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L’ALIMENT VIVANT

Cette « anticipation » pouvait impressionner à l’époque déjà lointaine où, quand on voulait régler la ration alimentaire d’un homme, on se souciait seulement de calculer le nombre de calories qui lui étaient nécessaires et où l’on pensait que, pourvu que ces calories lui fussent dispensées, il était bien indifférent : de savoir d’où elles provenaient. La cornue du chimiste, à la condition de réaliser un peu plus complètement qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent la synthèse des matières organiques, devait pouvoir fournir ces calories tout aussi bien que la viande, le pain, les légumes et les fruits dont nous faisons notre ordinaire. La théorie avait déjà conduit à des conclusions étonnantes, comme celle qui proclamait la valeur nutritive de l’alcool. Nous savons maintenant que, mise en pratique, elle eût mené tout droit à des désastres.

C’est qu’en effet il y a dans nos aliments autre chose que des substances protectrices d’énergie ou réparatrices des usures inévitables. Gabriel Bertrand et Delezenne nous ont montré toute la valeur d’ « infiniment petits chimiques » sur lesquels, en raison de la quantité extraordinairement minime qui nous en est indispensable, on ne saurait établir des calculs de ce genre. Ces éléments ne sont pas les seuls que notre organisme exige. Plus récemment, on en a individualisé d’autres dont on parle beaucoup et qui, cependant, nous demeurent quelque peu obscurs. On leur a donné le nom de « vitamines />. Un grand nombre d’auteurs considèrent que ces éléments sont vivants et l’on peut dire, en usant d’une précaution oratoire familière au langage scientifique, que « tout se passe comme si » ils l’étaient. L’hypothèse n’a rien qui puisse nous faire reculer. Malgré tant et tant de recherches,

les phénomènes dont les êtres vivants sont le théâtre conservent une caractéristique qui n’appartient qu’à eux, que nous n’avons jamais pu résoudre en réactions physico-chimiques ni reproduire à notre guise, et qui est la vie. Il semblera donc indispensable que, pour les constructions intimes, si compliquées, que l’organisme réalise à chaque instant et dont les aliments sont les matériaux, ceux-ci apportent avec eux ce principe de vie et le lui transmettent. Les vitamines peuvent parfaitement être le véhicule, le support de ce principe mystérieux. En tout cas, lorsque l’on fait agir sur les substances qui les contiennent les agents destructeurs de la vie, on les fait disparaître. Ne peut-on dire qu’on les tue?

Prenons un exemple. Pour nourrir l’enfant privé de lait sinon maternel (une rareté à l’heure présente) du moins féminin, on utilise celui de ■ la vache. Comme ce dernier peut renfermer certains microbes particulièrement nuisibles, on prend la précaution de le stériliser en le portant à haute température. Or il arrive parfois qu’au bout de quelques mois de ce régime, qui contient cependant tout ce qu’il faut au nourrisson pour vivre et croître, il dépérit. Il souffre des membres au point de crier quand on approche de son berceau, car il a peur du contact des mains, si tendres soient-elles, qui veulent le saisir; ses articulations sont tuméfiées* des hémorragies sourdent par ses gencives et sous sa peau, son anémie est profonde. Maladie bien connue maintenant sous le nom de scorbut infantile. Voulons-nous la guérir promptement? Donnons à l’enfant du lait frais, vivant et, tout de suite, une ou deux cuillerées de jus d’orange ou de citron

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