‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 7 sur 113 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

aflirnier son putriolismo, quelque estime que mérite un tel eiïorl, M. Ferdinand Buisson, dans la crise que l'école primaire traverse, est sans autorité pour guérir le mal dont lui-mémo fut atteint.

Le mal que nous visons, ce n'est pas à proprement parler Thervéisme, trop olTusquant pourêtre dangereux.

Nous voulons croire que parmi nos instituteurs l hervéisme, aujourd'hui, n'est plus qu'un souvenir; nous voulons espérer que ce souvenir est un remords.

Nous voulons considérer comme un insoumis tout exceptionnel l'instituteur marseillais qui, le 15 décembre dernier, écrivait dans une feuille ouvrière des Bouches-du-Rhône : « Nous, instituteurs hervéistes, quant à être des impies, nousne nous en défendons pas. Ni Dieu, ni maître, voilà notre devise. Toute notre admiration, toute notre estime, vont au camarade Hervé. En admettant même l'hypothèse de la conquête de notre pays par notre belliqueux voisin le Kaiser allemand, les prolétaires français n'auraient rien à perdre à ce changement de régime. Et lorsqu'on nous demande si nous aurions signé le manifeste antimilitariste, nous n'hésitons pas à répondre par l'aflirmative '. »

1. Lettre de M. Bocquillon à VEcho de Paris, 27 janvier 1906.

XIV PHÉFACE

Nous voulons penser (juc la masse des instituteurs (Je France répondraient au contraire par la négative. De quelles gloses restrictives certains <rt'ntre eux accompagneraient-ils leur réponse? de (lucllcs hésitations, peut-être, la ponctueraient-ils? C'est ce qu'il serait plus diflicile de pressentir, et cette incertitude même nous amène à signaler le véritable mal.

Le mal j)eut se définir d'un mol : c'est l'attitude ('quivoque, embarrassée, fallacieuse des revues pédagogiques et d'un certain nombre d'instituteurs à l'endroit de l'idée de patrie.

Cette attitude rappelle, à s'y méprendre, le bi/arre mt'lange de complaisance et d'ostracisme dont une autre idée, l'idée de Dieu, est l'objet depuis vingt ans; et l'histoire passée des rapports entre l'école et Dieu, telle que l'esquisse un chapitre de ce livre, permet de pressentir, ou tout au moins de redouter, l'évolution future des rapports entre l'école et la patrie.

11 y a vingt ans, le gouvernenn'ut de la liépulili(iue protestait contre le mot d'école sans Dieu; il protestait naguère, à Lille, par la bouche de M. Casquet, contre les inculpations dont le patriotisme des instituteurs est lobjet.

Il y a vingt ans, au moment même où les autorités officiellesmaintcnaienl que l'école était déiste, le nom de Dieu, par complaisance pour certains instituteurs, disparaissaittlune série de livres sco-

PRKFACE XV

laircs, el les classiques <'ux-mômos — paroxemph' La Fontaine — étaient ù cet égard exj)ui;4és'. Aujourd'hui, au moment môme où les autorités officielles maintiennent que l'enseignement primaire demeure fidèle à l'idée de patrie, M. Maurice Houchor, par condescendance à l'endroit du pacifisme, raie de son recueil scolaire un chant intitulé : Lorrameetun autre intitulé: iS70'\ M. Calvet, censeur au lycée Michelet, supprime dans la nouvelle édition de son cours d'histoire de France le récit de la mort de Bavard et la gravure qui familiarisait les enfants avec l'héroïsme du chevalier-^; et les instituteurs de la Seine, à la voix de M. Franchet, mettent en disgrâce les livres scolaires suspects de chauvinisme.

Vingt ans durant, Dieu fut l'objet, dans l'école, d'un mélange de politesses et d'impolitesses; aujourd'hui, à la demande des derniers congrès de la Ligue de l'Enseignement, il est à peu près mis dehors. Les mêmes politesses et les mêmes impolitesses menacent désormais, dans l'école primaire, l'idée de patrie.

Dieu naguère, en même temps qu'honoré, était, si nous osons ainsi dire, suspecté comme « clérical»; la patrie aujourd'hui, en môme temps qu'honorée, commence d'être suspectée comme « chauvine ».

1. Voir, à cet égard, notre première série de V Ecole d'aujouttr/iui, p. 244.

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