PRÉFACE
M. (îaston Richard, professeur de sociologie à la Faculté des lettres de l'Université de Bordeaux, signalait à juste titre, dans le lielèvemenl social (lu 1" février dernier, la <' coterie bruyante qui discrédite par son patronage nos institutions scolaires » ; il attaquait l'idéal dont le <- parti révolutionnaire » s'essaie à leurrer les instituteurs, « idéal aussi nébuleux que négatif, qui supprimerait la patrie pour mieux assurer la paix, la foi pour mieux faire régner la science, la propriété pour mieux rémunérer le travail » ; il déplorait « l'échec partiel des lois et des institutions éducatives dont nosgrands morts, les Ferry et les Bert, attendaient la régénération de la démocratie », — « Un moment viendra, terminait M. Richard, où la démocratie, au lieu de nous poursuivre de ses railleries, jugera que nous seuls savions voir clair pour elle. Puisse-t-il n'être pas trop tard alors! »
C'est avec l'espoir qu'il n'est pas encore trop tard, que nous publions ce livre. Il veut être plus et mieux qu'une critique : il désire suggérer des résolutions.
L'auteur voudrait induire un certain nombre de
VI l'HÉFACE
jeunes instituteurs à un sérieux examon de conscience.
L'auteur voudrait, s'il> lui lont l'honneur de le lire, qu'ils prissent la peine, ensuite, de causer avec leurs coUrgues plus àg:és, de les consulter sur rid('al scolaire de jadis, et de s'interroger, ensuite, sur les responsabilités que risque d'encourir l'école de demain, responsabilités léj^èrement allVontées, et qui peut-être, hélas! seront lourdement subies.
Jules Ferry souhaitait que l(uis les [»elits Français fussent instruits ; et M. Uaston Richard écrit aujourd'hui : « Chez nous l'obligation scolaire est à peine plus sérieuse que chez lesKspagnols et les Turcs qui l'ont, avant nous, décrétée sur le papier... L'échec de l'obligation scolaire en France est significatif. C'est l'échec de la loi, l'échec de la conlniinte sociale dans un domaine qui ne seoablcrait pas devoir lui être contesté, la protection de l'enfance'. »
.Iules Ferry souhaitait (jue la profession d'instituteur fût aimée ; on constate, de toutes parts, qu'elle inspire aujourd'hui peu d'attrait ; et c'est
1. lielèrPDieiif sncial, 1" février IDOti et 1" mars 1!)()6. — M. Gaston llicliard fait trrs justement remarquer, à rencontre de ceux fjui attribuent ù 1' « étal ôcon(iinif|ue «les parents » leur néplifiencc à faire instruire les enfants, i|ue la famille allemande, où la natalité est plus forte, et où l'état éeonomique n'est pa» plus satisfaisant, respecte l'obligation scolaire.
PRÉFACE Vir
un inspecteur d'Acadômie qui, sans crainte ni détours, tîcrivait dans le Volumr du 17 Février 1906 : « Les écoles normales doparteniontales ont vécu, parce ([ue la faiblesse de leurs effectifs ne justifie nullement les dépenses relativement considérables auxquelles elles donnent lieu. Elles ont vécu encore parce que la faiblesse des mêmes effectifs n'entretient pas dans la plupart d'entre elles une vitalité intellectuelle et pédago|îique suffisante. » Jules Ferry souhaitait que l'instituteur se tînt à l'écart de la politique militante; et voici que s'ébauche, aujourd'hui, une alliance intime entre une partie du personnel primaire et les Bourses du Travail, « devenues, pour la plupart, des centres d'agitations politiques' ». L'idée syndicale a pénétré dans le corps enseignant ; l'autre jour encore, à Paris, sous la présidence de M. Anatole France, elle était acclamée par 1500 instituteurs et institutrices de la Seine -. En théorie on pourrait soutenir que les progrès du syndicalisme universitaire donneront aux instituteurs plus de liberté à l'endroit des influences politiques, et leur assureront une enviable et légitime autonomie"^. En pratique, la