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LES ANIMAUX A LA RESCOUSSE

besoin, aux précédentes, ou s’efforçant d’en tenir lieu, constitueraient un procédé de lutte efficace et ne réclamant que peu de soins.

Dans toute guerre, les belligérants ont toujours tenté d’avoir des alliés, qu’ils choisissaient, naturellement, parmi les ennemis de leurs adversaires. L’homme n’a pas hésité à s’humilier quelque peu en demandant ainsi leur appui à des animaux pour qui les moustiques et surtout leurs larves sont une proie convoitée. Comme ces larves vivent dans l’eau, c’est aux poissons qu’il s’est adressé et, d’études assez complexes, il est parvenu à conclure que nombreux étaient ceux qui pourraient lui rendre le signalé service de dévorer les moustiques avant qu’ils fussent en âge de naître à la vie aérienne.

C’est un peu partout à la surface du globe que de pareilles recherches ont été faites, et les résultats obtenus ont été partout les mêmes, qu’il s’agît de combattre, par exemple, les anophèles, qui transmettent la malaria, ou les stegomyes, vecteurs de fièvre jaune. Legendre a étudié la question en Indochine et à Madagascar, Fergusson dans l’Illinois, Karamana en Grèce, Eigenmann aux États- Unis, Molloy au Nicaragua et au Venezuela, Haslam en Guinée. A ces noms il en faudrait ajouter beaucoup d’autres pour donner une idée de cette mobilisation de naturalistes et de médecins qui ont cherché à approfondir ce chapitre spécial d’une grande tâche de salubrité.

L’un d’entre eux a ainsi résumé les qualités que doit posséder un poisson pour être, dans cette guerre à la gent entomologique, notre brillant second : capacité de manger des larves de mous-

tiques aussi volontiers que d’autres nourritures; possibilité de vivre là où vivent les moustiques; faculté de reproduction rapide ; abondance, faculté d’adaptation et de distribution étendue; tempérament actif et agressif.

En tête de la liste des poissons qui satisfont pleinement aux conditions de ce concours original se place la grande famille des cyprinidés. Son représentant le plus éminent, au point de vue spécial qui nous occupe, est le poisson rouge. Mais la carpe, la tanche, le gardon, le chevesne, voire le goujon, font encore partie du groupe-lauréat, et ils nous rendent, souvent sans que nous nous en doutions, le grand service de dévorer des larves à foison. Ce sont là évidemment des poissons communs et qui ne nous font pas défaut. On peut les acclimater facilement dans tous les étangs suspects.

Cela n’est valable que pour nos régions. A l’étranger et dans nos colonies, il a fallu élire d’autres espèces. On en a trouvé sans trop de peine. Citerons-nous la perche malgache et l’éléotris qui, à Madagascar, débarrassent les rizières d’une quantité considérable de nos minuscules ennemis, le Gambusia affinis qui rend de grands services dans l’Amérique du Nord, le Bhodeus amarus, hôte commun du lac de Doiran, et les Paraphoxinus qui vivent dans les lacs de Prespa et d’Ochrida et qui ont été proposés pour assainir les cours d’eau de Macédoine dont nous savons par expérience qu’ils ont bièn besoin de l’être? La liste serait longue de tous les poissons à qui on a des raisons de donner un poste hygiénique de confiance. Nous n’infligerons pas au lecteur ce catalogue aux noms bizarres et compliqués. Nous demandons seulement la permission de citer encore un animal particulièrement

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précieux, le Pœcilia, utilisé au Nicaragua, qui se faufile partout, môme dans les tonneaux où l’on conserve l’eau potable, et duquel M. Molloy a pu dire que quand un récipient est trop petit pour que l’animal y vive, il n’est pas, en ce qui concerne les moustiques, dangereux.

Mises à part quelques espèces assez robustes, les cyprinidés ont, à côté de leurs qualités, quelques sérieux inconvénients. Beaucoup d’entre eux réclament une eau aérée et relativement pure ; ils sont, à l’état adulte du moins, d’un prix élevé ; leur transport et leur multiplication sont malaisés à assurer. Aussi a-t-on recherché si quelques animaux plus résistants ne pourraient pas les remplacer. M. Raphaël Dubois, sauf erreur, a proposé l’anguille qui s’accommode de toutes les eaux, fussent-elles souillées, qui se régale des larves de moustiques et qui serait même capable d’attraper des insectes adultes en sortant son museau de l’eau. Nous ignorons si cette proposition a été suivie d’essais pratiques.

Mais n’y a-t-il que les poissons que nous puissions ainsi promouvoir au grade d’alliés de l’homme? M. Campbell veut y ajouter les chauves-souris. Celles-ci sont de grandes destructrices d’insectes de toute sorte. Elles seraient en outre dotées d’une rate quatre fois plus développée, toutes proportions gardées, que celle de l’homme, et la rate fabriquerait des substances destructrices du microbe paludique. M. Campbell exerce, à l’égard de la protection et de la multiplication des chauves-souris, un véritable apostolat, à tel point qu’il préconise, encourage ou réalise lui-même la construction, dans les pays à malaria, de refuges pour ces animaux, où ils peuvent se mettre à l’abri et se reproduire en paix.

On fait d’ailleurs, semble-t-il, d’une pierre deux coups en suivant ce conseil, car on récolte aisément, dans ces « roosts », et en abondance, un guano très riche en quoi l’agriculture trouve un excellent engrais. Dans plusieurs États d’Amérique, les gouverneurs, sur l’initiative de M. Campbell, ont pris des arrêtés de protection des chauves-souris. Est-ce qu’on ne pourrait pas envoyer à l’école là-bas tous ceux qui, chez nous, détruisent, pour le seul plaisir de tuer, les • chauves-souris, les oiseaux, tous les oiseaux, qui sont des auxiliaires précieux de l’homme et non pas des ennemis qu’il doive pourchasser?

Il reste à envisager un dernier point de vue, passablement original, dont le principal tenant est M. Roubaud. Point de vue un peu humiliant, sans doute, pour l’homme, puisqu’il consiste à espérer que, moyennant quelques sacrifices propitiatoires, les insectes nous laisseraient peut-être en paix.

Cette « prophylaxie trophique », suivant l’expression de celui qui la propose, repose sur ce fait, qu’il considère comme démontré, que les parasites ne s’en prennent à l’homme que faute de proies qui leur seraient plus agréables. Passons sur tous les faits allégués par M. Roubaud et qui ne rentrent pas spécialement dans notre sujet. En voici d’autres, plus de circonstance. Si le ver de Guinée, qui est une larve de diptère, s’attaque aux nègres qui couchent à même le sol de terre battue des cases, c’est qu’ont disparu certains suidés sauvages qui étaient ses hôtes préférés. La tique de l’homme, propagatrice de la fièvre récurrente, ne s’en prend à nos congénères que si, févérence parler, il n’y a pas assez de porcs dans la région. La terrible tsétsé du centre africain se nourrit plus volontiers du

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