‹ L'école de J Volumes 1 and 2Chapitre 46 sur 71 · CHERCHEZ AVANT TOUT LE ROYAUME DE DIEU · texte numérisé non relu

CHERCHEZ AVANT TOUT LE ROYAUME DE DIEU

Jésus-Christ, après nous avoir recommandé de n'être point inquiets, comme les païens, sur le manger, le boire, le vêtement, parce que notre Père céleste sait que tout cela nous est nécessaire, et qu'il y pourvoira par sa bonté, conclut de cette sorte : Cherchez donc avant tout le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces Choses vous seront données par surcroît '. Vous aurez le spirituel et l'éternel, et le temporel ne vous sera pas refusé par Celui qui dispose de l'un et de l'autre.

* Matth., VI, 33,

Cette leçon nous regarde tous, et nous en avons le plus grand besoin.

L'intention de Dieu est que l'homme vive de son travail et de son industrie; il y est même condamné depuis son péché. A l'exception d'un petit nombre de riches, qui vivent de leurs revenus, et qui encore sont obligés de se donner des soins pour s'en assurer la jouissance, tous les autres mangent leur pain à la sueur de leur front, et ne sont occupés chaque jour que des moyens de subsister, eux et leur famille. Les travaux de tout genre, les soins, la prévoyance, pour se procurer les choses nécessaires à la vie, sont donc dans l'ordre de la Providence; et cet ordre doit être si exactement gardé, que saint Paul prononce que celui cjuine veut point travailler na pas droit à sa nourriture ^

Mais que d'abus n'entraîne pas cette nécessité où nous commes de pourvoir aux besoins de la vie ! A combien de crimes ne donne-t-e!le pas naissance ! Et à quel point n'irrite-t-elle pas les passions ! Les uns n'ont jamais assez; les autres sont toujours dans la crainte de manquer; les uns et lesautres sont dans l'agitation la plus violente ; ils vont, ils viennent ; ils se lèvent et se couchent sur celte pensée ; et, sans distinguer les moyens licites des illicites, ils les mettent en œuvre pour contenter leur avari ce, oupour se préserver de la misère. Le plus grand mal, et la source de tous les autres, est que cette attention excessive au temporel leur fait oublier le spirituel, négliger l'àme pour le corps, et sacrifier aux intérêts de la vie présente les inlérêls tout autrement considérables de la vie future.

Jésus-Christ remédie à ces désordres, en nous enseignant premièrement à chercher avant tout le royaume

* // Thcss., m, 10,

de Dieu et sa justice; secondement, à ne pas porter nos soins à l'égard du temporel jusqu'à l'inquiétude; troisièmement, à nous reposer sur la bonté du Père céleste, qui, faisant subsister toute la nature, n'a garde d'oublier les hommes qui sont ses enfants.

La première chose en effet que doit faire tout chrétien, s'il est sensé, et s'il entend ses vrais intérêts, est de se bien convaincre que Dieu ne l'a pas mis, et n'a pu le mettre sur la terre simplement pour y vivre, mais pour s'y sanclifier; que cette vie n'est qu'un voyage plus ou moins long, dont le terme est l'autre vie, qui ne finira jamais; qu'étant composé d'un corps et d'une âme, ce qui concerne la subsistance et le bien-être du corps n'est rien et moins que rien en comparaison do ce qui regarde l'état présent et à venir de l'âme. Il n'est pas chrétien, s'il n'est pas persuadé de ces vérités; et il est insensé au delà de ce qui peut se dire, si, en étant persuadé, il n'en fait pas la base et la règle de sa conduite. Si donc il consulte sa raison et sa foi, elles lui diront qu'il doit mettre un certain ordre dans les objets de ses pensées, de ses désirs, de ses actions; placer chaque objet en son rang, donnant la préférence à ceux qui le méritent, et ne s'écarter jamais de ce plan, qui lui est dicté par la nature même des choses et par la volonté de Dieu.

Or, voici l'ordre inviolable que Dieu lui marque, et auquel ses plus chers intéiets lui font une loi de se conformer. Mon âme, doit-il se dire, est la meilleure partie de moi-même; le corps qu'elle habite est fait pour elle. Les besoins de l'âme doivent donc passer avant ceux du corps, et je me nuirais, si je pourvoyais à ceux-ci au préjudice de ceux-là. L'unique besoin de mon âme, la seule chose qu'elle désire, c'est d'êtie heureuse. La

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lumière naturelle et celle de la révélation m'apprennent de concert qu'elle est destinée à jouir dans une antre vie d'un bonheur éternel, et que ce bonheur est sa fm. Je dois donc aspirer à ce bonheur, et y rapporter tout ; tendre à cette fin, et ne jamais m'en éloigner. Mais je n'ai qu'un moyen d'y parvenir, qui est d'observer exactement les commandements de Dieu ; de suivre de point en point la morale que Jésus-Christ m'a enseignée; en un mot, de croire et de pratiquer dans le sein de l'Église catholique les dogmes et les préceptes de la religion que cet Homme-Dieu m'a révélée. Si cette voie est unique, et si elle est sûre, quel autre parti ai-je à prendre, que d'y entrer, de la suivre, et d'y marcher constamment jusqu'à la mort? C'est ce que Jésus-Christ appelle chercher le royaume de Dieu et sa justice. Tel est donc le grand objet qui doit tenir la première place dans mon esprit et dans mon cœur, et dont je dois m'occuper avant tout et par-dessus tout.

Mais mon âme est unie à mon corps; elle y est même assujettie pour ses opérations, et les fonctions de l'une et de l'autre sont dans une dépendance réciproque ; elle est chargée de le conserver en bon état, et de lui fournir ce qui lui est nécessaire. Il est donc aussi dans l'ordre que je nourrisse ce corps, que je le vête, que je le maintienne en santé, et que je le garantisse de ce qui pourrait lui nuire. C'est un devoir pour moi, et Dieu luimême me l'a imposé. Cela est vrai. Mais il ne l'est pas moins que ce devoir est subordonné de sa nature à l'autre devoir, qui a directement pour objet le bonheur de mon âme ; que je ne dois remplir le premier que relativement au second, et seulement comme une condition sans laquelle je n'arriverais pas à ma fin. S'il arrivait donc que je ne pusse m'acquitter en même temps de ces deux

devoirs, je n'aurais point à hésiter; et il me faudrait sacrifier le bien-être de mon corps, et mon corps même aux intérêts de mon âme. C'est pourquoi nulle ne'cessité corporelle, fut-elle extrême, ne saurait m'autoriser à commettre le moindre péché, ni à omettre le moindre acte de vertu dans une circonstance où il me serait commandé.

Ainsi doit raisonner et agir le vrai chrétien.

Les suites de ce raisonnement sont presque infinies dans la pratique; et il est aisé d'en faire l'application aux occasions qui se présentent. Pour qui travaille-t-on à s'enrichir? Pour le corps, soit le sien, soit celui de ses enfants. Mais les besoins du corps n'exigent pas qu'on soit riche; il suffit qu'on ait le nécessaire selon son état ; et ce nécessaire en toute condition a des bornes. Si je passe ces bornes, ce n'est plus le corps que j'écoute, mais la cupidité; et tout ce que celle-ci me suggère m'est interdit par la règle de Jésus-Christ. Ne me conseillât-elle rien d'injuste, c'est assez qu'elle aille au delà du besoin, et elle y va toujours, pour être injuste en elle-même. Pour quelle fin embrasse-t-on les divers états de la vie? Pour subsister. Mais ces états ont chacun leurs devoirs qui intéressent l'âme. Il ne faut donc jamais que le prétexte de ma subsistance me fasse manquer à ces devoirs; et les fraudes si communes en toute espèce de commerce, de professions et de métiers, ne sont pas justifiées par cette excuse : je ne saurais me tirer d'affaire autrement. Enfin il est clair que dans toutes les conditions, si l'on met l'âme et ses intérêts au-dessus de ceux du corps; si l'on se propose avant tout l'acquisition du Royaume de Dieu, la cupidité, ce fléau du genre humain, est éteinte dans le cœur de l'homme.

J? ne parle pas ici de ceux que la nécessité de vivre a forcés, disent-ils, de se jeter dans des professions

infâmes, ou très-dangereuses pour le salut, soit par ellesmêmes, soit par les circonstances. Us ne sont pas excusés parla devaat les hommes ; comment le seraientils devant Dieu? Beaucoup ne tiennent ce langage que pour faire croire qu'ils ont une âme honnête. Mais si cela était, et qu'ils eussent d'ailleurs quelques principes de religion, ou ils n'auraient pas embrassé de pareilles professions, ou ils les quitteraient sur-le-champ, fallût-il mendier leur pain, et s'abaisser aux étatsies plus vils selon le monde. Que leur dirais-je? Des livres de la nature de celui-ci ne tombent guère entre leurs mains; et, si par hasard ils les lisaient, il y a assez d'autres endroits propres à remuer leur conscience, et à les retirer de l'abîme où ils se sont précipités.

Le point capital est donc celui que je viens d'exposer.

Mais Jésus-Christ ne s'en tient pas là. Il nous défend toute inquiétude au sujet des besoins du corps. C'est-àdire qu'en donnant à nos affaires temporelles le travail et l'application nécessaires, en employant les ressources, en prenant les mesures propres à les faire réussir, il faut bannir ce qui tient l'âme suspendue, agitée, troublée, et ne lui laisse pas assez de liberté d'esprit pour les choses spirituelles, qui sont d'une tout autre importance. Cet empressement et cette agitation sont en effet la preuve d'un trop grand attachement aux biens de la terre, d'un désir trop ardent de les acquérir, ou d'une crainte trop vive de les perdre.

Or, il ne faut jamais que la passion s'en mêle, tant parce qu'elle ne contribue en rien au succès de nos entreprises, ou même qu'elle y nuit, que parce qu'elle nous ôte le repos, et qu'elle nous empêche de vaquer tranquillement à notre salut. D'où viennent tant de

distractions dont on est obsédé dans le temps de la prière ? Presque toujours des soins temporels. Un père, une mère de famille vont à i'égiise la tête remplie de leurs affaires; il leur est impossible de se recueillir, ni de penser à autre chose; ils ont le cœur froid, sec, et ne sauraient rien dire à Dieu. Ils s'en plaignent, ils s'en accusent, mais ne remontent pas à la cause, et n'y remédient pas. Ce n'est pas pour eux, disent-ils, qu'ils s'inquiètent; c'est pour leurs enfants qu'il faut songer à pourvoir. Je réponds qu'ils ne doivent pas plus s'inquiéter pour leurs enfants que pour eux-mêmes; qu'après avoir pris toutes les mesures convenables pour les établir avantageusement, ils doivent demeurer tranquilles. Qu'ils fassent là-dessus ce que Dieu demande d'eux; mais qu'ils n'aillent pas plus loin. Or, la volonté de Dieu est qu'avant tout ils cherchent son Royaume et sa justice, tant pour eux que pour leurs enfants; et si cette recherche, tout importante qu'elle est, doit se faire paisiblement et sans inquiétude, à plus forte raison celle dont le but est de leur procurer des biens temporels, et de les établir selon leur condition. Non-seulement ils doivent être exempts de soucis rongeurs et d'agitations turbulentes, mais il est de leur devoir de sanctifier par des motifs surnaturels les soins qu'ils se donnent pour leurs enfants, et de les faire servir à leur propre salut.

Aussi Jésus-Christ veut-il qu'en ce qui concerne le temporel, on se repose principalement sur la bonté paternelle de Dieu, qui revêt d'une si belle parure le lys des champs, et qui nourrit les oiseaux, lesquels ne sèment, ni ne moissonnentj ni ne font de provisions. Combien plus pensera-t-il à vous, hommes de peu de foi ! ajoute le Sauveur. A vous qui, à tant de titres, êtes

ses enfants, et qui vous tien ririez offensés avec raison, si les vôtres se défiaient de votre tendresse et de vos soins pour eux. Quels pères êtes-vous, en comparaison de lui ? Il veut que par une confiance entière nous honorions sa providence, qui veille à tout, qui pourvoit à tout, et sans la permission de laquelle il ne tombe pas un seul cheveu de nos têtes. Il veut que dans nos besoins nous ayons recours à lui; que nous lui recommandions le succès de nos affaires temporelles; que nous soyons persuadés que ce qu'il en ordonnera est le meilleur; que riches ou pauvres, nous demeurions soumis, contents, toujours occupés à le remercier; que nous préférions infiniment les biens spirituels, et que dans l'occasion nous sachions leur sacrifier avec joie les biens temporels, disant comme Job : Dieu m'a donné. Dieu ma ôté ; il ne m'est arrive' que ce qu'il a plu au Seigneur ; que son saint nom soit béni^ ! Il nous promet que si noire première attention se porte vers le spirituel, qui après tout est notre vrai bien, le temporel ne nous manquera jamais, non peut-être dans l'abondance que la nature désirerait, mais dans une honnête suffisance.

Par cette disposition de confiance et de désintéressement vous engagez Dieu à venir à votre secours, à donner sa bénédiction aux moyens que vous employez, à vous en suggérer d'autres qui seront plus efficaces, à vous ménager des ressources inespérées, où vous ne pourrez vous empêcher de reconnaître les attentions d'un père.

Ainsi, dans toute affaire temporelle où vous vous adressez à Dieu, vous êtes assuré, en premier lieu, que de quelque manière qu'elle tourne, ce sera au profit de

votre âme; en second lieu, que s'il n'en doit résulter aucun préjudice pour elle, il la fera réussir. Que pouvez-vous désirer de plus? Et comment après cela ne reposez-vous point en paix dans le sein de la Providence?

Remarquez, car je ne veux point vous laisser perdre cet objet de vue, que Jésus-Christ se propose ici, comme partout ailleurs, non-seulement notre bonheur futur, mais notre bonheur actuel.

Est-il rien qui y soit plus contraire, que les inquiétudes, les chagrins, les tourments que nous causent les besoins du corps? Jésus-Christ vous les épargne. Est-il rien qui puisse contribuer davantage à votre paix, que cet ordre qu'il veut que vous mettiez dans les objets de vos pensées et de vos affections; que cette attention à tenir votre cœur libre de tout désir et de toute crainte à l'égard du temporel ; que cette confiance dans le Père céleste qu'il vous recommande; enfin que cette assurance précise qu'il vous donne, que, si vous cherchez avant tout le Royaume de Dieu et sa justice, les choses temporelles, dont il sait que vous avez besoin, vous seront données par surcroît? Hommes aveugles et insensés, ne seriez-vous pas pénétrés de respect et de soumission pour la morale de l'Évangile, si vous la méditiez sans prévention?

0 mon divin Maître! plus j'avance dans vos leçons, plus je les admire. Qu'elles sont belles ! Qu'elles sont raisonnables! Qu'elles sont conformes à ma nature! Qu'elles me sont salutaires! Que je serais saint, que je serais heureux, si je les pratiquais !

J'ai vécu jusqu'ici comme si je n'avais à songer qu'à mon corps; j'ai pris des peines infinies pour assurer son

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bien-être. Je me suis avili, je me suis rendu coupable, j'ai perdu le repos; et, avec tout cela, ce corps dont je me suis tant occupé, à qui j'ai procuré abondamment tout ce qu'il désirait, ne s'en est pas trouvé mieux; il n'avait pas besoin de tant de choses, et je pouvais le contenter à moins. Mais cette âme immortelle, pour qui je devais tout faire, et pour qui je n'ai rien fait, en quel état pitoyable est-elle réduite? De quelles vertus Tai-je enrichie? ou plutôt de quels vices ne l'ai-je pas souillée? La voilà pauvre, nue, misérable, et digne de tous vos châtiments, parce que j'ai voulu être dans l'affluence des biens temporels.

J'en ai honte, ô mon Sauveur! je m'en repens, je vous supplie de me pardonner le passé; je veux à l'avenir, avec le secours de votre grâce, chercher ce Royaume pour lequel mon âme est créée, cette justice qui peut seule m'y conduire; et ne donner à mon corps, à ce monceau de boue, que les soins que je ne puis lui refuser. Ainsi soit-il !

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