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Fromage. 413

Le beurre est nourrissant, mais un peu pesant. Le beurre frais a réellement les qualités que lui attribue le texte de cet aphorisme, C'est une graisse mi-végétale et mi-animale, dont la propriété émolliente lui est commune avec les graisses et avec les huiles. Mais la condition d'être sans fièvre, que l'École de Salerne exige de quiconque veut en faire usage, est nécessaire; autrement la chaleur contre nature du corps corromprait et ferait rancir le beurre, qui produirait alors dans l'estomac la saburre

La crème, qui n'est que du beurre mélé à une certaine quantité de fromage, est d'une digestion plus facile.

Le caillé est trés rafraichissant.

Le petit-lait appelé aussi sérosité, sérum, fournit une boisson très salutaire; son usage est très utile dans un grand nombre de circontances, tant pour prévenir que pour guérir les maladies,

Le petit lait est d'usage en maladie plus qu'en santé. Il rafraichit et purifie le sang dans quelque temps qu'on l'emploie, il est délayant, humectant, adoucissant, relächant et incisif 1.

Page 106. — FROMAGE.

Le fromage nourrit bien les personnes robustes, qui seules le digèrent complètement.

Le fromage tendre a les mêmes propriétés que le caillé.

Parmi les fromages vieux, secs ou salés, les plus renommés sont d'abord celui de Roquefort; viennent ensuite ceux d'Italie, parmi lesquels le parmesan et le milan tiennent le premier rang ; ceux de Hollande, de Suisse, et surtout ceux de Griére et de

1. Voyez Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades, des convalescents et des valétudinaires, 2° édition, Paris, 1867. ud "hérapeutique de la phthisie pulmonaire, 2* édition, Paris,

ae née — + —

414 Commentaires de l'École de Salerne.

Berne ; ceux de Savoie, de Lorraine et de Bourgogne, qui diffèrent peu de ceux de la Suisse; ceux de Brie, de Maroles, de Sassenages, du Forez ; enfin les fromages d'Auvergne ou de Cantal, quoique un peu trop salés.

Un Allemand, nommé Martin Schookius, a fait un livre intitulé De aversione casei (De l'aversion pour le fromage). Je n'ai jamais pu, dit Berchoux !, me procurer cet ouvrage, qui aurait été d'un grand prix pour moi.

Le fromage, pour étre bon, ne doit étre ni trop nouveau ni trop vieux.

Un peu de fromage peut étre salutaire à la fin d'un repas «omme stomachique. Grimod de la Reyniére l'a appelé le biscuit des ivrognes et des gourmands.

Il est certain que le fromage tendre lui-même, pris en quantité, deviendrait malfaisant, quoiqu'il le soit moins que le vieux fromage, plus dur, plus compact. Nous conseillerons rarement aux malades de manger du fromage, encore moins sans pain. Quel est d'ailleurs celui qui mange le fromage sans pain ?

Page 108. — Pois ET FÈVES.

Les pois veris ou petils pois sont d'une substance délicate, légérement sucrée, qui se digére avec la plus grande facilité ; n'étant point encore mûrs, ils ont les cosses tendres.

Mais il n'en est pas de méme des pois qui ont acquis toute leur maturité ou des fois secs. Leur enveloppe est ácre et si dure, que les organes digestifs les plus énergiques n'en changent point la contexture. Aussi la peau des pois sort-elle dans les déjections sans être altérée, et aprés avoir causé beaucoup de pesanteur et de vents dans le canal digestif.

1. Berchoux, La gastronomie, Poéme, 4* édition, Paris, 1805, P- 147:

418 Commentaires de l'Ecole de Salerne.

La RAVE proprement dite, OU GROSSE RAVE, RABIOULE, TUR- NEP, est, ou aplatie, ou oblongue. Mathiole a vu une rave oblongue du poids de 30 livres. Cependant la rave aplatie est communément plus grosse que l'oblongue.

Moreau raconte qu'on voyait dans le temple d'Apollon à Delphes une rave de plomb, une bette d'argent et un raifort d'or, et que Louis XI paya de mille piéces d'or et conserva comme une chose précieuse une rave offerte par un paysan chez lequel il avait l'habitude d'en manger.

La rave devient douce quand elle a atteint sa parfaite maturité : sa pulpe est tendre, médiocrement nourrissante, mais facile à digérer;il faut laver la rave dans l'eau chaude, pour lui óter sa force et son ácreté, qui communique à l'eau une odeur fétide. C'est sans doute ce principe acerbe qui la rend tonique, diurétique et venteuse, qualités qu'elle perd par la cuisson. Elle est alors un bon aliment, fort en usage, chez nous comme chez les Romains, qui n'ignoraient pas qu'elle n'est bonne qu'aprés les premiéres gelées et lorsqu'elle est venue dans un lieu élevé et froid. )J

Hoc tibi brumali gaudentia frigore rapa Qua damus, in callo Romulus esse solet.

Ces raves, dont l'hiver corrige tous les vices, Romulus dans le ciel en mange avec délices.

Le jus de la rave cuite est adoucissant; aussi le recommandet-on contre la toux dans les maladies du poumon et de la gorge, contre les aphthes, etc. La pulpe, appliquée sur les tumeurs, peut servir d'émollient et de maturatif.

Le NAVET, brassica napus, est un aliment sain, plus savourcux et un peu plus chaud que la rave; il est, comme toutes les plantes cruciféres, stomachique et anti-scorbutique.

422 Commentaires de l'École de Salerne.

cette plante, par la crainte d'une si fâcheuse influence; et son discrédit aurait peut-être duré jusqu'à nous, sans Antonius Musa, qui conseilla à César la laitue dans une affection bypocondriaque, le guérit et remit en vogue cette plante si salutaire.

La CHICORÉE, cichoreum, croit dans toute l'Europe : lorsqu'elle est cultivée et blanche, elle perd l'àcreté et l'amertume, qui a fait donner le nom d'amére à la chicorée sauvage. Cette plante, légérement tonique, excite l'appétit; mais elle est filandreuse et indigeste. On l'emploie en médecine comme légèrement apéritive.

L'ENDIVE n'est qu'une variété de la chicorée, et elle jouit des mémes propriétés.

Le PISSENLIT, DENT DE LION, leontodon taraxacum, est plus tendre et d'une digestion plus facile que la chicorée sauvage; il se mange aussi en salade, lorsque l'on a privé ses feuilles du contact de la lumiére, afin de leur enlever leur amertume.

C'est un des plus doux et des meilleurs fondants, employé avec succés dans les affections bilieuses,'la jaunisse, etc.

La MACHE, valeriana locusta, où DOUCETTE, POULE GRASSE, BLANCHETTE, est d'une saveur douce et bonne en salade, en hiver ou au commencement du printemps; elle est rafraichissante, adoucissante et un peu laxative; elle offre un aliment léger, agréable et d'une digestion facile.

Hermolâus Barbarus, et d'autres auteurs, ont avancé légèrement, selon nous, que les sauterelles dont saint Jean vécut dans le désert n'étaient autre chose que la máche.

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contient beaucoup de sucre, qu'on en retire en abondance comme de la betterave.

Elle fournit à l'homme un des meilleurs almeuts dot il puisse. ire usage.

On l'emploie en médecine, comme adoucissante et fondante. On l'applique aussi avec succès sur les ulcères cancéreux où putrides.

La racine de carotte sauvage est petite, ligneuse, fade; mais elle peut se manger sans aucun danger,

Page 113. — EPINARD.

Les épinards, originaires de l'Arabie, sont tendres, légers, et. d'une digestion très facile. Comme ils sont rafraichissants et laxatifs, de même que tous les végétaux doux, ils peuvent être utiles dans les congestions gastriques. Par la même raison; leur üsage convient aux tempéraments sanguins, et ils sont contraires aux personnes qui ont l'estomac naturellement faible, à moins qu'on y mêle quelque assaisonnement tonique, comme de l'écorce d'orange, etc, La partie colorante des épinards passe dans les selles sans aucune altération, ce qui a fait croire que l'épinard est indigeste.

Ce que l'école de Salerne dit des épinards, pourrait beaucoup. mieux s'appliquer à l'oseille,

L'osuiLce, acelosa, à une saveur acide; on l'emploie plus sou= vent comme assaisonnement que comme aliment. Elle excite l'appétit et aide la digestion : son usage est salutaire aux per= sonnes sanguines, surtout aux bilieuses, car elle est rafralchissante, anti-bilieuse et anti-putride. Son emploi est recommandé dans le. scorbut.

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Le principal effet de cette maladie est de remplir d'une poudre noire l'épaisseur des écailles du bulbe et la base des feuilles. Cette poussière noire occupe toute la substance des écailles où des feuilles ; elle est visible par transparence sous forme de taches grises ; souvent elle se répand au dehors par la rupture de l'épiderme. Quant au nom technique de cette poussière, il lui sera difficile de se vulgariser comme celui du phylloxera ; le docteur américain Farlow, qui a reconnu qu'elle était composée des spores d'un cryptogame confiné jusqu'ici dans l'Amérique du Nord, l'a baptisée du nom d'Urocystis cepule.

A dire vrai, la maladie n'est qu’à son début; cependant Ja chose vaut qu'on y regarde, car ce parasite végétal compromet l'oignon en altérant sa blancheur et en le faisant dépérir. Dans les Etats de Connecticut et de Massachussetts, où l'oignon forme une branche importante de culture, ce parasite produit chaque année des dégâts pour plusieurs milliers de dollars.

Quand l'oignon était sain, on pleurait déjà en lui ouvrant le cœur ; que sera-ce maintenant qu'il est malade ?...

Sainclair assure que l'oignon contient plus de parties nutritives, sous le méme volume, qu'un autre végétal, Nous en doutons,

Beaucoup d'individus qui digèrent mal les oignons cuits, se trouvent bien de les manger crus. Cette racine bulbeuse convient, en effet, aux personnes qui ont beaucoup d'embonpoint; car l'oignon cru est anti-putride et stomachique.

C'est l'assaisonnement le plus convenable pour les poissons; aussi les peuples ichthyophages en mangent-ils beaucoup,

L'École de Salerne dit avec raison, que son usage ne convient pas aux colériques, c'est-à-dire, aux tempéraments bilieux et atdents,

Le jus d'oignon donne au visage une couleur luisante; mais son odeur forte empéchera toujours le beau sexe de se servir de. cette recette.

Poireau. 2° 433

Le uounton, Humulus lupulus, fournit, au printemps, de jeunes pousses assez tendres, que l'on prépare comme les asperges, et que le peuple nomme asperges sauvages ; elles ont méme, dit-on, plus de saveur que les asperges, dont elles possèdent le goût et les autres qualités. Ces asperges étaient plus estimées que les véritables du temps de Martial.

Molli in hæcorea quæ crescit spina Ravenna Non erit incultis gratior asparagis.

Cette asperge sauvage est meilleure et plus saine Que celle qu'on cultive au marais de Ravenne.

L'arricuauT, Cynara, croit en Europe, en Asie et dans l'Amérique méridionale. On ne mange de cette plante que le réceptacle de la fleur et les portions de receptacle qu'on enlève avec les écailles qui forment le calice. On le rend tendre et d'une digestion facile, en le faisait bouillir dans l'eau. L'artichaut fournit un aliment fort sain et un peu tonique. C'est sans doute cette dernière propriété qui l'a fait passer pour aphrodisiaque.

L'ARTICHAUT SAUVAGE est la CARLINE SANS TIGES, Carlina acaulis. On en mange le réceptable, qui est presque aussi bon que celui des artichauts, dont il a le goüt. Le peuple nomme cette espèce d'artichaut cardavile; il a les mêmes qualités que l'artichaut cultivé, mais à un plus faible degré.

Le CARDON D'EsPAGNE, dont on mange les côtes ou parties moyennes des feuilles, est un mets assez insipide, qui a besoin d'étre bien apprété.

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L'humidité du sol joue un grand rôle dans la distribution géographique. Partout où l'humidité séjourne, elle exclut la truffe, qui se plait assez sur les plateaux dont la surface est perméable, préfére en général les pentes et fuit le fond des vallées, surtout. lorsque l'eau n'y trouve aucun écoulement, Ainsi la perméabilité du terrain parait être indispensable à la production des truffes.

Au point de vue géologique, c'est surtout sur le calcaire jurassique que l'on rencontre la truffe. Ainsi elle abonde sur tout le pourtour du plateau central.

La nature chimique du sol ne leur est pas indifférente, Il doit renfermer du calcaire. Une bonne proportion est de 8 p. 100 à 1$ p. 100; la limite inférieure parait 1,5 p. 100, ainsi qu'il résulte des analyses de M. Hervé Mangon. Un sol siliceux paraît, au contraire, bien que trés perméable, impropre à la production des truffes, quoique M. Chatin ait, dans une châtaigneraie (le châtaignier affectionne les terrains siliceux), trouvé des truffes en quantité notable.

Quand le semis de glands a atteint quatre ou cing ans, on peut espérer une récolte de truffes. Mais pour cela, il faut se procurer des mouches truffigènes et les placer sur le sol de la truffière : ces insectes sont aussi indispensables à la production de la truffe, que les abeilles à la fabrication du miel.

La France est un des pays les plus abondants en truffes. Les meilleures se récoltent aux environs de Périgueux, d'Angoulême et de Cahors ; le canton de Sarlat, dans le Périgord, est surtout renommé À cet égard. On estime aussi les truffes de Provence, du Dauphiné, surtout celles de Romain, qui n'ont d'autre inconvénient que d'être parfois musquées.

L'absence de végétation, le renflement du sol, la présence d'une colonne de mouches truffigènes, servent aux gens expérimentés à pronostiquer la présence des truffes.

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long des allées, des sentiers, dans les taillis, et, quand ils rencontrent une truffe, ils s'arrêtent et commencent à gratter la surface du sol; le maître donne un coup de pioche et découvre la truffe, puis il suit la trace en découvrant le cercle où se trouvent les autres tubercules. Une circonstance à noter, c'est que le petit chien trufüer s'arrête toujours sur une truffe piquée par un insecte; en effet, le parfum de celle-ci est plus développé, et cette circonstance explique comment le chien la découvre plus facilement que les autres, Quand les truffers ont fait leur récolte en poursuivant les tubercules qui occupent le cercle où elles végétent, ils ont soin de piocher la terre, d'enlever les mousses : c'est ce qu'ils appellent cultiver les truffes. Ils piochent même les truffières déjà exploitées et qui leur paraissent en mauvaise condition. Un bon truffier peut gagner jusqu'à 200 francs dans sa saison.

Sans doute les truffes de Bourgogne et de Champagne n'ont pas la qualité de celles du Périgord ; mais celles qui sont bien máres exhalent cependant un parfum presque aussi agréable.

La trufie change plusieurs fois de couleur, selon son degré de maturité ; c'est ce qui a donné naissance à une classification fantaisiste des truffes en blanches, grises, noires et violettes. C'est une erreur. La truffe, lorsqu'elle commence à paraître, est d'abord blanche, et cette régle est sans exception ; ensuite elle devient grise. Enfin, quand arrivent le froid et les gelées, elle revét cette couleur noire qui indique qu'elle a atteint son plus haut point de maturité et qu'elle possède toutes les qualités désirables d'arome et de parfum. Cet état de perfection ne dure pas longtemps ; à peine les froids passés, elles redevient grise, molle, fade, sans parfum ; elle passe sans retour comme la fleur qui se flétrit sans qu'une main intelligente soit venue la cueillir.

Pour prévenir cet accident, et pour avoir des truffes en tout temps, on a imaginé de conserver les truffes. On les fait cuire

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comme plat principal ; ils préféreront une poularde ou un faisan truffé à un plat de truffes à la serviette. Enfin, au risque de vous scandaliser, ils ajouteront que ce qu'il y a de meilleur dans la truffe, c'est le parfum, c'est le famet qu'elle communique à la volaille ; qu'une fois cuits, ces quartiers de truffes ont abandonné tout leur suc, et que les manger c'est se charger inutilement l'estomac. Voilà ce que disent les raffinés, dont on se gardera bien de suivre l'exemple.

Ce n'est pas seulement en France que la truffe est estimée; les étrangers en font aussi grand cas. Le prince Demidoff a inventé une salade de pommes de terre et de truffes, à laquelle il a donné son nom, et dont nous voulons donner la recette à nos lecteurs. On prend six cents grammes de truffes cuites au vin de Madère, etla même quantité de pommes de terre cuites au sel ; on les émince et on les assaisonne de sel, huile, poivre, vinaigre et ravigote. On y ajoute des carottes, des navets, et l'on fait cuire à l'eau de sel. Puis on dresse le tout en forme de pyramide, en introduisant une tête d'asperge dans chaque navet et chaque carotte, En vérité, ce n'est pas trop cosaque!

Le Piémont possède une truffe spéciale, dite truffe blanche, à cause de sa couleur. Elle se mange sans être cuite, et ordinairement en salade. Cette truffe, qui a un goût piquant et original, ne vaut pas la truffe noire.

Les truffes des environs de Turin sont remarquables par un petit goût d'ail qui ne nuit pas, dit-on, à leur perfection.

La truffe, qui est une espèce de champignon, constitue un aliment très nourrissant, stomachique, et néanmoins lourd, malsain, qui se digere difficilement.

La truffe passe pour un très bon aphrodisiaque.

440 Commentaires de l'École de Salerne.

Hector Chaussier a voulu sans doute faire une plaisanterie, lorsqu'il a dit que la truffe contenait le principe de la goutte et que l'usage de ce cryptogame donnait cette maladie.

Page 116. — Noix.

Les noix, qui sont le fruit du noyer, Juglans regia, sont trés indigestes ; cependant un grand nombre de personnes en ont mangé plus de trois sans étre mortes. Il ne faut donc point prendre à la lettre l'aphorisme, oü il y a un peu d'hyperbole.

Arnauld de Villeneuve prétend que l'Ecole de Salerne a voulu désigner dans cet aphorisme la noix muscade, la noix commune et la noix vomique. C'est peu probable, ce qui précède indique bien qu'il s'agit ici de la noix qui se mange au dessert.

Les noix se consomment sous quatre états différents.

Lorsque le fruit est vert, on le confit au sucre ou à l'eaude-vie pour en faire une liqueur stomachique appelée Prou de noix.

Lorsqu'il est plus mûr, ce fruit prend le nom de cerneau et forme un mets recherché, assaisonné de vin ou de vinaigre. Le vin d'Orléans est uniquement un vin de cerneaux, mais il n'est bon à boire que pendant le mois d'avril.

Au mois de septembre, les noix atteignent leur parfaite maturité, et c'est le moment où la consommation est la plus grande.

Enfin pendant l'hiver, on vend des noix qui ont séché au soleil ou dans des greniers.

On tire des noix une huile excellente, qui est trés appréciée dans certains départements. Elle sert également à brûler et à

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assaisonner les aliments. Son seul défaut est d'avoir une saveur prononcée qui ne convient pas à tout le monde. Cette huile sert aussi en teinture à fabriquer un noir qui est inaltérable,

Les anciens tiraient de la noix une liqueur dont ils se servaient pour teindre la laine et les cheveux.

Toutes les parties de l'arbre qui produit les noix possèdent un principe qui exhale une odeur particulière pendant les chaleurs, C'est pour cette raison qu'il est imprudent, en été, de se reposer longtemps à l'ombre d'un noyer.

Le bois du noyer est trés employé en ébénisterie; les parquets sont souvent faits en noyer. Ce bois alimente plusieurs fabriques de la Haute-Vienne pour la fabrication des sabots.

Les coques de certaines noix sont employées dans la tabletterie : on en fait une foule de petits objets sculptés.

Autrefois, à Rome, les noix jouaient un grand rôle dans les mariages. Le jour de ses noces, le nouveau marié faisait une ample provision de noix qu'il jetait à tous les enfants; cela signifiait qu'à compter de ce jour il renongait aux jeux de l'enfance.

Page 116. — POIRE ET POMME.

La poire crue, tendre et fondante, remplie d'un jus exquis, est très salutaire; elle est, au contraire, venteuse et indigeste quand elle est dure ou pre, comme l'espèce sauvage : le vin aide à sa digestion, mais l'école de Salerne a voulu dire, je crois, que le vin est bon après la poire; d'où le dicton popu-

laire :

Après la poire, Donnez-moi à boire.

On compte plus de deux cents variétés de poires, qui ont chacune leur nom, Les meilleures poires sont le beurré, le beurré

Prune. 443

facilement que les liquides capables de dissoudre un corps aussi dur auraient percé cent fois la vessie et les parties environnantes avant d'avoir méme attaqué la pierre dans cet organe.

Amauld de Villeneuve dit aussi, pour montrer que les cerises donnent du sang pur, des forces et de l'embonpoint, que les petits oiseaux n'ont jamais le foie plus gros que lorsqu'ils s'en nourrissent.

Les GUIGNES et les BIGARREAUX sont plus doux au goût et plaisent ordinairement plus que les cerises ; mais ils sont pesants et indigestes quand on en mange une certaine quantité, ce qui provient ordinairement de ce qu'on les avale à moitié mâchés.

Les MERISES rouges et noires sont plus humectantes et rafraichissantes que les autres espèces de cerises. C'est des merises qu'on retire la liqueur qu'on nomme kirschenwasser, ou eau-de-vie de cerises, ou marasquin.

Page 118. — PRÔNE.

Les rRUNES, dont il y a plus de deux cent cinquante variétés, n'ont été apportées à Rome, des environs de Damas, oü le prunier croit naturellement, qu'au temps de Caton l'Ancien. Les meilleures prunes sont : la reine-claude , la sainte-catherine, le gros et le petit damas.

Les prunes fraiches contiennent des sucs agréables, doux, mucilagineux, fondants, qui ont des propriétés rafraichissantes.

Les meilleurs pruneaux viennent d'Agen, de Brignoles et de Tours.

Les pruneaux cuits sont d'une facile digestion ; mais ils sont plus laxatifs que les prunes crues,

Prunez 445

parfum, la fraise des Alpes; elle a en outre une précieuse faculté : celle de pouvoir se reproduire toute l'année, en pleine terre, ce qui lui a fait donner le surnom de fraise des quatre saisons,

La fraise ananas, quoique plus grosse, est moins estimée des gourmets.

Les petites fraises des vignes ou des bois doivent leur être préférées sans aucun doute; elles sont bien meilleures et plus saluaires; elles sont tendres, nourrissantes et faciles à digérer.

L'importance des fraises, au point de vue commercial, n'est pas aussi considérable pour Paris qu'on se le figure généralement. Les énormes quantités qui se débitent soit aux marchés, soit dans les rues, arrivent aux Halles des environs de la capitale. Bagnolet possède la plus grande quantité de fraisiers : on y compte près de 300 cultivateurs.

Dans les bonnes terres, et lorsque la saison est favorable, on récolte 6 paniers de fraises par 100 mètres carrés de superficie. On fait généralement huit cueillettes par an pour chaque plant de fraises. Un are produit donc 48 paniers, et 1,000 mètres 480 paniers; en les estimant en moyenne à 1 fr. 50, — on les vend de 1 fr. 25 à 2 fr. le panier, — on trouve qu'un hectare rapporte 720 francs. Sur cette somme, on peut compter moitié bénéfice,

La fraise contient un suc légèrement acide, qui fait qu'elle désaltére et rafralchit. C'est un fruit qui convient surtout aux personnes bilieuses et sanguines. Cependant celles qui ont un estomac délicat ne doivent pas en faire un usage trop fréquent, parce que la fraise est froide à l'estomac. On remédie à cet inconvénient en les assaisonnant avec du vin et du sucre.

L'usage des fraises produit de singuliers effets sur l'économie, On cite des guérisons inespérées qui lui sont dues.

Müres. 447

La GROSEILLE NOIRE Ou cassis a les mêmes qualités que les autres groseilles, excepté que le principe que cette baie contient la rend légèrement excitante et diaphorétique.

Page 118. — Mure.

Il y a deux espèces de mûres : les blanches, qui sont fades; et les noires, qui sont d'une saveur agréable, douce et légérement acidule ; elles sont tempérantes et rafralchissantes, et n'ont rien de malfaisant.

En les écrasant et les mêlant à une certaine quantité d'eau, on peut en faire une boisson qui, comme l'eau de groseille, est bonne contre les fièvres inflammatoires, bilieuses et putrides. Le sirop et le rob de mûres ont les mêmes propriétés, mais ne jouissent d'aucune vertu spécifique contre les maux de gorge, malgré la grande réputation qu'a ce sirop dans le monde non médical.

Les Anciens faisaient grand cas des mûres; regardant ce fruit comme salutaire, ils recommandaient de le manger à la fin du repas :

ille salubres, Æstates peraget, qui nigris prandia moris, Finiet, ante gravem qua legerit arbore solem !. Celui qui sur la fin du repas se restaure Par le fruit teint du sang de Pirame et Thysbé,

Et que l'on a cueilli au lever de l'aurore, Pussera ses étés en fort bonne santé,

Page 119. — PÉCHE, RAISIN SEC ET RAISIN FRAIS: Les rêcues sont le fruit d'un arbre originaire de l'Asie et de l'Amérique, Ces fruits, dont il existe beaucoup de variétés, sont aussi salutaires qu'agréables.

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