CHAPITRE V
Exercices et Cours
L'adjoint Blanc. — Les millerions Devaux , Lécaiilette Constantin, Cudey, Choppin, — Les centurions. — Dériot. — Les décurions. — Maniement du fusil et manœuvres d'infanterie. — Exercice de la pique. — Cours d'équitalion. — Fischer, Feldenheim et Dard. — Le manège. — Lavard, Coupé, les deux Jardin, Giroux. — Les trompettes. — Cours d'artillerie. — Leclercq, — Rivereau. — Exercice à feu. — Travaux de fortification. — Bizot-Charmoy. — Eynard, Lavocat , Levasseur , Hébert. — Les élèves du génie. — La grande baraque. — Cours d'art militaire.— Cours d'administration militaire. — Hassenfratz. — Cours d'hygiène. — Chaussier. — Tirades patriotiques.
Le Comité avait décidé que les exercices d'instruction de l'École de Mars comprendraient : 1* dans le camp, les détails du service, la marche, la tenue, Thabillement, le maniement des armes, les petites évolutions , la connaissance du cheval, la manœuvre du canon ; 2^ hors du camp, les grandes évolutions, l'exercice à feu^
g6 l'jêgole de màdls
les reconnaissances militaires, les campements, les retranchements, les manœuvres de la cavalerie, les attaques de postes, les simulacres de combat.
L'instruction de l'infanterie était donnée sous l'autorité supérieure du général par l'adjoint Blanc et par cinq chefs de millerie, par trente centurions et par cent cinquante décurions attachés chacun à trois ou quatre décuries.
Blanc, ancien sergent aux gardes françaises, capitaine au 103^ régiment, avait reçu dans les reins à la bataille de Wissembourg un éclat de bombe. Il fut, avec le titre de millerion, l'adjoint du général de l'École, une sorte de sousdirecteur, et il rendit de grands services à l'établissement par sa vigilance et par son esprit d'initiative. Les représentants le qualiûaient d'excellent ofGcier et assuraient que sa bonne conduite, son civisme et ses talents lui avaient valu leur estime. C'est, disait Moreau de Saôneet -Loire, « un des citoyens qui ont le plus efficacement coopéré aux étonnants progrès des élèves de Mars (1) ».
(1) « Si Ton pouvait, ajoute Moreau, réunir Ghanez (le suc-
Les cinq chefs de millerie étaient Devaux^ Lécaillette, Constantin, Cudey et Choppin.
Devaux commandait la 1'® millerie. Instructeur aux gardes françaises, lieutenant dans la garde nationale soldée de Paris, puis dans une compagnie de gendarmerie, adjudant général de l'armée révolutionnaire, commandant temporaire à Meaux et à Chantilly, il était moins instruit que Blanc : il avait, dit-il lui-même, une trop forte corpulence qui lui faisait à regret refuser un emploi supérieur dans l'armée, et il écrivait santurion pour a centurion ». Les représentants le jugeaient bon pour être adjudant de place.
Le Sedanais Jacques Lécaillette, chef de la 2« millerie, vieux soldat de l'armée royale, parvenu, après vingt-sept ans de services ininterrompus, au grade d'adjudant-major dans un régiment d'infanterie, avait été un des cent trentesix aides-de-camp créés par la loi de 1790. Attaché à Lignivillo, son ancien colonel, il resta sans emploi après la destitution de ce général et se
cesseur de Bertèche) et Blanc à la tête d'une École militaire, ils y rendraient de grands services par la réunion de leur»lumières. »
retira dans sa ville natale où il fut chef de bataillon à la suite de la garde nationale soldée. Son compatriote Bertèche le fit nommer à TËcole do Mars, et lorsque Lécaillette quitta le camp des Sablons,les représentants certifièrent qu'il avait « rempli ses fonctions de la manière la plus distinguée, déployé tous les talents d'un homme consommé dans la partie militaire, donné sans cesse des preuves du républicanisme le plus prononcé et du plus sévère attachement à la discipline », que « ses vertus et surtout sa modestie lui avaient mérité l'estime do ses collaborateurs et des élèves » .
Constantin , naguère commandant d'une caserne de Paris, était chef de la 3^ millerie et avait la garde de la tente où étaient les drapeaux et les armes. Les représentants disent qu'il a des talents, du patriotisme, de la conduite et qu'il peut être utile dans une école ou aux armées.
Gudey, chef de la 4® millerie, sergent aux gardes françaises, lieutenant de la garde nationale soldée de Paris, adjudant général chef de bataillon dans l'armée révolutionnaire, s'était signalé par sa bravoure dans la Vendée et devait mourir en 1805 capitaine adjudant à l'état-
major de la place de-Paris. Instruit, bon patriote, très aimé et estimé de tous ses camarades : telle est la note que lui donnent les représentants.
Choppin, homme d'honneur et d'expérience, récemment commandant de la maison d'arrêt de la Courtille, fut chargé d'instruire les élèves au maniement de la pique. « Il les a soignés, témoignent les représentants, et tous ses camarades l'estiment.*))
Sur les trente centurions d'infanterie, trois ou quatre furent franchement mauvais, comme ce Girardot, chef du bataillon du Pont-Neuf, que les représentants près l'armée de la Moselle avaient suspendu parce qu'alla bataille d'Arlon il faisait tirer sur une troupe française qu'il devait protéger. Mais tous les autres méritèrent les éloges du conventionnel Moreau, qui les félicita d'avoir bien tenu et conduit leur centurie. L'un d'eux, Dériot, dont Moreau louait la fermeté , fournit une brillante carrière. Il avait été fourrier des grenadiers au régiment des gardes françaises et il était maréchal des logis dans la gendarmerie parisienne lorsqu'il fut requis au camp des Sablons. Bonaparte le connut après vendémiaire à l'état-major de la place de Paris, l'emmena en
loo l'école de mars
Orient — où Dériot fut blessé devant Saint-Jean d'Acre et à Hiliopolis — etle fit successivement adjudant supérieur du palais des consuls» sousgouverneur des palais de Fontainebleau et de Versailles, chambellan, baron, général de brigade, général de division, chef d'état-major de la garde impériale (1).
La plus grande partie des décurions étaient de bons instructeurs de détail et avaient une conduite exemplaire. Mais environ quarante d'entre eux, tout en remplissant leurs devoirs avec zèle, montraient plus de bonne volonté que de moyens et n'avaient qu'une médiocre counaissance du métier. Une dizaine étaient insouciants, paresseux, médisants, plus occupés de leurs plaisirs que de leur emploi, comme cet Ëschard, qui commandait en vendémiaire une compagnie des patriotes de 89 et qui fut réformé parce qu'il était « cabaleur et dangereux par ses menées sourdes ». Les représentants n'avaient pu faire leurs choix à loisir : ils avaient pris en hâte, au petit bonheur, parmi les sousofficiers qui sortaient de l'armée révolutionnaire
(1) Cf. sur Oériot la pièce X, p. 349, à Tappendice.
EXERCICES ET COURS lOI
OU qui se trouvaient alors à Paris pour solliciter un grade ou pour se guérir de leurs blessures (!)•
Il fallait, avant toutes choses, montrer aux enfants deMars régulièrement et par une méthode uniforme le maniement du fusil et les manœuvres de rinfanterie. Sur la proposition de Blanc^ une école dite école journalière fut établie le 19 juillet et pour les instructeurs et pour les élèves. Quotidiennement, à une heure précise de l'aprèsmidi, centurions et décurious s'assemblaient pour prendre une sorte de leçon particulière et s'exercer à tous les emplois de l'ordre de bataille. Cette leçon leur était donnée en présence du général et de son adjoint par un chef de millerie qui les faisait sortir alternativement du rang pour s'assurer de leur façon d'enseigner. Elle devait être rendue aux élèves le soir et le lendemain matin.
(1) Aussi Barère disait-il dans son rapport que les instructeurs seraient choisis parmi les défenseurs de la République que des blessures glorieuses empêchaient de combattie encore l'ennemi. « Ainsi» ajoutait-il avec emphase. — et d'ailleurs inexactement — le camp des élèves présentera le touchant spectacle de la reconnaissance nationale et de Téducation républicaine ; il réunira de jeunes élèves pris dans les familles peu fortunées et des instructeurs choisis parmi les défenseurs de la patrie blessés dans les combats : il n'appartient qu'à la vertu d'élever des républicains. »
I02 l'École de mars
A la même heure, deux ou trois élèves (1) choisis dans chaque centurie parmi ceux ,qui montraient le plus de facilités et qui s'énonçaient avec le plus de précision et de clarté^ suivaient un cours dit cours d'instruction. Ce cours leur était fait par l'adjoint Blanc, assisté de deux de ses subordonnés. Ces jeunes gens une fois dressés servaient de guides et de moniteurs à leurs camarades, et Blanc témoignait plus tard que cette mesure avait a mis une prompte accélérité dans toutes les manœuvres, évolutions et attaques ».
Les moins instruits, ordinairement douze à quinze par centurie, étaient attachés à une classe particulière qu'on nommait la seconde classe. Mais le 16 août ils exprimèrent au général leur chagrin de n'être pas aussi avancés que leurs compagnons et de ne pouvoir arriver de si tôt à la première classe : sur quoi le général, applaudissant à leur zèle, ordonna qu'ils seraient dispensés d'aller à la distribution et pendant ce temps, de neuf heures et demie jusqu'à la soupe, exercés au maniement de l'arme.
Un certain nombre d'élèves, mille environ,
(I) Deux, dès le 47 juillet, et trois, après le 48 août.
apprirent, sur Tordre du. Comité, à se servir de la pique. Le Comité voulait mettre en honneur cette arme peu coûteuse et facile à fabriquer. Dès 1792, un colonel de dragons, Scott, ne publiait-il pas un Manuel du citoyen armé de la pique et, sur la proposition de Carnot qui rappelait les batailles de Cérisoles, de Marignan et deMoncontour, sur le rapport de Carnot-Feulint, qui nommait la pique l'arme de la liberté, TAssemblée législative ne décrétait-elle pas que la pique dite du maréchal de Saxe, longue de six à dix pieds, devait être donnée à tout citoyen qui ne possédait pas un fusil? La Commune de Paris ne présentait-elle pas au ministre de la guerre en août 1793 un nouveau modèle dépique contre la cavalerie? Au mois de septembre suivant, les Jacobins ne demandaient-ils pas qu'un Comité d'anciens militaires fût chargé d'indiquer aux patriotes la meilleure fagon d'employer dans l'attaque et la défense une arme que les aristocrates discréditaient à dessein, mais qui valait la baïonnette ?
L'exercice de la pique commença le 3 août à l'École de Mars. Il durait dix jours pour cent élèves qui cédaient la place à cent autres dès
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qu'ils étaient suffisamment instruits. A cinq heures, les piquiers se rendaient à la tente du millerion Ghoppin qui leur distribuait les piques; mais ils ne s'exergaient que le matin et ils servaient le reste du jour dans leur centurie. Ils figurèrent à la grande manœuvre qui se fit le 1«' octobre sous les yeux de la Convention, et Guyton de Morveau mentionne dans son rapport a ce corps de piquiers que Ton a vu, avec tant de légèreté et d'audace, se présenter audevant de la cavalerie en mouvement ».
L'instructeur général de la cavalerie, André Fischer, devait sa nomination à Bertèche, son ancien colonel. C'était, comme on disait déjà au xvui® siècle, une vieille culotte de peau. Il avait servi vingt-deux ans dans les hussards, et il venait d'être promu lieutenant au 16® régiment de chasseurs, lorsqu'il reçut le brevet de chef d'escadron dans l'armée révolutionnaire dudépartement de Paris. Il se rendit en Vendée, et son général attestait qu*il avait toujours eu la plus grande exactitude. « Il n'a cessé, témoignait Peyssard après la levée du camp, de donner des preuves de zèle pour son service et [d'attache-
EXERCICES ET COURS Io5
ment à la République, et il s'est surtout distingué par son amour ardent de la discipline. » Mais Moreau, tout en jugeant sa conduite irréprochable, le blâmait de s'isoler des chefs de l'infanterie : « il ne lui manque, ajoutait Moreau, que de savoir se faire obéir par ses sous-ordres, et il est meilleur à l'armée qu'à l'École. » Fischer n'a pas dépassé le grade de capitaine.
Il eut pour principaux collaborateurs les centurions Feldenheim et Dard. Le premier, Colmarien de naissance, était sous-lieutenant au 16® régiment de chasseurs — le régiment de Bertèche et de Fischer — et il devint capitaine. Le second, gendarme national, puis lieutenant dans un escadron de l'armée révolutionnaire, montra, disent les représentants, de l'intelligence et du zèle au camp des Sablons. C'est un des meilleurs officiers de dragons qu'ait eus Napoléon. Recommandé par tous ceux qui l'employèrent, par Bernadotte qui l'eut pour officier d'ordonnance et quiloueses preuves réitérées de courage au Tagliamento et à Gradisca, par Murât, par le prince Eugène, par Macdonald qui le vit de près à Wagram, Dard fut nommé baron de l'Empire, et, sous les Cent Jours, maréchal de camp.
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Il étaitimpossibled'exerceràlafoistous lesélèvcsauxmaDœuvresdelacavalerie,et,(l^autrepart^ ilfallait craindre de blesser l'égalité par des préférences. On s'efforça, dit Guyton, de concilier tous les intérêts par une ingénieuse combinaison.
150 élèves — 45 fournis par chacune des trois premières milleries et 15 par la quatrième — durent prendre durant une décade les leçons d'équitation^ et, chaque décadi, les élèves de chaque décurie tiraient au sort celui d'entre eux qui serait admis à cet enseignement. Les élèves ainsi désignés se réunissaient à cinq heures et se rendaient le matin à l'école de manège et à une heure de l'après-midi a l'école de théorie. Chaque jour avait sa tâche déterminée; le primidi, monter à la longe et au pas; le duodi et le tridi, aller au trot; le quartidi et le quintidi, aller au trot avec le sabre ; le sextidi, aller au trot avec le sabre et le mousqueton; le septidi et l'octidi, aller au galop; le nonidi, marcher en colonne deux à deux; le décadi matin, marcher en colonne par quatre ; le décadi soir^ marcher en bataille par escadron et au pas. Le soir de chaque décadi, après la marche en bataille, Finstructeur général Fischer choisissait les trente meilleurs
écuyers. Ces trente élèves étaient employés dans la décade «suivante comme aides-instructeurs, et ce furent eux qui firent, pendant les manoeuvres, marches et reconnaissances militaires exécutées par rÉcole, le service de la cavalerie.
De la sorte, remarque Guyton, les derniers appelés avaient, pour rattraper les autres, la facilité qu'ont les recrues dans une troupe déjà vieille et dressée. Le hasard décidait des premiers choix et l'aptitude des seconds.
Une résolution, prise le 16 août, corrigea d'ailleurs les chances du sort : elle autorisait l'instructeur général Fischer à remplacer sur-lechamp les élèves auxquels leur santé ou le défaut de dispositions ne permettait pas de continuer l'exercice du cheval.
350 chevaux de chasseurs furent rassemblés au camp des Sablons, et, 'comme on disait, destinés aux 350 élèves de la légion formée par le Comité.
Sur la demande de Collet, approuvée par les représentants du peuple, l'administration du département de Seine-et-Oise envoya 72 chevaux du manège national de Versailles au manège de l'École de Mars.
I08 L'ÉCOLE'fDE MARS
Là"
Ce manège avait pour chef Lavard, qui possédait à Paris dans la rue de Bondy un établissèment du même genre: Lavard, diligent, assidu, très habile en son métier, avait sous ses ordres deux centurions instructeurs, Coupé et Jardin père, et deux sous-chefs, Giroux et Jardin fils.
Coupé, chef du manège national de Versailles, touchait trois cents livres par mois; il fut, au témoignage des représentants, tout entier à ses devoirs et mérita constamment des éloges.
Jardin père, qui venait, comme Coupé, du manège de Versailles, était moins instruit que Coupé, mais il se conduisit bien et il connaissait son servi<;e. Toutefois, il montra, dit le conventionnel Moreau, un caractère dangereux : il avait peu d'esprit, et ce peu était envieux et méchant. On l'accusait d'avoir « accaparé » Bertèche et d'user de son ascendant sur le général pour calomnier ses camarades dans l'espoir d'obtenir la direction du manège.
Jardin fils, naguère employé dans les charrois, n'avait que dix-sept ans, et, quoiqu'il promit beaucoup et qu'il dût faire par la suite, selon le mot du tempS) un sujet intéressant, il était trop jeune pour ses fonctions et les devait unique-
EXERCICES ET COURS lOQ
ment à Tinfluence de son père sur Bertèche.
Giroux, élève du manège de Versailles, où il gagnait huit cents francs, était doux, zélé, assez instruit, très actif, et le représentant Moreau proposait, après la levée du camp, de le nommer sous-chef,et delui donner un traitement de deux mille francs.
Les cavaliers de l'École de Mars apprenaient, tout en marchant, à tirer lepistolet(l).Ils avaient, non pas Tépéo romaine, mais le bancal^ et ils portaient les bottes qu'on appelait alors bottes à la hussarde ou à la hongroise. Ils ne négligeaient pas le service de l'infanterie : chaque soir, ainsi que les piquiers et les canonniers, ils rentraient dans leur centurie pour s'exercer au maniement du fusil et à la marche.
Neuf trompettes étaient attachés à la cavalerie de l'École de Mars. Dès le 25 juin, Bertèche avait requis Hanicle (2), commandant de l'École des trompettes, de lui envoyer dans le jour Juteau, l'un des quatre instructeurs de l'établis sement^et huit de ses meilleurs élèves. Hanicle les fit par-
(1) Le 26 septembre, la commission des armes et poudres a ordre du Comité de fournir 330 pistolets d'arçoa qui doivent servir à l'exercice des élèves dans la cavalerie.
(2) Cf. sur Hanicle, Jeunesae de Napoléon^ I, p. 373.
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tir aussitôt, et ils restèrent au camp des Sablons jusqu'au décret du 23 octobre.
L'instructeur principal pour l'artillerie, ou, comme on disait^ le chef de l'artillerie ou l'artilleur en chef, fut d'abord un sous-ofBcier du 3® régiment,Maurice Leclercq,que Ronsin avait fait nommer adjudant-général chef de bataillon et commandant de l'artillerie de l'armée révolutionnaire. Appelé, sur la proposition de Berlèche, au camp des Sablons, Leclercq commença, selon sa propre expression, les premières instructions de l'artillerie à l'École de Mars. Mais il manquait de fermeté dans le commandement. Le Comité le remplaça par Rivereau, capitaine-commandatit au 4® régiment de l'arme.
Comme nombre d'officiers de l'artillerie et notamment du 4* régiment, comme les capitaines Vaubois, Gouvion et Borthon, comme le lieutenant Napoléon Bonaparte, comme les sergents majors Dubois et Davin, le lieutenant Rivereau
(1) Cf., sur Rivereau ou Riverot, Jeunesse de Napoléon, II, pp. 341-342. Ce fut sans doute son camarade Borllion, devenu agent du Comité, qui le fit venir à l'Ecole de Mars. Après la levée du camp des Sablons, Rivereau fut employé à Meudon aux épreuves des mobiles incendiaires.
était entré dans les volontaires. Il avait, au mois de novembre 1791, accepté le grade d'adjudantmajor, et au i®"" janvier 1792, le grade do lieutenant-colonel dul®'^ bataillon de la Drôme; puis il avait opté pour l'artillerie oii,touten menant ses Dauphinois au combat, il avançait à l'ancienneté. Il fut très utile à TÉcole de Mars : le représentant Moreau assure qu'il s'est supérieurement conduit ; que les instructeurs et les élèves de son arme ont été, grâce à lui, le mieux tenus et maintenus ; qu'il avait un peu trop de sévérité sans porter cependant la rigueur à l'excès ; qu'il faudrait recourir encore à ses talents si le Comité formait une nouvelle école. Quelques mois après avoir quitté le camp des Sablons, Rivereau fut promu chef de bataillon pour prendre rang du jour oii il avait été nommé lieutenant-colonel de volontaires.
Il régla le nombre et l'espèce des bouches à feu qui devaient servir aux élèves. Il requit chaque mois une certaine quantité de munitions pour l'école pratique du canon de bataille (1). Il eut
(1) C'est ainsi qu'un arrêté du 22 août lui fournit 243 gargousses de 4 sabotées, 243 de 4 en papier, 27 de 8 sabotées>27 do 8 en papier, 243 boulets de 4^ 27 boulets de 8, 108 lances à feu et 648 étoupillesi
sous ses ordres cinq centurions — dont Leclercq — et six décurions ainsi que deux ouvriers en fer et un ouvrier en bois qui furent « employés aux différentes machines d'artillerie (1) ».
Les élèves de Tartillerie furent, comme ceux de la cavalerie, choisis par le sort — le sort, disait Barère, n'afflige personne. — Trois cents environ apprenaient durant vingt jours la manœuvre et le tir du canon (2).
Ils devaient d'abord faire l'exercice à feu sur un emplacement qui leur fut désigné entre Monceaux et Montmartre. « On s'assurera, avait dit le Comité, s^il est possible d'établir la batterie au pied de Montmartre de manière que la montagne serve de butte. » Mais Rivereau objecta que des accidents pouvaient se produire. Le Comité décida, le 13 septembre, que l'exercice se ferait au parc de Vincennes où la butte élevée pour répreuve des canons neufs empêchait toute mésaventure. 10 pièces de quatre furent transportées au parc de Vincennes et les élèves de l'École
(1) Arrêté du 6 août.
(2) 310» le 7 août (90 fourais par chacuae des trois premières milieries et 40. par la quatrième); 272, le 27 août (80 choisis dans chacune des trois premières milleries et 32 dans la quatrième), etc.
EXERCICES ET COURS Il3
que Rivereau jugeait assez avancés y furent, dès le 25 septembre, conduits deux fois par décade. Suivant GuytOD, quelques-uns d'entre eux étaient en état de manœuvrer avec de vieux canonniers.
Dans son rapport sur la création de l'École de Mars, Barère avait annoncé que les travaux de fortification seraient enseignés dans le nouvel établissement et que les élèves de la patrie apprendraient à remuer la terre et à faire, comme les Autrichiens, ces ouvrages de terrasse que les Français avaientjusqu'ici négligés : « négligence qui amenait souvent des défaites ou des retraites forcées ».
La direction de ces travaux fut confiée au capitaine Bizot-Charmoy, un des officiers les plus distingués de l'arme du génie, un de ceux qui s'étaient, comme disait Guy ton de Morveau, formés par l'étude et l'observation. Bizot-Charmoy, alors âgé de trente-sept ans, avait fait plusieurs campagnes : il était dans Thionville au siège de 1792 et il avait suivi l'armée de la Moselle à l'expédition de Trêves et dans toutes ses opérations entre la Sarre et Longwy, notamment aux
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affaires d'Arlon. Il commandait le génie à Thionville quand il fut appelé, le S juillet 1794, à Paris par le Comité de salut public. Le 17 août il était nommé instructeur principal des fortifications à rÉcole de Mars où, dit le représentant Moreau, ses talents et sa conduite lui valurent toujours des éloges. Lorsque le camp des Sablons fut dissous, il se rendit à l'armée du Rhin et obtint dès le 3 décembre 1794, devant Mayeuce, sur la proposition de Merlin de Thionville,le brevet de chef de bataillon. Directeur des fortifications, colonel de son arme, commandant le génie d'un des corps de ia Grande Armée, il succomba misérablement dans la retraite de Russie : il était arrivé à Vilna moitié gelé, mourant, et Chassoloup-Laubat Tavait fait placer sur un fourgon de foin : le convoi, abandonné, fut incendié par les cosaques et fiizot-Charmoy périt dans les flammes.
Bizot-Charmoy eut deux adjoints, le capitaine du génie Boucher, qui s'employa avec zèle dans toutes les circonstances pour diriger les travaux des élèves, et un ancien officier de l'arme, Giraud, habile dessinateur qui s'occupa particulièrement, dans les grandes manœuvres de l'Ecole,
EXERCrCES ET COURS Il5
de la levée des plans et de la reconnaissance du terrain.
II avait sous ses ordres cinq centurions : le capitaine Eynard, l'adjoint du génie Lavocat^ l'instructeur d'artillerie Levasscur et les deux instructeurs d'infanterie Genton et Hébert.
Les décurionS) indiqués au Comité par la commission des travaux publics comme des républicains à la fois capables et vertueux, étaient le conducteur de travaux de fortification Durand, des canonniers-gendarmes de la Convention, Payen, Auburtin, Boileau, Menneguin, l'ancien canonnier Godefroy, l'ancien sergent des mineurs Vincent et quatre terrassiers de Mennecy, Blessay, Lajoye, Plantin et Rivière (1).
Quelques-uns de ces instructeurs du génie méritent une mention. Ëynard, élève des ponts et chaussées, sous-lieutenant dans les volontaires étrangers de la marine à la Martinique, ingénieur des colonies avec rang de lieutenant à Saint- Domingue, envoyé à Conslantinople au temps
(1) Deux élèves des ponts et chaussées avaient été nommés décurions : Duvivier, qui devint capitaine du génie, et Muriel, qui fut plus tard colonel d'état-major et qui exerçait sous la Restauration les fonctions de conservateur et administrateur du dépôt de la guerre; mais ni Tun ni l'autre n'acceptèrent l'emploi.
Il() L ÉCOLE DE MARS
de la guerre russo-turque, était sous la Révolution, comme capitaine d'infanterie et adjoint aux adjudants généraux, attaché au dépôt de la guerre. Il aida Bizot-Charmoy à développer plusieurs chapitres du cours d'art militaire qui fut professé aux élèves, et il dessina plusieurs cartes dontBizot fît hommage au Comité de salutpublic. Après la suppression de TÉcole de Mars, oii il avait, au témoignage des représentants, rempli ses fonctions avec zèle, talent et civisme, Eynard devint chef de bataillon du génie.
Lavocat avait été nommé à l'École de Mars par Bizot-Charmoy qui l'employait à Thionvillé au service desfortifications.il surveilla les élèves et leur donna des leçons de mathématiques. Au sortir du camp des Sablons, il fut admis extraordinairement à TÉcole du génie avec le grade de lieutenant c( en considération des connaissances qu'il avait manifestées à l'École de Mars et des services qu'il avait rendus tant à cette Écolo que dans les places de guerre». Il n'a pas dépassé le grade de capitaine. Même en 181S, lorsqu'il se ralliait à Napoléon et le suivait de Sisteron à Paris, il n'obtenait que la croix de légionnaire.
Victor Levasseur, lieutenant d'une compagnie
de canonniers au 4« bataillon du Calvados, s'était sig^nalé par sa bravoure au siège de Mayence. Blessé à la défense de la redoute dite redoute de Merlin, il fut nommé par les représentants Merlin et Reubell capitaine-adjoint à Tétat major de Kléber qui commandait le camp retranché. Il revenait d'un congé qu'il avait eu pour se guérir de sa blessure lorsqu'il fut, en passant à Paris, requis par le Comité pour être employé au camp des Sablons, d'abord comme instructeur d'artillerie, puis comme instructeur de centurie pour les fortifications, et les représentants reconnurent qu'il avait donné des preuves constantes de républicanisme et de soumission aux lois, rempli ses fonctions avec distinction, montré en toute occasion un zèle et des talents dignes d'éloges. Appelé à l'armée de Rhin et Moselle et promu parMerlin adjudant général chef de bataillon, confirmé dans ce grade par le Comité, Levasseur fut attaché de nouveau à une école, l'Ecole centrale des travaux publics, durant deux mois, de févrierà avril 1795.Moreau devait,sur le rapport de Sainte-Suzanne, lui donnerle gradede général de brigade sur le champ de bataille d'Erbach. Hébert se vantait d'avoir tiré le premier coup
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de fusil pour la défense delà liberté. Le J 2 juillet 1789, ses camarades des gardes françaises l'avaient rnis à la tète d'une de leurs compagnies pour repousser en face même de leur dépôt un escadron de Royal-Allemand. Chef du bataillon de réquisition de la section des Gardes-Françaises et du Muséum, puis, de par la loi, simple soldat dans une demi-brigade d'infanterie, il était entré au 16® régiment de chasseurs à cheval, et Bertèche, son colonel, l'avait fait venir à l'École de Mars. Hébert, d'abord centurion de la quatrième millerio, ensuite centurion du génie, se conduisit bien : « ses chefs, disait Peyssard, m'ont rendu de lui le meilleur témoignage » et Chanez assure qu'il a été par son civisme et sa moralité d'un bon exemple pour les élèves. Sous*lieutenant au sortir de l'École de Mars, aide de camp du général Liebert, adjoint aux adjudants-généraux, Hébert devint capitaine à l'état-major de l'armée de Naples.
Malgré les efforts du Comité, qui déléguait Ozenne, unde ses agents, pour lui rendre compte des difficultés survenues et proposer les mesures urgentes (1), l'École de Mars ne put consacrer
(1 ) Arrêté du 23 septembre.
EXERCICES ET COURS Iig
que trois semaines à la fortificalion. Le Comité ne désigna les adjoints et centurions de Bizot- Charmoy que le 17 septembre et le choix des décurions ne fut complètement arrêté que le dernier jour de ce mois.
On sut toutefois profiter du peu de temps qu'on avait pour exécuter d'utiles travaux. Le général de l'Ecole choisit à portée du camp un emplacement où les élèves purent tracer et construire un retranchement, apprendre le service du génie dans ses applications les plus variées, se livrer à des simulacres d'attaque et de défense, et il prévint les particuliers qui possédaient ce terrain qu'on ne ferait aucun dégât et qu'en tout cas une indemnité convenable leur serait accordée. La commission des armes et poudres dut fournir dans le plus court délai un nombre considérable d'outils : 2000 pelles, 600 pioches, 150 pics à vielle, 1 50 louchets à couper le gazon, 100 haches à main, 10 scies et 400 toises de cordeau. La commission des transports, postes et messageries dut fournir sans retard douze voitures pour Tenlèvement des terres» gazons et autres déblais. La commission des travaux publics dut fournir le papier, l'encre, les plumes, les pinceaux, les
I20 t/égole de mars
couleurs nécessaires au dessin des opérations, fournir les cartes et les instruments propres à
la levée des plans, fournir assez de fascines et de gabions « pour faire connaître aux élèves la construction et l'usage de ces objets » (1).
Restait à déterminer le mode d'instruction.
Le Comité usa, cette fois encore, de la méthode révolutionnaire. Il fallait d'abord trier les élèves qui connaissaient les premiers éléments du calcul et de la géométrie bu qui du moins avaient l'habitude du dessin. Une commission, nommée le 17 septembre par le Comité et composé des citoyens Guyton, Hassenfratz, Monge aîné, Monge cadet, Lamblardie et Barruel, se rendit au camp le surlendemain, à huit heures du matin. Chacun des six savants examina les élèves de six centuries et choisit dans chacune
(1) Arrêtés du Comité de salut public pour la commission des armes et poudres et la commission des travaux publics (17 septembre), pour le général de TEcole chargé de trouver à portée du camp la place du futur retranchement (i8 septembre;, pour la commission des transports, postes et messageries (^6 septembre). La commission des travaux publics acheta, pour les mettre à la disposition de TËcolc et les employer à la confection des gabions et fascines, les saules qui, sur le bord de l'ancien bras de la Seine, en amont, du côté de Ncuilly, faisaient partie de la propriété de l'émigré Placemont, devenue bien national: il y avait 352 pieds de saule qui furent payés 105G livres !i la commission des revenus nationaux.
les six élèves qui lui parurent montrer le plus d^ntelligence pour les mathématiques. « Que l'on ne pense pas, a ditGuyton^ que ces examens aient eu quelques traits de ressemblance avec ces concours où Tamour-propre joue un si grand rôle ; il faut en avoir été témoin pour connaître à quel point le sentiment de l'intérêt général peut Oiaîtriser toutes les autres passions. Ceux des élèves à qui les questions étaient adressées les renvoyaient à leurs camarades qu'ils savaient être plus en état d^y répoudre. On n'eut bientôt plus qu*à regretter que le nombre des candidats fut limité. »
Les élèves ainsi désignés formèrent dans l'École une section du génie qui comprit deux centuries. Ils dirigèrent leurs camarades et leur expliquèrentle tracé de la fortification. Leur prérogative, ajoute Guyton dans son rapport, « n'était même que de multiplier la voix de Tinstructeur, pour transmettre à leurs frères les principes d'après lesquels avaient été ordonnés les travaux. »
Aux exercices et manœuvres militaires, se joignit un enseignement que le Comité de salut public nommait « l'instruction orale qui ne peut
se donner en plein air » et qu'il institua le 17 août. Cet enseignement se fit dans une salle qui fut appelée soit ramphithéâtre, soit la salle de démonstration, soit, et le plus souvent, la baraque d'instruction ou la grande baraque.
La salle avait été commencée dès l'établissement du camp. Mais la besogne n'avançait pas. Le 17 août, le Comité, pris d'impatience, recourut aux grands moyens. 11 mit en réquisition des maîtres et compagnons : un serrurier, un tapissier, un peintre en bâtiment, deux vitriers, quatre menuisiers, trois charpentiers et un entrepreneur. Les ouvriers, au nombre de cent cinquante, durent se mettre aussitôt à l'œuvre et travailler sans relâche. Ils furent nourris, comme les élèves, au camp même et ils ne purent abandonner leur tâche ni sortir de l'enceinte de l'École avant que la baraque fût terminée (1).
(1) Arrêté du 17 aoûti794. LeComilé de salut public mit en réquisition un serrurier de la rue Pagcvin, Turquois ; un tapissier de la rue Sainl-ïhomas-du-Louvre, Gilbert; un peintre en bâtiments de la rue de Sèvres, Vavin; deux vitriers, l'un de la rue de l'Arbre-Sec, Guerrier, Tautre, du cul-de-sac Dauphin, Billoir; quatre menuisiers, Lemarchaud, de la rue Caumarlin, Giraudeau, de Neuilly, Renié, de la rue Basse-du-Rempart, Pelleport, de la rue des Fossés-du-Temple; trois charpentiers, Binet, delà rue Saint-Dominique, Lacase, de laChaussée-d*An-
Celte baraque, de fort légère charpente, longue de quatre-vingts à cent pieds, large et haute à proportion, frêle et vaste à la fois, était extérieurement revêtue de toile grise rayée aux couleurs nationales. Elle recevait intérieurement la lumière par un immense transparent pratiqué dans le plafond en forme d'éventail. Sur les grands châssis vitrés de ce transparent avait été collé du papier gris orné de riches arabesques. Des peintures décoraient le pourtour ainsi que les colonnes de la salle. Elles imitaient le bronze et représentaient des trophées, des faisceaux d'armes, des boucliers chargés de maximes républicaines. Dans les angles étaient posés deux coqs, de six pieds de haut, entourés chacun d'une couronne de chêne qui mesurait huit pieds de diamètre : « le coq de France, avait dit Barère dans son rapport, surpassera l'aigle des Romains (1). »
tiQ«ColiDet,du faubourg Saint-HoDoré; enfin, uo sieur Bavelle, qui demeurait, « dans la maison de la plaine des Sablons » et qui fut chargé d'organiser le service des porteurs. Turquois devait requérir 10 compagnons ou ouvriers; Gilbert etVavin, chacun 15; Guerrier et Billoir, 12; les quatre menuisiers, 40; les trois charpentiers, 30 ; Bavelle, 30.
(1) Cf. le mot de Carnot (discours du {•' octobre 1795) qu'il faut « couper les ongles du léopard qui empêche le coq de dormir tranquille » .
T2i) L ÉCOLE DE MARS
Entre les deux portes de la baraque s'élevait la tribune, sorte de suggestus romain à deux escaliers : c'était là que siégeaient les délégués de la Convention, escortés des chefs de l'École et des juges militaires. Derrière la tribune se dressait une statue de la Liberté, gigantesque, coiffée d'un bonnet et touchant presque la partie supérieure de la salle, fière, menaçante, et comme prête à s'élancer de son piédestal à de nouvelles conquêtes, ne portant que sur un pied et appuyant avec légèreté sur la pointe de l'autre, tenant de la main droite une massue et traînant do la main gauche une chaîne à laquelle était attaché un joug rompu, vêtue d'une simple peau de lion pour montrer qu'elle avait renversé la tyrannie par son courage et par les seules armes de la nature (1). Aux deux côtés de la déesse, sur d'énormes gaines, étaient les bustes colossaux de Bara et de Viala, génies tutélaires du camp. En avant de la tribune, une très belle table dans le goût antique servait aux démonstrations des professeurs. En face, la musique occupait l'orchestre, et, derrière Torchestre,
(i) C'était l'œuvre du sculpteur Daujon qui reçut six mille livres en paiement.
trois mille quatre cents adolescents couvraient Tamphithéâtre.
L'enseignement oral de l'École commença le 22 août après l'achèvement de la salle. Il comprit deux parties : Tart militaire et l'administration militaire. On avait, disait-on, cherché la plus grande simplicité dans l'organisation du camp en confiant à un général tout ce qui tenait au commandement et à l'action, et en chargeant un commissaire de tous les détails de l'administration : l'instruction orale était ordonnée de même et répondait à ces deux attributions.
Le cours d'art militaire, professé par Bizot- Charmoy, eut lieu de deux jours l'un, et le cours d'administration militaire, professé par Hassenfratz, tous les jours. Sur l'invitation du Comité, les deux maîtres firent imprimer et distribuer quotidiennement aux enfants de Mars le programme de leurs leçons, afin de guider leur auditoire et de mieux lui rappeler les objets qu'ils avaient développés de vive voix. Lorsque l'enseignement fut terminé, les élèves qui désiraient conserver la collection de ces feuilles de cours la remirent à leur centurion, et ceux de
i2f) l'École de mars
leurs camarades qui connaissaient le métier do relieur se chargèrent de la coudre et de la mettre en cahier : « La reliure des cahiers, disait un ordre du 22 octobre, n'est autre chose que d'y mettre une enveloppe de papier de couleur avec une couture au milieu ; les quartiers-maîtres seront chargés de procurer le fil, le papier et les ustensiles nécessaires (1). »
Bizot-Charmoy fit quatorze leçons. II traita d'abord de la guerre avant l'invention de la poudre et de la révolution que l'effet prodigieux des armes à feu avait opérée dans la manière d'attaquer et de se défendre.
Vinrent ensuite des leçons sur la première instruction du soldat, sur les manœuvres et évolutions des troupes, sur la formation d'une armée. Il montra en quoi consistaient les reconnaissances et comment il fallait les faire : voir tout en détail, dessiner le relief du sol, décrire dans un mémoire circonstancié les communications, les ressources, les productions de la contrée. II retraça les marches qui se font à portée de Tennerai, la façon de diviser et do diriger les colonnes, do choisir des positions,
(l) Nous avons eu entre les mains un de ces exemplaires.
de protéger une grande étendue de pays. Il enseigna ce qu'on entend par caslramétation et qu'on doit, avant d'occuper tel ou tel emplacement, s'assurer du terrain nécessaire au développement du camp et de l'espace dont les troupes ont besoin pour se mettre en bataille. Il définit les ouvrages qu'une armée construit pour se fortifier : le retranchement avec son fossé, son parapet et ses banquettes, l'épaulement, la redoute, le redan.
LWdre de bataille, les variations qu'il subit selon les circonstances, les différents cas dans lesquels s'engage une affaire, les attaques de lignes et de camps retranchés, les règles de la fortification permanente et les moyens de défendre une place ou de la prendre, tel fut Tobjet des dernière leçons de Bizot-Charmoy. Dans chacune, il avait eu soin, selon les instructions qu'il avait reçues du Comité, de confirmer les principes par le récit des événements de l'histoire.
Hassenfratz était le principal « instituteur ». Les enfants de Mars Técoutaient, le regardaient avec curiosité parce qu'il avait joué dans la Révolution un rôle considérable.
Ce chimiste et minéralogiste, élève de Bauvin et de Monge, collaborateur de Lavoisier, futur membre de l'Institut et professeur de l'Ecole polytechnique, était probe, intelligent — quoiqu'un contemporain le tienne pour un esprit confus qui ne sait que mettre ses idées en peloton sans pouvoir les dévider — mais violent, exalté, prenant le cynisme pour du ci vismç, écrivant sur la porte de son bureau les mots ici P on se tutoie^ ne reconnaissa,nt pour républicain que le sans-culotte aux bas déchirés et aux mains crasseuses. Il déclarait volontiers qu'il appartenait au club monarchique de 1791, et que les principes qu'il y manifestait, l'avaient fait envisager comme un homme dangereux, qu'il avait eu l'honneur d'être chassé de cette société.
Membre des Jacobins et de la commune du 10 août, prêchant la guerre offensive et l'emploi de l'arme blanche, accusant de trahison les généraux de l'ancien régime, affirmant que les troupes seraient vaincues tant qu'elleis n'auraient pas de plébéiens à leur tête et que les choses n'iraient bien que si le valet de chambre Baptiste remplaçait son maître Dumouriez, premier commis du matériel sous l'administration de Pache, il se
vantait d'avoir purgé non seulement les bureaux, mais l'armée, et il ne manqua pas de rappeler aux élèves du camp des Sablons que le commissaire Malus, qui suivait Dumouriez en Belgique, avait acheté les grains et les fourrages deux fois plus cher que ne les payait la commission des subsistances organisée par Pache. Au sortir du miais* tère, il fut un des instigateurs et auteurs du 31 mai, et quelques jours à l'avance il assurait que l'insurrection était un devoir contre la majorité corrompue de la Convention et que les départements obéiraient bon gré mal gré à Timpulsion de Paris. C'est lui qui, au nom du peuple, demanda le décret d'accusation contre les Girondins.
Il avait souvent pris la parole au club des Jacobins sur les questions d'instruction publique et, notamment, approuvé le plan de Le Peletier, lorsqu'il fut choisi pour enseigner à l'École des armes la manière de fabriquer le salpêtre et de fondre les canons. Hassenfratz accepta cet emploi avec enthousiasme : il loua le Comité qui (( proscrivait l'aristocratie des académies j» et répandait l'instruction sur tous les citoyens; il célébra l'ardeur des élèves de l'École des armes :
i3o l'école de mars
« C'est la liberté, s'écriait-il, qui les inspire, qui les dirige, et des esclaves travaillant pour la tyrannie ne pourraient montrer autant de zèle! »
Aussi le Comité le nommait-il, au mois dejuillet 1794, professeur à l'École de Mars, Hassenfratz, disait-on, était connu par ses recherches dans la science économique comme par son application à porter les lumières de la physique dans les ateliers des arts mécaniques, et il saurait enseigner aux élèves comment se forme et s'entretient une armée, les matières qu'elle consomme, l'étendue de terrain qu'exige leur production, les métiers qui les préparent, la façon de les réunir et de les distribuer (1).
Le Comité n'épargna rien pour lui faciliter sa tâche. Hassenfratz eut l'autorisation de se rendre dans les diSérentes commissions — commission du commerce et des approvisionnements, commission des armes et poudres, commission du mouvement des armées de terre, commission des charrois et conseil de santé — pour recueillir les
(1) Cf. sur Hassenfratz, le Moniteur du 2 mars 1794; Âulard, Jacobins, y, 322; Ghuquet, JemappeSf 140; le rapport de Guyton de Morveau, p. 10, etc.
EXERCICES ET COURS l3l
notes et documents nécessaires à son cours. Il eut la faveur d'emprunter à la Bibliothèque nationale et d'emporter tous les traités d'administration militaire dont il aurait besoin, sous la condition qu'il ne demanderait que deux volumes à la fois et qu'il n'aurait deux nouveaux livres qu'après avoir remis les deux ouvrages que la Bibliothèque lui avait prêtés précédemment. Il eut le droit de prendre au dépôt des voitures du Comité un cabriolet et un cheval pour aller au camp dos Sablons. 11 put se faire accompagner par son élève et préparateur Brochant, le futur ingénieur et minéralogiste.
Comme Bizot-Charmoy, il devait dans ses leçons justifier par la narration des événements historiques les principes qu'il exposait. Il se montra surtout grand calculateur et grand statisticien.
Il analysa la composition des armées : dans une armée do cent mille hommes. le nombre des chevaux dépassait un peu plus de la moitié de ce chiffre; les états-majors formaient la quatrevingtième partie des combattants, et les employés à la suite, la cinquième.
Il énuméra les subsistances d'une armée, leur
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quantité consommée par année et par jour, leur poids, leur volume : un sac de farine devait nourrir un homme pendant cinq mois — les jours sans-culottides compris, — un bœuf nourrissait mille hommes par jour, et, si l'on donnait à chaque soldat,de même qu'à chaque enfant de Mars, une livre de paille par jour pour son coucher, l'armée recevrait de ce chef 454.250 quintaux par an.
Il énuméra les draps d'habillement et, avec son habituelle acrimonie, remarqua que Thabit du soldat durait moins dans la guerre actuelle que dans les guerres ordinaires parce que la (( discipline conservatrice » manquait et que la confusion régnait dans toutes les parties de l'administration militaire.
Il énuméra les toiles, laines et cuirs nécessaires à l'équipement des troupes — et il assurait que le soldat usait dans la guerre actuelle quatre chemises et huit paires de souliers par an; les armes et la quantité de fer, d'acier et de cuivre jaune indispensable à la fabrication des fusils et des sabres; les e£Fets de campement et les ma-> tières employées à leur confection, ou, comme il s'exprimait, à leur construction — mais, ajoutait-
EXERCICES ET COURS l33
il, « nous devons dire, à la louange des républicains français, que le plus grand nombre d'entre eux se passe de tentes et couche au bivouac » ; les canons de siège et de campagne^ les équipages, les attelages, les approvisionnements en obus, boulets et balles que Tartilleiie d'une armée de cent mille combattants devait traîner avec elle, les chariots, les caissons et les voitures des convois et transports militaires, la paye des différents grades et les appointements des fonctionnaires de tout genre, — et il jugeait que la dépense de solde et de traitement s'élevait, pour les douze cent mille hommes que la République avait mis sur pied, à deux millions par jour (1).
Il récapitula les quantités de matières premières employées dans une armée de cent mille hommes et arriva à force do calculs à trouver qu'il fallait cultiver six à sept arpents de terre pour entretenir chaque cuinballaut.
Ces considérations l'amenèrent à parler des diverses natures de terrain, argile, sable, craie, marne, et il conseillait de varier chaque année la culture des plantes sur le même sol, de mélanger les terres, de se servir de fumier et de
(1) Exactement 1.943.789 francs.
l34 L^ÉGOLG DE MARS
substances qui contenaient du carbone, a II faut, disait-il, produire dans l'agriculture une révolution égale à celle que Ton a produite dans le gouvernement; il faut abandonner les méthodes vicieuses », et il s'élevait contre l'économie « apparente et mal entendue » des gens qui labouraient avec des bœufs au lieu de labourer avec des chevaux.
Il retraça les procédés de fabrication des étoffes et la façon de travailler les peaux des animaux pour les rendre propres aux usages qu'elles ont dans les armées.
Il examina toutes les espèces d'habillement et dit quel était, à son avis, le vêtement le plus commode et le plus sain pour le soldat : des souliers à cordons et à très hauts quartiers; des demi-guêtres qui protègent les pieds contre la poussière et le gravier; un habit léger, croisé sur l'estomac, pas trop long, mais qui préserve les cuisses de la pluie et du froid; du cuir sur les épaules pour poser les bretelles du sac, et des chainons de fer sous le cuir pour garantir les épaules qui sont la partie la plus exposée aux coups de sabre.
Il fit voir comment se fabriquaient les
canons, les projectiles, les sabres, les fusils, et avec d'intéressants détails il exposa les six parties du travail des canons, moulage, fusion, coulage, forage, tournage et percement de la lumière, la manière de faire des boulets et des balles, la façon de forger et d'éprouver les lames de sabre, les diverses sortes d'ouvriers qui se partagent dans les manufactures le travail du fusil, canonniers, foreurs, cmouleurs et garnisseurs de canons, platineurs, forgeurs et limeurs de garnitures, forgeurs, foreurs et émouleurs de baïonnettes, tourneurs de douilles, monteurs et ajusteurs.
Ses dernières leçons eurent pour objet la fabrication du salpêtre et de la poudre, l'art de placer les magasins militaires qui sont les ressources des armées et le nerf de la guerre, les fonctions du commissaire des guerres qui doit déployer autant d'activité que le général pour surveiller et distribuer les approvisionnements, les conseils d'administration des demi-brigades, les commissions executives récomment substituées aux ministères.
Plus d'une fois il revint à ses études favorites : il entretint les élèves des mines et des métaux.
i36 l'i^cole de mars
Il fît même quelques expériences devant son auditoire, et le 45 septembre Charles, le fameux professeur de physique, eut ordre du Comité de lui prêter des objets et instruments dont il avait besoin pour son cours (1).
Outre Bizot-Charmoy et Hassenfratz, un troisième « instituteur » vint, aux derniers jours de TÉcole, professer dans la grande baraque, compléter le cours d'administration militaire, achever, selon les termes d'un conventionnel, cette gymnastique républicaine qui donnait aux élèves des notions de tous les actes utiles à la défense de la patrie et le système de connaissances qu'il importe à l'homme d'acquérir pour son propre intérêt et côlui de la société.
Ce fut le célèbre médecin et professeur François Chaussier, que le Comité avait appelé de Dijon à Paris et chargé de rédiger, de concert avec la commission d'instruction publique^ le pian d'une École do santé. Il avait eu l'autorisa-
(1) Arrêté du Comité, 15 septembre : un crève-vessio, une persiennc électrique, des pistolets do Volta déchargés par des cavaliers, un gros carillon électrique, un obusier électrique, un grand tableau magique avec son isoloir, plusieurs isoloirs en résine, un cerf-Tolant électrique, un appareil pour enflammer l'élher, un appareil pour fondre Tor et l'étain.
tion d'entrer au camp des Sablons quand il voudrait et de recueillir des observations à l'hôpital. Le 28 et le 29 septembre il fit deux longues leçons sur les moyens d'entretenir la salubrité parmi les troupes et chez l'homme isolé.
Il développa ce qu'étaient les hôpitaux sédentaires et les hôpitaux ambulants, et montra que les bâtiments étaient presque toujours resserrés, que des fièvres y naissaient de la stagnation de l'air et de l'encombrement des malades, qu'il valait mieux installer les hôpitaux sous des tontes que dans des maisons. « Le succès, disaitil, que Ton vient d'obtenir au camp de santé de l'École de Mars doit engager à multiplier ces sortes d'établissements. On évite ainsi les lignes successives d'hôpitaux, le transport réitéré des malades qui emploie un nombre considérable do voitures et de chevaux, et les épidémies amenées des armées jusque dans l'intérieur. »
Comme Hassenfratz, il donna des chiffres : il estimait que les malades des armées du Nord formaient le septième, et les malades des armées du Midi, le cinquième des combattants, qu'un quart de ces malades se composait de blessés,
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un quart, de galeux et de vénériens, et la moitié, de fiévreux et autres, qu'il serait bon de faire des hôpitaux pour le quart des combattants et que, si Tarmée comptait cent mille soldats, les hôpitaux devaient recevoir vingt-cinq mille hommes.
Il énuméra les effets, les médicaments, les substances nécessaires aux hôpitaux et, en passant, regretta la diminution des officiers de santé : beaucoup étaient morts des fièvres ou par excès de zèle; l'enseignement public n'existait plus; mais la Convention allait user de la méthode révolutionnaire pour propager les connaissances qui manquaient. L'art de la santé, l'art de la salubrité générale, ajoutait Chaussier, mérite d'être un des premiers objets de l'enseignement national ; sous le despotisme des rois, l'éducation, chose agréable et légère, se bornait à l'étude do quelqueslangues.et les arts « utiles et conservateurs » étaient entièrement négligés; dans un pays libre, chaque citoyen, pouvant remplir les fonctions publiques, avait besoin do tous les genres d'instruction.
Chaussier insistait sur les maladies contagieuses et sur les moyens de les prévenir et de
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les arrêter. Il rappela les ravages de la pesle et comment elle avait été combattue, non par les spécifiques du charlatanisme, mais par une police exacte, par l'inspection sévère des marchandises du Levant, par la quarantaine que faisaient les vaisseaux. C'était donc à l'isolement des malades, à l'interception de toute communication avec eux et avec les substances infectées qu'il fallait recourir. Lorsqu'une maladie contagieuse avait naguère attaqué très gravement le bétail dans les Pyrénées et la Garonne, n'avait-il pas suffi d'établir un cordon de troupes pour circonscrire l'épidémie et en garantir les autres départements?
Les moyens préservatifs contre la fièvre dite des camps étaient les mêmes. On devait, non seulement surveiller la qualité des fournitures et consommations journalières , non seulement changer les cantonnements ou du moins lever et. déplacer fréquemment les tentes, éviter le désœuvrement et par suite la débilité, mais borner la contagion en un petit espace, éloigner les malades du camp et des hommes sains, les traiter dans un quartier séparé, sous des tentes ou dans des baraques formées débranches entrelacées, en un endroit où la fraîcheur, la pureté de l'air.
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l'action de la lumière concourent à la guérison et rendent la convalescence plus prompte et la rechute plus rare.
Ghaussier parlait aussi de la dysenterie, de la rougeole, de la petite vérole, de la gale, de la dartre. Il prescrivait de laver et de purifier avec la plus scrupuleuse attention les linges, les vêtements et les meubles qui s'étaient imprégnés de la matière morbifique. Il recommandait l'inoculation encore peu connue parce que la pratique de cette opération avait été réservée à quelques hommes qui la couvraient d'un voile mystérieux et en faisaient un objet de lucre, mais qui devait être générale, populaire et qui, puisqu'elle était si simple, si facile, si assurée, pouvait être uniquement confiée aux soins des parents et des instituteurs. Il remarquait qu'à la fin du traitement des affections cutanées, on ferait bien de nettoyer les habits au collet, au bord des manches, partout où ils avaient touché la peau.
Enfin, il n'oublia pas de prémunir dans le style du temps ses jeunes auditeurs contre la maladie de ces c( peuples dépravés qui cherchent le plaisir dans la débauche et le libertinage ». Il leur assura que ceux qui prétendaient la guérir
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étaient des ignorants guidés par l'intérêt le plus sordide. Mais, conclut Chaussier, Thomme qui rompait les chaînes de l'esclavage ne se dépouillait-il pas de ses vices comme de ses préjugés? La France, pays de la liberté, ne serait-elle pas le pays des mœurs et des vertus? Non, un vrai républicain ne devait pas connaître ce mal qui « attaque la génération dans sa source et influe d'une manière sensible sur la postérité » 1
Ces cours révolutionnaires firent une assez profonde impression, et les contemporains rapportent que c'était un spectacle « bien satisfaisant » de voir dans une même enceinte ces trois mille quatre cents élèves réunis sur des gradins en demi -cercle, attentifs, montrant parleur attitude l'avidité de s'instruire. Les leçons, il est vrai, étaient de simples sommaires, de rapides exposés des résultats, non de sérieuses démonstrations des principes. Mais, si sèches qu'elles fussent, elles offraient des endroits oii rauditoire, rompant le silence qu'exige la discipline, saisissait l'occasion de s'abandonner à l'enthousiasme de son âge et de faire du tapage sous prétexte de patriotisme. Plus d'une fois, dans ces cours.
le professeur cita de sublimes exemples de courage et d'obéissaQce,loua les gigantesques efforts de la Révolution, exalta les victoires de la République, et les instructeurs laissaient alors les élèves se livrer à leurs élans civiques, éclater en applaudissements tumultueux, épancher, selon le mot d'un député, leur âme sensible au récit des triomphes du peuple.
Bizot-Charmoy, parlant des moyens qui décident du gain des batailles et de la connaissance qu'il importe d'avoir des manœuvres de l'ennemi, vantait l'usage des ballons, de ces ballons que les journaux français avaient célébrés comme la plus grande merveille de cette fin de siècle et que Châles, dans sa Chronique scandaleuse de r aristocratie^ représentait planant avec orgueil sur la tente de Cobourg : « Rien, disait Bizot-Charmoy, ne peut convenir mieux pour remplir cet objet que le moyen imaginé par les Français et qui vient d'être pratiqué avec tant de succès à Maubeuge, devant Charles-libre et surtout à la mémorable journée de Fieurus o\x les républicains surent profiter, avec ce courage que l'amour de la liberté peut seul inspirer, des renseignements donnés par Taéroslat
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siip les desseins et les mouvements des armées coalisées. »
Mais le fougueux jacobin Hassenfralz s'entendait mieux que le sévère officier du génie à trouver ces tirades patriotiques, à les débiter avec une chaleureuse emphase, et Ton prélend même qu'un jour il désigna l'or, roi des métaux, sous le nom do métal sans-culotte parce que les métaux, comme les hommes, ne devaient pas avoir de roi.
S'il rappelait la campagne de 1794, il félicitait les soldats d'avoir laisse leurs lentes derrière eux — un poids do trois millions seize cent mille deux cent cinquante-sept livres, remarquait l'infatigable calculateur — pour mieux poursuivre l'adversaire et l'atteindre.
Il assurait qu'avant la Révolution les laboureurs et ouvriers do toute espèce buvaient de la piquette, s'habillaient de haillons, portaient des sabots, et que les producteurs étaient ainsi les plus malheureux, tandis que les nobles et les prêtres, qui consommaient sans rien produire, menaient joyeuse vie: « ils vivaient aux dépens du peuple qu'ils étaient parvenus à abrutir par la tyrannie, la superstition ou les haines indivi-
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dueilcs; ils mangeaient du pain blanc; ils buvaient le meilleur vin; ils avaient des souliers ou des bottes ; toutes les soies étaient employées à leur vêtement et à leur ameublement; un grand nombre se faisaient traîner mollement dans des chaises! » Et Hassenfratz ajoutait qu'il no fallait plus dans la République de ces parasites, de ces hommes inutiles qui ne vivaient que de la sueur du peuple.
11 déclarait que la République devait perfectionner les arts .-((Composée d'hommes laborieux et instruits, elle sera la nation où toutes les autres viendront puiser à la fois des lumières et les principes de la liberté comme les peuples de l'antiquité allaient en Egypte chercher des connaissances. >/
Parlait-il do la différence du costume entre les hommes du Nord et ceux du Midi, il lançait ce couplet à la Barère : « l'habit français, le vêtement de ce peuple spirituel, aimable, laborieux, amant passionné de la liberté, est> comme son caractère, un composé des babils du Nord et du Midi », et il faisait ainsi l'éloge des femmes françaises : « Les femmes, ce sexe charmant, exclues des travaux pénibles, occupées sans cesse
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à donner une bonne éducation à leurs enfants et à les former à la vertu, à plaire à leurs époux et à diminuer le poids de leurs travaux par leurs soins assidus et le charme de leur société, les femmes françaises ont pour vêtement rhabit du Midi. »
Parlait-il des administrateurs et du choix de leurs coopérateurs : « Sous le règne des rois, disait-il, l'avilissement, la bassesse, la flatterie, le charlatanisme procuraient seuls les places; il faut, sous le règne delà liberté, que le talent, la vertu et Taraour sacré de la liberté les obtiennent. )>
Parlait-il de la fabrication des armes? Il retraçait les prodiges qu'avait faits la République dans ses besoins extrêmes pour armer le bras de ses soldats : « II n'y avait au commencement do la Révolution que quatre fabriques d'armes qui pouvaient fournir à elles seules 60 à 80.000 fusils par an. La Convention a décrété que 1.000 fusils seraient fabriqués par jour et 365.000 par an. Aussitôt le génie de la liberté a créé des canonnîers,des foreurs etémouleurs, des garnisseurs, des platineurs, des forgeurs et limeurs de garnitures, des monteurs et ajusteurs de fusils, et la
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fabrication de toute la République passa la quantité exigée par le décret. C'est ainsi qu'un peuple libre sait vaincre tous les obstacles, lorsqu'il s'agit de la défense de la liberté I »
Parlait-il de la fabrication de la poudre? I| s'élevait à un ton lyrique pour glorifier la Révolution et la Convention : « On a fait plusieurs cours à Paris, des ateliers se sont formés dans toutes les parties de la République, elle salpêtre afflue de toutes parts aux raffineries. La quantité de poudre qui se fabriquait n'allait pas auparavant à plus de huit mille livres par jour et de trois millions par an. Les poudreries fournissent aujourd'hui cinquante milliers par jour et dixhuit millions par an. C'est ainsi que le génie des républiques sait tout créer; rien ne lui résiste, et des arts qui paraissaient être le partage de quelques hommes deviennent communs à tous, lorsque le salut public Texige. Tremblez,tyransl Fuyez, esclaves! Les républicains savent aussi bien fabriquer la poudre qu'ils savent la diriger contre vous et vous détruire! »
Les premiers jours de l'Ecole. — Punitions. — Lettre de Laffaille à la jeunesse d'Avesnes. — Programme de la fête du 28 juillet. — Proclamation de Peyssard. — Le 9 Thermidor. — Arrestation de Bertèche. — Bentabole et Brival au camp des Sablons. — Les jeunes patriotes devant la Convention. — Légende sur le rôle des élèves de Mars au 9 Thermidor. — Alexandre Dumas général de l'Ecole. — Chanez.
Les premiers jours de l'École furent marqués par des prescriptions sévères et par des châtiments. Il fallait inspirer à tous le respect du règlement et leur faire prendre le pli; il fallait réprimer Tinsouciance et le laisser-aller. Les représentants et Bertèche n'hésitèrent pas durant le mois de juillet à déployer la rigueur.
Deux instructeurs avaient « fait une ribotte » avec des élèves dans le bois do Boulogne : ils furent expulsés.
Deuxjeunesgensdu district de Bourg-Égalité,
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Saudraiu et Bertault, avaient passé la nuit hors da camp, chacun avec un grand bidon; Saudrain s'était enivré et Bertault refusait de se rendre à l'exercice : ils furent chassés et conduits à l'agent national de leur district qui dut les surveiller.
Des élèves s'amusaient après la ronde à parler, à chanter, à se disputer : Bertèche mit à Tordre que le premier qui ferait le moindre bruit serait traduit devant le tribunal pour être noté comme insubordonné et de là envoyé pendant cinq jours à la garde du camp.
D'autres se livraient durant la nuit aux propos les plus sales et aux conversations les plus ordurières. Le représentant Peyssard fit une proclamation qui rappelait les élèves à la décence : « Sans décence, il n'est point de mœurs, et sans mœurs, on n'est pas républicain. C'est le silence qui met un camp à l'abri des surprises, qui assure le succès des marches et des attaques nocturnes, qui permet le sommeil réparateur des forces épuisées. » Et Peyssard rendait les décurions responsables de la plus légère infraction : les représentants étaient décidés à (( no souffrir rien d'impur dans un
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camp qu'ils voulaient donner pour modèle à toutes les armées de la République ».
Quelques instructeurs avaient, à l'exercice et dans le service, usé de termes grossiers et cyniques. Bertèche leur signifia qu'ils avaient sous leurs ordres des hommes libres et des Français : « La fermeté, leur disait le général, ne se caractérise pas par des propos orduriers, mais bien par un commandement précis et honnête; il leur est ordonné do rayer de leurs discours et de leurs commandements ces propos qui ne sont que le langage des esclaves de l'ancien régime (1). »
De son côté, le Comité de salut public n'oubliait pas ses pupilles. Le 17 juillet, Barère annonçait à la Convention que Landrecies, investi par les gardes nationales des communes voisines, avait capitulé et que parmi les. assiégeants s'étaient trouvés des enfants d'Avesnes. « Voilà, disait Barère, un fait particulier dont le bruit retentira sous les tentes de l'École de Mars. » Sur sa proposition, l'assemblée déclara que les enfants d'Avesnes avaient bien mérité de
(1) Arrêtés et ordres des 2, 8, 13 et 15 juillet 1794.
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la patrie et que les représentants Le Bas et Peyssard feraient connaître aux élèves de Mars le dévouement républicain que les jeunes citoyens de la ville avaient montré en cette circonstance.
Le 20 juillet, dans une proclamation, les représentants conviaient les élèves à correspondre avec cette jeunesse d'Avesnes dont le courage sublime devait élcctriser leurs âmes : « Que ceux d'entre vous qui savent écrire s'occupent d'un projet de lettre; l'ouvrage qui sera jugé le mieux fait et le plus digne des héros d'Avesnes leur sera adressé comme un gage de la fraternité qui doit vous unir indissolublement aux véritables enfants de la liberté. »
La lettre de Laffaille, le futur général, élève du district de Bagnères, fut jugée la meilleure. Peyssard la lut aux élèves qui l'adoptèrent unanimement avec enthousiasme. « Chers camarades, disait Laffaille» elle a retenti dans notre camp, elle a retenti dans nos cœurs, la nouvelle de votre courage. Nous avons été charmés de trouver des modèles parmi des citoyens aussi jeunes que nous. Nous marcherons sur vos traces. Nous aussi, nous rejetterons les conseils timides; nous pensons, comme vous, que, quand on at-
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taque la liberté y tout républicain doit être sous les armes. Nous aussi, nous irons affronter les soldats des despotes ; nous aussi, nous leur ferons rendre les armes, non devant nos villes livrées, mais peut-être devant leurs capitales. » Peyssard no connaissait pas Laffaille. Il le fit venir au centre de sa millerie et lui donna l'accolade fraternelle, tandis que ses camarades battaient des mains et poussaient des cris de joie (1).
Un article du projet d'éducation présenté par Lakanal à la Convention portait que les élèves des écoles assisteraient aux fêtes nationales du canton et de la commune, et Robespierre, déclarant dans son rapport du 7 mai que le spectacle d'un grand peupleassemblé estleplusmagnifique de tous les spectacles et proposant un système de fêtes qui éveillerait dans les âmes les sentiments généreux, Robespierre réservait une place aux jeunes gens dans ces solennités : « Vous y serez, élèves de la patrie qui croissez pour étendre sa gloire et pour recueillir le fruit de nos travaux 1 »
L'École de Mars devait donc figurer à la fête
(1) Moniteur des 18 juillet et 5 août.
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du 28 juillet ou du 10 thermidor^ où les honneurs du Panthéon seraient décernés à Bara et à Vîala. Dans le programme tracé par David et remanié parPayan,les urnes qui renfermaient les cendres des deux c< martyrs » étaient portées en avant de la Convention sur de légers brancards. Quarante-huit mères désignées par les sections, et quarante-huit élèves de Mars arriveraient en même temps aux Tuileries et se placeraient sur l'amphithéâtre à gauche et à droite du président de l'assemblée nationale. Les deux colonnes recevraient, celle des mères, l'urne de Bara, celle des enfants, l'urne de Viala, et se mettraient en marche, précédées de tambours qui feraient entendre un roulement funèbre et d'images qui représenteraient les actions des deux héros.
Lorsque le cortège déboucherait à trois heures devant le Panthéon et au moment où s'ouvriraient les portes du temple, outre les deux salves qui, selon le plan de David, partiraient de la pointe occidentale de l'Ile, l'artillerie adjointe au détachement de l'École de Mars et postée à droite de l'édifice, du côté de l'Estrapade, dans la partie que le peuple ne pouvait occuper, exécuterait une troisième salve. Au retour, les jeunes
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guerriers suivraient immédiatement la Convention. Ils se rangeraient aux Tuileries, dans l'espace qui borde le bassin oii était élevée la statue de la Sagesse, et cet espace serait environné d'nn cercle de ruban tricolore porte par des enfants. Là, ils se livreraient à des évolutions dirigées par Bertèche.
Cette fête était l'objet des entretiens du camp. Dès le 10 juillet, Le Bas etPeyssard annonçaient que tous les élèves ne pourraient paraître dans cette solennité, mais que nombre d'entre eux étaiontchoisispourse préparera temps etsemettre en état de représenter dignement l'Ecole deMars. Les élus s'entraînaient, leurs instructeurs leur apprenaient à employer la cire pour nettoyer les guêtres, et Peyssard faisait dire à l'ordre : « La Convention nationale a décrété qu'un détachement des élèves de l'École de Mars assisterait à la fête de Bara et de Viala. Les représentants du peuple, satisfaits du zèle de tous, lui auraient proposé de faire partager à tous les plaisirs de ce beau jour; mais le défaut de costume a présenté un obstacle insurmontable. Que nul ne s'enorgueillisse, quenul ne soit jaloux d'un choix qui ne fut point une préférence. Le tour de cha-
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cun arrivera. Nous nous étions bien attendus au regret et à la sensibilité de ceux qui restent; nous savions que pour des Français un jour de bataille et un jour de fête sont la même chose, et que ceux qui sont destinés au camp de réserve sont toujours mécontents de leur sort. »
La fête fut ajournée et n'eut jamais lieu. La veille, le 9 Thermidor ou 27 juillet, Robespierre tombait, et une des conséquences lointaines de sa chute fut la prompte levée du camp des Sablons.
Un instant, au soir du 9 Thermidor, lorsqu'elle sut que les deux Robespierre, Saint-Just, Couthon, Le Bas, Hanriot s'étaient soustraits au décret d'arrestation et rendus à la Commune, la Convention craignit que l'Ecole de Mars ne prît parti contre elle.
Elle n'ignorait pas que Robespierre avait visité le camp, et il y vint au moins une fois. Un élève l'a vu, et, dans ses Souvenirs^ le décrit petit, pâle, maigre, extrêmement recherché dans sa mise, élégamment frisé, tenant son chapeau à la main, s' essuyant le front avec un mouchoir de batiste, fixant les jeunes guerriers d'un œil fauve
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et d'un regard clignotant à travers ses besicles, leur parlant d'une voix aigre-douce (1).
La Convention savait aussi que Le Bas exerçait une grande influence sur les élèves. Le 24 juillet, aux Jacobins, Le Bas ne disait-il pas que l'esprit de l'École était excellent et qu'elle ne manifestait que des sentiments de courage et de vertu? « Le criminel HanriotetleCatilina Robespierre, s'écriait Fréron, ont si bien concerté leurs mesures qu'ils ont nommé le traître Le Bas pour inspecter le camp des Sablons! »
Mais les membres du Comité, menacés par Robespierre, prirent d'énergiques dispositions de défense. Un de leurs premiers soins fut d'arrêter Bertèclie et de le remplacer par un homme sur lequel ils comptaient, l'instructeur Chanez. Ce fut Barère qui rédigea la décision et la signa avec Prieur de la Côte-d'Or et Billaud-Varonne (2).
(1) Mais Langlois, qui nous fait ce portrait de Robespierre, a été trompé par sa mémoire : à i'entendre, il aurait vu le coQvenlioDnel lorsqu'il reçut son uniforme et Robespierre lui aurait fuit donner un autre habit; le costume ne fut livré aux élèves qu'après le 9 Thermidor.
(2) Paris, le neuf thermidor de l'an II do
la République une 6t indivisible.
Le Comité de salut public arrête que Bretèche {sic), général du camp des Sablons, sera sur-le-champ remplacé dans su
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Quatre heures plus lard, Élie Lacoste demandait à la Convention Tarrestation de Bertèchc ; ce scélérat, disail-il, était une créature de Duinouriez,deBeurnonville,(leCustine,deWimpffen qui l'avait acheté dans le Calvados. Billaud- Varenne lui répondit que le général de TÉcole élait déjà sous les verroux, et, à son tour, il chargea Bertèche qu'il qualifia de contre-révolutionnaire : Bertèche s'était mal conduit en Belgique, il excitait depuis plusieurs jours les soupçons du Comité de salut pubhc, et Le Bas avait fait son éloge après avoir sollicité sa destitution.
Billaud-Varenne ajoutait que Ton ferait bien de remettre la cérémonie du lendemain où les honneurs du Panthéon seraient décernés à Bara et à Viala. Évidemment, assurait-il, cette fête était un piège : les élèves de Mars devaient manœuvrer en armes devant la Convention, et ils avaient des canons avec eux. Robespierre ne méditait-il pas d'envelopper l'assemblée et ses comités ? (( Je ne veux pas, concluait Billaud-
fonctions par le citoyea Chaney (sic), chef d'instruction de Tiiicoie de Mars, et mis en état d'arrestation.
B. Barère, Billaud-Varenne. C.-A. Prieur.
(A. N. AF., n57.)
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Varenne aux applaudissements de la Convention, élever de nuage ni sur le patriotisme des jeunes gens ni sur la vertu du peuple; mais je crois qu'il ne doit pas y avoir de fête demain. Il faut d'abord anéantir les scélérats; nous irons au Panthéon avec plus d'enthousiasme quand nous aurons purgé la terre. » La Convention décida l'ajournement de la fête.
Tallien appuya Billaud- Varenne. Il dit que les « scélérats » frappés parla Convention avaient tenté de pervertir l'opinion de l'École de Mars et que, suivant un bruit qui courait. Le Bas venait de chercher un refuge dans le camp, et il proposa que deux représentants fussent nommés pour aller aux Sablons. L'assemblée décréta que Brival et Bentabole seraient adjoints à Peyssard.
Les deux nouveaux commissaires étaient adversaires de Robespierre. La veille, Bentabole s'était vivement prononcé contre la motion de Couthon qui demandait que le discours de Maximilien fût envoyé à toutes les communes de la République. Quant à Brival, il avait été quelques heures auparavant hué et chassé parles Jacobins qui lui reprochaient d'avoir voté l'arrestation de Robespierre,
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L'École, qui faisait l'objet des débats de la Convention, dormait tranquillement à Tabri de ses palissades sans se douter de ce qui se passait dans Paris. Mais les élèves qui montaient la garde entendaient au loin, à travers la nuit pluvieuse et noire, le son du tocsin, le grondement du canon d'alarme et les roulements de la générale qui rassemblait les sections encore indécises de la capitale. Bentabole et Brival arrivent. Ils font réveiller le camp. En un instant, à l'appel des tambours et dos trompettes, l'École est debout, et à la lueur d'énormes monceaux de paille enflammée elle se forme en bataillon carré autour des représentants qui la haranguent. Aux discours do Bentabole et de Brival annonçant qu'un complot se tramait contre la République et qu'il est déjoué, succèdent d'unanimes clameurs de colère et d'enthousiasme : Vive la liberté! Mort aux traîtres ! Mort à Le Bas! Mort à BertècAe! Nombre d'élèves en voulaient au général de sa sévérité: les plus exaltés coururent se saisir des barrières en déclarant que Bertèche n'en sortirait pas la tète sur les épaules. Tous désiraientvenir à la Convention pour faire à l'assemblée un rempart de leurs corps. Bentabole et Brival leur re-
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mirent les fusils renfermés dans le magasin du camp, et les élèves, ravis de tenir, de posséder les armes qu'ils n'avaient eues jusqu'alors que pendant la durée des exercices, crièrent aux représentants ;((0n ne nous les arrachera qu'avec la vie ! »
Quelques heures après, Bentabole et Bri val rendaient compte de leur missîonàleurs collègues : ijs avaient eu peine, disaient-ils, à maîtriser l'ardeur des enfants de Mars, et cette belle jeunesse leur inspirait une telle confiance qu'ils n'avaient pas hésité à lui donner des armes.
Carnot eut aussitôt l'idée d'appeler l'École à Paris. Depuis qu'il savait la révolte de la Commune, il avait agi vigoureusement.il écrivait et signait seul un arrêté qui chargeait le commandant de la force armée de chaque section d'envoyer de demi -heure en demi-heure un état do situation au commandant du poste de la Convention. Il écrivait et il signait avec Prieur de la Côte- d'Or rarrétc qui dépêchait un gendarme au commandant du poste de l'Hôtel-de- Ville pour l'instruire que toutes les sections de Paris se ralliaient autour de la Convention ellui enjoindre au nom de la patrie de se rendre auprès de
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rassemblée. Il comprit quelle impression produirait l'École de Mars accourant de Neuillypour veiller à la sûreté de la représentation nationale, et, une fois encore, de son propre mouvement, il écrivit et signa seul un arrêté du Comité qui requérait les élhyesjesjeunes patriotes du camp de Sablons, de venir en armes près do laConvention sans nul retard.
g thermidor an II de la République une et indivisible.
Le Comité de salut public arrête que les jeunes patriotes du camp des Sablons se rendront sans délai en armes près la Convention nationale sous la conduite des représentants du peuple (1).
Peyssard se hâta d'obéir à Tordre du Comité, Il s'était déclaré pour les vainqueurs et avait renié son collègue Le Bas, accusé Bertèche de robespierrisme : « Je suis payé, dit Bertèche, pour me souvenir du 9 Thermidor; mais tout ce qui m'est alors arrivé, je le dois à ce foutre gueux de Peyssard. »
Dans la matinée du 10 thermidor, Peyssard se
(1) A. N., A p. II 57.
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présentait à la Convention. II annonça que les élèves, « espérance de la patrie, » désiraient avoir le bonheur de défiler sous les yeux de l'assemblée, qu'ils avaient pleuré de rage à la nouvelle du danger de la Convention, qu'ils s'étaient jetés sur leurs armes et qu'ils criaient dans leur impatience : «Nous n'avons pas besoin de poudre, il ne nous faut que des baïonnettes ! » La Convention décida que ces jeunes républicains défileraient devant elle. Au bout de quelques instants, TËcole, précédée de sa musique qui jouait les airs les plus guerriers^ entrait dans la salle des séances, et à mesure que les élèves passaient, les applaudissements redoublaient et semblaient ne pouvoir finir. « Il est difficile, écrit un journaliste, d'exprimer les sentiments et l'intérêt que tous les spectateurs éprouvent. On admire le bon ordre de ces jeunes guerriers ; déjà sous les traits délicats de leur âge se prononcent une physionomie mâle et la dignité de l'homme. L'éclat de leurs armes est leur unique parure. Ils les manient avec une facilité qui excite la surprise et une douce satisfaction ». Un des enfants de Mars était à la barre. Il lut une adresse à l'assemblée. Mais le
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bruit des acclamations et la faiblesse de sa voix empêchèrent qu'il fût entendu dans la salle entière, et afin que la Convention connût les sentiments de TÉcole, Peyssard sollicita la permission de lire le discours une seconde fois. La proposition du représentant fut adoptée et sa lecture interrompue derechef par des cris d'enthousiasme et des battements do mains. On demanda de toutes parts que l'auteur do cette adresse reçût l'accolade fraternelle du président. La motion fut votée et exécutée au milieu des transports unanimes de l'assistance. L'École sortit de la salle ; elle se reposa, se restaura, puis regagna ses campements (1).
Une légende a étrangement modifié le rôle de l'École de Mars aux 9 et 10 thermidor. L'École aurait rangé ses pièces d'artillerie sur la terrasse du Manège. Mais elle hésitait entre Robespierre et le Comité. Ses canons suivaient le remous de
(1) Du 10 thermidor an II de la République une et
indivisible.
Le Comité de salut public invite le représentant du peuple Peyssard à ramener au camp des Sablons les jeunes patriotes de l'Ecole de Mars lorsqu'il jugera qu'ils auront pris un repos suffisant et qu'il aura été pourvu à 1 ers besoins. (A. N. i^p. Il 57).
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l'opinion : ils menaçaient la Convention lorsque Robespierre et Hanriot échappés paraissaient ressaisir la victoire ; ils se tournaient contre la Commune au fur et à mesure que l'emportaient les partisans de l'assemblée. Une distribution de vivres fut d'un effet décisif: à la vue d'un convoi de saucissons, de pâtés et de bouteilles de vin que le Comité avait achetés chez les traiteurs des alentours, nos élèves affamés crièrent Vive la Convention I Ce piquant récit ne mérite pas la moindre créance (1).
On a dit aussi que Robespierre élevait ces jouvenceaux à la brochette, qu'il les avait réunis pour en faire ses séides et l'appui le plus énergique de sa dictature, qu'il tardait exprès à leur fournir un uniforme qui leur eût donné l'apparence et l'esprit d'un corps régulier, que les enfants de Mars, vêtus de guenilles, étaient et restaient les soldats de la populace (2).
(1) \\ est dû au général Bardin (Dict. de V armée de terre) et il a été reproduit par Thoumas (Les grands cavaliers» II» 246).
(2) Cf. Montzey, Lauglois et Lacretelle. Ce dernier fait camper les élèves dans la plaine de Grenelle et assure qu'«on formait leur jeune âge à l'adoration de Robespierre, c'est-àdire aux plaisirs du sang », qu'au 10 thermidor ils « devaient arrêter, poignarder tous ceux que Robespierre aurait désignés comme ses ennemis » !
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Et, sans doute, TËcole aimait Le Bas qu'elle préférait à Peyssard. Les Parisiens qu'elle comptait dans ses rangs étaient attachés à la Commune, au maire Fleurîot-Lescot, à l'agent national Payan, qui les avait choisis et présentés à la Convention. Le père do l'un d'eux, Leiièyre, membre du Conseil général, pérît sur l'échafaud, et les cris désespérés que son (ils jetait à cette nouvelle brisèrent le cœur des élèves. Mais l'esprit de l'établissement n'était ^as robespierriste. Si Maximilien et les siens avaient attendu du camp des Sablons aide et assistance, Couthon aurait-il attaqué l'École do Mars trois jours avant le 9 Thermidor? Le 24 juillet, aux Jacobins, Couthon déclarait que, tout en honorant l'École, il ne concevait pas les motifs de sa fondation ; que, lorsqu'une République a besoin de douze cent mille combattants, elle ne s'amuse pas à former trois mille élèves; que ces jeunes guerriers méritaient peut-être les soins dont ils étaient entourés et qu'ils seraient dignes des grands exemples que tant de héros leur donnaient quotidiennement; mais qu'il ne servait à rien de leur envoyer une quantité de canons de gros calibre. Ce langage de Couthon démontre
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assez que Robespierre et ses partisans ne voyaient pas dans TËcole de Mars un sérieux instrument de leurs desseins. Le dictateur n'avait conGance que dans les sections, dans les canonniers et les gendarmes de Hanriot. Pouvait-il faire fonds sur des adolescents qui ne savaient encore à cette époque manier le fusil et qui n'avaient même pas de quoi charger leurs pièces? Une lettre de Peyssard établit sur ce point la vérité. Dans la nuit du 9 au 10 thermidor, au retour de sa mission, Bentabole avait dit à la tribune qu'un magasin d'armes inutiles et mal gardées existait près de l'École de Mars et qu'il avait remis les fusils aux élèves parce qu il craignait pour la sûreté du dépôt. Peyssard écrivit le H thermidor au président de ^a Convention que ce magasin était sous ses yeux, dans l'enceinte du camp, et ne contenait que le nombre de fusils nécessaires à l'instruction des élèves, qu'on attendait, selon l'usage, pour distribuer les armes, que les jeunes gens connussent la première partie de l'école du soldat. Quant à l'artillerie du camp, ajoutait Peyssard, cette artillerie redoutable que certains considéraient comme dangereuse à la liberté, quel eftet aurait-elle pu produire puis-
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qu'il n*y avait encore aux Sablons ni un seul boulet ni une seule cartouche à balles (1)?
Quoi qu'il en soit,Bertèche ne reparut plus au camp de Mars. Il fut transféré dans la prison du Luxembourg. Une lettre que Hanriot lui envoyait au soir du 9 Thermidor avait été saisie par Barras sur un gendarme. Mais Bertèche se disculpa le 29 décembre 1794 devant la Convention; il déclara que ceux qui connaissaient ses sentiments n'avaient pu dans la nuit employer à sa défense des moments précieux et revendiqués par le salut public, qu'il n'avait pas vu les ordres de Hanriot et que, comme tout chef de la force armée, il devait recevoir les messages de l'homme à qui « les tyrans avaient remis le commandement général ». Cette fois, Peyssard le soutint et plaida sa cause : « J'ai, dit-il, reconnu dans Bertèche un brave républicain et je n'ai jamais remarqué la moindre intelligence entre lui et les triumvirs (2). »
Chanez, successeur de Bertèche, manquait de prestige. Il n'avait pas fait la guerre de la Révo-
(1) Lettre de Peyssard, Il thermidor. (A. N. c. 311).
(2) Alont7cttr du l" janvier 1795.
lulion et n'étail que chef de bataillon. Au bout de quelques jours, le Comité le remplaçait par un p^énéral de division qui joignait à l'éclat du grade un extérieur imposant : Alexandre Dumas, le «puissant mulâtre », naguère général en chef de l'armée des Pyrénées Occidentales et de celle des Alpes.
Alexandre Dumas avait été appelé le 24 juin devant le Comité. Le 2 août, le Comité le nommait <( général pour commander l'École de Mars établie au camp des Sablons ». Dumas reçut cet arrêté dans la soirée du 3 août, et le 8, après avoir pris les ordres du Comité, il se rendit à l'École (1). Mais ce même jour, le Comité, se ravisant, décidait qu'il « serait employé provisoirement, en qualité de général de division, à l'armé de Sambre et Meuse ».
Dumas n'avait exercé ses fonctions que trois jours, du 6 au 8 août. Il eut le temps de faire aux enfants de Mars une proclamation encou*
(I) LeUre d'Alexandre Dumas à Pille, 18 thermidor : « J'ai reçu avant-hier soir l'arrêté en date du 15 du Comité de salut public qui me nomme commandant de TEcole de Mars ; je m'y rends aujourd'hui après avoir pris les ordres du Comité de salut public. Salut et fraternité. » (Archives administratives de la guerre).
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rageante : « Le général du camp, témoin des exercices des élèves, s'empresse Je leur témoigner sa satisfaction de leurs bonnes dispositions ; c'est par un zèle actif et une constance soutenue qu'ils rempliront les vœux de la Convention et repondront au but de leur institution ; ces qualités leur garantiront aussi leurs succès et les rendront propres à rendre des services à la République. »
Il dicta quelques mesures utiles.
Il prescrivit qu'un chef de millerie forait chaque jour défiler à la parade et qu'à cette occasion tous les instructeurs se placeraient à la gauche des tambours et sur la même ligne par ordre de millerie, que le millerion de service visiterait tous les postes le jour et la nuit, que les postes prendraient les armes lors de sa visite et que les commandants lui donneraient le mot.
Il fit mettre un cadenas à la barrière qui s'ouvrait du côté de Neuilly, et la clef fut remise tous les soirs, à la retraite, chez le général.
Après le départ d'Alexandre Dumas, Chanez reprit le commandement de l'École. Ancien sergent major des gardes françaises, il avait servi dansla garde nationaleparisienne comme fusilier, puis comme capitaine^ et il était chef du batail-
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loQ de la section de la Halle aux blés lorsqu'il fut nommé instructeur au camp des Sablons à l'instant où il demandait son admission à la maison nationale des Invalides avec le grade de capitaine. Il eut, de même que son prédécesseur Bertèche, le titre de général, et il devint réellement général. Bonaparte, qui le connut après vendémiaire et qui le fît commandant de la place de Paris, Temmona dans l'expédition d'Egypte et lui confia, sous l'autorité supérieure de Vaubois, la place et les forts de Malte. Durant tout TEm^ pire, Chanez fut à la tête de la subdivision militaire de Seine-et-Marne et^ en 1814, à l'âge de soixante-huit ans, il défendit le passage de la Seine et de la Marne, à Melun et à Meaux. La Restauration le mit à la retraite. Mais, sous les Cents Jours^ Chanez se présentait à Napoléon. « J'ai le bonheur, lui disait-il, d'être connu de Votre Majesté depuis vingt ans et c'est d'EUe que je tiens tout. » L'empereur daigna se rappeler le dévouement que Chanez avait montré l'annôe précédente. « Il n'est pas juste, lui répondit-il, que vous ayez été mis à la retraite. »
Chanez fut très utile à l'École de Mars. Les représentants Moreau et Bouillerot déclarent
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qu'il s'est comporté au-dessus de tous les éloges^ qu'il a été uq père pour les jeunes gens, qu'il réunit le civisme et toutes les qualités qui caractérisent un parfait instructeur, que la patrie devra tirer parti de lui dans ce genre où il excelle et le mettre à la tète de la nouvelle école qui sera formée. « Il a, disent-ils, par ses connaissances dans l'art militaire et par une conduite paternelle, rendu de grands services à la Repu-,
blique dans ce poste. Les talents des élèves, l'exacte discipline qui a régné parmi eux, sont
dus à son zèle, à son infatigable activité et à l'exemple d'une conduite républicaine qu'il leur a constamment donné ; il emporte nos regrets, notre estime, et a des droits à la reconnaissance nationale. »
Il avait plus d'expérience et d'énergie que Bertèche. Il s'efforça d'accélérer l'instruction. Il organisa le service des patrouilles. Il établit un Conseil d'administration dont les membresfurent Blanc, Fischer, Rîvercau et les cinq millerions Devaux, Lécaillette,Choppin, Cudey et Constantin : les instructeurs qui désiraient s'éclairer sur quelque point de leur métier ou sur les règlements de la police intérieure purent se présenter
à ce Gonseil, qui se tenait quotidiennement à dix heures au logement de jour que Chanez occupait dans une des maisons de la porte Maillot. EnOn, il parcourut le camp, stimulant son monde, distribuant à propos l'éloge ou le blâme.
Les malades de Thôpital refusèrent une fois leur portion de viande parce qu'elle était plus petile qu^à l'ordinaire. Chanez leur déclara que cet acte tenait presque de la mutinerie : « Les élèves doivent se contenter de ce qu'on leur donne, s'accoutumer à une diminution ou à une privation que les circonstances peuvent nécessiter, et lorsqu'ils ont à se plaindre du fournisseur des vivres, ils doivent le faire sans humeur, sans emportement, et surtout sans rassemblement. Les décurions doivent s'adresser aux centurions, les centurions aux millerions, les millcrions au général, et ce dernier aux représentants du peuple. »
De concert avec Peyssard, il reprochait aux élèves de détériorer les objets que la République mettait à leur disposition, et le 15 août, dans un ordre du jour, Peyssard disait aux enfants de Mars : « Six jours sont à peine écoulés depuis la distribution des fusils et quatre cents sont
déjà hors do service. Tentes, gamelles, marmites, bidons, tout est dégradé, tout est brise f »
Représentant et général décidèrent que les élèves paieraient de leur bourse tous les dégâts qu'ils feraient. A diverses reprises, Chanez passa la revue des armes, tx Je ne recevrai pas, dit-il une fois, d'excuses vagues comme/e fai perdu ou on me fa pris; ceux qui n'auront pas l'arme marquée à leur nom la paieront sur les fonds qu'ils ont chez le commissaire ou de telle manière qu'on avisera ; dans tous les cas, la négligence ne restera pas impunie. »
Les instructeurs ne furent pas ménagés. Certains d'entre eux portaient d'autres plumets que ceux qu'ils avaient reçus, a Un véritable républicain, leur notifia Chanez, s'honore do porter l'habit que la patrie lui donne; un ami de l'égalité ne cherche point à se différencier de ses camarades. »
Il fit des exemples et sévit contre ceux qui n'en faisaient qu'à leur tète et ne pensaient qu'à s'échapper du camp pour se divertir à Paris. Le 9 août, l'instructeur Germain est renvoyé pour s'être enivré et avoir tenu des propos qui tendent à détruire l'esprit de subordination et de
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dévouement républicain. Le 28 août, trois instructeurs, Edrae, Cornet et Babelon, sont congédiés pour avoir découché sans permission.
Le 13 septembre, l'instructeur Brière est destitué de ses fonctions pour s*étre absenté du camp pendant deux jours consécutifs,
Bertèche s'était plaint le 17 juillet que le service do nuit se fît « on ne peut plus mal » et que Tofficier de ronde eût surpris tous les postes et trouvé les officiers de garde endormis. Le l®"" août, Chanez, après avoir parcouru le camp, rapporte, lui aussi, que tout dort, instructeurs, élèves, sentinelles, et deux semaines plus tard, le 14 août, il remarque que la plupart des instructeurs, loin de tenir leurs hommes dans une surveillance continuelle, leur permettent de rester couchés toute la nuit et toute la journée soit dans les lentes, soit autour des tentes. Le 25 août, il éclate : « La mollesse et la négligence des factionnaires révoltent tous les amis de la discipline; la nuit, au lieu de relever les postes en silence, on parle sans cesse, on rit aux éclats, et les patrouilles destinées à établir la tranquillité sont les premières à la troubler. » Et le représentant Peyssard décide que tout
factîonnairo qui néglige le maintien prescrit par le règlement fera faction deux heures de plus; que tout instructeur convaincu d'avoir fermé les yeux sur cette négligence subira deux jours d*arrêt ; que tout commandant de garde ou de patrouille dont la troupe n'aura pas observé le plus grand silence sera de garde ou de patrouille la nuit suivante.
Le 2 septembre, la décision s'exécuta. Tous les postes avaient été la nuit précédente relevés en désordre. Peyssard ordonna que les instructeurs et les caporaux élèves seraient do garde une nuit de plus.