‹ L'école de la médisance: comédie en cinq actesChapitre 38 sur 43 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

La bibliothèque chez Joseph.

Entrent Joseph Surface et le Domestique.

Joseph. — M. Stanlej!... et pourquoi avezvous cru que je voulais le voir? Vous deviez savoir qu'il vient pour me demander quelque chose.

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Le Domestique. — Monsieur, je ne Taurais pas laissé entrer, si M. Rowley ne Tavait accompagné.

. Joseph. — Bah ! imbécile î aller supposer que je guis d'humeur maintenant à recevoir la visite de parents pauvres!.. Eh bien, qu'attendez-vous pour faire monter cet individu ?

Lb Domestique. — J'y vais, monsieur... Mais, monsieur, ce n'est pas ma faute si sir Peter a découvert milady...

Joseph. — Assez, Idiot! {Le domestique sort.) Vraiment, dame Fortune n*a jamais joué jusqu'ici pareil tour à un homme de ma force. Ma réputation aux yeux de sir Peter, mes espérances sur Maria, détruites en un instant! Je suis dans une belle disposition d'esprit pour prêter attention aux malheurs d^s autres ! Je me sens incapable de faire à ce Stanley même la charité d'une maxime de bienfaisance... Allons! le voici, accompagné de Rowley, Il faut cependant que je tâche de rentrer en possession de moi-même, et d'amener sur mon visage un peu de compassion. {Il sort.)

Entrent Sir Oliver Surface et Rowley.

Sir Oliver» — Gommei^t! il nous fuit!...

N'est-ce pas lui qui sort?

Rowi^BY. — Si, monsieur. Mai» je crois que vous êtes entré un peu trop inopinén^e^t. 8^3 nerfs sont sensibles à ce point, qu'il peut avoir de la peine à supporter la vue d'un parlât

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pauvre. J'aurais dû me présenter d'abord pour l'y préparer.

Sir Olivbr. — Oh! peste soit de ses nerfs!

C'est donc ià celui que àir Peter exalte comme un homme du caractère le plus strviable 1

RowLEY. — Pour ce qui est de son caractère, je ne saurais avoir la prétention de le juger ; car, à lui rendre justice, il paraît avoir autant de charité en théorie que quiconque du royaume. Seulement, il ne se livre pas souvent au plaisir de là mettre en pratique.

Sir Oliver» — Il doit avoit alors, je suppose, comme un chapelet de charitables préceptes au bout des doigts.

RowLEY. — Ou plutôt au bout de la langue, sir Oliver; car je crois qu'il n'y a pas ici de précepte plus estiméque celui de : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. »

Sm OLiVEh* — Et la sienne, je présume, ressemble à ces gens casaniers qu'on ne voit jamais sortir de chez eux pour prenctre un peu d'exercice.

RowLEY. -^ Je crains que vous n'en fassiez vous-même l'expérience... Mais le voici. Il ne faut pas que j'aie l'air de vous gêner ; et, vous savez, immédiatement après que vous l'aurez quitté, je reviendrai annoncer votre arrivée sous votre nom véritable.

Sir Oliver. — Oui, et ensuito vous me rejoindrez chez sir Peter.

Rowley. — Sans perdre une minute. {Il sort.)

Sir Oliver. — Je n'aime pas cette physionomie doucereuse.

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Entre Joseph Sctrface.

Joseph. — Monsieur, je vous demande mille pardons de vous avoir fait attendre un instant.. •. monsieur Stanley, je crois?...

Sir Oliver. — Pour vous servir.

Joseph. — Monsieur, je vous prie de vouloir bien me faire Thonneur de vous asseoir... Je vous en supplie, monsieur!...

Sir Oliver. —Mon cher monsieur... ce n'est pas la peine... {A part,) Beaucoup trop poli!

Joseph. — Je n*ai pas l'avantage (le vous connaître, monsieur Stanlej; mais je suis heureux au dernier point devoir que vous ayez si bonne mine. Vous étiez proche parent de ma mère, je crois, monsieur Stanley?

Sir Oliver. — Oui, monsieur... si proche parent que ma misère actuelle, je le crains, pourrait nuire à la considération de ses riches enfants ; sans cela, je n'aurais pas osé venir vous importuner.

Joseph. — Mon cher monsieur, il n'est pas besoin de vous excuser : celui qui est dans le malheur, lors môme qu'il serait étranger, a le droit de revendiquer sa parenté avec les riches. Que ne suis-je du nombre de ces derniers I Je le voudrais assurément, et qu'il fût en mon pouvoir de vous offrir seulement un léger secours.

Sir Ouver. — Si votre oncle, sir Oliver, était à Londres, j'aurais un ami.

Joseph. — Je voudrais qu'il y fût, monsieur, de tout mon cœur : je vous servirais d'avocat auprès de lui, croyez-moi, monsieur.

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Sir Oliver. — Je n'en aurais pas besoin... il suffirait de mes malheurs pour me recommander Mais je m'imaginais que, grâce à sa munificence, vous pouviez m'obliger à son défaut.

Joseph. — Mon cher monsieur, vous êtes fort mal renseigné. Sir Oliver est un brave homme, un très-brave hompie ; mais l'avarice, M. Stanley, est le défaut de son âge. Je vous dirai, mon bon monsieur, en confidence, que ce qu'il a fait pour moi ou rien, c'est la môme chose; ce qui n'empêche pas, je le sais, que le* monde ne pense le contraire ; et, quant à moi, je me suis bien gardé de démentir ce bruit.

Sir Oliver. — Comment! il ne vous a pas fait parvenirdeslingots... desroupies... des pagodes*?

Joseph. — Oh ! cher monsieur, rien de semblable... Non, non... quelques cadeaux par-ci, par-là... des porcelaines, des châles, du thé noir, des diablotins et des pétards indiens... pas davantage, je vous l'assure.

Sir Oliver, à part. — Voilà son grand merci pour mes douze mille livres*... Des diablotins et des pétards indiens !

Joseph. — Et puis, moucher monsieur, vous avez certainement entendu ' parler des folies de mon frère : il y a bien peu de gens capables de croire ce que j'ai fait pour ce malheureux jeune homme.

Sir Oliver, à part, — Ce n'est toujours pas moil

i. Monnaies d'or et d'argent ayant cours dans J'Hindoustan.

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