JÉSUS-CHRIST, VOIE, VÉRITÉ ET VIE
quoi me plais-je à habiter dans la région de la mort? Pourquoi veux-je vivre de moi-même et des créatures, sachant que je n'y trouve rien qui me nourrisse, qui me rassasie, et que je n'en suis, au contraire, que pius inquiet, plus vide, plus affamé?
Divin Jésus! soyez désormais mon unique voie! Faites que je vous connaisse, que je vous étudie, que je marche infatigablement sur vos traces, que je mette vos lois en pratique, et que j'exprime en moi vos vertus. Que ce ne soit pas ici un dessein vague, où je n'en vienne jamais à aucune application particulière; un dessein stérile, qui ne produise que de vains désirs, et ne soit suivi d'aucun effet; un dessein sans cesse interrompu, et sans cesse repris, qui ne trouve que la faiblesse et Tinconstance de ma volonté.
Divin Jésus! soyez ma lumière et ma i;6?Vûe'/ Convainquez-moi intimement que hors de vous tout est ténèbres et mensonge, que je ne suis moi-même qu'aveuglement et illusion, et qu'il n'est rien dont je doive plus me défier que de mon propre esprit. Apprenez-moi à chérir cette vérité pure, qu'aucun mélange d'erreur n'obscurcit; cette vérité inflexible, qui ne connaît ni flatterie ni déguisement; cette vérité sainte, qui éclaire ma conscience sur tous mes devoirs et ne me permet d'en transgresser aucun impunément. Votre tribunal, ô Vérité éternelle, est dans mon cœur. C'est là que vous m'instruisez, que vous me redressez, que vous m'approuvez, que vous me condamnez. C'est là aussi que je me propose de vous écouter, de vous consulter, de vous prendre pour la règle immuable de mes jugements, de mes affections, de mes discours, de mes actions. O vérité ! mallieur à moi, si je crains de vous entendre, et
si je vous fuis, après avoir reconnu votre voix! Tout conspire en moi à séduire et à corrompre la droiture originelle que je liens de vous. Les objets sensibles par leurs faux attraits, les hommes du siècle par leurs maximes perverses, l'esprit de mensonge par ses malignes suggestions, me tendent continuellement des pièges. Apprenez-moi, Seigneur, à m'en garantir, et à ne jamais m'écarter du chemin de la vérité.
Divin Jésus! soyez la vie de mon âme; qu'elle ne vive que par vous, comme mon corps ne vit que par elle ! Présidez à tous ses mouvements, à tous ses sentiments, à toutes ses déterminations. Soyez non-seulement l'objet, mais le principe de ses pensées, de ses volontés, de ses actions. Je vous livre toutes ses puissances, afin que vous les animiez, que vous les gouverniez, et qu'elles ne s'exercent jamais que sous la direction de votre grâce. Quand vous en serez le ressort et le mobile unique, je vivrai de la véritable vie; et, après l'avoir conservée sur la terre, toujours dans la crainte et le danger de la perdre, je la posséderai tranquillement, sûrement, immuablement, dans l'éternité. Ainsi soit-il !
Voici cjite je me tiens à la porte, et ijue je frappe. Si quelquiui entend ma voix, et ni ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi \
Ainsi vous êtes-vous exprimé dans la révélation dont
1 Apoc, uij 20.
vous avez gratifié Jean, votre apôtre et votre disciple bien-aimé.
Je ne sais si de toutes les paroles qui sont sorties de votre bouche, il en est qui marquent plus de bonté, plus de tendresse, plus d'affabilité. Est-il croyable qu'un Dieu en ait proféré de semblables en faveur de ses créatures? Ce langage nous étonnerait chez un souverain à l'égard de ses sujets; et nous jurerions qu'il dégrade sa majesté. Mais Dieu, qui est infini en amour et en condescendance, sait jusqu'à quel point il peut se rabaisser à l'égard des hommes sans compromettre les droits de sa grandeur. Non-seulement Jésus-Christ a proféré ces paroles, mais il les accomplit tous les jours, sans se rebuter de notre insensibilité et de notre obstination.
Ah ! Seigneur! ne me refusez pas l'intelligence de ces divines paroles; ne m'en refusez pas le goût; et surtout donnez-moi quelque idée du sentiment avec lequel votre Cœur les a prononcées, et les met sans cesse à exécution.*
Il est donc vrai, tout pécheur que je suis, ou plutôt parce que je suis pécheur, que vous qui êtes la sainteté même, qui haïssez infiniment le péché, mais qui êtes plein de compassion pour le pécheur, il est vrai, dis-je, qu'après que je vous ai banni de mon cœur par mes offenses, et que je me suis mis en état de mort et de damnation, vous vous tenez assidûment à la porte de mon cœur; vous y frappez par les remords, par les bons mouvements, par les saintes inspirations, et vous n'aspirez qu'à y rentrer. Cette bonté est incompréhensible; mais ce qui l'est encore davantage, c'est l'insolence avec laquelle je vous rejette et refuse de vous ouvrir. 0 Roi de gloire! est-il possible qu'un vil esclave vous traite ainsi et que vous vous exposiez à de telles indi-
gnités? Qu'il vous chasse de son cœur, après que vous avez daigné y habiîer, c'est déjà un insigne affront qu'il vous fait; mais qu'après vous avoir chassé, il résiste à vos avances, à vos sollicitations ; qu'il vous laisse frapper à diverses reprises, et même pendant des années entières, sans vouloir vous admettre; que ce soit vous qui le recherchiez, et qu'il s'obstine, qu'd persévère de sangfroid à vous repousser ; que cependant vous ne vous lassiez pas ; que vous continuiez à frapper; que vous lui demandiez comme une grâce qu'il vous laisse entrer de nouveau, et que vous attendiez avec une patience invincible qu'il vous l'accorde; voilà de votre part et de la sienne une manière d'agir qui ne se peut comprendre. Eh ! quel si grand intérêt vous engage donc à la poursuite de ce cœur rebelle et endurci? Votre bonheur estil donc attaché à sa possession? Votre gloire ne semblet-elle pas exiger que vous lui rendiez mépris pour mépris?
Et toi, pécheur, si tu sentais la perte que tu as faite, en bannissant ton Sauveur et ton Dieu! si tu voyais la pauvreté, ta nudité, ton état déplorable! ne devraistu pas courir à lui, le rappeler et l'engager par tous les moyens à revenir? Tu ne le fais pas, tu ne peux pas même le faire sans le secours de sa grâce, je le sais; mais elle ne te manque pas, et ton crime est de résister à son attrait qui te prévient et te sollicite.
Que je serais malheureux, ô mon Dieu, si, confus à ce moment de ma longue résistance, touché de votre bonté à me prévenir, à me rechercher, à m'attendre, à supporter mes rebuts, je ne vous ouvrais pas enfin la porte de mon cœur, à laquelle vous heurtez depuis si longtemps!
Si quelqu'un entend ma voix, et qu'il m ouvre la
porte f j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec moi. Ce n'est point pour me témoigner de la froideur, pour me faire des reproches, pour me punir de mon ingratitude, que vous désirez reprendre en moi votre première place; c'est pour me rendre vos bonnes grâces, pour me combler de caresses, pour me faire goûter Jes plus pures délices, pour me traiter avec la p!us grande familiarité, et avec une sorte d'égalité. Ab! quel festin, ô mon Sauveur, et quels mets exquis vous servez vous-même à ce pécheur qui consent à vous recevoir de nouveau! de quelle viande vous le rassasiez! de quel vin vous l'enivrezl De la même viande, du môme vin dont votre sainte humanité se nourrit et s'abreuve à la table du Père céleste. Madeleine, Augustin, et tant de pécheurs convertis, l'ont éprouvé. Pourquoi ne seraisje pas de ce nombre? il ne tient qu'à moi; vous êtes riche en miséricorde pour tous ceux qui vous invoquent, et qui reviennent à vous avec droiture.
Mais, Seigneur, si telle est votre bonté enveis les pécheurs pénitents, que ne doit-elle pas être envers les justes qui ne vous ont jamais quitté! Ah! le frère du Prodigue porta envie à la réception que lui fit son père : il en fut jaloux et même indigné; mais il avait tort : Mon fils, lui dit son père, vous êtes toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à vous\ Si les consolations que Dieu accorde aux pécheurs dans le moment de leur retour ont quelque chose de plus vif et de plus sensible, celles dont il fait part aux âmes chastes et innocentes sont plus pures, plus douces, plus intimes. Les épreuves mêmes se tournent en faveurs
' Luc, XV, 31,
pour ces âmes privilégiées, et elles en viennent jusqu'à Jes préférer aux plus tendres caresses. Taisons-nous sur la qualité des grâces que Jésus fait à ses meilleurs amis; il les traite à proportion comme il a été traité de son Père, lui le Fils bien-aimé, l'objet de ses éternelles complaisances.
Ali ! Seigneur ! s'il vous est doux d'être avec moi, qu'il ne me le soit pas moins d'être avec vous! Ne permettez pas que je vous bannisse de mon cœur; et, si ce malheur m'arrive jamais, que je le répare au plus tôt, et que je vous dédommage par mon empressement à vous rappeler et à vous recevoir. Apprenezmoi non-seulement à vous retenir dans mon âme, mais à vous en rendre le séjour de plus en plus agréable, à vous loger dans ses affections les plus intimes, à ne rien souffrir en elle qui vous déplaise le moins du monde, et à embellir de toutes les vertus un lieu que vous honorez de votre présence.