‹ L'école de J Volumes 1 and 2Chapitre 62 sur 71 · VOIE LARGE ET VOIE ÉTROITE · texte numérisé non relu

VOIE LARGE ET VOIE ÉTROITE

II est difficile qu'on ne soit effrayé et rebuté, lorsqu'on lit dans l'Évang^ile ces paroles de Jésus-Christ : Laporte et la voie qui conduisent à la perdition sont larges et spacieuses : et le nombre de ceux qui y entrent est grand. Que l'entrée et la voie qui mènent à la vie, sont étroites et resserrées, et qu'il en est peu qui les trouvent^ !

Nous sommes ainsi faits, que le présent nous affecte plus que l'avenir. A moins donc d'avoir une foi bien vive, on est moins sensible au malheur éternel où aboutissent la porte large et la voie spacieuse qu'au plaisir et à la licence qu'ils promettent en ce monde. De même, on n'est pas si touché du terme de la vie heureuse où mènent la porte resserrée et la voie étroite que des difficultés et de la contrainte qu'il faudra essuyer pour y parvenir. Quiconque n'a nulle expérience du vice et de la vertu, et, commençant à sentir la douce violence des instincts de la nature, ne connaît pas encore la céleste douceur et la force invincible de la grâce, aura une répugnance extrême à renoncer au vice, qui lui montre un visage si attrayant, pour s'attacher à la vertu, dont le premier aspect n'a rien que d'austère et de repoussant.

J'en dis autant de ces autres paroles du Sauveur à ses disciples : Vous pleurerez, vous autres, et vous serez dans la tristesse; mais le monde sera dans la joie*. Si l'on s'arrête aux idées qui se présentent d'abord àl'esprit,

1 Matth., VII, 13, 14.

* Jean, xm, 20

ne préférera-l-oii pas de se réjouir avec le monde, au lieu de pleurer à la suite de Jésus-Christ? Quel partage, en effet? Et qui peut s'en accommoder? La tristesse et les larmes sont pour les serviteurs de Dieu ; les ris et la joie pour les partisans du monde et du démon. Le désir du bonbeur qui est si vif dans l'homme et qu'il lui tarde si fort de voir rempli, le laissera-t-il sacrifier une félicité actuelle qu'il a sous la main, à des espérances rejetées bien loin, dans un siècle futur qu'il ne connaît qu'obscurément et par la foi? Et, s'il était vrai que les mondains fussent heureux sur la terre, et les amis de Dieu malheureux, serait-il étonnant qu'il y eût si peu de vrais chrétiens?

D'ailleurs, comment accorder ce qui vient d'être dit avec d'autres vérités incontestables? Si le chemin qui conduit à la perdition est si spacieux et si agréable, pourquoi aucun de ceux qui y marchent n'est-il véritablement content? Si, au contraire, le sentier qui mène à la vie est si étroit et si difficile, d'où vient la satisfaction intime de ceux qui s'y sont engagés? Les premiers ne font que se plaindre; il leur manque toujours quelque chose; nul plaisir ne les rassasie, le vide qu'ils y trouvent leur en fait sans cesse désirer de nouveaux qui ne les laissent pas moins affamés; et, courant après le bonheur, ils le voient toujours fuir devant eux. On n'entend nulle plainte de la bouche des seconds; ils ne désirent ni ne regrettent rien; et, s'ils n'ont pa5 encore rencontré un bonheur parfait et assuré, ils savent qu'ils en tiennent la route, et que, s'ils persévèrent, il ne leur échappera pas.

Tandis que Jésus-Christ condamne ses disciples aux pleurs, j'entends l'apôtre saint Paul, en qui et par qui Jésus-Christ parlait, exhorter les fidèles à se réjouir sans

cesse dans le Seigneur. Je l'entends dire de lui-même, qu'au milieu de toutes ses peines, il goûte une joie surabondante. Si, d'une part, Jésus-Christ assigne au monde la joie pour son partage ; d'autre part, le Sage qui en avait fait l'épreuve, assure que cette joie n'est qu'erreur et tromperie, que vanité et affliction d'esprit. Et comment la chose serait-elle autrement? Les biens que le monde promet, plutôt qu'il ne les donne, ne sont-ils pas faux et illusoires? Dieu n'est-il pas le vrai, le solide, le souverain et l'unique bien de l'homme; et, s'il consomme son bonheur dans l'autre vie , ne le commence-t-il pas dans celle-ci?

Il est donc nécessaire de lever ces contradictions apparentes et d'expliquer dans quel sens la voie qui mène à la perdition est large; en quel sens celle qui conduit à la vie est étroite; de manière que l'on conçoive bien qu'il n'y a nul vrai bonheur, même dans le temps, pour les pécheurs, malgré leur joie prétendue, et que le sort des justes, quelque triste qu'il paraisse dans cette vie, n'est nullement à plaindre. Je ne sache point de préjugés dont il nous importe plus d'être guéris que de celui-là.

On ne peut démentir ce qu'a dit Celui qui est la Vérité même : que la porte par laquelle on entre dans la voie de perdition, est large, ainsi que cette voie. Mais je demande d'abord au jugement de qui elle est large. Est-ce au jugement de la foi? Non, assurément. Le chrétien qui la consultera n'auia que de l'horreur et du mépris pour les plaisirs dont cette voie est semée; il n'y verra que de fausses joies et des afflictions réelles. Est-ce au jugement de la raison? Pas davantage. Aucun philosophe sensé, même dans les ténèbres du paganisme,

n'a mis le bonheur de la vie dans la jouissance des plaisirs sensibles, et, dans l'antiquité comme de nos jours, (es partisans d'Epicure ont essayé de le justifier de cette imputation, tant ils l'ont jugée odieuse, quelque bien fondée qu'elle fût. Les plus estimés d'entre les anciens sages ont placé le bonheur dans la prudence, la justice, la force, la tempérance, en un mot, dans la vertu. Ceux qui se sont montrés plus accommodants y ont ajouté l'exemption des maux auxquels la nature humaine est le plus sujette. C'est donc au jugement de l'imaginatioi\ et des passions; au jugement de l'homme animal, pour qui les seuls biens et les seuls maux sont ceux qui affectent les sens; au jugement de Forgueil, qui a en aversion toute dépendance, même de Dieu; et de l'amour- propre, qui ne sait se renoncer, ni se faire violence en rien. Tels sont les conseillers que l'homme écoute et qu'il suit, lorsqu'il décide que le chemin du vice est large, plein d'agréments et tout couvert de fleurs. Quels conseillers! Et quels juges! N'est-il pas manifeste qu'ils ne peuvent que se tromper et nous jeter dans l'erreur? Aussi les pécheurs ouvrent-ils les yeux, et sont-ils enfin détrompés, soit dans cette vie, lorsqu'ils reviennent à Dieu, soit dans l'autre, où les choses d'ici-bas leur paraissent telles qu'elles sont. Ils avouent qu'ils n'ont poursuivi que des ombres, qu'ils ne se sont repus que de vent, que jamais ils n'ont eu un instant de solide bonheur; mais qu'ils se sont lassés clans la voie de l'iniquité et de la perdition, et qu'ils ont marché par des routes difficiles \ Voilà un jugement tout opposé; mais ce ne sont plus les passions, c'est la foi et la raison qui le portent,

ï Sap., V, 7.

Consultons pareillement ces deux lumières touchant la voie qui conduit à la vie.

Est-ce la raison, est-ce la foi qui disent que cette voie est étroite? Non ; elles prononcent de concert que l'homme est né pour la vertu, qu'il ne peut parvenir au bonheur qu'en la pratiquant; qu'à la vérité celte pratique lui coûte durant un temps, mais aussi qu'il y trouve un plaisir pur et délicieux qui le dédommage abondamment de ses peines.

Ce sont donc encore les passions qui jugent étroit le chemin de la vie éternelle, parce que, pour y entrer, il faut être déterminé à ne leur rien accorder. Ainsi, ce n'est pas la vérité, mais leur intérêt qui leur dicte ce jugement.

Il y a, en efFet, en nous comme deux hommes , et les sages païens ont entrevu cette vérité : l'un qui veut le bien et qui s'y complaît, l'autre qui veut le mal; l'un qui écoute la raison et la grâce, l'autre qui suit l'impulsion de la nature corrompue; l'un spirituel et céleste, l'autre charnel et terrestre. Qui ne reconnaît pas en soi ces deux hommes, ne s'est jamais éludié. Ils ont chacun leur joie et leur bonheur qui n'ont rien de commun, non plus que les routes qui y conduisent. Si l'homme charnel domine en nous, il nous pousse dans la voie de perdition, qui lui semble large en comparaison de l'autre, parce qu'elle ne lui refuse rien. Si c'est l'homme spiiituel qui l'emporte, il nous introduit dans la voie qui mène à la vie; voie analogue à ses idé; s et à ses sentiments, et, s'il la juge étroite, c'est moins par rapport à lui, qui y marche volontiers, que par rapport à l'homme charnel qu'il se propose de détruire.

Ce qui fait que la première voie est la plus fréquentée, c'est qu'il en est peu, parmi les chrétiens, qui se gouvernent par la droile raison et par la foi.

Voilà certainement ce que Jésus-Christ a voulu dire. II n'a pas prétendu que ceux qui marchent à son exemple et sur ses traces par la voie étroite fussent malheureux ici-bas, ou que le bonheur ne se rencontrât que dans la voie large, ni même qu'il s'y rencontra' absolument. Ce n'est donc pas l'homme éclairé par la raison, encore moins l'homme instruit par la foi, qui s'effraye des paroles de Jésus-Christ que j'ai rapportées, mais l'homme sensuel et livré à l'instinct grossier de la nature.

Si l'on pénètre plus avant, et qu'on examine chacune de ces deux voies en elle-même, sans égard au terme où elles aboutissent, on verra que la première est large au commencement et qu'elle n'offre d'abord que des fleurs, mais qu'ensuite elle va toujours se rétrécissant, et qu'elle ne présente plus que des épines; que la seconde, au contraire, est étroite à l'entrée, s'élargit à mesure qu'on avance, et que, d'âpre et raboteuse qu'elle était, elle devient unie et facile. Or, c'est une maxime dictée par la sagesse, même par celle du monde, qu'il vaut mieux commencer par la peine, et finir par le plaisir, que de commencer par le plaisir, et finir par la peine. Si l'on n'applique pas cette maxime aux deux voies dont il s'agit, c'est que, faute de réflexion et d'expérience, on se persuade faussement qu'elles sont partout telles qu'à leur entrée.

N'est-il pas certain que les objets qui mettent en jeu les passions promettant d'al)ord de les satisfaire, ne font que les irriter de plus en plus, et à la fin les désespérer? Elles ne sont pas longtemps à s'apercevoir qu'on les a trompées; et, après chaque jouissance, elles sont forcées de dire en gémissant : N'est-ce que cela? On s al-

tendait à être heureux; le bonheur imaginaire a disparu avec la sensation, et Ta ne est plus épuisée, plus affamée qu'auparavant. A chaque essai elle éprouve la même chose, la lassitude; le dégoût et l'ennui surviennent; on esta charge à soi-même; au dehors tout est insipide; rien ne soulage le poids dont on est accablé. Est-ce donc une voie large, que celle où Ton désire toujours, au milieu des jouissances? où, mécontent de ce qu'on a on aspire en vain à ce qu'on n'aura jamais?

Les biens sensibles produiraient cet effet, quand même les passions ne seraient ni gênées, ni traversées dans leur poursuite; et ils le produiraient même beaucoup plus promptement. Mais, à cette peine causée par l'illusion, il s'en joint d'autres. Dans la carrière des honneurs, des richesses, des plaisirs, on a une foule de rivaux et d'envieux. Il faut supplanter ceux qui ont les mêmes prétentions, ou se voir supplanter par eux. Que de soupçons, de craintes, d'inquiétudes, de tourments! Que de mouvements, de précautions, d'intrigues î Que de querelles, d'inimitiés et de haines ! On n'a pas un moment de repos, ni de sûreté. Quel chagrin, quel désespoir, si l'objet que l'on convoitait passe entre les mains d'un autre ! Et, si l'on parvient à le posséder, que de pièges vous dressent de toutes parts ceux qui veulent vous l'arracher! S'il est pénible d'acquérir, il ne l'est pas moins de conserver. Je ne vois rien de réel, dans les passions, que les maux qu'elles procurent. Nommez-moi un homme passionné qui n'ait maudit mille fois la route où il s'est engagé. La maudirait-il ainsi, si elle n'était devenue triste, étroite pour lui?

Je n'ai pas dit la plus grande peine, qui vient des remords de la conscience. On a beau se distraire, s'étourdir, se livrer à de vains raisonnements, on ce

réussit pas à les étouffer. Il y a des moments de réflexion, où la raison parle avec empire, où la foi crie encore plus haut. L'éternel malheur se présente alors à Tesprit; jamais on n'y songe, qu'on ne soit glacé de frayeur. On n'a rien pour se rassurer ; fout ce qu'on peut faire est de parvenir à douter ; et quel état plus cruel que le doute sur un objet de cette importance ! Quelque bonne contenance que fassent, quelquefois jusqu'au dernier soupir, les libertins et les incrédules, ils sont bourrelés au dedans, ils portent l'enfer dans leur cœur, et ils ont eux-mêmes prononcé leur sentence. Ceci est une affaire d'expérience, et assez de pécheurs revenus sincèrement à Dieu l'ont attesté pour qu'on puisse le garantir sur leur parole.

Oh ! qu'elle est étroite, sur la fin, cette voie dont l'entrée paraissait si large ! Et qu'on se hâterait d'en sortir, si un orgueil détestable ne consommait Timpénitence et l'endurcissement ! On veut mourir comme on a vécu; on voit l'abîme ouvert, et l'on s'y précipite.

Le chemin qui conduit à la vie offre une perspective toute contraire.

Quiconque envisage dans toute l'étendue de ses préceptes la morale chrétienne, ne peut qu'être effrayé d'abord de son austérité; et c'est ce premier aspect qui en éloigne tant de gens. Cependant il est à propos d'observer que, quand on a reçu une bonne éducation, qu'on a pris dès ses premières années de saintes habitudes, qu'on s'est appliqué à conserver son innocence, et qu'on s'est tenu éloigné de ce qui peut corrompre le cœur, il s'en iaut de beaucoup qu'on trouve la morale de Jésus-Christ si dure. La piété a de très-giandes douceurs pour i'àge tendre. Dieu s'y tait goûter à 1 ame, et

il lui découvre des charmes qui la ravissent. Les mauvais penchants sont aisés à combattre dans leur naissance; les passions, n'ayant que de petits objets, sont plus faibles; les tentations, par le défaut d'occasions, sont plus rares, et le recours à Dieu rend la victoire plus facile. On s'accoutume sans peine à la pratique des vertus chrétiennes; et, pour peu qu'on veille sur soi et qu'on surmonte les premiers obstacles, on ne rencontre presque plus de difficultés. Aussi ces âmes innocentes sont-elles étonnées, quand on leur dit que l'entrée du chemin du Ciel est étroite et difficile: elles ne conçoivent pas qu'il soit si pénible d'y marcher ; elles témoignent au contraire qu'il leur en coûterait beaucoup de s'en écarter.

Prenons donc le chrétien à un certain âge.

Supposons qu'il ait connu et commencé à goûter ie monde; que ses passions naissantes aient altéré en lui les semences de la piété, et que, sans être tout à fait vicieux, les principes secrets de corruption se soient développés dans son cœur. Si, dans cet état, touché de la grâce, il entreprend de se convertir, ce ne sera qu'avec de violents efforts qu'il s'arrachera au monde, qu'il rompra de certaines liaisons, qu'il renoncera à des inclinations chéries; et les premiers pas qu'il fera dans le sentier de la vertu lui seront pénibles. Il en sera d< même, à plus forte raison, s'il a vécu longtemps dan& l'habitude du péché, et si ses passions ont acquis de grandes forces.

D'abord cette difficulté sera plus ou moins grande, selon le degré de bonne volonté et de correspondance à la grâce, qui est très-forte et très-sensible dans ces commencements; mais, après quelques mois, ou du moins quelques années, les grands obstacles étant vain-

eus, les bonnes habitudes étant formées, la voie s'élargira peu à peu ; la montée ne sera plus si rude ; et, lorsqu'on aura rencontré la plaine, non -seulement on marchera sans effort, mais on courra avec une entière liberté. Alors on dira à Dieu, comme David : Loin d'être étroits et gênants, vos préceptes sont d'une largeur extrême, et j'ai couru dans ta voie de vos com^ mandements j après que votre grâce a dilaté mon cœur ' .

Un sage païen a dit, il y a longtemps, que les dieux avaient placé la fatigue et les sueurs à l'entrée de la carrière de la vertu, mais qu'ensuite elle devenait facile. Ce qui est vrai pour les vertus morales pratiquées par la seule force de la raison, l'est bien plus pour les vertus chrétiennes, parce que Dieu proportionne ses secours au progrès qu'on y fait; et il est certain que, pourvu qu'on soit fidèle et qu'on ne s'expose pas témérairement aux occasions, les premières difficultés une fois vaincues, on n'a plus que peu de combats à livrer, et l'on jouit paisiblement des douceurs de la vertu, surtout si l'on est humble, simple, docile, et qu'on ne veuille pas se gouverner par son propre esprit.

Qu'elles sont grandes, ces douceurs ! Est-il une joie comparable à celle que donnent le repos de la conscience et l'assurance morale d'être bien avec Dieu ? Est-il un état plus digne d'envie que le calme d'une âme élevée au-dessus des orages des passions, dont elle ne ressent au plus que de légers frémissements bientôt apaisés? Est-il une liberté, une aisance plus entière que celle de ne tenir à rien que par les liens du devoir et de la volonté divine qu'on aime par-dessus tout; de ne plus dépendre pour sa paix intérieure des événements heureux ou mal-

^ Psa,

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heureux de la vie ; d'avoir une pleine et habituelle possession de soi-même ; de bien vivre avec le prochain, autant qu'il est en soi, n'ayant rien à lui disputer, ni à lui envier, et disposé à tout souffrir de sa part plutôt que de manquer à la charité; enfin, d'être parfaitement content de son sort présent, en attendant avec confiance un sort infiniment plus désirable dans l'autre vie ?

Tel est sans contredit l'état du chrétien. La pratique exacte de la morale évangélique le conduit là sur la lerre, et elle seule lui en assure la possession. N'est-il pas juste de faire quelques efforts pour entrer par cette porte, puisque, l'ayant passée, on ne se trouve plus si à l'étroit, et que plus on avance, plus on est affranchi de toute peine d'esprit? Ainsi le disent ceux qui l'ont éprouvé, ou qui l'éprouvent encore tous les jours; ils méritent d'en être crus, n'ayant intérêt, ni à se tromper eux-mêmes, ni à tromper les autres. Comment surtout résister au témoignage de ceux qui, ayant marché par les deux voies, sont en état de les comparer?

Il est vrai. Seigneur, que votre Évangile trompe à leur avantage ceux qui en embrassent la pratique. Il n'annonce que gêne, que renoncement, que mort continuelle; et il nous procure la vraie liberté, la vraie jouissance de nous-mêmes, la seule vie digne d'un homme raisonnable, d'une âme immortelle. Sa morale n'est que la perfection de la loi naturelle; et si elle nous élève au-dessus, c'est que par notre corruption nous sommes tombés fort au-dessous. Elle exige plus de l'homme coupable que vous n'aviez exigé de l'homme innocent, parce qu'il était dans un juste milieu, où il n'a pas su se tenir, et dont il nous a fait déchoir avec lui. Nous avons besoin, pour recouvrer la santé, de remèdes

qui ne lui étaient pas nécessaires pour la conserver. Ce sont ces remèdes qui nous semblent amers, et qui le sont en effet pour notre nature malade. Mais quel bien ne nous font-ils pas, si nous avons le courage de les prendre ? Quelle folie de les rejeter, et de leur préférer des poisons doux en apparence, qui augmentent nos maux, et qui nous tuent! Ah! Seigneur, ayez pitié de mon aveuglement ! Je n'ai que trop avalé de ces funestes poisons, dont la douceur s'est changée pour moi en amertume; forcez-moi de prendre enfin ces remèdes que votre main m'a préparés, qui ne sont amers qu'à ma bouche, et qui seront doux à mon cœur. Contraignez-moi d'entrer par cette porte étroite, et de marcher dans ce sentier qui, s'élargissant toujours, va se perdre enfin, et me perdre avec lui, dans votre immensité. Ainsi soit-iil

DE l'esprit de foi.

Un jour, les Apôtres dirent au Seigneur : Augmentez en nous la foV ,

Ce qui les porta à lui faire cette prière, outre l'inspiration du Saint-Esprit, fut les grands éloges qu'il donnait en toute rencontre à la foi, la multitude des miracles qu'ils lui avaient vu faire en déclarant qu'il les accordait à la foi, et qu'il avait dit si souvent que tout était possible à la foi, et que Dieu ne pouvait lui rien refuser. Reconnaissant donc qu'elle était encore faible en eux, et sentant le besoin qu'ils en avaient, ils le

* Luc, XVII, 5.

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supplièrent de la fortifier, ce que 1r Sauveur fit en son temps.

La demande des Apôtres est pour nous une instruction. Tl n'est point de prière que le chrétien devrait avoir plus ordinairement à la bouche et dans le cœur, parce que rien ne lui est plus nécessaire que l'esprit de foi, et que c'est ce qui manque à la plupart. Mais, par malheur, ceux à qui il manque, par cette raison même, ne le demandent pas, parce qu'ils n'en sentent point la nécessité; car, pour la sentir, il faut déjà un commencement de foi.

La foi dont je veux parler, celle que Jésus-Christ et les Apôtres avaient en vue, n'est pas seulement celle par laquelle on reçoit tous les dogmes révélés, et l'on se soumet sincèrement aux décisions de l'Église. On ne serait point chrétien, ni enfant de l'Église catholique, si l'on n'avait pas cette foi, et, quoique dans les grandes tentations elle soit sujette à se démentir dans le commun des fidèles, comme nous l'avons vu dans ces malheureux temps, néanmoins elle n'est pas éteinte pour cela dans les cœurs. Le défaut d'instruction , la séduction, la crainte, peuvent lui faire subir quelque éclipse; mais, dès que l'orage est passé, que la vérité s'annonce librement et se professe sans danger, elle sort du nuage, et reparaît plus vive et plus brillante.

La foi, dont il s'agit ici, ne se borne pas à la simple croyance des objets de la révélation; c'est une vertu pratique qui influe dans toute la conduite; qui excite et nourrit la piété; qui soutient l'âme dans les circonstances délicates et difficiles; qui lui apprend à sanctifier ses œuvres; qui sert de règle à l'esprit dans ses jugements, et de motif à la volonté dans ses déterminations; enfin,

qui la fait agir par des vues surnaturelles, et qui distingue aux yeux de Dieu le vrai chrétien, le chrétien intérieur, de celui qui ne l'est qu'à l'extérieur et en apparence.

Cette foi est très-rare sans doute; car elle ferait de nous autant de saints, et la preuve que nous ne l'avons pas, au moins dans un certain degré, c'est qu'il s'en faut beaucoup que nous soyons des saints. Je ne veux pas dire que le commun des fidèles en soit tout à fait dépourvu : ils en ont le germe au fond del'ûme; elle se produit, même avec assez de force, en certaines occasions; mais ce n'est que pour quelques moments, et à peine a-t-elle jeté une lueur passagère, qu'elle disparaît. Loin que l'exercice en soit habituel, ou plutôt continuel, comme il devrait l'être, nous ne la consultons presque jamais; nous la suivons encore moins; et non-seulement elle n'est pas le principe de nos actions ordinaires, mais elle ne l'est pas même le plus souvent de nos prières et des autres pratiques de religion, dont nous ne nous acquittons que par routine, par bienséance, par respect humain, et dans un tout autre esprit que l'esprit de foi. Cependant, sans cet esprit de foi, il est certain que nos œuvres sont mortes, et qu'elles n'ont aucun mérite devant Dieu. Lui seul en est l'âme; lui seul leur donne tout leur prix, et leur communique une qualité et une valeur surnaturelles.

Pour le définir par ses effets : quiconque est animé de cet esprit, est dans une dépendance presque continuelle de la grâqe; la présence de Dieu lui est Familière, et rarement il sort du recueillement. S'il se met en prière, il semble que la Majesté divine se rende visible à son âme, qu'elle l'investisse et la tienne dans un saint respect. Il est profondément attentif; tout ce qu'il pro-

tere, part du cœur, et sa bouche n'est que l'interprète de ses sentiments. Nul objet extérieur ne le distrait ; ses sens sont, pour ainsi dire, sans action, et, si quelquefois rimagination le fatigue malgré lui, il en souffre les égarements sans s'y arrêter. Dans le cours de ses occupations, il se comporte comme ayant Dieu pour témoin; et ses intentions sont pures, ses motifs surnaturels; et les affaires extérieures ne le détournent point de son entretien intime avec Dieu. S'il converse avec ses semblables, il ne fait que se prêter au commerce de la société, et, sans être indifférent, ni insensible, il ne se livre ni à ce qu'il dit, ni à ce qu'il entend. Sa véritable conversation est dans le Ciel, où l'esprit de foi le tient fixé. Il pourrait dire dans une certaine mesure, comme l'ange Raphaël : Je paraissais manger et boire avec vous; mais j'use d^une viande et d'u?ie boisson invisibles, que les hommes ne sauraient apercevoir ' .

L'esprit de foi rend présentes les choses du siècle à venir. Il transporte l'homme dans l'éternité, faisant disparaître devant lui le temps, et tout ce qui passe avec le temps. Il inspire un souverain mépris pour ce que le monde estime et recherche avec ardeur, il détache le cœur des biens périssables dont l'usage est nécessaire, apprenant à les posséder sans en dépendre; il amortit les passions, en les sevrant de leurs objets; il dégage, il isole le chrétien, et fait qu'il ne tient à rien, non par une orgueilleuse indifférence, mais par une parfaite abnégation, n'aimant chaque personne que d'une affection inspirée, ou réglée par la charité, suivant l'ordre et la mesure du vouloir divin. Enfin, car je ne saurais épuiser le dénombrement des effets de l'esprit de foi, il nous

»ToB., XII, 19.

QUABANTE-DEUXIEME LEÇON. 191

transforme en d'autres hommes, nous donnant d'autres idées, d'autres sentiments, et établissant en nous le règne de la grâce sur la destruction du règne de la nature.

Par le peu que je viens de dire, jugeons si nous sommes animés de cet esprit; ou plutôt humilions-nous de ce qu'il nous est presque entièrement étranger. Nous reconnaissons-nous en quelque chose à cette peinture? Est-il rien à quoi nous ressemblions moins? Ce n'est pourtant pas un portrait imaginaire; c'est celui du vrai disciple de Jésus-Christ, du fidèle formé sur sa doctrine et sur ses exemples, et docile aux inspirations de sa grâce. Tels furent les Apôtres, tels les premiers chrétiens pour la plupart, et les saints de tous les siècles. Pourquoi étaient-ils saints? Et pourquoi ne le sommes-nous pas? C'est qu'ils avaient l'esprit de foi, et que nous ne l'avons point; c'est qu'ils vivaient de la foi, ce qui, suivant un prophète et saint Paul, est le caractère du juste, et que nous vivons de la nature.

Et qu'est-ce que vivre de la nature? Nous n'avons pas besoin de le demander. Étudions-nous, et nous n'aurons pas de peine à reconnaître que notre vie est toute naturelle; que ce n'est point la foi, mais la nature qui nous dicte les jugements que nous portons des choses; que nos affections sont décidées et réglées, non par la foi, mais par la nature; que la foi, et tout ce qui lui appartient, n'est pour nous qu'une pure spéculation; et que dans la pratique ce sont les principes de la nature, et encore de la nature corrompue, qui nous dirigent et nous gouvernent.

Commençons donc par nous bien convaincre de la

nécessité indispensable de l'esprit de foi, pour appartenir à Jésus -Christ. Concevons une bonne fois que c'est uniquement par l'esprit de foi qu'on est chrétien, et qu'on ne pense, qu'on ne parle, qu'on n'agit en chrétien que par l'esprit de foi. A la vérité, ie baptême met en nous la foi, en nous imprimant le caractère et le sceau du chrétien; mais il ne la met pas, afin qu'elle y demeure oisive et stérile; il la met afin que nous agissions en chrétiens, aussitôt que nous serons capables d'agir en êtres raisonnables.

Ce sacrement est pour nous un engagement étroit et irrévocable à nous conduire en tout selon les vérités que la foi nous enseigne. Autrement, il servira à notre damnation, et Dieu nous dira : Je t'ai donné la foi; mais tu n'en as pas fait les œuvres. Je prétendais qu'en éclairant ton esprit, elle t'élevât au-dessus de la nature; qu'elle purifiât ton cœur ; qu'elle te rendît digne de ta sublime destination. L'as-tu employée à cet usage? Ce don si excellent n'a produit en toi aucun effet surnaturel. Ainsi tu seras déchu à jamais de la place que je t'avais préparée dans le Ciel, et où tu ne pouvais arriver que par l'exercice habituel de la foi.

Si vous me dites : J'ai la foi; j'en fais une profession ouverte ; je donnerais mon sang pour chacun des articles du Symbole; je réponds qu'au lieu de vous justifier, c'est ce qui vous condamne, si vous ne vivez pas selon cette foi. Et, pour vivre de la sorte, il faut, avec la foi, avoir encore l'esprit de foi; c'est-à-dire qu'il faut tellement être pénétré des vérités que nous croyons, qu'elles soient la base de notre conduite, et que notre vie ne soit pas en contradiction avec notre croyance. Quelle plus grande inconséquence dans un chrétien que celle de vivre comme s'il ne croyait pas, ou qu'il eût

une croyance opposée à celle qu'il professe? N'est-ce pas le reproche qu'on faisait autrefois avec justice aux philosophes qui ne prenaient pas pour eux-mêmes leurs propres maximes, et qui, dans la pratique, démentaient la doctrine de leurs écoles? Vous croyez aux mystères; mais qu'en résulte-t-il pour la réforme de vos mœurs? Vous adorez un Dieu fait homme, pauvre, humilié, mortifié; en estimez-vous davantage la pauvreté, l'humilité, la mortification? Vous croyez tous les points de sa doctrine; mais vous mettez- vous en peine de l'approfondir, de connaître à quoi elle vous engage, et de vous en faire l'application? Vous n'en êtes donc que plus coupable; et votre foi déposera un jour contre vous.

Mais que faut-il faire pour avoir cet esprit de foi? Et, puisqu'il n'est pas moins un don de Dieu que la foi même, dépend-il de nous de l'obtenir?

Oui, cela dépend de vous; et vous l'obtiendrez infailliblement par la prière. Vous en avez le germe dans la foi même : demandez à Dieu avec ferveur, avec instance, avec persévérance qu'il le développe, et qu'il le mette en action. Mais, pour le demander ainsi, il faut en connaître l'importance et le prix; il faut le désirer et ne rien négliger de ce qui peut engager Dieu à nousl'accorder.

Vous faites habituellement des prières, je n'examine pas comment, ni avec quel recueillement, et dans quelle intention; en avez-vous jamais fait quelqu'une dans la vue d'obtenir l'esprit de foi? Avouez que la pensée ne vous en est pas même venue; tant vous en faites peu de cas et le jugez peu nécessaire !

L'esprit de foi est le principe de la vie intérieure; «avez-vous seulement ce que c'est que la vie intérieure? Avez-vous de l'attrait pour elle? Et, au lieu d'y aspirer H ,3

ne l'appréhendez-vous pas, ne la fuyez-vous pas, comme trop gênante? Dans une pareille disposition pouvez-vous songer à demander l'esprit de foi ? Il nous prépare à une dépendance entière de la grâce; êtes- vous dans la volonté de dépendre en tout de la grâce, dans la poursuite du bien, comme dans la fuite du mal? En avez-vous même le désir? Et ne craignez-vous pas plutôt de vous mettre sous la direction du Saint-Esprit? Je vous rends justice : vous ne voudriez commettre de propos délibéré aucune faute considérable; mais, à cela près, n'êtes-vous pas résolu de demeurer maître de vos actions et de faire votre propre volonté, libre de tout assujettissement? L'esprit de foi porte à se détacher des choses de la terre, et n'inspire de goût que pour celles du Ciel ; ce détachement vous plaît-il? Entre-t-il dans votre plan de vie? Travaillez-vous à tenir toujours votre cœur élevé en haut? N'est-ce pas renoncer à l'esprit de foi, que d'en rejeter les suites et les effets qu'il ne peut manquer de produire? Et faut-il être surpris, après cela, que vousn'en fassiez jamais l'objet de vos prières?

On l'obtient encore par les mêmes moyens qui servent à le nourrir et à l'accroître, quand on Ta obtenu : par l'assiduité aux offices divins et à entendre la parole de Dieu, par la fréquentation des sacrements, par les lectures de piété, par la méditation des vérités de la religion. Mais ces moyens ne sont efficaces qu'autant qu'on en ("ait un bon usage, et qu'on en tire le profit qui y est attaché. Assez de femmes assistent aux offices, entendent les sermons, fréquentent les sacrements, lisent de bons livres, donnent quelque temps à la méditation; elles sont louables en cela, il serait à souhaiter que les hommes suivissent leur exemple. Mais ne faudrait-il pas aussi qu'elles eu devinssent plus spirituelles, plus intérieures,

pins douces, plus charitables, plus soumises, moins attachées à leur propre esprit? La plupart embrassent les exercices de la vie dévote pour remplir les vides de la journée, pour donner de l'aliment à leur activité, pour occuper leur imagination inquiète. Mais se proposentelles sérieusement d'acquérir par là l'esprit de foi, de le cultiver, de le faire fructifier par la correction de leurs défauts, et par la pratique des vertus chrétiennes? Pourquoi donc cet esprit est-il si rare parmi les dévotes de profession, et n'en voit-on presque aucun fruit?

C'est par ces fruits que l'esprit de foi se fait bientôt remarquer, par un changement total dans les idées et dans les affections, par une réforme générale de la conduite.

Par lui, on devient tout différent de ce qu'on était; on ne voit plus les choses du même œil ; on n'en porte plus le même jugement; on n'en parle plus de la même. façon. L'intérieur d'abord est changé, et il règle ensuite l'extérieur. Enfin la sanctification de l'âme est l'ouvrage de l'esprit de foi; elle en suit la naissance, le progrès et la perfection. Le plus grand nombre des chrétiens vit et meurt sans l'avoir jamais connu; ils pourraient dire comme ces disciples d'Éphèse : Nous n'avons pas seulement entendu dire qu'il y eût un tel esprit^ y ni qu'il fût l'âme du christianisme. Quelques-uns l'ont eu pendant un temps ; mais ils n'ont pas su le conserver, et ils l'ont laissé s'affaiblir et s'éteindre. Car cet esprit, semblable au feu, veut toujours être en action, et qu'on lui fournisse sans cesse des aliments. Dès qu'il vous a une fois tourné vers le Ciel, si vous abaissez de nouveau les regards sur la terre; si, au lieu de l'écouter, vous commencez à vous consulter vous-même, c'en est

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fait : il languit insensiblement, et meurt à la fin. Il ne saurait demeurer fixé au même degré : il faut qu'il croisse, ou qu'il diminue. C'est pourquoi il exige de notre part une attention continuelle à l'entretenir, à le fortifier, en ne le laissant jamais oisif. Pour cela, il faut être surnaturel en tout, ou du moins aspirer à le devenir, et se reprocher toute pensée, toute parole, toute action où Ton se surprend écoutant et suivant la nature.

Peu de chrétiens en sont là, je le sais; mais leur devoir est d'y tendre; la qualité de chrétien leur impose cette obligation ; il ne suffit pas qu'ils se comportent en chrétiens par intervalles; il faut qu'ils le soient en tout et toujours, et ilsne le sont qu'autant qu'ils vivent de la foi.

Ah! que je suis éloigné de cette perfection, qui est le but du christianisme! Je n'en ai point, je n'en ai jamais eu la prétention, et je n'ai pas jugé que cela fût nécessaire à mon salut. Cette nécessité néanmoins est incontestable, s'il est vrai qu'on ne peut vivre chrétiennement que par l'esprit de foi. Hélas ! je le cherche en mon cœur, et je ne le découvre pas ; ou, si j'en aperçois quelque trace, elle est si légère et si superficielle, que j'en ai honte. La nature est toute vivante en moi, elle y domine. C'est d'après elle que je ne me livre pas à ses inclinations perverses et à ce qui est manifestement criminel ; du reste, elle est ma règle, et jela suissans scrupule.

Mais je ne puis ignorer qu'elle est incompatible avec l'esprit de foi; qu'elle en est l'ennemie déclarée; qu'elle ne travaille qu'à l'exclure ou à le chasser de mon âme, pour la maîtriser seule. Je sais aussi, ou je dois savoir que, sans l'esprit de foi, je ne suis chrétien que de nom; que, sans lui, il m'est impossible de plaire à Dieu, ni de rien faire d'utile pour mon salut j que j'ai

Tapparence de vivre, et que je suis mort. Je vois, à la vérité, dans toute la suite de ma vie des actes de religion, des exercices de piété, des bonnes œuvres; mais tout cela n'a point été animé, surnaturalisé, sanctifié par la foi.

Je croyais, ô mon Dieu ! n'avoir de compte à vous rendre que de mes péchés; mais il me faudra vous rendre compte de tant d'actions qui n'ont qu'une bonté apparente, et qui sont inutiles, ou même mauvaises par le défaut de foi. Je vous demande pardon du passé; et je vous supplie de ranimer en moi l'esprit de foi, qui est presque éteint. Je ne cesserai point désormais de vous dire avec les Apôtres : Augmentez en moi la foi! Ce sera ma prière, et mon aspiration ja plus fréquente; et, si vous renouvelez cet esprit dans mes entrailles, je serai soigneux de le nourrir et de l'accroître, jusqu'à ce qu'il soit devenu l'âme de mes pensées, de mes sentiments et de mes actions. Ainsi soit-il I

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