PORTÉE MORALE DE LA TRAGEDIE
Au reste, je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse -et aux lecteurs et au temps è décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que je n'en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celleci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies. La seule penséi du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même Les foiblesses de l'amour y passent pour de vraies foihlesses ; les passions n'y sont présentées aux yeux que pour montrer tout k désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout ave( des couleurs qui en font connoître et haïr la difformité. C'est le proprement le but que tout homme qui travaille pour le publk doit se proposer ; et c'est ce que les premiers poètes tragiquef avoient en vue sur toute chose. Leur théâtre étoit une école oî la vertu n'étoit pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner dfs règles du poème dramatique ; et Socrate, le plus sage des philosophes, m dédaignoit pas de mettre la main aux tragédies d'Euripide, l. seroit à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi solides et auss pleins d'utiles instructions que ceux de ces poètes. Ce seroit peutêtre un moj^en de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeroient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeoieiit autant à instruire leurs spectateurs qu"à les divertir, et s'ils suivoient en cela la véritable intention de la tragédie.
(Phèdre, conclusion de la préface.)