L. Ul. W'iXNK, iNirlrait de \ ieillc cUime i, Musée de Gand
lustrées, les crinières reluisantes comme des casques, les fourrures chaudes encore d'animalité, et de même que faisaient les anciens, on y mêle de riches étoffes, des satins à reflets de feu, des velours épais et bouffants, une friperie brillante qui trahit les vieilles tendresses pour la pompe. C'est que l'orgueil d'être beau peintre l'emporte sur le scrupule des réalités exactes : les instincts de la race, au lieu de s'étouffer sous un réalisme morne, se tournent vers la glorification des splendeurs de l'être et des choses; on peint l'exaltation plutôt que la vie même. C'est un grand moment dans l'école et qui fait rentrer la peinture dans le courant de ses originalités natives. Jordaens, Rubens, Snyders, les maîtres de la pulpe et du sang, semblent attiser à leur cuisine les sensualités de la palette des néo-flamands.
Leys, Alfred et Joseph Stevens, Henri de Braekeleer, Louis Dubois suffiraient à caractériser cette évolution, si tout un groupe ne se rattachait à l'expression des mêmes tendances. Edmond Lambrichs, Alfred Venvée, Félicien Rops ont la santé solide et les robustes accents des plus beaux coloristes. De même, dans un genre qu'il empreint de spiritualité austère et brutale, Constantin Meunier recherche le morceau grassement enlevé et les colorations appuyées. Rebelle aux fadeurs par lesquelles Thomas avait fait dégénérer la peinture sacrée en peinture d'oratoire, il la retrempait dans l'horreur des martyres : son Saint Sébastien montra, dans un genre jusqu'alors amoindri par l'absence de vérité, une réalité farouche de plaies saignâtes sur un cadavre demi-pourri ; un coin de charnier entra avec ce tableau dans l'art d'église édulcoré. Ce fut, de la part de l'artiste, comme le tourment sourd de cet art qui plus tard devrait lui inspirer ses hécatombes ouvrières.
Il est curieux d'observer l'espèce d'unanimité qui se fait remarquer dans la vision des peintres aux époques de groupement
intellectuel. Jos. Stevens, H. de Braekeleer, Smits, Dubois, Meunier, Rops affectionnent les estampes mordorées dans les fonds et les carnations. Presque toujours le ton chez eux est souligné par des dessous chauds d'or roux. Déjà, dès i83o, l'accent rembranesque avait séduit nombre de peintres; Gallait, de Block, F. de Braekeleer, Leys, Lies ont tous un reflet de cuisson ; et cela devient une convention qui se fera sentir jusque dans l'école ultérieure chez J. Impens, André Hennebicq et Ch. Hermans (en ses premiers tableaux).
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