En français dans le texte
116 l'école de la mkdisance. [acte rv
pourrions, sans inconvénient, écarter Vhonneur de la discussion ? {Elle se lève,)
Joseph. — Ah 1 les funestes effets de votre édu-r cation provinciale persistent encore chez vous, je le vois. {Il se lève,)
Lady Teazlb. — J'en ai peur, en effet; et ']e vous avouerai franchement que, si je pouvais être incitée à mal faire, ce serait par les méchants procédés de sir Peter plutôt que par votre honnête logique, après tout.
Joseph. — Eh bien, par cette main, dont il n'est pas digne... {Il lui prend la main,)
Entre le Domestique.
Joseph. — Morbleu, idiot que vous êtes... que demandez-vous?
Le Domestique. — Je vous demande pardon, monsieur, mais je pensais que vous ne seriez pas content de voir monter sir Peter sans que je l'eusse annoncé.
Joseph. — Sir Peter!... Tonnerre!... le diable soit de lui!
Lady Teazle. — Sir Peter! Oh! mon Dieu...
je suis perdue... je suis perdue I
Le Domestique. — Monsieur, ce n'est pas moi qui Tai laissé entrer.
Lady Teazle. — Oh ! je ne sais plus du tout où j^en suis ! Que vais-je devenir? Allons, monsieur Logique... Oh! miséricorde, il monte... Cachonsnous ici, derrière... et si jamais il m'arrive d'être aussi imprudente... {Elle passe derrière le pa^ ravent,)
se. m] l'école de la médisance. 117
Joseph, — Donnez-moi ce livre. {Il s* assied. Le domestique feint d'arranger son fauteuil,)
Entre SiR Peter.
Sir Peter. — Voilà, toujours à se perfectionner... Monsieur Surface, monsieur Surface I (Il lui tape sur l'épaule,)
Joseph. — Ohl mon cher sir Peter, je vous demande pardon... {Bâillant et jetant son livre,) Je m'étais assoupi sur un livre stupide... Ma foi, je vous suis fort obligé d'être passé me Toir, Vous n'êtes pas venu ici, je crois, depuis que j'ai fait arranger cet appartement... Les livres, vous savez, sont ma seule marotte.
Sir Peter. — C'est bien rangé, vraiment...
Oui, oui, c'est convenable; et votre paravent même, vous pouvez en faire une source de science... tout garni qu'il est, si je ne m'abuse, de cartes géographiques. (Il va vers le para^ vent.)
Joseph. — Oh I oui, ce paravent m'est trèsutile. {Il l'en éloigne,)
Sir Peter. — Certainement, il doit vous être très-utile quand vous avez besoin de trouveç quelque chose à la hâte.
Joseph, à part, — Oui, comme lorsque je suis non moins pressé de cacher quelque chose.
Sir Peter. — Voyons, j'ai une petite affaire à vous soumettre...
Joseph, au domestique qui dispose des sièges, — Qu'attendez-vous ? {Le domestique sort,) Voici une chaise, sir Peter... je suis à vous... ,^
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Sir Peter, s' asseyant, — Eh bieni à présent que nous sommes seuls, voici, moû cher ami, le sujet sur lequel je désire m'ouvrir à vous... C'est un point de la plus grande importance pour mon repos... En un mot, mon bon ami, la conduite de lady Teazle depuis quelque temps me rend fort malheureux.
Joseph, assis, — En vérité ! Jo suis désolé de rapprendre.
Sir Peter. — Oui, il n'est que trop manifeste qu'elle n'a paâ la moindre sympathie pour moi; mais, voici le pire, j'ai de fortes présomptions qu'elle a formé une liaison ailleurs,
Joseph. — Pâs possible! vous m'étonfieïl
Sir Péter. — Si; et, entre nous^ je orois que j'ai découvert iâ personne.
JoSEPfl* — Ah ! bah ! vous m'alarmez excessi*vement.
Sir Peter. — Oui, mon cher ami, je savais à quel point vous compatiriez à mes maux I
Joseph. — Certes... croyez-moi, sirPetei», Hue telle découverte ne m'affligerait pas môîtiB que vous.
Sir PÉtER. — J'en suis convaincu... Ah! quel bonheur d'avoir un ami à qui pouvoir confier même ses secrets de famille... Mai» ûe detiliezvous pas un peu qui je veux dire ?
Joseph. — J'en suis à cent lieues. Gô ne serait pas sir Benjamin Backbite ?
SiR Peter. — Oh! non!... Et Charles, qu'en dites-vous?
Joseph. — Mon frère ! impossible !
Sir Petbr. — Oh ! mon cher ami, là bonté dô
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votre cœur vous égare. Vous jugez d'autrui par vous-même.
Joseph. — Certainement, sir Peter^ le cœur qui a conscience de sa pureté a toujours de la peine à croire à la perfidie des autres.
Sir Peter. — Oui... mais votre frère n'a pas de principes... Vous ne Ta vez jamais entendu tenii nn tel langage.
Joseph. — Cependant, lady Teazle elle-mêm< a, je le crois, trop de principes...
Sir Peter. — Certes ; mais que peuvent les principes contre les compliments d'un jeune homme aimable et spirituel ?
Joseph. — C'est bien vrai.
Sir Peter. — Et puis, vous savez^ par suite de notre différence d'âge, il n'est pas à présumer qu'elle puisse avoir beaucoup d'affection pour moi ; et si elle venait à succomber, et que je le révélasse au public, dans ce cas toute la ville se gausserait de moi seul, du vieux fou de célibataire qui a épousé une jeune fille.
Joseph. — C'est juste, évidemment... on en rirait.
Sir Peter. — Parbleu! si on en rirait,., et l'on ferait sur moi des chansons, des plaisanteries dans les journaux, et le diable sait quoi encore !
Joseph. — Non... il faut vous garder de rendre l'aventure publique.
SiR Peter. — Mais j'y reviens toujours... que ce soit le neveu de mon vieil ami, sir Oliver, qui entreprenne une action si noire, voilà o© qui me blesse le plus profondément,
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Joseph. — Oui, c'est le point sensible... Quand le trait qui nous frappe est encore aiguisé par ringratitude, la blessure est d*autantplus vive.
Sir Peter. — Ah !... moi qui lui ai servi, en quelque sorte, de tuteur ; qui l'avais si souvent reçu chez moi ; qui ne lui ai jamais de ma vie refusé. . . un conseil !
Joseph. — Oh 1 ce n'est pas croyable. Il y a peut-être un homme capable d'une telle infamie, c'est évident; mais, pour moi, jusqu'à cequôvous m'ayez donné des preuves positives, je ne puis qu'en douter. Par exemple, si l'on devait me le prouver, je ne le reconnais plus pour mon frère... je renie toute parenté avec lui ; car l'homme qui peut violer les lois de l'hospitalité et s'attaquer à la femme de son ami, mérite d'être flétri comme le fléau de la société.
Sir Peter. — Quelle difl'érence entre vous deux ! Les nobles sentiments que voilà !
Joseph. — Mais, encore un coup, je ne puis mettre en doute l'honnêteté de lady Teazle.
Sir Peter. — Je vous assure que je voudrais n'en penser que du bien et écarter tout sujet de dispute entre nous. Elle me reproche fréquemment depuis quelque temps de ne lui avoir fait aucun sort ; et, dans notre dernière querelle, elle, m'a donné à entendre assez que la douleur ne la tuerait pas, si je venais à mourir. Maintenant, comme nos idées de dépense ne s'accordent guère, j'ai résolu, en prévision de l'avenir, qu'elle aurait son libre arbitre et serait sa maîtresse. De la sorte, si je venais à mourir, elle verrait que, durant ma vie, j'ai songé à ses inté-
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rets. Voici, mon ami, les minutes de deux actes, sur lesquels je désir^ avoir votre avis. L*un lui assure la libre jouissance de huit cents livres de rente* pendant ma vie, et l'autre ma fortune entière après ma mort.
Joseph. — Sir Peter, c'est en vérité se conduire avec une générosité... {A part.) Pourvu que cela ne me fasse pas perdre le fruit de mes leçons à lady Teazle !
Sir Peter. — Oui, j'y suis déterminé, elle n'aura plus sujet de se plaindre. Cependant, je ne voudrais pas qu'elle connût encore d'ici à quelque temps cette nouvelle preuve de mon aflfectien.
Joseph, à part. — Ni moi, s'il y avait moyen.
Sir Peter. — Et maintenant, mon cher ami, parlons un peu, si vous voulez, de vos espérances sur Maria. Où en ôtes-vous ?
Joseph, à voix basse. — Oh ! non, sir Peter ; une autre fois, je vous prie.
Sir Peter. — Je suis vraiment chagrin de voir le peu de progrès que vous paraissez faire dans son cœur.
Joseph, bas. — Je vous en prie, monsieur, laissons cela. Que sont mes propres mécomptes, lorsque votre bonheur se discute l [A part.) rage ! tout m'échappe à la fois.
SiR Peter. — Et, bien que vous m'ayez tant recommandé de ne pas faire connaître votre passion à lady Teazle, je suis sûr que, dans l'espèce, elle ne vous est pas hostile.