XXVIII INTRODUCTION
tout, à l'ori(]ine même des choses, in principio erat Verhum. Ce n'est donc pas l'homme qui la détient; on ne la trouve pas en, lui orig^inairenient, essentiellement et substantiellement; elle est en Dieu, et, en Dieu, elle est la parole que Dieu se dit à luimême, et dans laquelle il exprime à la fois tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut faire, toutes choses, l'incréé et le créé, ce qui est et le possible, Verbum erat apud Deiim. Elle est sa pensée vivante et substantielle, et en même temps la raison de tout ce qui s'est fait et de ce qui se fera, omnia per ipsunt facta sunt. Elle est elle-même la lumière qui rend les hommes intelligents. C'est par elle que l'homme peut comprendre quelque chose de ce qui est en Dieu et de ce qui est dans le monde, car toute vie est en elle, elle est la lumière des hommes, in ipso vila erat, et vita erat lux hominum. Elle se communique à tout homme pour répandre la vraie lumière, opposée aux lumières fausses et apparentes, luxvera. Mais il s'est fait une (jrande lutte en Ire la lumière et les ombres, entre la vérité et Terreur. La vérité était dans le monde, mais cachée, in mundo erat. Les ténèbres ont couvert le monde d'une ombre de mort; l'homme était descendu dans les sens, et le monde ne connaissait plus la vérité, lux in tenebris lucet, et tcnebrœ eatn non comprehenderunt.
C'est alors, à l'heure marquée par la Providence^
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et qui fut assurément la plus solennelle et la plus heureuse de l'histoire de l'humanité, que la Vérité vivante, totale, suhstantielle, personnelle, est descendue et est venue jusque dans les sens pour y chercher et surprendre l'homme, dit saint Au^justin. L'éternelle vérité, la parole de vie, Verhum vitœl s'est faite parole d'un jour, faihle, petite, verbum ahbreviatum, semhlahle à notre parole, pour parler à l'homme et dire à la terre, dans son lan^^a^je, l'éternel langage que Dieu se dit à Lui-même dans les profondeurs de son éternité, Verbum caro factuni est.
Et Dieu, lorsqu'il l'introduisit dans le monde, et sur les rives du Jourdain et parmi la gloire du Thabor, entr'ouvrant les Gieux, dit à la terre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé; fai mis en lui toutes mes complaisances : écoutez-le, Ipsum audile.
Écoulez-le! Car il a parlé à la terre. L'Évangile a recueilli et conservé ses paroles. Les disciples qui l'ont entendu ont dit de lui qu'il fut puissant en œuvre et en parole, et ses ennemis eux-mêmes, envoyés pour le surprendre, se sont écriés : Jamais homme n a parlé comme cet Iiomme^ .\\ n'a pas étudié, il sait sans avoir appris; il est Maître sans avoir été disciple. Seul parmi les hommes, il tire de son
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fonds. Il est le Foyer; comme le soleil, il donne sa lumière, spontanément et sans effort. Il lui a suffi, pour illuminer le monde à jamais, de laisser rayonner sa pensée. Il est la Source, dont parle le Prophète, quand, s'adressant à Lui, il dit : Bois l'eau de ton puits, et les ruisseaux de tes fontaines '. Les autres viendront et boiront à sa source. Tous les trésors de la sagesse et de la science sont en Lui ^, dit Tapôtre; et nous tous, nous avons reçu de sa plénitude, de plenitudine ejus omnes nos accepimus. Jamais homme n'a parlé comme cet homme. C'est au nom de Dieu que Moïse élevait la voix, et tout le peuple tremblait à la seule pensée de Jéliovah ; c'est au nom de Dieu que Nathan parlait à David, Élie et Elisée aux rois d'Israël, Daniel à Balthazar, Ezéchiel aux ossements desséchés de la plaine, Malachie, Ag^^jée aux Juifs qui rebâtissaient le Temple. Jean-Baptiste, le plus grand des hommes et le plus heureux des prophètes, parlait au nom de Celui qui devait venir. Jésus-Christ parle en son nom : Je suis la voie, la vérité et la vie... Je suis la lumière du monde... Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres.
Aussi l'élévation est-elle en Lui l'état naturel de la pensée. Parmi les hommes, il en est qui s'élèvent
* Prov., V, 15.
« Col., II, 3.
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quelquefois et avec effort. Chez Lui, les pensées les plus hautes ne sont pas des découvertes, des conceptions extraordinaires, laborieuses, qui Lui apparaissent dans une splière supérieure, quelque chose vers quoi il Lui faille prendre son vol; c'est la patrie, le sol natal; on sent que l'infini est sa sphère.
Et, à ces hauteurs, où sa pensée sejoue avec les plus subhmes mystères, comme Dieu avec la foudre par-dessus les cmies des plus hautes montagnes, il n'éblouit pas, il ne fatigue point, même les plus faibles esprits auxquels il se révèle. 11 est si sublime que nul ne peut monter si haut ; et, en même temps, il est si simple qu'il se communique à tous. Il est à la fois le plus élevé et le plus populaire des Docteurs.
Il est encore le plus fécond.
Il s'est trouvé des hommes qui ont vu plus haut et plus loin que le vulgaire, et qu'on nomme des génies parce qu'ils ont découvert quelques vérités que les autres n'auraient point vues, mais qui étaient à côté d'eux et à leur portée. Ils étaient trop distraits pour les voir, trop superficiels pour les fixer; mais ils pouvaient les voir, et il eût été donné à la patience de leurs eT orts et à la hardiesse de leurs recherches deles saisir. Lui, a créé tout un monde d'idées nouvelles, que les hommes ne pou-