‹ L'école de la médisance: comédie en cinq actesChapitre 37 sur 43 · francs · texte numérisé non relu

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122 l'école de la MÉDISAt^CE. [ACTE lY

Joseph. — Voyons, je vous en prie, sir Peter, faites-moi un plaisir... Je suis vraiment trop affligé du sujet qui nous occupe pour songer une minute à moi*méme. L'homme que ses amis ont pris pour confident de leurs peines ne peut point...

Entre le Domestique.

Joseph. — Eh bien, monsieur ?

Le DoMESTfODE. *-*• Votre frère, monsieur, est en train de parler à quelqu'un dans la rue, et il dit qu'il sait que vous êtes chez vous.

Joseph, se levant — Morbleu, imbécile, je n*j suis paSi.. Je suis sorti pour toute la journée .

Sir Peter, se levant — Attendez... tin instant... Il me vient une idée .. Ne soyez pas sorti.

Joseph, au domestique, ^- Bien, bien, laissez-le monter. {Le domestique sort, -^ A part.) Il arrêtera sir Peter, en tout bas.

Sir Peter. — Maintenant, mon bon amij rendez-moi un service, je vous en prie..* Avant que Charles h'arrivo, faites-moi cacher quelque part... Vous l'amènerez alors sur le chapitre que nous avons touché, et sa réponse me donnera sar-lechamp satisfaction.

Joseph. — Oh î ô, sir Peter ! voudriez-vous me rendre complice d'an tour aussi mesquin?... Tendre un piège à mon frère, allons donc 1

Sir Peter. — Non, puisque vous dites que vous êtes sûr de son innocence ; s'il en est ainsi,

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vous lui rendrez le plus signalé service en lui donnant Toccasion de se justifier, et vous m'ôterez tout souci. Voyons, vous ne pouvez pas me refuser... {Il remonte,) Ici, derrière ce paraveût, ce sera... Hein! que le diable m'emporte l il me semble qu'il y a déjà quelqu'un... J'en jurerais, j'ai aperçu un cotillon.

Joseph. — Ah! ah! ahl Ma foî, c'est assez ridicule, je vais vous dire, sir Peter, bien que je tienne un homme à intrigues pour quelque chose de fort méprisable, cependant, vous savez, il ne s'ensuit pas non plud qti*on puisse être un Joseph dans toute la force du terme.

Écoutez, c'est une petite modiste française... une sotte drôlesse que j'ai sur le dos... Elle tient un peu à sa réputation et, à votre arrivée, monsieur, elle s'est sauvée derrière le paravent.

SiR Peter. — Ah ! Joseph 1 Joseph! Qui aurait crû cela de vous?... Mais, pardieu, elleja surpris tout ce que j'ai dit de ma femme.

Joseph. — Oh ! ça n'ira pas plus loin, vous pouvez y compter.

Sir Peter. — Non? Alors, ma foi, qu'elle entende jusqu'au bout... Voici un cabinet qui fera aussi bien mon affaire.

Joseph. — Bon, entrez-y.

Sir Peter, entrant dans le cabinet, — Ah !

sournois I mauvais sujet ! sournois !

Joseph. — Je l'échappe belle, en vérité ! et voilà uae drôle d^ ^ï^xi^Won^ séparer ainsi le mari et la femme^

124 l'école de la médisance. [acte iy

L\bY TiiAZLE, montrant la tête. — Puis-je me sauver ?

Joseph. — Cachez-vous, mon ange î

Sir Peter, passant sa tête, — Joseph, serrezle de près.

Joseph. — Rentrez, mon cher ami !

Lady Teazle. — Ne pourriez-vous pas enfermer sir Peter ?

Joseph. — Ne bougez pas, mon trésor !

Sir Peter, paraissant. — Vous êtes sûr que la petite modiste ne jasera pas ?

Joseph. — Rentrez, rentrez, mon cher sir Peter... Mon Dieu, pourquoi n'y a-t-il pas une clef à cette porte !

Entre Charles Surface.

Charles. — Holà! mon frère, qu'est-ce que cela signifie! Votre maraud de valet ne voulait pas d'abord me laisser monter. Êh quoi ! avezvous un Juif ou une fille avec vous?

Joseph. — Ni Tun ni l'autre, mon frère, jo vous assure.

Charles* — Mais pourquoi sir Peter s'est-il enfui? Je croyais que vous étiez ensemble.

Joseph. — Il y était, mon frère ; mais, en apprenant que vous alliez venir, il n'a pas voulu rester.

Charles. — Quoi! le vieux richard a-t-il eu peur que je lui demande de l'argent à emprunter?

Joseph. — Non, monsieur; mais je regrette d'apprendre, Charles, que vous ayez depuis quel-

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que temps donné à ce digne homme de graves sujets de contrariété.

Charles. — Oui, c'est ce que Ton me reproche à l'égard de bien d'autres braves gens... Mais comment cela, je vous prie ?

Joseph. — A vous parler net, mon frère, il croit que vous cherchez à le supplanter dans le cœur de lady Teazle.

Charles. — Qui, moi? grands dieux! ce n'est pas moi, sur ma parole... Ah! ab! ahl ah ! Ainsi, le vieux Gassandre s'est aperçu qu'il avait pris une jeune femme, hein ?

Joseph. — Il n y a pas là de quoi rire, mon frère. Celui qui a le courage de se moquer...

Charles. — Oui, oui, comme vous alliez le dire... Eh bien, sérieusement, je n'ai jamais songé le moins du monde à faire ce que vous m'imputez, sur mon honneur!

Joseph, élevant la voix. — Ma foi, sir Peter sera bien content de le savoir.

Charles. ^ A dire vrai, j'ai cru dans le temps que la dame avait l'air de me trouver de son goût ; mais, parole sacrée, je ne lui ai jamais fourni le moindre encouragement... Du reste, vous savez que mon cœur est à Maria.

Joseph. — Mais, voyons, mon frère, même si lady Teazle eût laissé paraître pour vous le penchant le plus déclaré...

Charles. — • Ma foi, voyez, Joseph, je me flatte de n'avoir jamais de propos délibéré commis une action contre l'honneur. Mais, si une jolie femme venait se jeter exprès à ma tête... et que cette

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jolie femme fût celle d'un homme assez vieux pour en être le père...

JoSBPB. ^Eh bien?...

Gharlbs. — Bhbien, je crois que je serais obligé de...

Joseph. — De?

Charles. -^ D'emprunter un peu de vos principes, voilà tout... Mais, mon frère, savez- vous maintenant que vous m' étonnez énormément, en accolant pion nom à celui de ladj Teazle ; car, ma foi, j*ai toujours compris que vous étiez son favori.

Joseph. — Ohl fi donc, Charles! Voilà une riposte inconsidérée.

Charles. — Pas du tout, j'affirme que je vous ai vu échanger de ces œillades significatives...

Joseph. — Voyons, voyons, monsieur, pas de plaisanterie!

Charles. — Parbleu, je parle sérieusement...

Ne vous rappélez-vous pas un jour que je vins

Joseph. — Voyons, je vous en prie, Charles...

Charles. — Et que je vous trouvai ensenable...

Joseph. — Sacrebleu, monsieur, je vous réitère...

Charles. — Et une autre fois, que votre domestique...

Joseph. — Mon frère, mon frère, un mot!

{A part.) Sapristi, arrêtons-le.

Charles. — Votre domestique, dis-je, informé que...

Joseph. — Taisez-vous I Je vous demande pardon, mais sir Peter a entendu tout ce que nous

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venons de dire. Je savais que vous vous justifleriez; sans cela, je n*eussepas consenti...

Charles. — Comment, sir Peter! Où ést-il?

Joseph. — Pas si haut... {Indiquant le cabinet,) Là!

Charles. — Oh ! par le ciel, il faut ^*11 se montre. Sir Peter, sortez ! [Il se dirige vers le cabinet,)

Joseph, V arrêtante -^ Nofl, non.k»

Charles. — Entendez-vous, sir Peter, avancez à Tordre!... [Il passe outre et ramène sir Peter.) Comment! mon vietti tuteur!... Quoi!

jouer ainsi à Tinquisiteur, poui? Recueillit* des témoignages en cachette! Ohl fl, fi!

SiR Peter. — Donnez-moi la main, Charles*».

Je croîs que je vous ai soupçonné injustement; mais il ne faut pas en vouloir à Joseph i.. la ruse est de moi.

CflAftLEs. —En vérité!

SiR Peter. — Mais je vous fais amende honorable. Je vous promets que je n'ai pluâ du tout do vous aussi mauvaise opinion qu'avant : ce que j'ai entendu m'a causé Une vive satisfaction.

Charles. — Parbleu, alors, c'est heureux que vous n*en ayez pas entendu davantage... [Bas à Joseph,) N'est-ce pas, Joseph?

Sir Peter. — Ah ! vous vôulie» lui rendre la pareille.

Charles; — Oui, oui, c'était ttlie plaisanterie.

Sir Peter. — Oui, oui, Je connais trop bien son honnêteté.

Charles. — Mais, vous auriez pu dans cette

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afifâire le soupçonner aussi bien que moi, après tout... {Basa Joseph,) N'est-ce pas, Joseph?

Sir Petbr. — Bien, bien, je vous crois.

Joseph, à part. — Que je voudrais les voir loin tous les deux !

Sir Peter. — Et désormais, il ne tient qu'à nous de mieux nous connaître.

Entre le DoMESTiQCJE.

Le Domestique. — Lady Sneerwell est en bas, et elle prétend monter.

Joseph, à paré. — Ladj Sneerwell! Diable, il ne faut pas qu'elle vienne ici! {Le domestique sort. — Haut.) Messieurs, je vous demande pardon... Je suis obligé de vous reconduire : voici quelqu'un qui m' arrive pour une affaire particulière.

Charles, — Eh bien, vous pouvez le voir dans une autre pièce. Sir Peter et moi, nous ne nous sommes pas rencontrés depuis longtemps, et j'ai quelque chose à lui dire.

Joseph, à part. — Je ne veux pas les laisser ensemble. Je vais éconduire lady Sneerwell et revenir tout de suite. {Basa sir Peter.) SirPeter, pas un mot de la modiste française. [Il sort.)

Sir Peter, basa Joseph. — Moi? il n'y a pas de danger!... [Haut) Ah! Charles, si vous fréquentiez davantage votre frère, on pourrait vraiment espérer que vous vous amenderiez. C'est un homme à principes, et il n'y a rien au monde de si beau qu'un homme à principes!

Charles. — Bah! il est trop sage de moitié...

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et si jaloux de ce qu'il appelle sa bonne renommée, qu'il recevrait plutôt chez lui un prêtre qu'une ûlle.

Sm Peter. — Non, non... Allons, allons...

TOUS lui faites du tort... Non, non! Joseph n'est pas un Don Juan, mais ce n'est pas non plus tout à fait un saint... {A part.) J'ai grande envie de lui dire... nous ririons si bien aux dépens de Joseph !

Charles. — Oh! que le diable soit de lui!

C'est un véritable anachorète, un jeune ermite.

Sir Peter. — Écoutez... il ne faut pas le malmener à ce point : il peut se faire qu'il l'apprenne de quelqu'un, je vous assure.

Charles. — Quoi! vous n'iriez pas le lui répeter?

Sir Peter. — Non... mais... voici comme... {A part) Parbleu, je vais tout lui dire... {Haut.) Ecoutez-moi... avez-vous envie de bien vous . amuser aux dépens de Joseph?

Charles. — Ce serait mon plus vif désir.

Sir Peter. — Eh bien, ma foi, soit!... Il a bien révélé ma cachette, lui : nous serons quittes... (Bas,) Il avait une fille aveq lui quand je suis entré.

Charles. ^ Comment! Joseph?... vous plaisantez.

Sir Peter. — Chutl... une petite modiste française... et le plus drôle de l'affaire... c'est qu'elle est encore ici.

Charles, montrant le cabinet, — Dieu me damne, là-dedans?

130 l'école o.e la aîÉDisiVNGE. [acte TV

Sir PeteHi désignant le paravent. — Chut!

voyea !

Charles. — Derrière le paravent! Parbleu, faisons-la sortir.

Sir Peter. — Non, non... il va revenir... je ne veux pas, non !

Charles. — Ohl mon Dieu, rien qu'un petit coup d'œil à la petite modiste ! (// se dirige ver$ le paravent, malgré les efforts de sir Peter,)

Sir Peter. — Non, je vous en conjure... Joseph ne me pardonnera jamais...

Charles. — Je prendrai votre défense...

Sir Peter. — Bonté divine, le voici! (Entre . Joseph Surface^ au moment où Charles reu' verse le paravent,)

Charles. — * Ladj Teazlel ma parole, e^est impayable!

Sir Pïtbr. •»— Lady Teaale! oh! c'est épouvantable I

Charles. ^^ Sir Peter, vaioi une des plus piquantes modistes françaises que j'aie jamais vues. Parbleu, voijs avez tous l'^ir de ygus être amusée ici 1^ cache-cache, et JQ uê yqIs p^$ que personne ait deviné juste... Vous prie|'^i-je, mi*ladj,de ift'instrnire?...Pas un mot|.,,^çn fr^^e, vous plairait-il de me mettre au fait?... Eh quoi! laMoralq estpiuette aii^si?... Sir Petep, feie» que je vous aie trouvé dans les ténèbres, peut-être y voyez-voup clair maintemantf... Mptus ^ur toute la ligne !..« Fort bien... Malgré mon impuissance à rien démêler de tout ceci, j*?itîne à croire que vous vous comprenez parfaitei^ent l'un l'autre... Je vous abandonne' donc à vous-

se. m] l'école de la médisance. i31

mêmes, (^n s'en allant,) Mon frère, je yois avec peine que vous ayez donné à ce digne homme d'aussi gr^ives motifs de cpijtrariété... Sir Peter, il Pr'y a rien au monde de si beau qu'un homipûiûJi principes! [Il sort Joseph, Sir Peter et Lady Teazle restent qiçelque temps immobiles à se regardi^r,]

Jqsiîph. -^ Sir Peter.,, quoique,., je le confesse,.. }es apparences soient contre moi... si vous voulez me prêter quelques instants d'attention, je ne fais aucun doute... que je i^e puisse expliquer tout à votre satisfac^tioft,

SiR PjBTBR. — S'il vous plaît, monsieur !

JospfH. -B- LjO fait est, mpft^iêur, que Lady Teazle, sachant mes vues sur votre pupille M^ria... je di?, iftpnsieur, que L^dy Tea?il0, redoutant votre caractère jaloux.,, et connaissant mon amitié pour la faipille,., pailady, di^^g^, monsieur... est venue ici... dans i§ dess^ii^ de,., rer cevoir confidence de? vues 4ont je vous ai parlé,., Mais, à votre arrivée... yedputapt... comuae je l'ai déj4 dit... vqtrg jalousie.,, elle s'est retirée... et voilà, vous pouvez m'en croire, toute la vérité sur cette affaire.

Sir Petkïj. -^ Vpilà utie versioft trèg-claire, sur ma parole ; et j'affirmerais que padanae la confirmera de tout point.

Lady Teazlp, s'avançant. — Vous vous trompez beaucoup, sir Peter.

Sir PfiTBR, ^— Gomment! vous ne jugez môme pas nécessaire de vous entendre poyr tt^entir

Lady Teazle. -^ Il n'y a pps ui^e syllabe de vrai dans ce que monsieur vous a dit.

432 l'écolh) de la médisance. [acte iv

SiR Peter. — Parbleu, madame, je n'ai pas de peine à vous croire 1

Joseph, bas à Lady Teazle, — Au nom du ciel, madame, voudriez-vous me trahir?

Lady Tëazle. — Cher monsieur Lovelace, avec votre permission, je ne parlerai que pour moi.

Sir Peter. — Oui, monsieur, laissez-la faire; vous verrez qu'elle va nous servir une histoire qui vaudra bien la vôtre, sans que vous ayez à la souffler.

Lady Teazle. — Entendez-moi, sir Peter î...

Je ne suis pas du tout venue ici au sujet de votre pupille, et j'ignorais même les vues de monsieur sur elle. Je n'y suis venue qu'entraînée par son insidieuse rhétorique, tout au moins pour entendre l'aveu de sa prétendue passion, sinon pour sacrifier votre honneur à son infamie.

Sir Peter. — Maintenant, allons, je crois que nous approchons de la vérité.

Joseph. — Cette femme est folle !

Lady Teâzle. — Non, monsieur : elle est revenue à la raison, et grâce à vos fourberies même... Sir Peter, je ne puis espérer que vous me croyiez... mais la tendre sollicitude que vous avez manifestée pour moi, alors que vous ne pouviez certainement soupçonner ma présence, m'a été tellement au cœur que, si j'eusse pu sortir et éviter la honte de me voir tirer de ma cachette, ma conduite à l'avenir vous eût garanti la sincérité de ma reconnaissance. {Elle passe.) Quant à cet hypqcrite au mielleux langage, qui voulait séduire la femme de son trop crédule ami, tout en feignant de porter d'hon-

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nêtes hommages à sa pupille... je le vois maintenant sous un jour si profondément méprisable, que je ne me pardonnerai jamais à moi-même de l'avoir écouté. {Elle sort,)

JosBPH. — 'Tout cela est bel et bon, sir Peter, mais le ciel sait...

Sir Peter, passant. — Que vous êtes un misérable!... Et, là-dessus, je vous livre à votre conscience.

Joseph. — Vous vous emportez trop vite, sir Peter; vous devez m'entendre... L'homme qui ferme la porte à la conviction en refusant de...

SiR Peter. — Oh I la -peste soit de votre morale! {Ils sortent, Joseph parlant toujours,)

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