe, lorsque j'ai vu, dans un coin de la salle, un homr:e revêtu du surplis et de l’étole, et tenant

un livre à la main. Il était de stature plus haute que la moyenne : je n'ai pas remarqué s’il avait l'air vieux ou jeune. Tout près de lui, j'ai vu une dame vêtue de blanc : elle avait un voile qui lui cachait la figure. C’était après l'heure de la classe : nous avons dit le chapelet, l’institutrice, les petites voyantes et moi, et nous nous sommes retirées.

“Le même automne 1893, au cours des apparitions, J'ai vu trois ou quatre fois une dame âgée. Chaque fois que je l’apercevais, elle était seule. Ses habits étaient de couleur orange non éclatante. Je ne voyais que le côté de la figure, mais sufisamment pour qu'elle me parût avoir les traits d’une personne avancée en âge.

“ Un jour, dans le carême suivant, je me suis rendue à l’école, après la récréation de l'après-midi. Ceux qui ont regardé le calendrier m'ont dit qu'il ny avait, ces jours-là, d'autre fête de saint que celle de saint Raymond; mais c'était aussi une fête de Îla croix (1). J’ai vu, ce jour-là, un groupe de personnes, deux hommes et une dame. Un des hommes semblait assis au milieu ; à droite apparaissait l’autre homme debout ; la femme, elle, était également debout et à gauche. Au-dessus de leurs épaules, un grand cercle entourait ces trois personnages comme d’une auréole commune. Après la classe, nous avons récité le chapelet en commun, et alors ce cercle s'est transformé er petites croix noires.

(1) En 1894, la fête de saint Raymond de Pennafort tombait le deuxième dimanche du carême, le 18 février. Deux jours auparavant, l'Eglise célébrait la fête de la sainte Lance et des Clous qui ont transpercé le côté, les mains et les pieds de Notre- Seigneur.—Comme il n’y avait pas de classe le samedi, veille de la fête de saint Raymond, le jour indiqué par la voyante doit être le vendrdi, 16 février, fête de la Lance et des Clous.—Pour trouver les fêtes de saints, nos habitants de la campagne n’ont que des almanachs ou des calendriers publiés par les journaux de Québec. C’est ainsi, probablement, qu'il a été question de

saint Raymond comme étant la fête la plus proche de la date de cette visite à l’école,

“Je pouvais les distinguer très bien. Le personnage du milieu était plus gros que les autres : son habit était blanc, sa main droite était levée comme pour repousser. Je ne voyais pas distinctement les yeux, car c'était comme dans un nimbe, c'est-à-dire, dans cette condition de lumière où les petits détails échappent facilement.—" la ceinture de l’homme assis, j'ai vu une lance pendant à son côté droit. La “ dame ” était vêtue de blanc et des rayons en forme de lances semblaient l’entourer comme une égide menaçante.

“ Le premier dimanche du mois (1) qui a suivi cette dernière apparition, je suis retournée à l’école et j'ai aperçu une procession dans laquelle il y avait une trentaine de personnages en marche. J'ai vu aussi une “ dame” vêtue de blanc et portant, sur sa tête, une couronne couverte de diamants d’un vif éclat.

“ Le vingt-cinq du même mois, fête des trois chapelets(2),—c'était aussi une autre grande fête, — je me suis rendue à l’école. J’ai vu une échelle auprès de laquelle il y avait un enfant dont les regards se portaient sur une dame qui apparaissait à une courte distance de lui. Les habits de celle-ci étaient de fond brun : elle paraissait entourée de lances claires, et elle nous regardait. Entre l'enfant et la “ dame,” il y avait un calice aux couleurs jaune d’or.

“Il y a deux ans, au mois d’août, je suis allée à l'école, un jour, pendant le dîner des enfants. Cette fois, j'ai aperçu une croix lumineuse, grande

(1) D’après les recherches déjà faites et indiquées dans notre dernière note, cette visite a eu lieu le 4 mars 1894. Trois jours auparavant, l'Eglise avait célébré la fête de l’Apparition de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée, à Lourdes, renvoyée, cette année-là, du 11 février au commencement du mois de mars.

(2) Il s’agit ici de l’'Annonciation et du jour de Pâques, qui tombaient le même jour en 1894,

de deux pieds environ, et suspendue en l’air. Agenouillée à gauche de cette croix, —et brillante de clarté, — était une dame dont la physionomie et le regard semblaient bien tristes. Son habillement était couleur de deuil : c'était la première fois que je la voyais parée de la sorte. Je voyais seulement le côté de sa figure et je l’ai eue ainsi devant mes regards durant une heure.

“ C'est tout ce que j'ai vu, à venir jusqu’à cette année.” |

Pour se conformer aux conseils de ses directeurs, —si nous avons bien compris; —Madame D. Bourgeois a interrompu ses visites à l’école durant un espace de temps considérable, quinze à dix-huit mois, semble-t-il. Aujourd’hui, son confesseur l’autorise et lui conseille de visiter l’école lorsqu'elle le désire, et aussi souvent que possible. Comme elle est, de nos jours, la seule voyante parmi les adultes, nous donnerons, plus loin, et séparément, le récit de ses visions au cours de la présente année 1896.

Passons maintenant à des voyants qui sont dans les soixante-dix et quatre-vingts ans.

JEAN -J. BOUDREAU, âgé de 70 ans, est un citoyen bien connu à Scoudouc. Il n’a rien vu dans l’école, car il ne voulait pas trop se mêler aux voyants. Comme dans la première époque des apparitions, il a vu quelque chose d’extraordinaire, nous produisons un résumé de son récit :

“ Il m'est apparu quelque chose d’extraordinaire dans mon propre champ, à l’époque des apparitions dans l’école. J’a vu un homme habillé d’abord en aube, puis en chasuble. Je n’ai pas vu sa figure : il avaït le dos tourné vers moi ; il était

debout et paraissait droit! et grand de taille. J'ai vu cela distinctement.”

“La chasuble me paraissait de velours foncé avec des bordures blanc crême, mais elle était d’un éclat inoubliable par sa clarté. J'ai aperçu cela deux fois le même jour, une fois dans l’avant-midi et une fois dans l'après-midi.”

RAPHAEL-C. BOURQUE est un des plus vieux paroissiens de la mission de Scoudouc. Il est âgé de quatre-vingt-quatre ans révolus. Sa demeure est voisine de l’école aux apparitions. Il donne son témoignage comme suit :

‘ C’est le 19 septembre 1893 que les enfants ont vu quelque chose de mystérieux dans l'école. J'y suis allé maintes fois après ce mémorable événement.

“ Trois semaines après la première apparition, jai vu moi-même un “enfant ” apparaître dans l'école. 4J’aperçus d’abord distinctement un petit manteau, puis un enfant d'un beau couleur de chair vivante. Son habit était b'anc et portait frises et dentelle à l'extrémité des manches.

“ J'étais alors à l’intérieur de l’école, à genoux, et les petites voyantes étaient présentes. Sur le moment, je fus saisi d’une indicible émotion, et, me levant, j'allai demander aux petites filles si c'était à telle et telle place qu'elles voyaient la tête, les bras et le corps de l'enfant, et en même temps je leur indiquais ces places avec ma canne : elles me répondirent dans l’affirmative. — C'était dans le coin nord-ouest de l’école que “ l'enfant ” m'est apparu s’adossant, pour ainsi dire, sur le mur. L'apparition avait vingt-deux pouces de hauteur, car j'ai pris la mesure avec ma canne. J’allai m'agenouiller, et je récitai trois dizaines de mon chapelet : pendant ce temps-là, j'avais toujours l’ap-

parition devant mes yeux.—Comme j'étais sans appui et que la fatigue des reins me gagnait, je me traînai sur mes genoux vers un pupitre sur lequel je m'accoudai. Sous l'empire de l'émotion et des sérieuses réflexions qui m'agitaient, je baissai mes regards sur le plancher durant quelques instants : quand je relevai la tête et que je reportai ma vue vers l'endroit de l'apparition, tout avait disparu.

“ Un dimanche, un peu avant les patates arachées, — le jour même que Mme Denis Bourgeois à fait sa première visite à l'école—jy suis allé, moi aussi, car on m'avait dit que quelques personnes voyaient. J’allai d’abord à la fenêtre du sud-est ; je regardai à l’intérieur et je vis une figure semblable à celle de la sainte Face se réfléchissant, me paraissait-il, sur le tableau de l'école ; mais les cheveux étaient gris blanc, la barbe également. Je ne vis que la tête seulement sans le reste du corps.

“ Comme il y avait une grande foule à la fenêtre où j'étais, je me rendis vers le côté sud de l’école, et la, à travers les vitres de cette fenetre, j'aperçus une dame, le visage de profil ou tourné de côté. Elle avait un habit bleu ciel et elle portait ses regards vers cette figure qui se dessinait sur le tableau.

“Un matin, en hiver, j'ai vu un bras s'agitant dans la fenêtre en dedans de l’école. J'ai demandé aux enfants, pendant la journée, s'ils s'étaient trouvés à l’école, ce matin-là, de bonne heure, pour allumer le feu ou pour d’autres nécessités ; ils m'ont répondu que non, que personne n'était venu. Je leur demandai ensuite s'ils avaient vn quelque chose à la fenêtre, à leur arrivée. Ils m'ont répondu qu'ils y avaient aperçu un M magnifiquement tracé sur le frimas des vitres.

“ J'ai moi-même essayé tous les moyens possibles

pour mettre les petites voyantes en défaut, pour les faire contredire dans leurs témoignages et rien n'y faisait. Je les ai questionnées les unes après les autres, les faisant indiquer, seule à seule, la place, Ja hauteur, le point exact où se voyaient la tête, les pieds, la tunique de l'enfant, etc. Il m'a été impossible de découvrir la moindre différence dans leurs témoignages.”

Page 1