ÉDIFIER LE PROCHAIN
Que voire lumière luise de telle sorte devant les )hommes, quils voient vos bonnes œuvres et qu'ils en rendent gloire à votre Père qui est dans les cieux '.
Ces paroles de Jésus-Christ contiennent un précepte 'formel d'édifier le prochain par notre bonne vie, et de le porter par là à glorifier Dieu et à nous imiter. Pour [fonder cette obligation, il suffit sans doute de l'autorité xle l'Homme-Dieu, et nous n'avons plus besoin de
1 Mattu., V, 16.
recourir aux raisonnements, après qu'il s'en est expliqué d'une manière si claire.
Néanmoins, il ne me sera pas inutile de remarquer que Dieu nous a assujetLis les uns aux autres pour nos besoins, dans l'ordre de la grâce.
Nous tenons tout de sa main libérale en ce qui est nécessaire à la vie, mais de telle sorte que nous en sommes aussi redevables à l'industrie, aux soins, à la bienveillance des hommes, et il n'est personne qui, dès son bas âge, abandonné à lui-même, puisse se procurer, je ne dis pas les commodités de la vie, mais la subsistance. De même, en ce qui appartient à la vie de la grâce. Quoique Dieu en soit l'unique source et qu'elle ne nous soit communiquée que par les moyens et les ministres établis par lui, il est vrai cependant que l'éducation, l'instruction, les conseils, les exemples de ceux avec qui nous vivons, servent infiniment à conserver et à augmenter en nous cette vie surnaturelle, en sorte que notre piété, notre sainteté dépendent de nos propres efforts, de telle sorte cependant qu'elles ne dépendent guère moins des secours que nous tirons de l'édifiante charité du prochain.
D'ailleurs, les hommes sont nés pour vivre en société, et sont liés les uns aux autres de plusieurs manières : tous sont les enfants d'un même père, qui est Dieu; tous ont la même patrie, le Ciel ; et tous y tendent, ou doivent y tendre par la pratique des mêmes devoirs de religion; il est évident qu'ils se doivent les uns aux autres la profession et la manifestation de leurs sentiments religieux, au moins l'édification du bon exemple, en parvenant à leur destination et en concourant à rendre à Dieu en commun leur tribut d'adoration, d*amour et d'obéissance; à plus forte raison sont-ils
obligés de ne pas se scandaliser réciproquement, et de ne pas mettre d'obstacle à la gloire de Dieu et au salut de leurs frères par leurs mauvais exemples.
Ainsi l'obligation pour les chrétiens de s'édifier mutuellement est de droit naturel; et Jésus-Chvist n'a fait qu'y ajouter une nouvelle force en la recommandant comme un des points les plus importants de sa morale.
Lui-même, pour donner plus de poids à sa doctrine, a commencé par faire ce qu'il se proposait d'enseigner ; il a instruit et édifié les hommes encore plus par ses œuvres que par ses discours ; puis il a prescrit avec le plus grand soin à ses disciples la pratique du bien en vue de l'édification du prochain, et il ne s'est pas élevé moins souvent, ni avec moins de zèle, contre le scandale, prononçant des malédictions sur le monde à cause de ses scandales, et frappant des plus terribles anathèmes quiconcjue scandaliserait le moindre de ceux qui croient en lui^.
La matière duscandaleestune decellescontre lesquelles les prédicateurs !onnent avec plus de véhémence dans les chaires chrétiennes. Je nela traiterai point ici; etje renvoie à leurs discours ceux qui veulent en être instruits. Je me bornerai à parler de la bonne édification, comme d'un sujet plusconvenable aux personnes pieusespour qui j'écris, persuadé d'ailleurs que le moyen le plus efficace d'éloigner du mal est de porter directement au bien.
Après les motifs tirés de Dieu même, et de notre intérêt personnel, qui sont sans contredit les plus puissants pour nous déterminer à vivre saintement, il faut convenir que l'obligation où nous sommes de donner
bon exemple au procliain, est bien capable de faire impression sur nous, de nous animer, et de nous soutenir dans la pratique du bien. Il ne suffit pas, doit dire chacun de nous, que je sois juste et vertueux sous les yeux de Dieu, et selon le témoignnge de ma conscience; mais il faut qu'autant qu'il dépend de moi , je passe pour tel au jugement de ceux parmi lesquels je vis; il faut que je les rende témoins de mes œuvres; que je sois pour eux la bonne odeur de Jésus-Christ, et que ma vie soit comme une prédication muette qui les instruise de leurs devoirs, et les excite à les remplir. Ce n'est pas assez que je glorifie Dieu par moi-même; je dois contribuer à le faire glorifier par les autres.
Si j'étais indifférent et négligent sur cet objet, je n'aimerais, commeil faut, ni Dieu, ni le prochain. Dieu mérite infiniment d'être aimé de tous, et il veut être aimé de tous. Je n'entrerais donc pas dans ses vues, et je ne répondrais pas à ses desseins, si, me bornant à l'aimer pour mon compte, je ne désirais pas qu'il fût aimé des autres; et mon désir serait vain, si je ne l'effectuais pas de tout mon pouvoir.
Je dois aimer mon prochain comme moi-même, et lui souhaiter par conséquent le même bonheur qu'à moi-même. Ce bonheur est le salut éternel. Ainsi, la même charité, qui me fait une loi de travailler à mon salut, m'impose l'obligation de procurer celui du prochain par une conduite édifiante et exemplaire.
Et pourquoi le dois-je faire principalement par une conduite édifiante? Parce que ce moyen est à ma portée, que rien ne peut m'en dispenser, et qu'il m'est toujours libre d'en faire usnge; parce que, de tous les moyens, c'est le plus puissant, le plus propre à persuader, celui auquel on peut le moins résister et qui ne laisse aucun
prétexte, aucune excuse; parce que j'emploierais vainement les autres moyens, si je ne me sers pas de celui-là. En vain je prierai pour le prochain, je lui donnerai en vain de bons conseils, je l'avertirai, je le reprendrai ; si d'ailleurs je ne l'édifie pas par ma conduite personnelle, mes prières ne lui serviront de rien auprès de Dieu; ce serait même des prières illusoires; et mes conseils, mes avis, mes réprimandes n'auront point d'autorité sur son esprit. Je ne veux pas dire qu'il faille négliger les autres moyens, dont les uns sont d'une obligation générale, comme la prière, et les autres obligent en particulier dans certains états et à l'égard do certaines personnes, comme les conseils, les avis et les directions ; mais je dis qu'il faut mettre la bonne vie à la tête de ces moyens, pour en assurer le succès.
L'obligation d'édifier le prochain est donc la suite naturelle et immédiate des deux préceptes de la cliarité, et si nous manquons à ce devoir, nous ne sommes pas chrétiens.
Et comment le serions-nous, si après l'exemple que nous en a donné Jésus-Christ, nous n'avions aucun zèle pour le salut des âmes? Qu'a-t-il fait toute sa vie, que de donner les pins grands exemples de vertu, pour porter ceux qui en étaient témoins à glorifier Dieu son père? Dans ses miracles il n'a point eu pour objet de montrer sa puissance, sinon dans quelques occasions signalées, mais de retirer du péché et d'engager à la pratique du bien ceux en faveur de qui il les faisait. S'il a invectivé avec véhémence contre les docteurs de la Loi et les pharisiens, s'il les a démasqués, s'il n'a pas craint d'encourir leur haine jusqu'à en être la victime, c'est qu'ils étaient une pierre d'achoppement pour le simple peuple, et qu'ils le séduisaient par leur hypocrisie.
Tout fidèle st obligé d'avoir le zèle des âmes, à sa manière, et selon son état, puisque Dieu a chargé chacun de nous du soin de son prochain, et une des manières d'exercer ce zèle qui convient à tous sans exception, est de présenter aux autres dans notre conduite un modèle qui leur enseigne et qui les engage à bien vivre. Nous ne pouvons dout r que ce qui concerne l'édification de nos frères n'entre dans le comple que nous rendrons un jour à Dieu de nos actions, et, comme il nous imputera le mal dont nous aurons été l'occasion, il nous récompensera aussi du bien qui aura été l'effet de notre bon exemple.
Si l'on nous a donné bon exemple lorsque nous étions jeunes, et si cela a contribué plus qu'aucune autre chose à nous rendre bons, c'est pour nous un nouveau motif de reconnaître envers Dieu l'avantage qu'il nous a procuré, en faisant pour les autres ce qu'on a fait pour nous. Si, au contraire, dans notre jeunesse, les mauvais exemples des autres nous ont éloignés de Dieu, jugeons par le tort qu'ils nous ont fait de ci lui que les nôtres feraient au prochain, et déterminons-nous par là à ne lui en offrir que de propres à l'édifier.
Pour nous convaincre davantage de la force de l'exemple, soit en bien, soit en mal, faisons réflexion que, parmi les hommes, peu agissent par principes, parce que peu sont solidement éclairés; que la plupart se gouvernent par l'exemple d'autrui; qu'il est beaucoup de caractères faibles et irrésolus, incapables de se décider eux-mêmes, qui suivent l'impulsion qu'on leur donne, et qui s'engagent dans la voie où ils voient marcher les autres; qu'il en est encore de légers et d'inconstants qui, d'eux-mêmes, ne sauraient se fixer
QUARAISTE-SIXIÈME LEÇON. 235
dans le bien, et qui n'y persévèrent qu'autant qu'ils sont soutenus par la fermeté des autres; enfin, que le plus grand nombre sont des caractères imitateurs, qui ne font que ce qu'ils voient faire, et qui copient ceux qui les approchent, bons avec les bons, vicieux avec les vicieux. Voilà ce qui rend les bons exemples si nécessaires, et les mauvais si contagieux.
Au reste, il est aisé de concevoir qu'encore que le bon exemple soit un devoir pour tout chrétien, il devient d'une obligation plus étroite pour certaines personnes, dans certains étals et certaines conditions de la société. Ainsi, ceux à qui l'âge, la naissance, le rang, l'esprit, la science, donnent plus de considération et d'autorité, étant plus à portée de servir ou. de nuire au prochain par les exemples qu'ils lui donnent, doivent par celte raison être plus attentifs à l'édifier. C'est pourquoi les souverains, les grands, les magistrats, les hommes distingués par leur mérite et leurs talents, sont plus coupables lorsqu'ils manquent à ce devoir, parce qu'ils sont plus en vue, plus observés, que leur conduite, bonne ou mauvaise, est moins ignorée du public, et qu'elle a plus d'influence sur la conduite des autres. Par une raison semblable, les pères, les mères de famille, les maîtres et les maîtresses, doivent plus spécialement le bon exemple à leurs enfants et à leurs serviteurs.
Mais ceux qui y sont le plus obligés sont sans contredit les ministres du Seigneur, les pasteurs des âmes, les personnes consacrées à Dieu dans la religion, qui, pour l'utilité du monde, ont conservé quelques rapports avec lui. Leur caractère, leur profession, leurs engagements, leurs fonctions, ne leur permettent pas d'être sajnts seulement pour eux-mêmes, et ils ne peuvent le devenir qu'en s'appliquant à sanctifier les autres. Ils répandent,
selon l'expression de l'Apôtre, ou une odeur de vie par Je bon exemple, ou une odeur de mort par la mauvaise édification. Et ils ne sauraient apporter trop de vigilance, trop de circonspection, à se bien conduire, parce que tout est éclatant en eux, le bien comme le mal, tout est soigneusement remarqué en eux, tout est jugé rigoureusement. Ils sont la lumière placée sur le chandelier, pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison; l'intention du Seigneur est que les fidèles marchent à la faveur de cette lumière, et qu'elle soit, par conséquent, pour eux un guide sûr. Or, la bonne édification ne sert pas moins, elle sert même, en un sens, plus que la doctrine, à guider sûrement les simples fidèles, en ce qui concerne la piété et les mœurs.
Mais quoi! dira-t-on, faut-il que, sous prétexte d'édification, la vie de tout chrétien soit exposée au grand jour; et l'humilité ne lui prescrit-elle pas de cacher avec soin le bien qu'il fait? Est-il rien que Jësus-Ghrist nous recommande plus expressément que de ne point faire nos bonnes œuvres en présence des hommes pour être vus d'eux ^; et n'ajoute-t-il pas qu'autrement, nous n'avons nulle récompense à attendre du Père céleste? N'ordonne-t-ilpas de prier en secret, fermant sur soi la porte de la chambre; de pratiquer le jeûne et l'aumône, de manière que les autres ne s'en aperçoivent pas? Et ne condamne-t-il point en toute rencontre l'affectation des pharisiens à faire remarquer leurs bonnes actions?
Tout 'cla est vrai; mais l'Évangile ne se contredit pas, et c'est à nous de le bien entendre, pour en concilier les divers préceptes. Commençons par distinguer
ï Mattb., VI, 1 et scfj.
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les œuvres qui sont de précepte et d'obligation rigoureuse, de celles qui sont de smérogation et de perfection. L'édification qu'on doit au prochain ne permet pas de cacher les premières; il ne suffit pas qu'on soit chrétien dans le cœur; il en faut faire une profession extérieure; cela est de nécessité pour le salut, dit saint Paul, et il est évident que ce serait dissimuler cette profession, si l'on ne pratiquait qu'en secret les commandements de la loi chrétienne. Mais riiumilité veut qu'on tienne cachées les secondes avec une certaine discrétion, ne les produisant pas au dehors, sans quelque bonne raison qui intéresse la gloire de Dieu et le salut de nos frères.
Priez donc en public, jeûnez, faites l'aumône publiquement, dans les circonstances où le public serait justement scandalisé, si vous lui donniez lieu de soupçonner que vous ne priez pas, que vous ne jeûnez pas, que vous ne faites pas l'aumône. Que, selon votre condition, votre état et le rang que vous occupez, toute une ville, tout un royaume, sachent que vous êtes un fidèle observateur de la loi de Dieu. Mais pour ce qui est de certaines dévotions particulières, de certaines mortificalions, de certaines œuvres de charité, que nulle raison ne vous oblige de rendre publiques, dérobez-les à la connaissance des autres, et que ces actions n'aient, s'il se peut, d'autre témoin que Dieu.
C'est ainsi que Jésus-Christ ne manquait pas de se trouver à Jérusalem avec le commun des Juifs, au temps des fêtes solennelles qui ne pouvaient se célébrer que dans le temple; mais il se retirait seul sur les montagnes, la plupart des nuits, pour les passer en prière, et noua voyons qu'au jardin des Olives, il s'éloigne, pour prier^ des disciples qu'il avait menés avec lui.
De plus, ce que Jésus-Glirist nous défend n'est pas précisément de faire nos bonnes œuvres en présence des hommes, mais de les faire pour être vus d'eux. C'est ï?elte intention qu'il condamne, parce qu'elle est mauvaise, et que celui qui se la propose n'a point en vue d'édifier le prochain, mais d'en être estimé, et de tourner cette estime au profit de sa vanité, de son ambition, de sa cupidité, comme faisaient les pharisiens. Il y a une distance infinie entre l'hypocrisie, qui honore Dieu à l'extérieur et ne fait le bien que pour s'attirer les sufirnges des hommes, et la vertu franche et sincère, qui n'a que Dieu pour objet, qui ne veut plaire qu'à lui seul, et qui ne se produit aux yeux des hommes que quand Dieu lui en fait un devoir. Les justes de ce caractère se cacheraient non-seulemen t aux autres, mais à eux-mêrnes, s'il était possible; ils édifient, je ne dis pas sans le vouloir, mais sans y faire réflexion ; ils évitent soi^f^neusement tout ce qui aurait un air d'affectation et de singularité, et ils n'exposent au regard d'autrui que ce que Dieu ne leur permet pas d'y soustraire. Ainsi, comme l'observe saint Grégoire, leurs bonnes œuvres paraissent au dehors, de sorte que leur intention demeure cachée; et ils donnent bon exemple au prochain par leurs actions extérieures, tandis qu'ils tiennent secrète la vue qu'ils ont de ne plaire qu'à Dieu seul.
Il est aussi des traits d'édification qu'on doit à de certaines personnes, comme à des enfants et à des domestiques, qu'on ne doit point aux étrangers. Il en est qui sont d'obligation en quelques rencontres, et qui ne le sont point en d'au 1res.
Quelquefois ce serait prévariquer que de ne pas se déclarer hautement; ce serait trahir la piété que de ne pas la professer ouvertement; ce serait scandaliser que
de ne pas édifier positivement. La conscience et la lumière divine éclairent sur ces circonstances et sur ces devoirs particuliers ceux qui sont déterminés à les accomplir et à braver le respect humain toutes les fois que le service de Dieu Fexige. On reçoit alors un avertissement intérieur, une impulsion secrète, et, lorsqu'on n'a pas le courage de les suivre, on en essuie des reproches plus ou moins vifs. Ce qui arrive pareillement, lorsque, par des confidences indiscrètes, par amour-propre, par vanité, on découvre à d'autres, soit en parlant, soit en agissant, de certains détails touchant ses sentiments, ses dispositions, sa conduite spirituelle, les grâces que Dieu a faites : toutes choses dont la connaissance devrait être réservée et communiquée seulement au directeur de notre âme.
Proposons-nous donc d'édifier le prochain, de l'édifier en tout, de l'édifier autant que son bien le demande et que Dieu l'exige; mais, en même temps, ne nous arrêtons point à réfléchir sur l'édification que nous lui donnons, ne nous en applaudissons point, et s'il nous le témoigne par ses discours, si nous en voyons les fruits par son amendement, ou son progrès dans la vertu, ne nous en attribuons rien, et rapportons-en à Dieu toute la gloire.
Hélas! Seigneur! que j'ai mal observé jusqu'ici ce grand précepte de la charité! Plût à Dieu que je n'eusse à me reprocher que de n'avoir pas édifié le prochain! Biais combien de fois, et en combien de manières, l'aije scandalisé? Peut-être n'en ai-je pas eu l'intention expresse; mais cela n'exempte pas du péché, si mes exemples ont été cause de sa chute ou de son relâche-
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ment dans la piété. Vous seul, ô mon Dieu! connaissez toute l'étendue du mal que j'ai pu faire par là. Vous m'inspirez à ce moment le désir de le réparer; donnezm'en le courage et la volonté persévérante. Que j'édifie désormais, autant et plus que je n'ai scandalisé! Que j'édifie par une conduite opposée à celle que j'ai tenue! Que j'édifie surtout ceux qui dépendent de moi, sur qui vous me donnez de l'autorité, à qui je dois non-seulement des instructions, mais des exemples de bonne vie, et dont, suivant l'ordre de vos desseins, la sanctification dépend de la mienne. Car, par un rapport réciproque, ma sanctification est aussi attachée à la leur; je ne vous glorifierai qu'autant qu'ils se sauveront, ou du moins que j'aurai fait tout ce qui est en moi pour assurer leur salut; et si, par ma faute, ils sont exclus dn Ciel, j'en serai exclu moi-même.
Préservez-moi de ce malheur, ô mon Dieu! et faites au contraire que, remplissant les vues de votre Providence, je contribue selon mon état au salut des autres, je seconde auprès d'eux l'action de votre grâce, et je fasse fructifier en eux le sang de Jésus-Christ. Ainsi soit-il !
n'avoir rien sur le coeur contre le prochain.
Ce n'est pas du pardon des injures, ni de l'amour des ennemis que je veux parler ici, quoique ce précepte soit un des plus relevés et des plus difficiles de la morale évangélique. Je suppose que les chrétiens à qui cet ouvrage est destiné sont dans la disposition de l'accomplir, et que, si tous n'en atteignent pas la perfection, ils en remplissent du moins l'essentielle obligation, sachant
QUx\RANTE-SEPTIÉME LEÇON. 241
qu'ils ne peuvent être chrétiens sans cela. Ceux qui aviraient besoin d'être instruits ou excités sur cette matière trouveront abondamment ce qu'il leur faut dans les discours des prédicateurs.
J'ai en vue un objet moins capital, mais plus ordinaire : ce qui affaiblit et refroidit la charité, sans néanmoins l'éteindre, entre les personnes qui ont à vivre ou à traiter ensemble; ce qui les prévient et les indispose les unes contre les autres ; en un mot, ce qui nuit à la parfaite intelligence et à l'union des cœurs.
Il est rare qu'on n'ait point sujet d'avoir quelque chose sur le cœur contre le prochain, ou qu'on ne lui donne pas sujet d'avoir quelque chose sur le cœur contre soi, ne vécût-on qu'avec une seule personne; tant il est difficile que deux hommes se conviennent de tout point, ou qu'ils se passent mutuellement les points sur lesquels ils ne se conviennent pas.
Cette difficulté, qui n'est que trop réelle, une fois supposée, écoutons la leçon que nous donne Jésus-Christ : Si vous présentez, dit-il, vob^e offrande à L'autel, et que là vous vous rappeliez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre offrande devant l'atitel, allez auparavant vous réconcilier avec votre frère, et vous viendrez ensuite présenter votre offrande '.
Jésus-Christ ne pouvait rien dire de plus fort, pour nous prouver la nécessité pressante de nous réconcilier avec le prochain, puisqu'il nous ordonne, pour satisfaire à ce devoir, de quitter l'autel même, où nous serions sur le point d'oftVir à Dieu nos hommages et nos présents. 11 suit encore de ces paroles que Dieu n'a pour agréables
» Matth., v, 23.
nos prières et nos offrandes qu'autant qu'elles partent d'un cœur en qui la charité pour le prochain est pure et n'est troublée par aucun nuage. De là, l'usage établi parmi les fidèles dans la primitive Église de se donner le baiser de paix en signe de concorde et d'union, avant que de participer au Corps du Sauveur, usage par lequel ils se reconnaissaient indignes de manger cette viande sacrée, si la même charité qui les unissait à Jésus-Christ ne les eût unis entre eux.
Comme rien ne nous importe plus que d'assurer, autant qu'il est en nous, le succès de nos prières, il est clair que nous ne devons jamais souffrir dans notre cœur «ne disposition qui nuirait infailliblement à ce succès, et qui ne permettrait point à Dieu de nous exaucer. Je m'attache à cette réflexion, comme la plus propre à nous toucher, puisqu'elle nous prend par nos plus chers intérêts.
Entre les hommes, les caractères ne sympathisent presque jamais tout à fait; leurs jugements et leurs volontés sont rarement d'accord; leurs passions s'entrechoquent, elles ont leurs prétentions à part ; et l'amourpropre de chacun, ayant toujours quelque intérêt exclusif, est en opposition avec i'amour-propre des autres. De là naissent des préventions, des aversions, des contrariétés, des jalousies, des disputes, qui indisposent, qui aigrissent peu à peu, qui inspirent un éloignement réciproque, et qui, sans rompre entièrement l'union, font qu'on a peine à se souffrir de part et d'autre. L'orgueil qui ne veut ni céder, ni avouer son tort, qui souvent même empêche de le reconnaître, se met de la partie, ii augmente le mal, et le rend plus difficile à guérir.
Les causes qui aliènent ainsi les esprits et les cœurs
QUARAINTE-SEPTIÈME LEÇON. 243
sont innombrables. Elles se renouvellent chaque jour entre ceux qui vivent ensemble; chaque jour elles agissent avec plus de force, et, au défaut de sujets véritables, l'amour-propre ombrageux en imagine sans cesse qui ne lui sont pas moins sensibles. Depuis l'introduction du péché, toutes ces misères qui sont l'apanage de l'humanité rendent pénible le commerce de la vie, répandent une amertume secrète sur les liaisons d'ailleurs les plus douces et les plus intimes, sont la matière la plus ordinaire de nos fautes, et, par contre-coup, donnent lieu aussi à l'exercice des plus excellentes vertus.
Gomment, en ces rencontres, doit se conduire un chrétien qui veut être vraiment digne de ce nom, et qui aspire à aimer le prochain, comme Jésus-Christ nous a aimés? Sans doute il mettra tout en œuvre pour supporter les défauts de son frère, pour adoucir son humeur, pour ménager son amour-propre. Il lui cédera en toute occasion et s'accommodera, le plus qu'il pourra, à ses volontés, et môme à ses câpriers. Il sera en garde contre luimême, pour ne donner aucun sujet de plainte, et il veillera sur son cœur, pour n'y laisser entrer aucun sentiment qui puisse altérer la chanté.
Mais enfin, quelque précaution qu'il prenne, il est difficile, et même moralement impossible, que, de tem^"«s en temps, il ne survienne quelque léger différend entre son frère et lui, soit que le tort vienne de l'un des deux, ou que chacun y ait contribué de son côté. Alors que faut-il qu'il fasse? Qu'il applique le remède au mal sans différer, et qu'il ne donne pas à la plaie le temps de s'envenimer. L'obligation est si urgente que Jésus- Christ ne veut point qu'il s'approche de Dieu pour le prier, qu'auparavant il ne se soit réconcilié avec son
frère, ou, ce qui revient au même, qu'il lui ordonne de quitter pour cela la prière qu'il aurait commencée.
Pourquoi lui interdire même la prière, et l'arracher pour ainsi dire des bras de Dieu, pour qu'il aille au plus tôt se jeter entre les bras de son frère?
C'est qu'en premier lieu il n'est pas possible qu'on prie bien, tant qu'on n'a pas la paix avec le prochain. Il n'est point de disposition plus contraire à la prière que celle d'un cœur aigri, blessé, ulcéré. Lorsqu'il s'y présentera, l'imagination échauffée lui rappellera ce qu'on lui a dit, ce qu'on lui a fait; elle le lui grossira, et elle le tiendra dans une agitation incompatible avec le repos de la prière. Vainement il chassera cette pensée; sans cesse elle reviendra, elle l'importunera, le troublera, lui ôtera toute attention, toute dévotion. S'il prie vocalement, il ne sera point occupé de ce qu'il dit; ni son esprit, ni son cœur n'accompagneront le mouvevement de ses lèvres, et le bruit qui se fait en son âme l'empêchera de s'entendre lui-même. S'il veut méditer, ses efforts seront vains ; cent fois il rappellera son sujet qui cent fois lui échappera; son entendement et sa volonté préoccupés ne lui fourniront ni considérations, ni affections, et, après des essais réitérés, il se verra obligé de renoncer à sa méditation. Ce sera bien pis encore, s'il est dans l'habitude de l'oraison, et qu'il se mette en devoir de la faire. Le ciel sera fermé pour lui; nulle visite du Saint-Esprit, nulle consolation, nulle onction; mais sécheresse, dégoût, ennui. Dieu, loin de l'attirer, le repousse; sa grâce ne saurait agir sur un cœur où la charité ne règne pas pa sibl ment. Je ne dis rien ici qui ne soit avéré par une expé ience constante, et dont toute personne de piété, attentive à ce qui se
passe en elle-même, ne puisse rendre témoignage.
C'est, en second lieu, que Dieu étant la charité même, et voulant que nous aimions nos frères comme il nous aime, ne peut souffrir qu'on se présente devant Lui lorsqu'on a donné quelque sujet de peine au prochain, et qu'on n'a pas fait les démarches nécessaires pour se le réconcilier. Il juge de notre amour pour Lui par celui que nous portons à nos frères, et il se tient personnellement offensé de tout ce qui les offense. Or, agréerait-il, pourrait-il agréer la prière d'un chrétien qui, l'ayant offensé, n'en aurait point de regret, ne s'efforcerait point de l'apaiser et ne commencerait point par Lui en faire satisfaction? Non, sans doute. Il ne lui est pas plus lihre d'écouter favorahlement celui qui a indisposé son frère, et ne s'empresse pas de le regagner.
Quelle est la première chose qu'on éprouve à (a prière, lorsqu'on y vient avec quelque faute commise envers Dieu de propos délihéré, ou avec quelque résistance volontaire à sa grâce? î^'essuie-t-on pas de vifs reproches de sa part? Et, si l'on n'a nul égard à ses reproches, ne se sent-on pas repoussé jusqu'à ce qu'on soit rentré en grâce avec Lui? Et il n'est pas besoin que cette faute soit grave, ni que ce refus d'obéir à ces inspirations ait pour objet une chose de conséquence; c'est assez qu'on l'ait offensé délibérément, pour qu'on ne puisse le prier avec sa confiance ordinaire. Sur quelle assurance, en effet, oserait- on s'approcher de Lui, soit pour jouir de son entrelien, soit pour solliciter qudque grâce, avec une volonté rebelle, et la détermination à lui refuser ce qu'il nous demande?
11 en est de même lorsqu'on le prie dans une mauvaise disposition envers le prochain. Et tant qu'on y persévère, on n'a à attendre de sa part que de la fVoi-
deur, de l'indifférence, des rebuts, de l'indignation même et de la colère, selon que le sujet le mérite. En vain lui offrirez-vous des jeûnes, des veilles, des macérations, des bonnes œuvres de toute espèce; en vain serez-vous assidu au pied des autels, et lui ferez-vous des protestations de respect, d'amour, d'obéissance. Tout cela est perdu pour vous ; rien de tout cela ne peut le toucLer, tant que votre frère a quelque chose contre vous, et que vous n'avez rien fait pour l'apaiser.
Écoutez vous-même là-dessus votre propre cœur; il vous dira que vous ne méritez pas d'être exaucé, et que, si vous vous flattez de l'être, vous ne cherchez qu'à vous tromper; il vous dira que, quand même votre frère n'aurait nulle raison de se croire offensé, vous ne devez rien négliger pour le détromper et le calmer; il vous dira que, quand vous n'auriez pas eu intention de lui déplaire, il suffit qu'en effet vous lui ayez déplu, pour être obligé de lui en faire quelque excuse; que, quand ce serait pure prévention de sa part, vous devez essayer de la lui ôter et de guérir son esprit malade; qu'enfin vous n'en sauriez trop faire pour maintenir, ou pour rétablir la paix, la concorde, la cbarité entre vous et lui, et que, tant que vous aurez quelque reproche à vous faire là-dessus, jamais Dieu ne sera content de vous. Et sur quel fondement est-ce que je prétends que votre cœur vous décidera de la sorte? Sur ce que vous trouveriez juste et raisonnable qu'on en usât de même envers vous; sur ce que, dans l'occasion, votre amourpropre l'exige, et s'irrite si l'on y manque. Or, en ce genre, autant et plus qu'en tout autre, vous devez à votre prochain tout ce que vous croyez qu'il vous doit.
Prenez bien garde, au reste, à ce que dit Jésus-Glirist. Je l'ai déjà remarqué, mais il est bon d'y insister. Il
vous déclare nettement que Dieu n'a rien de plus à cœur, et, si j'ose ainsi dire, de plus pressé que de vous voir reconcilié avec votre frère ; que ses propres intérêts le touchent moins, et qu'il veut, sinon que vous les négligiez, du moins que vous différiez d'y avoir égard, jusqu'à ce que vous ayez pourvu à ceux de votre prochain. Quoique voire offrande soit commandée, qnoique le moment soit venu de vous en acquitter. Dieu vous ordonne de la suspendre, il vous demande, avant tout, une ofiVande sans laquelle nulle autre ne saurait lui plaire : celle d'un cœur parfaitement bien disposé à l'égard de vos frères.
Oh ! si nous entrions dans les intentions de Dieu à ce sujet comme il le désire! Si nous faisions de la charité fraternelle tout le cas qu'il en fait, quelle serait notre attention et notre délicatesse sur cet article! Quelle circonspection pour ne pas la blesser! Quel empressement à guérir jusqu'aux moindres plaies que notre inadvertance aurait pu lui faire! Avec quelle force ne repousserions-nous pas les vaines raisons que nous suggèrent l'orgueil et l'amour-propre, pour nous détourner de ce devoir!
C'est un caractère difficile, on ne saurait vivre avec lui ! — Et c'est justement parce qu'il est difficile, que vous devez le ménager et aller au-devant de tout ce qui peut le choquer. — J'ai plutôt à me plaindre de lui, que lui de moi... Il a commencé la querelle, et c'est à lui de faire les premières démarches ! — Mais, s'il ne les fait pas, vous conserverez donc toujours l'un contre l'autre un levain d'aversion qui s'aigrira de plus en plus; au lieu qu'en le prévenant, vous qui n'avez pas lort, ou qui avez moins tort que lui, vous le feriez rentrer en lui même. — Il abusera de ma facilité, et il en deviendra
plus intraitable! — Qu'en savez-vous? En avez- vous fait l'épreuve? L'avez-vous fait aussi souvent, avec autant d'humilité, de cordialité, d'instance et de persévérance que Dieu l'exige? Jésus-Christ ne décide-t-il pas que vous devez pardonner à votre frère, non-seulement jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois? Eu tout cas, s'il abuse de votre facilité, vous n'en répondrez point à Dieu; vous n'en aurez au contraire que plus de miérite devant Lui, et, selon l'expression de saint Paul, vous amasserez des charbons de feu sur la tête de votre frère orgueilleux et opiniâtre. S'il ne remplit pas son devoir, ce n'est pas une raison pour vous d'omettre le vôtre. — Mais ce sera toujours à recommencer! — Eh bien, vous exercerez toujours la charité; cette vertu n'est-elle pas, et ne doit-elle pas être d'un usage journalier? Perdra-t-elle de son prix, parce que vous l'exercerez sans relâche, à l'égard de la mêine personne?
Je ne finirais pas, si je voulais rapporter tous les prétextes frivoles par lesquels on cherche ici à se faire illusion.
Mais qu'y gagne-t-on? D'abord, on n'a jamais la parfaite paix du cœur, cette paix fille de la charité et de l'humilité; on n'est pas content de Dieu, et Dieu l'est encore moins de nous; on arrête son progrès spirituel, on suspend, on diminue par rapport à soi la source des grâces; on réduit presque à rien le mérite de ses bonnes œuvres; on perd insensiblement le goût de la piété; on se prive des consolations divines, et, pour ce qui est du prochain, au lieu de le corriger par la douceur, par la patience, par les prévenances, on l'aigrit en tenant une conduite opposée; on multiplie à l'infini les sujets de plainte réciproque; on porte un travail continuel dans
l'esprit et un poison secret dans le cœur; on se craint, on se fuit mutuellement, on ne se parle pas, ou l'on ne se parle qu'avec précaution, avec défiance, avec un air contraint et une froide politesse : en un mot, sans être ce que l'on appelle ennemis, on ne s'aime point, et l'on se le témoigne en toute occasion.
Je touche là un point qui n'est que trop ordinaire dans les familles, dans les sociétés où l'on vit en commun, et spécialement dans les maisons religieuses.
Qui me nommera, sur la terre, un lieu où la charité soit parfaitement observée? C'est beaucoup qu'on n'en vienne point à des éclats que le monde môme évite et condamne. Mais qu'on s'applique à se prévenir en tout par des témoignages de déférence, comme l'Apôtre le recommande; qu'on se souffle; qu'on s'excuse; qu'on ferme les yeux sur les défauts les uns des autres; qu'on ne nourrisse en soi aucune prévention, aucune aigreur, aucun soupçon contre personne; qu'on évite de se donner le moindre sujet de peine, et si, par imprudence, on a tant soit peu altéré la chaiité, qu'on n'ait point de repos qu'elle ne soit tout à fait rétablie; qu'on ne s'épargne point pour cela; qu'on ne craigne point de faire des avances, et que, par une sinrère et cordiale humilité, on s'étudie à regagner l'affection de son frère; qu'on chérisse, qu'on entretienne de tout son pouvoir la paix domestique comme le premier des biens, et qu'on préfère la pratique de la charité à toutes les autres pratiques de piété! C'est ce qui ne s'est vu, parmi le commun des chrétiens, qu'à l'origine de l'Église et dans ses plus beaux siècles; ce qui ne se voit guère depuis longtemps dans les professions les plus saintes et entre les peisonnes distinguées par leur dévotion, et ce
qui n'est bien connu et observé que par un petit nombre d'âmes intérieures.
0 mon Sauveur ! vous dont toute la vie n'a été qu'un exercice de la plus éminente charité; vous qui, étant la sainteté même, avez supporté avec tant de patience et de bonté les défauts et les imperfections de vos disciples ; qui, lorsqu'il était nécessaire, les repreniez avec tant de douceur et de ménagement; qui, par vos leçons et par vos exemples, leur appreniez à s'aimer les uns les autres, et qui travailliez sans cesse à déraciner de leur cœur toute semence d'envie, de jalousie, de discorde, donnezmoi cette charité, ce support du prochain, cette attention à ménager son humeur, cette souplesse à me plier à son caractère, cette facilité à l'excuser, cette droiture à reconnaître mes torts, cette humilité courageuse à les réparer, cette sainte adresse à prévenir ses soupçons et ses ombrages, ou à les dissiper et à les guérir, en sorte que je ne garde jamais le plus léger ressentiment contre lui, et que je ne lui donne jamais lieu d'en avoir aucun contre moi.
J'ai péché si souvent contre cette vertu, qui tient le premier rang entre les vertus, qui les embrasse et les suppose toutes, et je n'ai pas pleuré; je n'ai pas expié tant de fautes en ce genre, dont je me suis rendu coupable; je ne les ai pas même exactement accusées; je n'en ai pas senti toute l'importance et la gravité. Je la sens en ce moment par votre grâce, et je reconnais, mieux que jamais, tout le prix que vous attachez à la charité. C est en elle que vous mettez vos complaisances; c'est elle principalement que vous récompenserez dans le Ciel. C'est elle qui y régnera éternellement avec vous. C'est elle qui unira en vous, et entre eux, tous
les élus, et qui fera leur suprême béatitude. Qu'elle règne dans mon cœur sur la terre! Que je me la propose comme le grand objet de ma perfection! Qu'elle fasse mon mérite, ma joie et mon bonheur dès cette vie! Ainsi soit-il !