‹ L'école de J Volumes 1 and 2Chapitre 39 sur 71 · HUITIÈME BÉATITUDE · texte numérisé non relu

HUITIÈME BÉATITUDE

Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des deux est a eux.

Pour qui serait le royaume des cieux, s'il n'était pas destiné à ceux qui souffrent persécution pourla justice?Et

* ISAIE, XLVIIf, 22.

qui mérite mieux qu'eux d'y occuper une place distinguée?

Jésus-Clirist entend par là ceux qui, pour la cause de la religion, de la foi ou de l'Église, ont à souffrir dans leurs biens, dans leur honneur, dans leur vie, de la part des infidèles, des hérétiques et des schismatiques; ceux qu'une profession publique de la piété expose aux censures, aux railleries, au mépris du monde, ou qui éprouvent à ce sujet des mauvais traitements et des vexations domestiques; ceux encore qui marchent dans les voies intérieures, ou, enseignant aux autres à y marcher, essuient des humiliations, des calomnies, des persécutions déclarées de la part des personnes prévenues et des dévots qui se gouvernent par le propre esprit; ceux enfin qui, par la permission divine, sont tourmentés d'horribles tentations contre la pureté, la foi, l'espérance, la charité; qui souffrent de grandes peines de la part des démons, tant dans l'esprit que dans le corps, et dont le martyre est plus long et plus douloureux sans comparaison que le martyre ordinaire.

Tous ces chrétiens, éprouvés de diverses manières pour la cause de Dieu, s'ils souffrent avec amour, avec humilité, avec patience, avec persévérance, sont assurés que leur récompense sera grande dans le ciel.

Et, en particulier, à l'égard des fidèles qui donnent leur vie pour la foi, l'Église a toujours fait profession de croire que par ce sacrifice ils étaient parfaitement purifiés, et qu'immédiatement au sortir du corps, leurs âmes allaient jouir de la gloire; en sorte que, selon l'expression de saint Augustin, prier pour un martyr, c'est lui faire injure.

Gomment Dieu refuserait-il le bonheur éternel, et les premières places de son royaume, à ceux qui lui donnent la plus grande preuve d'amour, soit en versant

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leur sang pour lui, soit en souffrant {jenéreuseniont l'exil, l'indigence, les prisons, les opprobres, les calomnies, et tous les genres de persécutions? Goininent Jésus-Christ, cherché à mort dès sa naissance, obligé de fuir dans une terre étrangère, exposé à l'envie publicfue dans le cours de ses prédications, et mourant enfin d'un supplice infâme pour la religion même qu'il venait établir, ne partagerait-il pas son héritage céleste avec ses meillems amis, qui ont eu l'avantage de lui ressembler de plus près? Comment cette Béatitude, qui suppose et renferme toutes les autres dans le degré le plus éminent, ne recevrait-elle pas la récompense promise à chacune d'elles? Il n'y a point, et il ne peut y avoir de doute làdessus parmi les chrétiens.

Mais ces chrétiens souffrant pour la justice, sont-ils heureux dans leurs souffrances mêmes? Cela paraît incompréhensible, et même contradictoire, au commun des hommes, qui, prenant les sens pour juges, ne connaissent de maux que ceux du corps, ou qui, remplis d'orgueil et d'amour-propre, ne peuvent digérer le mépris et les calomnies, et prononcent en conse^quence que le bonheur ne peut se rencontrer dans une situation douloureuse et humiliante.

S'il était question d'un bonheur purement naturel, je ne craindrais pas de m'en rapporter au jugement de la raison. Je leur dirais de jeter les yeux sur Socrate buvant la ciguë, et je leur demanderais hardiment si son sort ne leur semble pas préférable à celui des juges iniques qui le condamnèrent. S'ils osaient répondre que non, ce serait déclarer que la vertu n'est qu'un vain nom, et qu'elle ne mérite pas qu'on souffre pour elle. Je les renverrais à la décision de Cicéron : C'est, dit-il, le cri

de la raison, que Régulus mourant dans des tourments affreux pour la foi de son serment, était plus heureux que répicurien Thorius couché sur des roses, et buvant des vins exquis. Ainsi a pensé et parlé la sagesse humaine , et elle eût rougi de penser et de parler autrement.

Mais, comme il s'agit ici d'un bonheur surnaturel, je les renvoie aux martyrs. Qu'ils les interrogent; qu'ils lisent leurs actes; qu'ils pèsent leurs paroles; qu'ils examinent leur contenance, leur fermeté, leur sérénité, leur ardeur pour souffrir; et qu'ils jugent si de tels hommes s'estimaient heureux dans l'ignominie et les supplices! Qu'ils prennent seulement en main les lettres qu'écrivit Ignace allant d'Antioche à Rome pour être dévoré par des bêtes!

J'appelle heureux, selon la condition de la vie présente, un état que l'on aime, dont on est content, que l'on ne voudrait pas changer pour tout autre, dont on ne se permet pas de désirer la fin, ni l'adoucissement. Or, telle a été la disposition des martyrs, des confesseurs de Jésus-Christ, et de tous ses vrais disciples qui ont eu à souffrir pour la justice. Une telle disposition n'est pas sans doute du ressort de la vertu humaine; elle vient de plus haut. Elle est l'effet de la grâce qui anime, qui soutient, qui console, qui élève l'âme au-dessus de la nature, et lui montre les cieux ouverts. Elle est surtout l'effet de celte ardente charité qui faisait dire à saint Paul : Qui nous séparera de L'amour de Jésus-Christ? Sera-ce l'affliction, ou les angoisses, ou la faim, ou la nudité, ou la persécution, ou le glaive?... Mais, parmi tous ces maux, nous denwurons victorieux par la verlu de Celui qui nous a aimés \ Oui, de toutes les béatitudes, celle-ci est la plus grande et la plus complète,

* Rom. y vnr, 33.

non-seulement dans le ciel, mais sur la terre. Comment cela se tiait-il? C'est le secret de Dieu. Il a promis à ceux qui souffriraient pour lui qu'ils posséderaient leurs âmes dans la patience; il accomplit sa promesse, et tous ceux qui ont passé par ces épreuves rendent témoignage à la vérité de sa parole.

Il n'est que trop ordinaire qu'on ait à souffrir pour le monde. Quel bonheur procure-t-il à ceux qui souffrent pour lui? Quelle récompense a-t-il à leur donner? Quel encouragement? Quelle consolation? Il n'a pas même des paroles, et la première chose qu'il fait, c'est d'a])nn donner ceux qui sont dans la disgrâce. Il a ses martyrs ; il a des milliers de victimes immolées à ses revers, à ses vicissitudes, à ses injustices. A-t-il jamais pensé à prononcer qu'ils sont heureux? Le pourrait-il, sans s'élever contre lui-même, et sans démentir toutes ses maximes?

Concluons, sans nous arrêter davantage à un point si évident, que le monde est à plaindre en tous sens, parce qu'il ignore le vrai bonheur qu'il ne possédera jamais, parce qu'il n'a que des faux biens dont la jouissance même lui est pénible et ennuyeuse, et parce que les maux sans nombre qui l'accablent sont sans aucun adoucissement ni dans ce temps, ni pour l'éternité.

0 Jésus! unique bienfaiteur du genre humain, quand ouvrira-t-on les yeux sur la beauté, la sagesse, la solidité de votre doctrine? Elle est à toute épreuve : votre autorité la rend inébranlable, l'expérience la confirme, la saine raison même la justifie. N'eussiez-vous proféré que les huit sentences dont je viens de lire l'explication,

pourrait-on vous contester le titre de Législateur divin? Vous avez plus fait : aux leçons vous avez joint l'exemple; votre vie, votre mort et ses suites glorieuses parlent encore plus haut que vos discours. Mais, ce qu'aucun législateur n'a fait, ni pu faire, vous nous attirez intérieurement par votre grâce à l'observation de vos lois, vous éclairez les esprits, vous excitez, vous soutenez les volontés ; vous adoucissez par des consolations célestes les peines de la vertu, et vous en rendez la pratique aussi douce qu'elle est juste. Vous lui réservez la plus magnifique récompense ; et, non content de cela, vous en faites recueillir les fruits dès cette vie.

Ab ! que je me veux de mal de n'avoir pas encore embrassé jusqu'ici votre céleste doctrine! Hélas! j'ai marché par des voies difficiles, où je n'ai trouvé que des épines; et, si la longue chaîne de mes maux n'a point abouti à celui qui est extrême et sans remède, j'en suis redevable à votre seule bonté. J'ai été par le passe plus aveugle encore que coupable; mais je me juge moimême indigne de tout pardon, si, dès ce moment, je ne deviens le fidèle observateur d'une loi à laquelle est attaché tout mon bonheur. Je connais ma faiblesse et la force de mes habitudes, mais, si je m'appuie sur vous, je puis tout. Soutenez-moi, ô mon Sauveur, dans la nouvelle carrière où je vais marcher, afin que j'arrive sur vos traces au royaume des cieux. Ainsi soit-il !

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