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nue, traitée dans ses grandes lignes, simples et éternelles. Les calmes, harmonieuses et nobles cadences de tant de pages qui ont rapport au mystère de la vie et de la mort, aux idées sociales, à l'humanité attestent un merveilleux ordonnateur de beauté. Il semble qu'on y soit à la fois dans le temps, la race et les âges. Il aime représenter de graves pensées sous l'aspect de belles filles où se retrouve la fleur de la saine race autochtone. Ainsi c'est encore la vie qu'avec un sens simpliste et constant, exprime ici ce créateur d'une sorte de Renaissance néo-flamande, demeurée impressionné d'Italie.
Omer Diericx, dans ses panneaux et ses plafonds de l'Hôtel de ville de Bruxelles, révélait une sûreté, une ingéniosité et une élégance où perçait le talent du vrai décorateur. Toute la vie de ce probe artiste avait donné l'exemple d'un attachement indéfectible à un idéal d'art stylé, savant et sévère. Il témoigna dans ses grandes compositions que la grâce ne lui était pas plus étrangère que la force.
Une terrible et ingénieuse composition de Joseph Middeleer exprima les sombres vertiges des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce peintre qui, d'une âme évangélique, devait peindre si remarquablement pour Saint Guidon d'Anderlecht les épisodes de la légende du doux ami des bêtes, s'était abandonné là aux fureurs et aux démences des rites sataniques.
Chez Jacques de Lalaing, peintre et sculpteur, célèbre presque dés le début par son Portrait équestre, prévalaient le style, l'imagination figurative, le don de constructivité, l'aptitude aux concepts philosophiques. Son œuvre décoratif de l'Hôtel de Bruxelles atteste la mentalité d'un artiste sage, pondéré, inventif, mais chez qui la sensibilité et le magnétisme de l'organisme du peintre hésitent à vibrer.
Par ailleurs, la grâce claire, le rythme tendre, l'innocence d'un Puvis de Chavannes se reflétaient dans les allégories de Ciamberlani. Une âme latine s'y reconnaissait au goût pour le style simpliste et unitaire, à la cadence noble des attitudes, à la paix heureuse des sites. Après son triptyque Riiih et Booz, la Fons biandiisiœ et le Uthé, une vaste ordonnance modulée en fresque, Fax arcadiœ, exprima avec beauté le songe d'une humanité fraternelle un sein des harmonieuses campagnes.
Une vision de lapithes et de centaures tout à coup passait à l'horizon des toiles d'Emile Fabry. L'énorme et le démesuré y signalèrent comme un retour à la mégalomanie d'un Wiertz. On put l'appeler « le peintre des grosses tètes»; elles apparaissaient conjecturales et hallucinatoires, d'un volume élémental qui suggérait l'idée d'une race vouée aux gigantomachies. Des académies violentes et outrées, bâties comme des rocs, suivirent, en lesquelles peut-être ce curieux et personnel artiste, d'une âme mystique et légendaire, symbolisa des survivances de dieux, des effrois lointains d'humanité demi-animale et des permanences de forces obscures.
Constant Montald, de son côté, s'adonnait à l'allégorie et pratiquait le symbole. On vit l'académisme de ses débuts s'assouplir à un sens subtil de l'esthétisme. L'exposition de son œuvre au Cercle artistique de Bruxelles manifesta une cérébralité mobile, sensible, tourmentée de lorce et de grâce, à travers des obsessions d'idéals contradictoires. Visiblement il s'efforçait de s'égaler à la mesure de l'artiste moderne, réalisateur de la beauté dans sa plénitude d'expression. Son art classique et composite puisait aux sources antiques et modernes : il reflétait surtout la Renaissance et le Préraphaélisme, s'inquiétant de la permanence et de la variation des signes de la sensibilité à travers les âges. Il
A. RassiîxFOSSE, Ty\)c de liierchouse (dessin) (Coll. de AI. A. V.m Niciiw ciiliuys, Amci si
en résultait l'impression d'une mentalité complexe, affinée, trop cultivée et qui, singulièrement attirante dans sa masse et ses éléments, laissait le regret d'une personnalité troublée par la richesse même de ses acquisitions. Encore une fois la poésie rude de la souche fut délaissée; il n'y a plus rien ici de l'instinct spontané et réaliste de la race; c'est un bel artiste en qui se dénature la notion de la vie immédiate et qui vit au royaume du mythe et de la fable, parmi les ombres. Cependant, avec grâce et abondance, il se voue à des images nobles, savantes et suggestives. Il les doue de rythme, d'arabesque, de plastiques expressives. Mais surtout dans certaines figures nues, d'une cadence harmonieuse et parfaite, il révèle un sens soudain de la nature qui l'égale aux plus beaux maîtres.