LA DÉGRINGOLADE
e transformisme — très attaqué en ce moment,
mais qui ne semble pas s’en porter plus mal
AJ — nous enseigne qu’en abandonnant la marche à quatre pattes pratiquée par ses lointains ancêtres, l’homme a conquis sa place présente de roi de la création, assuré le. développement de son cerveau et acquis cet instrument sans rival qu’est la main à pouce opposable. L’opinion se peut soutenir, mais il est permis de penser aussi que ce n’est pas sans risques qu’il a modifié de la sorte sa statique corporelle. Les organes situés dans nos grandes cavités, et particulièrement ceux de l’abdomen, ont pris ce jour-là une tendance fâcheuse à quitter leur situation bien équilibrée, et attirés par la pesanteur dans une direction anormale, à choir en des lieux qui n’étaient pas disposés pour les recevoir.
Cette explication vaut ce qu’elle vaut, pas grand’chose sans doute, puisqu’elle est basée sur une théorie, c’est-à-dire, suivant Montesquieu, sur la « fable » de la science. Elle ne considère, d’ailleurs, le problème que sous un aspect très général et s’efforce seulement de distinguer la cause première
ïjui fait que les organes abdominaux peuvent « tomber » alors qu’on se les figurait immuablement fixés en une place définitive. Mais ces chutes, ou « ptoses, » sont bien réelles ; suivant le conseil de M. Charles Richet, ne sacrifions pas les faits, qui sont toujours vrais, à la théorie, qui est toujours fausse, et venons-eii à cës faits eux-mêmes.
Ces ptoses ne nous sont pas connues depuis très lohgtemps. Leur histoire ne commence guère qu’avec l’étude qu’en fit un praticien de haute valeur, aujourd’hui décédé, et qui s’appelait Frantz Glénard. Ce fut lui, on peut le dire, qui découvrit que la chute du rein, bien décrite longtemps avant par Rayer, médecin de Napoléon III, n’était pas un phéiiomènë isolé, que d’autres organes, et même presque tous ceux que renferme le ventre, intestin, estomac, foie, etc., pouvaient suivre le mouvement et même être en cette matière les premiers responsables. Il nous apprit aussi à reconnaître ces changements de position, à interpréter les symptômes fonctionnels qu’ils entraînent, à les soigner enfin. Lorsque, beaucoup plus tard, la radiographie vint, avec sa bienfaisante indiscrétioh, nous permettre de voir dans l’intérieur du corps et mit sous nos yeux ce que jusqu’alors nos mains seules avaient përçu, elle ne fit que confirmer ces travaux et apporter à l’initiateur la Consécration de ses patientes recherches.
Laissant cette fois de côté l’hypothèse première, tâchons de nous rendre coiüpte des câuSes qui peuvent déterminer ces déplacements pleins d’inconvénients. Foie, estomac, intestin, reins ne sont pas, fort heureusement, libres dans la grande cavité où la nature lésa placés. Ils sont, si l’on peut
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dire, arrimés à leur place par des sortes de cordages représentés par des ligaments, expansions du vaste sac séreux qui enveloppe tous ces viscères et auquel on a donné le nom de péritoine. Ils sont, en outre, maintenus en place par la paroi abdominale et surtout par les müscles qui en constituent la partie la plus résistante^ Cëtte paroi est, en somme, le grand artisan de ce rangement parfait des organes. Comme une sangle large et puissante, elle soutient Cet ensemble et soulage d’autant les ligaments, lesquels ne Sont pas d’une résistance à toute épreuve. Qu’elle vienne à faillir à sa tâche, ces ligamënts céderont à leur tour et la dégringolade s’ensuivra.
Cette insuffisance de la paroi abdominale, nous la rencontrerons de préférence chez la femme, dont les muscles n’ont pas la solidité, le « tonüs » de ceux de l’homme. Sur ce chapitre du moitis, elle représente bien le sexe faible. Ses pltis nobles fonctions concourent encore à l’affaiblir. La grossesse distend la paroi de l’abdomen d’Uiie fâçoh considérable. Elle y perd sa souplesse et ne revient pas toujours exactement à son intégrité première, feurtout si les enfantements ont été nombreux et peu éloignés l’ünde l’aütre.
Une seconde cause réside dans l’amaigrissement qüi suit, par exemple, les très grandes maladies ou qüi accompagne les affections digestives. Si l’amaigrissement a été volontaire (je me suis laissé dire que le fait n’était pas rare à notrè époque), la même cause pourra produire les mêmes effets. La paroi de notre abdomen est, en effet, doublée d’une couche de graisse qui fait partie intégrante de sa structuré. Que cette couche disparaisse, le Contenant devient trop grand poür le contenu et le maintien eh place des viscères est compromis. Cela
d’autant plus que certains organes, le rein par exemple, sont bardés aussi de graisse qui contribue à les immobiliser et que cette graisse-là, dans l’amaigrissement, disparaît comme l’autre.
Glénard, dans ses travaux, auquelsilfaut toujours revenir, inculpait d’autres mécanismes encore. Il tenait que la constipation, en maintenant dilaté le gros intestin, l’alourdit et qu’il distend alors les ligaments chargés de le maintenir. Il disait que les maladies fébriles affaiblissent nos tissus, aussi bien ceux qui constituent les ligaments en question que ceux qui concourent à l’architecture des parois du ventre. Diminution de solidité dont les organes profitent pour remplacer l’ordre par; le désordre.
Il est cependant une cause certaine de ptose qui a, pour ainsi dire, disparu le jour où la femme s’est affranchie d’un tyran qu’elle s’était imprudemment donné à elle-même. Le corset de nos grand’mères, cet instrument de torture ququel elles demandaient une taille qui rappelât celle de la guêpe, exerçait sur le foie une pression de haut en bas à laquelle résistait mal la piètre vigueur des ligaments sollicités. Grâces soient rendues, pour une fois, à la mode, plus souvent coutumière de gestes défavorables que de décisions heureuses.
Avec le corset, la dégringolade commençait donc en général par le foie. Sous d’autres causes, il semble bien que ce soit le gros intestin qui mène fréquemment la danse. Représentons-nous sommairement sa situation. Il se compose de trois sections : la première, ascendante, monte depuis la partie droite du bas-ventre, séjour de l’appendice, jusque sous le foie; puis vient une section horizontale, qui traverse le ventre de droite à gauche.; enfin une section descendante qui va de l’hypo-