LA HANTISE DE L'HYPERTENSION
l’évaluer. L’appareil lui a donné une indication, à lui d’en estimer la valeur.
C’est qu’en effet cet excès de pression du sang peut résulter de bien des causes. On pense pouvoir le mettre logiquement, dans un grand nombre- de cas, au compte d’un obstacle à la circulation existant, par exemple, au niveau du rein. Le filtre délicat qui doit éliminer les déchets toxiques de notre organisme est encrassé, le liquide ne peut plus passer. Un coup de pompe plus fort est indispensable pour forcer le barrage, le cœur le donne.
Soit, mais l’obstacle ne peut-il siéger autre part que dans le rein? Beaucoup le croient, qui pensent que cela se peut faire au niveau des plus petites artères qui, sous des influences diverses, diminuent, par contraction, leur calibre, ce qui réalise l’obstacle invoqué. Influences diverses, disons-nous, où l’on incrimine d’abord ce système nerveux spécial dont on retrouve l’intervention dans tous les actes et tous les mouvements de notre organisme, le sympathique. Et comme celui-ci est en relation étroite avec ces stupéfiantes petites usines que l’on appelle les glandes à sécrétion interne, voici que ces dernières ont aussi leur mot à dire. Le sympathique, pense : t-on, peut aussi agir directement sur le cœur et intensifier sa force d’impulsion, tout en accroissant la rapidité de son rythme. Quant à savoir ce qui peut irriter ce souverain maître de nos fonctions, rien que pour l’énumérer, il faudrait passer en revue toute la pathologie, depuis les tares plus ou moins sérieuses que nous apportons en naissant, jusqu’aux maladies aiguës dont nous avons souffert les atteintes, aux infections comme la syphilis, aux intoxications de tout genre que nous valent
la vie que nous menons et nos fautes journalières contre l’hygiène. Quel imbroglio et comment en voudriez-vous sortir avec comme seule donnée le fameux chiffre, dépouillé de tout ce qui peut l’expliquer?
Mais, direz-vous, quelle qu’en soit la cause, l’hypertension ne peut-elle être menaçante par elle-même? Certes, et je me garderai bien de dissimuler ses inconvénients et même ses dangers. Mais, si réels que soient ces derniers, ils ne relèvent guère que des excès de tension très marqués, et ce degré de l’hypertension, nous avons vu combien il vous était impossible de l’apprécier. Impossibilité qui se double de ce fait que la résistance à ces pressions exagérées dépend d’un grand nombre de facteurs qu’il faut encore savoir interroger pour se faire une idée exacte du péril.
Au reste, si l’hypertension est parfois un danger, on peut soutenir aussi qu’elle est un bien, au moins dans un bon nombre de circonstances. Si paradoxale que doive sembler cette opinion, elle n’en est pas moins des plus légitimes. Voici ce que dit à ce propos un spécialiste des plus qualifiés, M. Faugères Bishop, professeur de cardiologie à l’université de Fordham : « L’hypertension signifie toujours que la personne atteinte n’est pas parfaitement bien portante ; mais elle signifie aussi que la nature fait un effort net pour compenser quelque défaillance organique, et à cet égard elle est un signe favorable. » Il n’est, au demeurant, que de réfléchir. S’il y a, pour reprendre l’explication fournie tout à l’heure, un obstacle, il faut le surmonter ou périr. Que deviendriez-vous si le cœur n’avait pas rempli tout son devoir, s’il ne luttait
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pas par un coup de pompe plus énergique, par un accroissement de pression?
M. Bishop va plus loin, puisqu’il déclare : « Une pression élevée est une nécessité pour les organismes usés. « Il ajoute même : « Un dps jours 'les plus heureux de ma vie professionnelle fut celui où je découvris cette vérité et où je cessai mes vaines tentatives pour réduire la pression des malades. » Entendez par là pour faire descendre la tension qui n’a d’autre cause que cette usure de l’organisme. N’en inférez pas que toute lutte contre l’hypertension est inutile. Le médecin, au contraire, l’engage toutes les fois que la chose est nettement pathologique, et surtout lorsqu’il peut agir sur la cause même du trouble. Or, le cas est fréquent. Il est des hypertensions légères qui disparaissent par le seul fait d’un régime de vie bien réglé. Il en est d’autres qui, même accentuées, s’abaissent chez les sujets bien soignés. Il est enfin des tensions qui, même fortes, sont compatibles avec une longue existence, bien qu’elles ne consentent pas à décroître.
Concluons. L’hypertension, c’est un symptôme, ou, pour tout dire, c’est un chiffre. Ce chiffre, par lui-même, ne doit pas vous émouvoir, car vous êtes dans l’impossibilité de savoir s’il n’est pas, pour vous, normal, et, au cas où il ne le serait pas, ce qui le conditionne. Laissez donc le médecin se servir de ses appareils quand il estime que c’est nécessaire, et alors seulement. Souffrez qu’il garde pour lui, s’il le juge bon, le chiffre qu’il a trouvé et qu’il est le seul à pouvoir interpréter. S’il découvre chez vous, à ce point de vue, quelque chose de sérieux, il vous en fera part, soyez-en sûr, car il a besoin de votre collaboration pour vous rendre la santé.
Je me souviens d’une dame qui était souffrante et à qui une amie demandait : « De quelle maladie êtes-vous atteinte? — Cela ne me regarde pas, répondit-elle, c’est l’affaire du médecin qui me soigne. » Ne pensez-vous pas qu’elle n’avait pas tout à fait tort?