L'ALIMENT VIVANT
entre ses prises de nourriture. Tout va se rétablir, et si bien que nous pourrions môme continuer l’administration du lait stérilisé à la condition de ne pas oublier le jus d’orange. Celui-ci a apporté, dans le régime cet élément de vie que la stérilisation avait détruit. Tout est sauvé.
Est-ce par un abus de raisonnement déductif que l’on a conclu de ces faits à l’existence dans le jus de fruits d’une de ces vitamines,-celle dont l’absence dans les aliments stérilisés peut provoquer justement l’apparition du scorbut? Question secondaire, au moins du point de vue pratique, qui est celui où nous voulons nous placer. On admet, à l’heure actuelle, suivant le même raisonnement, l’existence de trois vitamines que l’on désigne par les trois premières lettres de l’alphabet. Celle dont nous venons de parler correspond à la lettre C. La vitamine A est indispensable à la croissance de l’individu; lorsqu’elle fait défaut, le calcium, dont je parlais récemment, se fixe mal dans l’organisme et l’on voit apparaître le rachitisme. Quand c’est la vitamine B qui manque, c’est le béri-béri qui sévit, une maladie qui est surtout connue e.n Extrême- Orient et qui se manifeste, notamment, par des paralysies. D’autres lettres de l’alphabet ont même été mises à contribution.
Il y a dans tout cela, évidemment, une grande part de supposition, bien que l’expérimentation et la clinique, sur lesquelles je ne saurais m’étendre, apportent des arguments que l’on ne peut tenir pour inexistants. Ce que l’on peut reprocher à cette conception, c’est que nous ne connaissons, en somme, lesdites vitamines que par leurs effets. C’est ce qui nous arrive déjà pour les ferments, dont j’ai parlé il y a quelque temps. Certains,savants
pensent avoir isolé au moins l’une de ces vitamines, mais ils n’en sont pas sûrs. Nous ne saurions être plus affirmatif qu’eux. Leur composition reste donc des plus vagues. Leur mode d’action est également obscur, et cependant bien des explications ingénieuses ont été proposées, ne serait-ce que celle d’Auguste Lumière. Mais il faudrait beaucoup de place pour seulement les esquisser.
Savons-nous au moins d’où viennent les vitamines? L’homme est bien incapable de les fabriquer, et les animaux dont il mange la chair sont logés à la même enseigne. Il faut donc que ces derniers les puisent dans les végétaux dont ils font leur nourriture. Ces végétaux les ont trouvées certainement dans la terre, préparées peut-être par ces microbes du sol qui jouent un rôle si important dans l’utilisation par les plantes des substances minérales. Ici nous nous arrêtons. Nous sommes sur la limite si incertaine qui sépare la matière brute de la matière vivante. C’est le domaine de ce mystère que nous n’avons pas éclairci. Nous y ressentons quelque vertige, comme au bord des espaces célestes. L’infïniment petit garde des secrets aussi angoissants que ceux de l’infiniment grand.
Réfugions-nous donc dans la vie courante et, plus prosaïquement, pratique. Les aliments frais contiennent, pouvons-nous dire en résumé, des substances dites vitamines et sans lesquelles nous ne saurions les assimiler. Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette donnée? ,
En considérant le problème du point de vue absolu, nous serions amenés à ne consommer que des aliments crus. C’est bien difficile, pour ne pas dire plus. Je sais bien que, en ce qui concerne la