DE LA PRIÈRE CONTINUELLE
La leçon touchant la prière continuelle demande, et pour elle-même, et pour les conséquences qui en résultent, d'être traitée avec exactitude, et lue avec attention.
// faut toujours prier, dit l'Évangile, et ne point se lasser de le faire ' .
Pesons les paroles : // faut. C'est un précepte, ce n'est pas un conseil; il s'agit d'une chose d'obligation, et non d'un point de perfection. Si l'on y manque, on pèche plus ou moins grièvement. Il faut : c'est un devoir général, qui regarde tous les chrétiens. Gela n'est pas dit seulement pour les ministres de TÉglise, pour les personnes consacrées à Dieu par les vœux de religion, mais pour tous ceux qui font profession de croire à l'Évangile, et de le suivre comme la règle de leur conduite, soit qu'ils vivent dans la retraite, ou dans le monde. // faut prier toujours : non-seulement avoir un temps réglé pour la prière, et ne pas laisser passer un seul jour sans prier; mais en faire un exercice continuel, que rien ne suspende, et que rien n'interrompe.
Que ces paroles : prier toujours, doivent être entendues de la sorte, la suite le montre : et ne point se lasser de le faire. L'Évangile ordonne, d'un côté, la continuité de la prière, et, de l'autre, il en défend la cessation; réunissant ainsi les deux manières d'intimer un précepte. Vous n'en trouverez pas un, dans toute l'Écriture, qui soit exprimé en termes plus forts et plus exprès.
Mais ce précepte, entendu de la prière vocale, ou * Luc, xvni, 1
même de la prière mentale connue sous le nom de méditation, est manifestement impraticable. Aussi ceux qui ne reconnaissent point d'autre sorte de prière se sont-ils crus autorisés à en restreindre l'obligation à de certains temps marqués. Ils auraient raison sans doute, si l'on ne pouvait prier Dieu que de bouche, ou avec application et contention d'esprit.
Mais les paroles de l'Évangile mènent plus loin, et elles auraient du leur ouvrir les yeux sur la nécessité d'admettre un autre genre de prière, qui soit de telle nature que tout chrétien puisse y vaquer continuellement.
Et quelle est cette prière? C'est la prièie essentielle, celle qui seule attire l'attention de Dieu, celle qui donne du prix à toutes les autres, la prière du cœur en un mot. Celle-là peut se faire sans aucune interruption, et nulle autre ne le peut. Il est donc évident qu'elle est l'objet du précepte, et il n'est plus besoin d'y opposer une restriction dont les termes ne paraissent pas susceptibles. C'est une prière du cœur, inconnue aux Juifs, ainsi que Jésus-Christ le leur reproche, que Dieu annonce par son prophète comme devant être le privilège de la loi nouvelle : En ce jour- là, dit-il, je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prière ' ,* un esprit de grâce qui les portera à prier sans cesse, et un esprit de prière qui attirera sans cesse sur eux de nouvelles grâces; double esprit qui entretiendra un commerce continuel entre le Père céleste et ses enfants. C'est cette prièredu cœur que l'Apôtre avait en vue, lorsqu'il recommandait aux fidèles ' de prier sans discontinuer *, et qu'il les assurait qu'il
* Z^CUATl., xu, 8,
* / Thess., V, 16.
faisait lui-même continuellement mémoire d'eux dans ses prières.
Mais, dira-t-on, comment la prière du cœur peut-elle être continuelle? — Et moi, je demande comment elle peut ne pas l'être. On convient que c'est le Saint-Espiit qui forme la prière du cœur, soit qu'il habite déjà en nous, soit qu'il se dispose à y habiter. Or, dès que i'Esprit-Saint a commencé de prier dans un cœur, son intention est d'y prier toujours, et c'est notre faute si elle n'est pas remplie ; car il dépend de nous qu'elle le soit, en répondant à son action intime, et le rendant tout à' fait maître de noire volonté; de même que, quand il veut prendre possession de nous, notre résistance seule est cause qu'il ne le fait pas, et qu'une fois admis dans notre cœur, il y demeurerait toujours si nous ne l'en chassions. Mais* l'Esprit-Saint, habitant dans un cœur, n'y serait jamais oisif, s'il avait toute liberté d'y ag^ir. Et qu'y ferait-il, sinon ce qui est le propre de l'Esprit de grâce et de prière, de l'Esprit sanctificateur? Il tiendrait ce cœur dans un état continuel d'adoration, d'action de grâces, de regret des péchés commis, d'invocation du secours divin pour n'en plus commettre. Ce n'est pas à dire qu'on en formerait à chaque instant des actes exprès, cela n'est pas possible; mais on serait toujours à la disposition du Saint-Esprit, pour les former aussi souvent qu'il lui plairait, et l'on en conserverait le germe au fond de l'âme, prêt à être développé à toute occasion. Cette habitude persévérante est ce que j'appelle la prière continuelle, et l'on ne me niera pas qu'une telle habitude ne puisse et ne doive être celle de tout chrétien.
Qu'est-ce encore que la prière du cœur? C'est l'effet
îmmédiat de la charité. La prière actuelle est la charité mise en exercice; la prière habituelle est la disposition prochaine à cet exercice.
Il est aussi aisé, aussi conforme à la nature du cœur de prier toujours que d'aimer toujours. On peut aimer toujours Dieu, quoiqu'on n'y pense pas toujours, et qu'on ne lui dise pas toujours qu'on l'aime. Il suffit pour cela qu'on soit déterminé, non-seulement à ne jamais rien faire de contraire à cet amour, mais à en donner à Dieu toutes les preuves dont l'occasion se présentera, et à en produire des actes, aussi souvent que la grâce l'inspirera. N'est-ce pas ainsi qu'une mère aime ses enfants, une femme son mari, un ami son ami? L'objet que l'on chérit ne se présente point à la pensée qu'il ne réveille un sentiment d'affection; on voudrait ne le point perdre de vue, et, si l'esprit est quelquefois distrait par d'autres objets, le cœur ne l'est jamais. Il en est de même delà prière. On est censé prier toujours, lorsqu'on voudrait pouvoir le faire toujours, lorsqu'on n'en laisse passer aucune occasion, lorsqu'à tout instant on est prêt à seconder les mouvements de la grâce.
Ce serait mal prendre la chose, que de s'imaginer que les occupations de la vie font obstacle à cette sorte de prière. Au contraire, elles en sont, du moins elles en peuvent être un exercice, et il y a une prière qu'on nomme à juste titre : prière d'action. Toute chose faite en vue de Dieu, comme étant la volonté de Dieu, et de la manière que Dieu veut, est une prière, meilleure même que la prière actuelle que l'on ferait en ces moments. Et il n'est pas besoin que la chose soit bonne et sainte par elle-même; fût-elle indifférente, elle n'en est pas moins une prière, en vertu de l'intention de celui qui la fait. Ainsi l'Apôtre ordonnait équivalemment aux
sa L'ECOLE DE JESUS-CHRIST.
fidèles de prier toujours, lorsqu'il leur disait : Quelque chose que vous fassiez, soit en parlant, soit en agissant, faites tout au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père ' ; et encore : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu '. Si une action animale, telle que le manger et le boire, n'interrompt pas la continuité de la prière, à plus forte raison, les travaux soit du corps, soit de l'esprit, les détails du ménage, les affaires domestiques, les occupations de l'état qu'on a embrassé. En tout cela, rien, par soi-même, ne disirait le cœur de son union avec Dieu; rien n'arrête l'action du Saint-Esprit, et l'intime correspondance de l'âme. C'est peu dire : tout cela contribue à nous unir davantage à Dieu, et à entretenir le commerce secret entre le Saint-Esprit et l'âme. On prie toujours, tant qu'on est dans son devoir, et qu'on s'en acquitte pour Dieu.
Dans l'oidre des actions qui tiennent lieu de prière, je comprends les visites de politesse et de bienséance; j'y comprends les conversations môme amusantes, et les délassements nécessaires au corps et à l'esprit, pourvu qu'ils soient honnêtes, et qu'on s'y tienne dans les bornes prescrites par la morale chrétienne. Aucune de ces choses n'est incompatible avec la prière continuelle; et, à l'exception de ce qui est mauvais, déplacé, ou inutile, il n'est rien que l'Esprit-Saint ne puisse revendiquer, qu'il ne trouve le secret de sanctifier, et qui ne soit du domaine de la prière. Les agapes des premiers chrétiens, instituées par les Apôtres, n'étaient-eiles pas saintes, et
1 Coloss., m, 17.
•^ / Corinth^t x, 2.
assaisonnées d'une joie spirituelle? Affaiblissaient- elles en eux l'esprit de grâce et de prière? Ou bien ne le justifiaient-elles pas? Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de nos repas, si nous ressemblions d'ailleurs aux fidèles de ce temps-là? Ce que je trouve d'admirable en la religion que nous professons, c'est qu'elle apprend à honorer Dieu en tout, à le prier en tout, à pratiquer la vertu en tout, et qu'elle ne laisse rien d'indifférent et d'inutile dans la vie du chrétien.
Mais s'il est une prière d'action, il est aussi une prière de souffrance, et même c'est la plus excellente et la plus agréable à Dieu. Il est ordinaire qu'on se plaigne de ne pouvoir prier, parce qu'on est malade, parce qu'on souffre de violentes douleurs, parce qu'on est dans un état de faiblesse et de langueur. Notre-Seigneur ne priait-il pas sur la croix, et les martyrs sur les échafauds? La prière actuelle nous est alors impossible, si ce n'est par élans, et par de courtes aspirations; je le crois sans peine; et ce n'est pas non plus ce qu'on vous ,demande. Mais souffrez pour Dieu; souffrez avec soumission et avec patience ; souffrez en union avec Jésus- Christ, et vous prierez excellemment.
Ainsi, un cœur vraiment chrétien peut et doit prier toujours, partie en consacrant un temps réglé à la prière, partie en agissant, partie en souffrant. El, si l'on veut y prendre garde, on trouvera que la prière continuelle est une conséquence de tous les préceptes de la morale chrétienne. Elle est indispensable pour la parfaite observation de ces préceptes, elle la rend facile, et, sans elle, cette observation ne serait pas même possible. Ainsi tout se tient, et l'un conduit à l'autre.
Il n'est rien non plus (jui fasse mieux sentir la néees- I 6
silé d'être intérieur, c'est-à-dire, comme l'explique saint Paul', d'être mis en action par l'Esprit de Dieu, que Tobligation de prier continuellement. Car on ne peut remplir cette obligation, si l'on ne se tient toujours dans la dépendance de la grâce, si l'on s'arrête volontairement à des pensées ou contraires, ou étrangères à celles dont Dieu veut qu'on soit occupé à chaque moment, si l'on se livre à des affections, qui tout au moins partagent le cœur, et en dérobent une partie à Dieu, Mais aussi, dès que Ton devient intérieur, dès que l'Esprit-Saint s'empare de l'âme et la gouverne à son gré, le premier attrait qu'il lui inspire est celui de la prière continuelle; il lui fait trouver dans cette pratique un plaisir délicieux qui la dégoûte et l'éloigné des choses de la terre, en sorte que sa conversation est désormais dans le Ciel.
Ceci paraît une vaine imagination et une perfection outrée aux chrétiens ordinaires, qui, par leur faute, n'ont jamais goûté le don céleste, ni été attirés au dedans. C'est bien assez, disent-ils, de prier en des temps réglés; hors de là, il n'est pas défendu de donner une certaine liberté à son esprit, pourvu qu'il ne s'arrête pas à de mauvaises pensées; il est aussi quantité d'attachements et de goûts innocents, qu'on peut se permettre sans scrupule. Quelle gêne, quel asservissement de ne disposer de soi que selon le mouvement intérieur de la grâce! C'est une captivité intolérable que cette prière continuelle, de quelque façon qu'on l'explique... Ainsi parlent les demi-chrétiens, à qui il en coûte de se rappeler à Dieu, et pour qui la prière est une obligation pesante. Ils interprètent TÉvangile conformément à leurs dispo-
iPAf/., in, 20.
sitions, au lieu de réformer leurs dispositions sur les paroles claires et expresses de rÉvangile.
Ils se plaisent à se tromper eux-mêmes, et ils blasphèment ce qu'ils ignorent, pour se donner le droit de vivre dans une certaine dissipation et d'accorder quelque chose à la nature. Mais ces sentiments relâchés ne prescriront jamais contre la doctrine de Jésus-Christ, ils y trouveront toujours leur condamnation, ainsi que dans les maximes et les exemples des saints.
Il est faux d'ailleurs que la pratique de la prière continuelle soit gênante au point qu'ils le disent. A les entendre, elle ôterait à l'homme toute liberté d'esprit pour vaquer à ses affaires; elle ne lui permettrait point de se prêter au commerce de la vie; on serait dans la conversation comme un stupide, toujours distrait, toujours absorbé dans la pensée des choses célestes ; seul, ou en compagnie, on se tiendrait obligé de garder son sérieux et de s'interdire toute espèce d'amusement. La faiblesse humaine ne pourrait porter un état si relevé. En tout cas, pour en être capable, il faudrait se confiner dans la solitude.
Tout cela est exagéré à plaisir.
La prière continuelle est gênante pour les sens, pour Timagination, pour l'homme terrestre et animal; j'en conviens ; et il n'est pas un seul point de la morale évangélique qui n'impose une pareille gêne à la nature. Mais, loin de gêner l'homme dans l'accomplissement de ses devoirs, elle le lui facilite; loin de mettre des entraves à ses talents, elle lui apprend à en faire l'usage pour lequel Dieu les lui a donnés; il en devient plus assidu à ses affaires; il en supporte plus aisément le poids; et il y réussit mieux. Si elle lui ravit une fausse liberté, dont il est idolâtre, et dont il abuse pour sa perte, elle l'introduit dans la
vinie liberté des enfants de Dieu. Elle ne lui interdit point le commerce de la so(ûété, selon l'exigence et les convenances de son état; au contraire, elle le lui rend plus abordable, plus liant, plus obligeant. Elle lui laisse prendre à la conversation toute la part qu'il convient ; l'autorise à y montrer sans affectation son esprit, à s'y intéresser, à s'y animer même, le fait parler, écouter à propos, et se comporter de sorte que tout le monde y soit content de lui. Il est bien entendu cependant qu'il choisira ses sociétés, et que dans les rencontres le respect humain ne le fera manquer ni à la charité, ni à la discrétion, ni à ce qu'il doit à Dieu et au prochain. La prière continuelle, telle que je l'ai définie, n'étant qu'une certaine disposition du cœur, tourne habituellement vers Dieu; elle n'exige pas une attention fatigante de l'esprit, qui demeure toujours libre de s'appliquer à ce que Dieu veut de lui, ou lui permet à chaque instant; mais son application est telle qu'elle ne l'attache point, et qu'au premier signal, il passe avec le même dégagement à un autre objet. On prie sans y penser, sans y réfléchir, sans que personne s'en aperçoive, ni n'en souffre. Partout enfin où l'on porte son cœur, on porte sa prière; et elle n'est interrompue que durant le sommeil; encore peut-on dire alors avec vérité, comme l'épouse des cantiques : Je dors; mais mon cœur veille '. — Je ne vois pas ce qu'une prière de cette nature peut avoir de gênant pour soi ou pour les autres. Je vois au contraire qu'elle est délicieuse pour celui qui la fait, qu'elle n'incommode jamais le prochain, et qu'il en peut même tirer un grand avantage par la fréquentation des personnes qui la pratiquent.
> Cant., V, 2.
Au surplus, qu'elle soit gênante ou non, c'est un précepte, et tout chrétien doit se mettre en état de raccomplir.
Mais que faut-il iaire pour cela? Il faut aimer Dieu, l'aimer de tout son esprit et de tout son cœur, lui rapporter toutes ses actions, n'avoir d'autre intention que de lui plaire. Il faut vouloir dépendre eu tout de la ^râce, prendre la douce habitude d'écouter cette voix intérieure, se rendre docile i\ ses avertissements, et se reprocher la plus légère infidélité. Il faut encore être déterminé à se renoncer soi-même, à combattre i'amourpropre, à se tenir toujours en garde contre la nature, et à lui refuser tout ce qu'elle demande au préjudice de ce qu'on doit à Dieu. C'est-à-dire qu'il faut être chrétien dans le sens de l'Évangile, sérieusement et efficacement chrétien ; qu'il faut entrer une bonne fois à l'école du Sauveur, et devenir le disciple du Saint-Esprit. Quand vous aurez formé cette résolution, et que vous ferez les démarches nécessaires pour la mettre à exécution, vous prierez, ou vous ne tarderez pas à prier continuellement; parce que l'Esprit-Saint prendra aussitôt possession de, vous, et vous fera avancer à grands pas dans la carrière de l'union avec Dieu.
Si votre résolution n'est pas encore prise, mais que vous en ayez seulement le désir, nourrissez et augmentez ce désir par de fréquentes aspirations, par de pieuses lectures, par de salutaires réflexions. Demandez, eivous recevrez; clierchez, et vous trouverez; frappez, et Con vous ouvrira. H est inouï que quelqu'un ait désiré de prier continuellement; qu'il ait sollicité vivement cette grâce; qu'il ait fait, pour l'avoir, tout ce que Dieu lui a inspiré, et qu'il ne l'ait pas obtenue. Ce serait môme une supposition contradictoire. Car de qui vous vient ce
désir? De Dieu, sans cloute. Vous le donne-t-il pour qu'il reste sans effet ? Gela ne se peut. Il met donc en vous ce désir de la chose, à dessein de vous donner la chose mênrie; il vous la donnera infailliblement, si vous la lui demandez comme il faut; et il vous invite, il vous presse, il vous aide à lui faire cette demande.
Je n'ai jamais connu la prière continuelle, et j'étais bien éloigné de la connaître. Mais, Seigneur! ce que je viens de lire m'en fait concevoir en même temps et l'idée et le désir. Je vois que c'est un précepte qui tient à tous les autres, et sans lequel je ne puis les accomplir, puisqu'il en est l'unique moyen. Il n'y a point de milieu : il faut que je renonce à la pratique parfaite de l'Évangile, ou que j'embrasse celle de la prière continuelle. Puisje balancer un moment? El, quand votre gloire n'y serait pas intéressée, ne risquerais-je pas mon salut en renonçant à être un parfait chrétien?
Esprit divin ! je vous livre mon cœur sans réserve et sans retour. Allumez-y un foyer d'amour, d'où s'exhalera, comme l'encens, une prière qui, montant sans cesse vers le ciel, en fera descendre sans cesse les grâces dont j'ai besoin. Si votre cœur, ô mon Dieu ! est toujours occupé de moi, n'est-il pas juste que le mien soit toujours occupé de vous? O beauté parfaite î 0 bonté infinie! Seriez-vous un objet moins intéressant pour moi que je ne le suis pour vous ! Vos délices sont d'être avec les enfants des hommes et de converser avec eux, et les miennes ne seraient pas de converser avec vous ! Une adoration continuelle, un amour continuel font le partage des Bienheureux; pourquoi n'en feiais-je pas mon partage sur la terre, et Tavant-goût pour moi du bonheur céleste? Serai-je toujours ennemi de moi-même?
toujours contraire à ma vraie félicité? Non, mon Dieu! Je veux commencer à vous prier sans interruption dans le temps, pour continuer dans l'éternité. Ainsi soit-il!