Voir : D' Henri Bouquet. La médecine du temps présent
3* partie, chap. n.
RÉHABILITATION. 37
manger jusqu’à notre dernier jour, et Solon, au dire de Montaigne, ne professait-il pas que « le manger estoit comme les aultres drogues, une médecine contre la maladie de la faim? »
La même opothérapie thyroïdienne, maniée cette fois avec plus de discrétion, est dispensée avec succès aux sujets qui ne souffrent que de quelques désordres de même origine. Ici des cures courtes et rares sont suffisantes. Innombrables sont ceux chez qui elles ont rétabli une nutrition viciée, et notamment bien des obèses, quoique la thyroïde ne soit pas la panacée qui convient à tous les gens gras et qu’elle doive toujours être prise avec prudence.
Nous sommes même parvenus à soulager notablement les porteurs d’une thyroïde qui refuse de, se contraindre à observer les limites sages de l’activité. On a remarqué que si l’on prive certains animaux de cette glande, le sérum de leur sang est capable de diminuer les désordres dont souffrent ces victimes d’une exagération organique. Sans entrer dans les théories qui tentent d’expliquer ce curieux fait, enregîstrons-le comme plein d’intérêt au double point de vue scientifique et pratique.
Yoit-on quel chemin parcouru depuis les temps cependant peu éloignés où l’on méconnaissait la valeur du petit organe si plein de surprises? Il ne ' s’agit plus de le traiter de vestige ! Il s’est révélé comme un rouage presque fondamental de la complexe machine humaine. La réhabilitation est complète, si complète que la - seule crainte que l’on puisse avoir est qu’on ne veuille la pousser trop loin et attribuer aux fantaisies de cette glande des méfaits dont elle serait parfaitement innocente. Nos emballements dépassent volontiers la mesure pomme nos dénigrements ; c’est la marche habituelle
des choses, et quand on a pénétré un peu loin dans leur mystère, on rencontre la séduisante hypothèse aux charmes de laquelle il est bien difficile de résister. Mais la science, avec ses méthodes précises, nous barre vite le chemin! Riches de quelques vérités nouvelles, il nous faut être assez sages pour nous remettre à l’étude et n’attendre que du travail rigoureusement contrôlé celles après quoi nous aspirons.