‹ L'École de SalerneChapitre 259 sur 280 · I. D' Simplice, Union médicale, 7 juin 1879, p. g · texte numérisé non relu

I. D' Simplice, Union médicale, 7 juin 1879, p. g

Commentaires de l'Ecole de Salerne.

dote assez drôlette, racontée par Vidal de Cassis, anecdote qu'il intitulait Vasperge accusatrice.

Un confrère très gourmand, mais très connu aussi par ses infortunes conjugales, passant un jour devant la boutique de Mme Chevet, y aperçoit une magnifique botte d'asperges. C'était en plein mois de janvier et par 15 degrés au-dessous de zéro.

« Combien cette botte ?

— Pour vous, monsieur le docteur^ qui êtes un client, ce sera 50 francs.

— Trop cher pour moi.

— C'était la seule botte qu'il y eût aux Halles, ce matin, » Le confrère ne se laisse pas tenter.

Après un dîner pris à son cercle, le confrère demande à sa femme :

« Et toi, bonne amie, où as-tu dîné ?

— Chez ma sœur, » répond-elle avec aplomb.

Mais, disant cela, l'odeur très caractéristique de V Asparagus officinalîs se répand dans la chambre.

Notre confrère ne souffle mot, n'en dort pas mieux, se rappelant les paroles fatales de Mme Chevet : « C'était la seule botte qu'il y eût aux Halles. »

Rien de plus pressé le lendemain que de courir chez Mme Chevet et de lui demander à qui elle avait vendu hier sa botte d'asperges.

« Au grand Véfour, » lui fut-il répondu.

Dans ce cabaret fameux, au moyen d'un louis séducteur habilement donné à un garçon, il fut facile au mari infortuné de connaître tous les détails de l'aventure, accompagnée de beaucoup d'autres anecdotes de ce genre, qui eut pour résultat final de provoquer et d'obtenir une séparation de corps.

Et voilà comme, époux ou épouses perfides, l'asperge peut fournir un témoignage dangereux de vos méfaits matrimoniaux.

Moutarde.

Page 158. — Prunellier.

Le prunellier, appelé aussi spode ou tuthie, est un des astringents dont on faisait jadis un grand abus dans l'hémoptysie et les autres hémorrhagies.

Aujourd'hui, on ne donne presque jamais les astringents à l'intérieur pour guérir les crachements de sang.

Page 158. — Moutarde.

La MOUTARDE NOIRE OU SÉNEVÉ, Siitapis îiigra, est la semence de la plante de ce nom, qui croît spontanément dans les contrées du Nord et que l'on cultive dans toute l'Europe.

La moutarde préparée pour les usages de la table, en écrasant le sénevé et en le mêlant avec le vinaigre, le vin ou le moût, comme dans la moutarde de Dijon, constitue un assaisonnement chaud, piquant et brûlant. Cette dernière sensation a fait donner à cette composition le nom de moutarde, qui vient des vieux mots moult, beaucoup, et ardre, brûler.

L'action de la moutarde sur les organes gastriques est prompte et intense. Elle stimule, les facultés digestives, provoque l'appétit, favorise la solution des aliments dans le suc gastrique, et aide puissamment à la digestion ; elle augmente la transpiration et les urines, et fournit un des meilleurs antiseptiques et antiscorbutiques que possède la médecine.

L'usage de la moutarde convient aux personnes faibles qui ont la digestion lente, aux tempéraments froids et lymphatiques, aux individus gras et replets. Les personnes sanguines ou bilieuses doivent se tenir en garde contre les effets échauffants et irritants de cet assaisonnement.

Les semences de moutarde, pulvérisées et mises en pâte avec le vinaigre, constituent le sinapisme, qu'on laisse sur la partie jusqu'à ce que la peau soit rubéfiée.

482 Commentaires de l'École de Salerne.

La moutarde fait couler le nez et les yeux. Cette action est due à sa propriété irritante sur les nerfs de la langue et du palais. Les nerfs qui se distribuent aux organes du goût, partant de la même paire et communiquant par beaucoup de ramifications avec ceux qui vont aux organes de la vue, ces derniers doivent participer nécessairement aux affections des organes du goût. Le premier effet de toute irritation des solides étant d'ailleurs une excrétion plus abondante de fluides , le nez, en conséquence de l'irritation que la moutarde lui cause, rejette une plus grande quantité de mucus ou de sérosité qui, coulant en abondance, ne manquent jamais de débarrasser la membrane pituitaire dont les sinus frontaux sont tapissés. Par la même cause, les yeux pleurent aussi; la tête se trouve par là soulagée et plus légère. C'est alors que la moutarde est réellement un remède nervin et céphalique.

Page 159. — Ortie.

Les trois espèces d'orties qui sont employées en médecine sont :

1° La GRANDE ORTIE, XJrtîca didîca, qui se trouve partout sur le bord des chemins, le long des haies, et qu'on emploie pour élever la jeune volaille, particulièrement les jeunes dindons;

2° L'ortie brûlante ou ortie grièche, Urtica urens, dont la vertu astringente est plus marquée. On hache de même celle-ci dans de la pâtée pour les dindonneaux;

30 L'ortie pilulifère, Urtica piluUfera, qui forme sans doute l'espèce d'ortie dont l'Ecole de Salerne recommande les graines dans les affections de poitrine.

L'ortie blanche, qui est une espèce de lamier, Lamium album, a. été rangée parmi les orties, dont elle a les vertus.

Toutes ces orties sont toniques, vulnéraires, astringentes. On les emploie dans les cas d'hémorrhagie et de flueurs blanches, pour

Violette.

modérer et arrêter ces écoulements. On ne reconnaît aujourd'hui aux orties aucune des autres propriétés que leur attribue l'Ecole de Salerne. Elles ne guérissent pas la goutte, qu'on ne peut prévenir que par une grande sobriété. Mais les goutteux n'aiment pas entendre prononcer ce mot.

Page 160. — Violette.

La VIOLETTE, Viola, compte plusieurs espèces, dont les quatre principales sont :

La VIOLETTE CANINE OU DES PKÉs, Viola canina, qui est sans iiucune odeur;

La VIOLETTE ODORANTE, VioU odorata : c'est la plus employée; La VIOLETTE TRICOLORE, Vtoîa iHcolor, qui porte le nom de

Page 1