ON NE PEUT SERVIR DEUX MAITRES
Nul ne peut avoir deux maîtres, dit Jésus-Christ '.
Il suffit pour cela que leurs volontés soient quelquefois différentes, et que leurs ordres se croisent.
A plus forte raison, s'ils sont ennemis l'un de l'autre, s'ils ont des volontés opposées, et s'ils donnent des ordres contraires, comme Jésus-Christ le suppose. Car, ajoute-t-il, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il respectera l'uti et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. Ce que le Sauveur dit de
l'argent, ou de l'avarice, est également vrai de tous les autres vices, auxquels l'homme est sujet. Ces vices deviennent nos maîtres, dès que nous leur sommes asservis; et leur service est incompatible avec celui de Dieu.
Mais pour ne pas les parcourir en détail, et pour les comprendre sous une seule idée qui les renferme tous, je dis qu'on ne peut servir en même temps Dieu, qui commande toutes les vertus, et le mondes qui favorise tous les vices.
Cette proposition est évidente par elle-même, et n'a pas besoin de preuves. Il n'est que trop visible que les volontés et les sentiments de ces deux maîtres étant dans une opposition totale et continuelle, ils nous ordonneront toujours des choses contraires ; et que par conséquent si l'on respecte l'un, si l'on s'y affectionne, on méprisera et l'on haïra l'autre. Il faut absolument choisir entre Dieu et le monde, puisqu'on ne saurait ni les concilier entre eux, ni être en même temps à l'égard de l'un et de l'autre dans la disposition du respect et de l'amour qu'on doit à ses maîtres.
Dieu a des serviteurs qui lui sont entièrement dévoués; le monde a aussi ses partisans décidés, et en plus grand nombre. Je n'examinerai pas en ce moment lequel de ces deux partis est le plus sage, le plus juste, le plus lieureux. J'observe seulement que les uns et les autres sont conséquents, en ce qu'ils ne s'attachent qu'à un maître ; en quoi ils souscrivent à la sentence de Jésus- Christ, qui déclare impossible d'en servir deux.
Mais il est une sorte de chrétiens ambigus, et de mondains mitigés, qui prétendent se partager entre Dieu et le monde, ménager les intérêts de l'un et de
l'nuLre, servir Tun sans désobéira l'autre, les respecter et les aimer tous deux, et ne pas leur déplaire, ou même gagner leurs bonnes grâces par une conduite équivoque.
Ces chrétiens, qui ne sont pas rares, donnent un démenti formel à Jésus-Christ, et soutiennent contre lui qu'on peut servir deux maîtres.
II ne sera pas mal aisé de les confondre, et de leur montrer qu'ils sont mauvais serviteurs et de Dieu et du monde; qu'ils ne contentent ni l'un ni l'autre; qu'euxmêmes ne sont contents ni de l'un ni de l'autre; enfin qu'en un sens ils sont plus insensés et plus à plaindre que les partisans déclarés du monde.
Commençons par faire leur portrait.
Ce sont des personnes convaincues de la vérité de la religion, mais qui au fond ne l'aiment point, et ne la pratiquent que par la crainte de se perdre, voulant faire précisément ce qu'il faut pour éviter la damnation éternelle. Ils ont quelques principes, et de la conscience; mais ils se gardent bien de pousser ces principes à bout, ni d'écouter en tout leur conscience. Car ils ont d'autres principes qui leur sont suggérés par la nature corrompue, et qu'ils concilient, comme ils peuvent, avec ceux de l'Évangile. Ils se font de même une fausse conscience sur beaucoup de points; et il faut que la vraie plie, cède, et s'accommode à l'autre. Proposez-leur de violer ouvertement un commandement de Dieu, ils ne le feront pas ; mais, si c'est une chose oiî ils ne voient point de péché manifeste, quoique le doute en soit bien fondé, ou que le péril d'y tomber soit très-grand, ils ne reculeront pas. L'essentiel du culte, ils sont déterminés à ne pas l'omettre; mais ce qui, sans être d'une obligation si étroite, est néanmoins indispensable pour entretenir la
vraie piété, ils sont déterminés à ne pas Tembrasser. Pareillement à l'égard du monde, ils n'adoptent pas celles de ses maximes qui tendent trop manifestement à l'impiété et au libertinage; mais aussi ils ne rejettent pas celles qui contredisent d'une manière indirecte et plus réservée la morale chrétienne. Ils ne s'accordent pas indifféremment tous les plaisirs, et il est des assemblées où ils ne voudraient pas se trouver; mais, pour ce qui est de certains plaisirs suspects à une pudeur délicate, de certaines sociétés, où, sans manquer à toute décence, on se permet des propos trop libres et des manières trop enjouées, ils ne croient pas devoir se les interdire. Ce sont en un mot des âmes irrésolues, incertaines, dominées parle respect humain, que les passions attirent d'un côté, que le devoir retient de l'autre, flottant entre le vice et la vertu, ne voulant ni de ce que celle-ci a d'austère, ni de ce que celui-là a de licencieux; qui se flattent de pouvoir obéir à la loi de Dieu sans s'y captiver; se prêter aux folles joies du monde, sans s'y livrer; donner le matin quelques moments aux exercices de la dévotion, et le reste du jour aux divertissements, et faire ainsi leur salut, à moins de frais, et avec le moins de privations qu'il se pourra.
D'après ce tableau fidèle et nullement exagéré, ne suisje pas en droit de conclure que ces gens demi-chrétiens, demi-mondains, sont de mauvais serviteurs de Dieu et du monde, parce qu'ils ne sont affectionnés ni à l'un ni à l'autre?
En effet, ce qu'un maître désire par-dessus tout dans celui qui le sert, c'est l'affection et le dévouement ; il veut qu'on aime son service, et qu'on le fasse de bon cœur. Que
Dieu exige des siens cet amour, et qu'il en ait le droit, c'est de quoi l'on ne peut douter, et c'est justement ce que le demi-chrétien lui refuse. Il le sert, non par volonté, mais par nécessité, parce qu'il y va de son plus grand intérêt; s'il pouvait, sans courir aucun risque, se dispenser tout à fait de ce service, il s'en dispenserait. Cette disposition ne se manifeste- t-el le pas dans toute sa conduite, et s'il avait pour Dieu un véritable et profond attachement, ne rougirait-il pas de lui donner dans son esprit et dans son cœur un rival tel que le monde?
De son côté, le monde n'exige pas moins que Dieu toute l'affection de ses serviteurs, quoiqu'il n'y ait nul droit. Dès qu'on tient à lui par quelque endroit, et que l'on consent à le servir, il veut qu'on se livre à lui sans réserve, qu'on lui obéisse en tout, qu'on ne reconnaisse plus d'autre maître ; et c'est ce que le demi-mondain ne peut se résoudre à lui accorder. Par là il prouve qu'il n'aime véritablement ni Dieu ni le monde, mais qu'il n'aime que soi; qu'il ne songe, en servant Dieu, qu'à se rassurer sur l'avenir, et, en servant le monde, qu'à jouir du présent; qu'il ne veut rien perdre, mais gagner des deux côtés. Il fait à Dieu l'injure de penser qu'on ne peut être heureux ici-bas à son service ; il rend au monde la justice de croire qu'il n'a rien à lui donner pour l'autre vie ; et c'est afin de trouver partout son intérêt, qu'il se décide à les servir tous deux. Chose impraticable, et où, malgré ses précautions et ses ménagements, il ne réussit à contenter ni l'un ni l'autre.
Et comment contenterait-il deux ennemis, qui se disputent son cœur, que chacun veut posséder tout entier, tandis qu'il s'obstine à le partager entre eux? Comment les contenterait-il, puisque chacun d'eux
demande plus qu'il ne lui donne, et qu'il n'est décidé à lui donner?
Dieu veut qu'on soit tout à lui, et à lui seul ; il ne souffre pas qu'on embrasse son service en partie, ni qu'on néglige la moindre de ses volontés pour celles d'un autre maître, le titre de Maître n'appartenant qu'à lui, et nul autre ne pouvant se l'attribuer que par usurpation. Il veut qu'on soit à ses ordres, et qu'on dépende de lui à tout moment et en toute rencontre. En quelque cas que ce soit, si vous obéissez à tout autre, il se plaint avec justice, et témoigne son mécontentement; il fait même éclater son indignation, et la chose peut aller au point qu il vous renie, et ne vous avoue plus pour son serviteur.
Le monde, comme tyran et usurpateur, a les mêmes prétentions que Dieu en qualité de légitime et unique souverain. Il s'irrite de la préférence qu'on donne à Dieu sur lui; il veut aussi dominer seul, et qu'on abandonne son ennemi, pour se consacrer entièrement à lui.
De quel œil voient-ils donc l'un et l'autre, et comment acceptent-ils un service tronqué, qu'on ne leur rend qu'à regret, comme par force? Peuvent-ils se taire, et ne pas marquer leur ressentiment : Dieu, par des remords secrets, par des troubles et des anxiétés, dont il agite et déchire l'âme; le monde, par des railleries amères, des censures piquantes, et des persécutions plus ou moins vives? D'où il arive que, comme ils sont mal satisfaits de semblables serviteurs, ceux-ci à leur tour ne sont contents ni de Dieu ni du monde.
Ils ne sont pas contents de Dieu, qui leur montre toujours un visage sévère , qui les accable de reproches, auprès de qui ils n'ont jamais la paix du cœur, et qui
leur fait sentir en toute manière qu'il n'agrée pas leur service. Aussi, quand ils paraissent en sa présence, c'est toujours avec une extrême répugnance, sachant qu'ils n'ont à attendre de lui aucun bon accueil, aucune consolation. Est-il surprenant, après cela, qu'ils trouvent son service dur, qu'ils se plaignent que son joug est insupportable, quoiqu'ils s'en déchargent le plus qu'ils peuvent? Ne sont-ils pas tentés à toute heure de le secouer? Et, s'ils ne succombent pas à la tentation, qui les retient, si ce n'est la crainte de l'enfer? De tels chrétiens sont bien éloignés de voir en Dieu un Père, et, s'ils l'envisagent autrement, de quelle douceur peuventils jouir dans l'obéissance contrainte qu'ils lui rendent? Ils n'ont pas plus à se louer du monde, qui ne leur sait aucun gré de ce qu'ils font pour lui, parce qu'ils le font avec réserve et de mauvaise grâce. Tantôt, ils se voient tournés en ridicule sur ce qu'ils conservent de pratiques de piété; on se rit d'eux, loisqu'ils. allèguent la conscience, et l'on s'en moque comme d'un vain scrupule. Tantôt, on les traite d'hypocriles, qui jouent à la dévotion, pour se donner un certain air, pour parvenir à leur fin, et se ménager de la considération auprès des vrais dévots. Tantôt, le monde leur fait la guerre sur leur indécision, et les presse de prendre un dernier parti entre Dieu et lui. Il leur tient à peu près le même langage que le prophète Élieaux Israélites : Jusqu'à quand boitereZ'VOus des deux côtés ? Marchez droit dans le chemin de la pénitence chrétienne, ou dans celui des plaisirs que je vous offre. Si le Seigneur est votre Dieu, ne servez que lui; si je suis votre divinité, ne sacrifiez qu'à moi. En général, il les voit de mauvais œil, il s'en défie, il les méprise; souvent il les quitte le premier, et les force ainsi à le quitter.
DIX-îsEUVIEME LEÇON. 237
Il est donc vrai, en un sens, que ces chrétiens douteux sont plus insensés que les mondains déclarés, et qu'ils raisonnent moins juste.
Car ceux-ci agissent selon leurs principes, et ils ont une conduite soutenue; au lieu que ceux-là sont dans une perpétuelle contradiction avec eux-mêmes, et n'ont rien de suivi.
Par la même raison, ils sont plus à plaindre à certain égard, ne goûtant ni le vrai bonheur de la vertu, ni le faux bonheur du vice, et ne sentant que les épines de l'une et les remords de l'autre. Le monde, après tout, a ses joies; elles sont vaines, elles sont trompeuses; mais, telles qu'elles sont, elles séduisent, elles enivrent, elles procurent une sorte de jouissance; le mondain ]es savoure, et il n'en perd rien. Mais le chrétien dont je parle ose à peine y toucher du bout des lèvres, et le peu de douceur qu'il y trouve se change aussitôt pour lui en amertume.
Ajoutez à cela que le mondain s'étourdit sur les terreurs de l'autre vie, qui troubleraient sa prétendue félicité; tandis que ce chrétien en est toujours obsédé, et qu'elles le tourmentent le plus vivement, lorsqu'il voudrait le moins s'en occuper.
Enfin, si le salut du mondain, tandis qu'il demeure en cet état, paraît plus désespéré, d'un autre côté, il est plus susceptible de conversion, et d'une conversion solide, parce que dans ses bons moments il sent mieux le danger de sa situation, et que, par une suite de son caractère extrême, s'il vient à se donner à Dieu, il s'y donne tout entier. Mais pour le salut de ce chrétien, je le crois d'autant plus hasardé, qu'il lui est très-difficile de se convertir, à cause du fond même de sa disposition, et parce qu'il n'aperçoit aucun désordre frappant dans 1 * i8
sa conduite. Qu'il tremble donc, et qu'il prenne pour lu\ ces paroles de Jésus-Christ : Q^ue nêtes-vous ou froid, ou chaud I mais parce que vous êtes tiède, et que vous n'êtes ni froid, ni chaud, je suis sur le point de vous vomir de ma bouche ' ; et je vous vomirai infailliblement, si vous ne sortez de cet état de tiédeur.
0 mon Sauveur! quelle illusion je me suis faite jusqu'ici sur votre service! J'ai cru pouvoir le concilier avec celui du monde, et ce sont évidemment deux services inconciliables. J'ai voulu marcher par deux voies opposées, dont l'une mène à la vie, et l'autre à la mort. Quel aveuglement! quelle folie! Aussi ai-je été tout à la fois coupable et malheureux; je n'ai joui d'aucune sorte de bonheur; votre service et celui du monde m'ont été également à charge, et je vous ai déplu à l'un et à l'autre. Je fais, dès ce moment, un entier divorce avec lui; je le renie pour maître, et je n'en servirai jamais d'autre que vous. Je vous en fais solennellement la promesse; accordez-moi la grâce d'y être fidèle. Ainsi soit-ilî
lE RÈGNE DE DIEU EST INTÉRIEUR.
Au seul nom de vie intérieure, on s'effarouche, nonseulement dans le monde chrétien, mais jusque dans les asiles de piété et les cloîtres.
Cependant cette vie qui résulte d'une part de l'opération de la grâce sur l'âme, et d'autre part de la fidèle correspondance de l'âme à la grâce, est évidemment la
* Apoc, ni, 16.
moelle et l'essence du Christianisme. Je ne sais s'il est un seul point de lamoiale de Jésus-Christ, qui, pour être entendu, goûté et pratiqué comme il faut, n'exige qu'on ne soit intérieur, c'est-à-dire qu'on se livre à l'esprit de Dieu, et qu'on se laisse conduire par lui, renonçant au sien propre.
Quand les chrétiens, et surtout ceux qui sont chargés d'instruire et de diriger les autres, reviendront-ils d'une prévention si fausse et si dangereuse? Qu'ils écoutent Jésus-Christ, qui nous dit à nous tous : Le Royaume Je Dieu est au dedans de vous^. Ne le cherchez ni ici, ni là; vous le trouverez en vous-même, si vous y rentrez avec droiture par de sérieuses réflexions. Vous trouverez, dis-je. Dieu, ou dans votre cœur, si vous êtes en état de grâce, ou à la porte de votre cœur, si vous êtes en état de péché, demandant à y être admis, pour en prendre possession et y régner.
Méditons donc cette parole du Sauveur; elle est courte et simple, mais, dans sa brièveté et sa simplicité, elle comprend tout ce qui peut se dire et écrire sur la vraie et solide dévotion. Qu'est-ce que le Royaume, ou le Règne de Dieu*^ En quelle partie de nous-mêmes doit-il s'établir? Quels sont les moyens de l'établir et de le maintenir en soi? Quels avantages en revient-il pour l'âme, même dès cette vie? Quel est l'état d'une âme en qui Dieu ne règne pas? Autant de questions que je me propose d'expliquer en peu de mots, mais dont le déve* loppement serait la matière d'un grand ouvrage.
Le règne de Dieu dont il s'agit ici n'est pas cet empire souverain qu'il exerce sur toutes les créatures
* Lrc, XVII, 21.
par sa volonté absolue, et auquel nul ne peut se soustraire. Ce n'est pas cette providence générale, qui gouverne tout, qui dispose de tous les événements et quv les amène à ses fins, sans que rien ne puisse la détourner de son but.
C'est un empire qui n'a lieu qu'à l'égard de la créature raisonnable, et qui ne s'exerce que dépendamment d'elle; un empire volontaire et libre de sa part, pour lequel Dieu exige son consentement, auquel elle demeure toujours maîtresse de se soumettre ou de résister; un empire surnaturel, où Dieu agit uniquement par sa grâce, qui ne fait jamais aucune violence à l'homme.
Cet empire, par sa nature et par son objet, doit s'étendre à tous nos actes libres, intérieurs et extérieurs; en sorte qu'il n'y en ait aucun qui ne soit animé et diri[;é par la grâce, l'intention de Dieu étant de les sanctifier tous, et de les faire servir par là à sa gloire et à notre bonheur. Car telles sont les deux fins pour lesquelles il veut régner en nous : il prétend également se glorifier, et nous rendre heureux. Nous pouvons le frustrer de la seconde fin; mais pour la première, il l'atteindra toujours, parce qu'il tirera sa gloire ou de notre félicité, ou de notre malheur éternel, selon que nous aurons mérité l'un ou l'autre. S'il importe donc que Dieu règne sur nous, c'est pour notre intérêt, et non pour le sien.
En quelle partie de nous-mêmes doit s'établir ce règne de Dieu? Quel en est le siège? Et quelle est la faculté à laquelle Dieu intime immédiatement ses lois et surtout la première, la grande loi de sou amour, où sont renfermées toutes les autres?
Faut-il le demander? C'est la volonté, que saint François de Sales appelle la maîtresse pièce de l'âme; c'est
le cœur, principe de toutes ses affections ; c'est la liberté, qui préside à toutes ses déterminations. C'est donc dans le cœur et sur le cœur que Dieu veut régner. S'il a le cœur, il a tout le reste, la mémoire, l'entendement, les facultés de l'esprit et du corps; s'il n'a pas le cœur, il n'a rien. Ainsi, le cœur est le siège de la solide piélé, de la véritable dévotion, c'est-à-dire de ce dévouement entier et sans bornes que nous devons à Dieu.
Régner sur les cœurs est ce qui distingue l'empire de Dieu de tout autre empire. Les rois de la terre exercent leur domination sur nos biens, sur nos corps, sur nos vies même; mais ils n'ont nul droit sur nos cœurs; leur domaine ne s'étend pas jusque-là. Et comment y régneraient-ils? Ils ne sauraient agir directement «ur lui; ils n'ont aucun moyen de savoir ce qui s'y passe, ni d'autre règle pour juger de nos sentiments ip^kxies, que des démonstrations extérieures, souven*^ trompeuses. Mais Dieu, qui seul sonde les cœurs, est aussi le seul qui puisse, et qui prétende y établir son règne.
Dans le culte religieux qu'il exige de nous, doivent entrer les cérémonies, les prières vocales, et les autres pratiques extérieures; parce que le corps doit lionorer Dieu à sa manière, que les impressions sensibles ont un grand pouvoir sur l'âme en ce qui appartient à la religion comme en toute autre cliose, et que, vivant en société, nous nous devons mutuellement l'édification, et la profession ouverte de nos sentiments sur cet objet fondamental; mais l'essence du culte consiste dans la disposition du cœur, dans sa soumission, son respect, îion amour; de sorte que le corps par sa posture liumiiiée représente l'anéantissement du cœur devant Dieu, la bouche par ses paroles exprime les sentiments du cœur, et que tous les actes extérieurs de religion ne
sont qu'hypocrisie, s'ils ne sont pas dictés et animés par le cœur.
Nous savons cela, et nous savons encore que c'est la grâce seule qui peut mettre dans notre cœur les sentiments religieux. Mais, sur toutes ces vérités, nous nous en tenons presque à la spéculation • et, malgré la conviction où nous sommes de la nécessité de faire régner Dieu dans notre cœur, il est très-peu de chrétiens en qui il règne véritablement. On l'aime, dit-on, mais c'est par rapport à soi; c'est dans la vue de son intérêt spirituel, quelquefois même temporel, qu'on met avant la gloire de Dieu. On le sert, non pour lui, mais pour soi; on le prie, pour lui demander, non pour lui offrir; on lui offre, mais seulement en paroles, et, dans l'occasion, on ne craint pas de lui refuser ce qu'on lui a offert; on lui donne des choses extérieures, mais les affections intimes du cœur, on ne les lui sacrifie pas. On veut bien qu'il nous gouverne par sa grâce dans les choses essentielles, où il va de notre salut; mais non dans celles qui sont de perfection, et où l'on ne voit pas de péché considérable.
Ainsi Dieu n'a que la seconde place dans notre cœur; nous y occupons la première; et, dans l'amour que nous croyons avoir pour lui, c'est en effet nous que nous aimons. Prenons donc une bonne fois la résolution de rendre Dieu le maître absolu de notre cœur, et de n'y souffrir rien, je ne dis pas d'opposé à son règne, mais qui l'affaiblisse, qui le resserre, qui le circonscrive.
Maintenant, quels sont les moyens d'établir et de conserver en soi le règne de Dieu? Ceci est pratique.
Le premier moyen de l'établir est de le vouloir. Il n'est pas douteux que de son côté Dieu ne le veuille et
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ne le désire ardemment. Si nous le désirons et le voulons de même, la chose ne saurait manquer d'avoir lieu; car elle ne dépend que de ces deux volontés, et sitôt qu'elles concourent, l'effet est infaillible. Ce que Dieu doit y mettre de sa part est toujours prêt, et nous est donné ou offert : les lumières, les inspirations, les grâces générales et particulières, les secours intérieurs et extérieurs. Ce qu'il attend de notre part, c'est une forte détermination d'être tout à lui, de lui obéir en tout, et de ne jamais lui rien refuser.
On ne se flatte que trop aisément d'avoir cette bonne volonté, qui est plus rare qu'on ne pense. On prend pour elle de bons désirs que la grâce fait naître de temps en temps, et qu'on n'effectue pas; des mouvements de dévotion sensible qui nous saisissent par intervalles, et qui n'aboutissent à rien de solide; des projets, des résolutions que l'on forme, mais qu'on n'exécute pas; des promesses que l'on fait, et qu'on ne tient pas. Après mille bons propos, on est toujours le même, et l'on a l'injustice de s'en prendre à Dieu, tandis qu'on ne devrait en accuser que soi-même, sa lâcheté, son inconstance.
Le second moyen est d'en faire le principal objet de ses prières, et de répéter souvent cette demande de l'Oraison Dominicale : Que voire règne arrive ! Il n'est pas de jour que nous ne disions cette parole plusieurs fois; mais songeons-nous au sens qu'elle renferme? Est-ce le cœur qui la prononce? Et désirons-nous sincèrement être exaucés? Pourrions-nous ne pas l'être dans une prière que le Fils de Dieu lui-même nous a dictée, si nous la faisions avec toutes les dispositions requises? Que le règne de Dieu en nous soit donc notre plus fréquente aspiration dans la journée; qu'il soit le but de
nos exercices de piété et de nos bonnes œuvres; ne perdons jamais de vue cette fin; rapportons-y tout le reste, et nous ne tarderons pas à sentir que Dieu a pris possession de notre cœur.
Il faut que je le dise ici en passant : nous changeons trop souvent d'intention dans nos prières. Ayons une intention principale que nous ne quittions jamais, et à laquelle nous fassions revenir les autres. Quand l'àme est vivement et profondément saisie d'un objet, et qu'elle le poursuit partout, c'est une marque presque assurée qu'elle y parviendra, parce que c'est en effet ainsi que la grâce nous porte à demander, sans nous désister que notre vœu ne soit rempli.
Le troisième moyen est de remarquer ce qui fait obstacle au règne de Dieu en nous, et d'en débarrasser, peu à peu, notre cœur. Voilà le point difficile, et sur lequel nous avons une peine infinie à nous exécuter. Souvent cela ne tient qu'à une chose, et si nous avions le courage de sacrifier, par exemple, tel attachement, de nous corriger de tel défaut, d'embrasser la pratique de l'oraison, d'être plus fidèle au silence et au recueillement, tout empêchement serait levé. Car il y en a toujours un capital, qui, en disparaissant, ferait bientôt disparaître les autres.
Enfin, comme nous sommes aveugles sur ce que nous opposons de notre fonds au règne de Dieu, le quatrième moyen est de lui demander sans cesse qu'il nous éclaire sur cette disposition intime de révolte contre lui, que nous apportons en naissant, et à qui l'âge, l'ha- Ijitude, le penchant à faire notre propre volonté ont donné des forces. Quiconque désire avoir des lumières là-dessus est assuré d'en obtenir. Il ne s'agit que de les suivre au fur et à mesure, et de retrancher sans pitié
ce qui retarde ou affaiblit en nous le règne de Dieu. Mais en quoi nous sommes le plus coupables, n'est-ce pas de redouter ces lumières, de leur fermer les yeux quand elles se présentent, d'y résister, de les repousser, de nous plaindre de leur importunité, et de souhaiter que Dieu nous laisse jusqu'à un certain point dans un aveuglement que nous chérissons ?
Les mêmes moyens qui établissent en nous le règne de Dieu servent à le maintenir.
En général l'unique chose qu'il y ait à faire est de se livrer entièrement à la grâce, et d'être déterminé à suivre l'esprit de Dieu partout où il nous mènera. Car, de souhaiter que Dieu règne en nous, et en même temps de prétendre disposer encore de nous en quoi que ce soit, ce sont deux choses incompatibles. Il veut être le maître de tout; et, s'il ne l'est point, il ne tarde pas à quitter un cœur qui ose lui disputer quelque chose. Que d'âmes en ont fait la triste épreuve! Car il en est beaucoup en qui il a fait, pour ainsi dire, les essais de son règne, et qui l'ont forcé d'y renoncer. Craignons d'être de ce nombre, et, si nous nous sommes une fois rangés sous ses lois, ne soyons pas assez insensés pour lui rien contester, et pour vouloir composer avec lui; sa jalousie infinie n'admet ni restriction, ni partage. Trop heureux sommes-nous qu'il veuille nous gouverner, et se charger du soin de nous conduire par la voie de la sainteté à notre éternelle destination !
LE RFGNE DE DIEU EST INTÉRIEUR {Suite).
Je n'entreprendrai pas de parcourir tous les avantages qui reviennent à une âme du règne de Dieu en elle.
On convient assez que dès qu'elle est sous sa conduite, elle s'avance à grands pas vers la sainteté; mais, par une contradiction inconcevable, on ne veut pas convenir qu'elle marche avec autant de rapidité vers le bonheur, même celui de cette vie. Rien pourtant n'est plus certain; et c'est faute d'y réfléchir, qu'on n'en est pas persuadé.
Cette vérité est celle que j'inculque le plus dans cet ouvrage; et j'y insisterai toutes les fois que l'occasion s'en présentera.
Je dis donc que la félicité présente et actuelle de l'homme est une suite nécessaire de sa perfection, et que le degré de Tune répond toujours dans la plus juste mesure au degré de l'autre. Quel est l'objet de la perfection? De me rapprocher de Dieu, et de me rendre aussi semblable à lui que ma nature le comporte. Mais Dieu n'est infiniment heureux que parce qu'il est infiniment saint, infiniment parfait; je participerai donc à son bonheur, à proportion que je participerai à sa sainteté
Qu'on s'arrête un peu sur ce point, et qu'on le médite à loisir. Il mérite la plus sérieuse attention, et il décide de tout pour la conduite de la vie.
Nous voulons êlre heureux, et nous voulons l'être dès à présent, autant que la condition humaine le permet; notre impatience ne souffre là-dessus aucun retard. Je suis bien éloigné de blârner ce désir, que Dieu a mis au
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fond de nos cœurs ; mais prenons le chemin unique qui conduit au bonheur. Nous l'avons cherché par d'autres routes, et nous ne l'avons pas rencontré. Pourquoi persévérer dans une illusion dont une expérience journalière nous désabuse? Laissons régner Dieu en nous : par là il nous sanctifiera, nous n'en doutons point; et, en nous sanctifiant, il nous fera goûter le seul vrai bonheur qui soit sur la terre.
Qu'est-ce en effet qu'une âme que Dieu gouverne?
C'est une âme qui veut tout ce que Dieu veut, qui se soumet de plein gré à toutes les dispositions de sa providence, qui est contente de l'accomplissement de son bon plaisir en elle. Il n'y a donc plus pour elle de contrariétés, et nulle situation où elle se trouve n'altère sa paix, parce qu'elle la met dans la volonté divine, à laquelle elle ne résiste point, et qui a toujours son exécution.
C'est une âme qui se détache successivement de toutes les choses d'ici-bas; qui se rend indépendante du monde et de ses jugements; qui a d'autres idées que lui sur ce qu'on appelle prospérité et adversité, biens et maux de la vie présente; et qui envisage toutes choses selon les idées de Dieu, les seules vraies et immuables; une âme par conséquent élevée au-dessus de tous les événements humains, qui n'aspire à rien, qui ne craint rien, et qui est placée dans une région inaccessible aux agitations de la mer du monde.
Ce n'est pas qu'elle n'éprouve comme les autres des peines, des disgrâces, des renversements; qu'elle ne souffre dans ses biens, dans son corps, dans sa réputation. Mais rien de tout cela ne lui ôte sa tranquillité profonde. Si elle a quelque trouble, il n'est que momen-
tano el superficiel, et il ne parvient jamais jusqu'à ce fond intime où Dieu réside.
C'est une âme qui s'exerce sans cesse à mourir à elle-même, pour vivre de la vie de Dieu; qui devient par degrés presque insensible à ce qui affecte si fort les autres; qui n'a plus ni amour, ni haine, ni crainte, ni désir naturel; exempte par conséquent de tous les tourments que causent les passions, l'orgueil et l'amourpropre, nos vrais et seuls bourreaux.
C'est une âme dont la piété simple, droite, juste, éclairée, désintéressée, ne connaît ni les scrupules et les anxiétés des imaginations faibles, ni les caprices et les bizarreries de la dévotion mal entendue, ni les réflexions fatigantes, les vaines complaisances, les recherches délicates des spirituels intéressés, ni les terreurs de la mort et de ses suites qui jettent l'épouvante dans les serviteurs mercenaires; une âme forte dans les tentations, courageuse dans les épreuves, détachée dans les consolations, inébranlable parmi les vicissitudes de la vie intérieure. Si elle n'est pas tout cela d'abord, elle parvient à l'être avec le temps par sa fidélité, et il est impossible qu'elle n'y parvienne pas sous la direcîtion de Dieu qui règae en elle.
Comment une telle âme ne serait-elle pas heureuse? Elle ne veut que Dieu, son Souverain Bien, et elle le possède, comme elle en est possédée. Elle ne désire que • i'aimer davantage; et chaque jour son amour prend un nouvel accroissement. Elle ne craint que de l'offenser, et ses fautes deviennent d'un jour à l'autre plus légères et plus rares. Elle n'aspire qu'à la jouissance éternelle de celui qu'elle aime, et elle porte en soi un témoignage presque assuré que son espoir sera rempli.
Pour les hommes avec qui elle vit, elle a de la charité
pour tous. Son commerce avec les bons qui lui ressemblent est délicieux; elle plaint les méchants, et souffre d'eux tout ce qu'il plaît à Dieu qu'elle en souffre, sans fiel, ni ressentiment, sans cesser de leur vouloir et de leur faire du bien; elle supporte, elle excuse les défauts et les imperfections des autres, remplissant tous les devoirs de la société, dont elle fait la matière et l'exercice de ses vertus.
Ce n'est point ici un tableau d'imagination, il ne peut passer pour tel que dans l'esprit de ceux qui n'ont nulle connaissance du règne de Dieu dans les âmes, et des admirables effets qu'il y produit. Je ne l'ai même que crayonné pour être court. Mais l'expérience en apprendra davantage à quiconque voudra la faire, et franchir les premières difficultés, qui ne sont pas aussi grandes qu'on pense.
Disons un mot de Vétat d'une âme en qui Dieu ne règne pas.
Pour la peindre d'un seul trait : elle n'est bien ni avec Dieu, ni avec elle-même, ni avec les autres, et par conséquent elle ne trouve de bonheur nulle part. Je ne parle pas des pécheurs; l'Écriture a prononcé qu'il n'y a pas de paix pour eux. Je parle des âmes lâches et imparfaites qui flottent entre la grâce et la nature, qui ne veulent pas tout accorder à la première, ni toit refuser à la seconde. C'est déjà pour elles une grande source de doutes, d'inquiétudes et d'angoisses de conscience, que le parti qu'elles ont pris de ménager deux ennemis, qui se font une guerre cruelle, dont leur cœur est le théâtre. Que de cas à consulter! Que de reproches intérieurs à essuyer ! Que de troubles et d'embarras dans une conscience qui n'est jamais nette et décidée! On est
malheureux, si l'on rentre en soi-même; on l'est encore plus, si l'on évite de se rencontrer.
Ces âmes ne sont pas bien avec Dieu. Il n'est pas possible qu'il les traite en amies, tant qu'elles s'obstinent à lui refuser quelque chose. Si elles ne disent pas absolument : JSous ne voulons pas qu'il règne sur nous\ du moins elles disent : Nous ne voulons pas (jjuil règne à son gré, mais au nôtre. En faut-il davantage pour qu'elles déplaisent à Dieu? 11 n'a à notre égard les bontés d'un Père, qu'autant qu'il exerce sur nous toute l'autorité d'un Roi; et il cesse de nous regarder comme ses enfants chéris, lorsqu'il ne voit pas en nous des sujets pleinement soumis. Il est donc dans l'ordre qu'il ne les admette point à sa familiarité, dont elles se rendent indignes. Aussi se plaignent-elles qu'il les néglige! Sont-elles jalouses des faveurs qu'il accorde à d'autres, et l'accusent-elles de partialité! Toujours sèches, toujours froides, toujours languissantes, elles ne se portent qu'à regret aux exercices de piété, où elles sont distraites et insensibles, n'y trouvant aucun goût, n'en retirant aucune consolation. Tous les devoirs leur pèsent, et elles ne s'en acquittent que forcément.
Elles ne sont pas bien avec elles-mêmes. Toutes les réflexions qu'elles font sur leur intérieur les troublent et les attristent. Elles ne savent si leur état est sûr, ou douteux; et, comme elles craignent extrêmement de se perdre, ne voyant rien qui leur donne de la confiance, elles sont livrées à des anxiétés continuelles, et quelquefois à des impressions de désespoir. D'autant plus que moins touchées des vérités consolantes que des vérités terribles de la religion, elles n'y pensent qu'avec effroi,
* Luc, XIX, 14,
et n'aperçoivent en Dieu qu'un juge et un vengeur. L'imagination et l'amour-propre conspirent à les tourmenter; et Je sentimenl prédominant de la crainte les resserre, les afflige, et ne leur donne aucun repos.
Leur extrême sensibilité, leurs prétentions, leur délicatesse, leurs soupçons, font qu'elles ne sont pas mieux avec les autres, et qu'elles rencontrent peu de caractères dont elles s'accommodent. Elles ne se plaisent pas avec les personnes saintes, dont la seule vue leur est un reproche. Elles n'ont pas assez de vertu pour soutenir ce qu'elles ont à souffrir de la part des méchants; et les épreuves qu'elles font de leur injustice, de leur mauvaise foi, de leur langue médisante, les désespèrent. Ceux qui leur ressemblent, et qui ne sont ni bons ni mauvais, ont besoin d'être supportés; et le support habituel du prochain suppose plus de charité qu'elles n'en ont. Elles cherchent néanmoins les créatures, ne pouvant s'en passer, et n'ayant aucune ressource en elles-mêmes. Mais bientôt rebutées de leurs défauts, elles s'en ennuient et s'en dégoûtent. De nouvelles liaisons succèdent aux premières, qui ne leur procurent d'autre plaisir que celui du changement; plaisir qui passe bien vite, et qui leur donne souvent lieu de regretter leur ancienne société. Ainsi elles courent d'essais en essais, et sont toujours plus mal satisfaites des derniers. D'où vient cela? C'est que leur cœur est vide; que Dieu ne le remplit pas, parce qu'il n'y règne pas; et que, où Dieu manque, il n'y a point de bonheur à espérer pour l'homme. Pour peu qu'on s'étudie, chacun découvrira en soi la preuve de ce que je viens de dire.
0 mon Sauveur! quelle grande parole vous m'avez dite, en m' enseignant que le règne de Dieu est au dedans
de moi! Si le monde est rempli de malheureux de toute espèce ; s'il est si rare de rencontrer quelqu'un qui soit content de son sort, c'est qu'on ne pense point à cette parole, et qu'on ne veut pas voir que partout où vous régnez, vous portez avec vous la sainteté et le bonheur. Venez donc établir votre règne dans mon cœur, je vous l'ai longtemps disputé, je l'avoue à ma confusion. Prenez-en désormais possession, et gouvernez-le par votre grâce, aussi douce qu'impérieuse. Roi des cœurs ! c^Qst là votre titre. Seraitil vain par rapport à moi? Ne le permettez pas, je vous en conjure; mais plutôt détruisez tout ce qui résiste en moi à l'exercice de votre souverain domaine. Disposez de ma volonté, de ma liberté, et de mes affections les plus intimes. Je ne veux plus qu'une chose : c'est que votre bon plaisir s'accomplisse en moi et par moi dans le temps, pour s'accomplir plus parfaitement dans votre Royaume céleste, qui n'aura point de fin. Ainsi soit-il!