‹ L'École de SalerneChapitre 255 sur 278 · i Commentaires de V Ecole de Saler ne · texte numérisé non relu

i Commentaires de V Ecole de Saler ne

un , ses pétales délicats , et livrer comme à regret son suave parfum, caché au fond de mystérieux nectaires.

Quoi de plus gracieux qu'une rose mollement balancée sur sa tige épineuse par le doux souffle du zéphyr, à l'heure surtout où les premiers feux du soleil viennent faire resplendir comme autant de diamants les pleurs de l'aurore qui baignent sa corolle diaphane !

Dans le principe, toutes les roses étaient blanches; mais un jour, la déesse des amours, voulant en cueillir une, se piqua cruellement aux épines de la tige.

Le sang coula de sa blessure, et, en tombant sur les roses blanches, elles devinrent vermeilles.

Quelle poétique légende !

On a donc eu raison de consacrer la rose à Vénus et de l'appeler la reine des fleurs. Cette royauté, du reste, lui a été octroyée de tout temps; Aspasie, aussi bien que Cléopâtre, paraient leur sein de sa resplendissante beauté.

Elle était de toutes les fêtes, et, dans les sacrifices que l'antiquité païenne offrait aux dieux, les autels et les victimes étaient enguirlandés de roses, et jamais, dans les festins, les convives ne se montrèrent que le front ceint d'une couronne de ces mêmes fleurs.

Sous les empereurs romains, et en particulier du temps de Néron, l'amour de la rose fut porté à l'excès. Cet extravagant ne donnait ses festins que dans une salle tendue de rose. Les invités étaient habillés de rose, les fontaines répandaient des ruisseaux d'essence de rose, les gâteaux eux-mêmes étaient roses, on buvait un vin de rose, et si, à la fin de l'orgie, un convive se trouvait indisposé, on appelait un médecin qui prescrivait une potion de roses.

Héliogabale alla jusqu'à se baigner dans un vin de roses.

Un autre tyran, non moins célèbre que ceux-là, fit un jour périr un grand nombre de sénateurs sous une pluie de roses. Quel raffinement !

Rue.

Complice involontaire des débauches des Césars, la rose joua un plus noble rôle pendant le moyen âge, car la jeune fille sage recevait pour prix, de ses vertus une couronne de roses blanches.

Un singulier usage, qui persista jusqu'au xvie siècle, était le suivant :

Les pairs de France payaient au Parlement de Paris une corbeille de roses, toutes les fois qu'il leur donnait audience dans la Grande Chambre ; c'est ce qu'on appelait la baillée des roses.

La trop fameuse guerre des deux Roses, qui, comme on sait, ensanglanta l'Angleterre pendant près d'un demi-siècle, eut pour cause la rivalité des maisons de Lancastre et d'York, qui portaient dans leur écu, la première une rose rouge, la seconde une rose blanche.

De nos jours, les roses n'ont plus de signification belliqueuse; à Paris, on en fait tous les ans un commerce qui atteint des proportions fabuleuses, puisqu'il s'en vend pour des centaines de mille francs.

Le parfum de la rose est très recherché ; aussi l'emploie-t-on beaucoup. Il réside dans une essence que l'on obtient par la distillation avec l'eau. Notre pays, bien que produisant d'énormes quantités de roses, ne pourrait suffire aux besoins de la parfumerie, ce qui fait qu'on a recours aux plantations si vastes et si productives de la Roumélie, de la Turquie d'Asie et même de l'Inde (Manuel Pablo).

Page 153. — Rue.

La RUE, Rutagraveoîens, est une plante cultivée dans les jardins ; elle a une odeur forte, pénétrante, fétide, une saveur amère et un peu chaude.

Cette plante, qui ferait pâmer de dégoût nos dames délicates, était pour les dames romaines un bouquet précieux, dont elles

474 Commentaires de VEcole de Salerne.

ornaient leurs chambres à coucher et qu'elles portaient souvent à la main pour atténuer le danger des fleurs.

Elle jouit à peu près des mêmes vertus que la sauge, les menthes et les autres plantes aromatiques.

La rue a eu de nombreux usages médicaux, presque oubliés aujourd'hui. Elle a été considérée comme un des plus puissants antispasmodiques connus. Elle était très employée dans les névroses convulsives ; elle peut agir sur les yeux et dissiper les taies ■de la cornée, par ses propriétés tonique et répercussive.

On ignore sur quoi est fondée la vertu qu'on attribue à la rue ,de faire déloger les puces d'un appartement. Cela est dû apparemment à son principe odorant.

On connaît aussi sa vieille réputation comme médicament emménagogue et abortif. Cette dernière propriété, fort contestable 'd'ailleurs, a été si bien accréditée, qu'il a été longtemps interdit ^ux herboristes de vendre la rue, par crainte d'un emploi criminel.

On dit que dans certaines parties de l'Allemagne les habitants mangent la rue en salade. Ce fait est douteux, car Orfila a démontré que, administrée en certaines proportions, cette plante •était un poison violent.

La rue était héroïque pour les anciens; ils lui attribuaient la propriété de guérir les empoisonnements -, elle faisait la base du fameux antidote de Mithridate.

La rue ne jouit d'aucune vertu, ni pour, ni contre les plaisirs de l'amour; elle pourrait, il est vrai, y provoquer par sa vertu stimulante. Si ce qu'a dit l'École de Salerne sur son compte, par rapport à l'amour, était vrai, cette plante serait, en effet, le carquois de Cupidon, chargé, par les poètes, de flèches dorées et de flèches plombées. Les unes font aimer; les autres font fuir l'amour.

Sauge. 475

Page 154. — Saule.

Le saule jaune, Salix vitellina, connu sous le nom d'osier, croît abondamment en Europe, dans les terrains humides.

Toutes les parties, notamment l'écorce des diverses espèces desaules, surtout du saule blanc, Salix alba, ont une saveur amère, légèrement aromatique, et ont des propriétés toniques.

On emploie l'écorce du jeune saule pour fortifier l'estomac, aider à la digestion, guérir les fièvres intermittentes, arrêter les progrès de la gangrène, enfin dans tous les cas où le quinquina" convient : celui-ci doit être toutefois préféré, n'en déplaise aux partisans outrés des remèdes indigènes .

Toutes les substances amères sont contraires aux vers ; l'infusion de saule peut par conséquent faire mourir ceux qui éclosent des œufs que la mouche carnassière dépose quelquefois dans l'oreille, pendant le sommeil.

Quant à la vertu anti-aphrodisiaque que les anciens ont attribuée aux feuilles et à la fleur de saule, s'il est vrai, comme l'a avancé Gunz, que les chatons de saule jouissent d'une vertu calmante, ses fleurs pourraient bien apaiser, jusqu'à un certain point, les transports amoureux; mais il n'est point de remède capable de détruire entièrement les mouvements de l'instinct reproducteur, encore moins de rendre une femme stérile, malgré l'autorité de Dioscoride, qui assure que l'usage de la décoction des feuilles de saule ôte à la femme son aptitude à concevoir.

Page 154. — Sauge.

La sauge croît spontanément dans les parties méridionales de ia France.

C'est une des plantes les plus anciennement employées en înédecine.

47 6 Commentaires de l'Ecole de Salerne,

Les anciens attribuaient à la sauge des vertus presque divines et la nommaient herha sacra.

Il a suffi sans doute que cette plante se nommât salvia, du mot saïvare, pour que la crédulité des anciens lui ait fait attribuer la vertu de sauver les humains de presque toutes les maladies dont ils sont atteints.

La sauge sauve, l'éclairé éclaircit, etc. ; c'est ainsi qu'on raisonnait dans ces siècles d'ignorance.

Qu'on ne soit donc pas étonné des pompeux éloges que l'École de Salerne a donnés, encore au onzième siècle, à cette plante, que l'on croyait si salutaire.

Elle exhale une odeur forte, chaude, pénétrante, et elle contient aussi du camphre.

En Provence et en Grèce, la sauge est employée comme condiment dans les ragoûts et en guise de thé, d'où le nom de thé de la Grèce. Valmont de Bomare prétend que les Chinois sont très friands de thé de sauge et qu'ils changent volontiers avec les Hollandais deux caisses de leur meilleur thé contre une caisse de ces feuilles. Ce peuple, à son grand détriment, paraît avoir oublié la sauge pour l'opium.

Arnauld de Villeneuve veut que les oies et les cochons de lait rôtis soient bourrés de sauge, laquelle donne son parfum et ne se mange pas.

Cette plante a une vertu stimulante et tonique bien marquée ; aussi la donne -t-on toutes les fois qu'il s'agit de fortifier les organes digestifs, d'activer la circulation du sang.

On a aussi préconisé la sauge comme ayant la vertu de tuer les vers et de modérer, de réprimer les sueurs excessives.

La sauge est bonne pour fortifier les nerfs ; elles est employée dans la paralysie.

Page 155. — Sureau .

Le SUREAU COMMUN OU NOIR, Sambucus nigra, se trouve presque partout dans les haies, sur les bords des chemins.

Asperge. ^JJ

Ses graines ou baies, ses feuilles, sa tige et sa racine, et même ses fleurs dans l'état frais, jouissent d'une vertu émétique et purgative fort énergique. On a employé sa seconde écorce, ou le suc de celle-ci, dans les hydropisies.

Les fleurs de sureau sont d'un usage plus commun. Elles ont une vertu sudorifique très marquée. On en use avec succès dans les suppressions de la transpiration, et dans toutes les maladies éruptives, pour faciliter leur mouvement vers la peau ; mais il faut les prendre sèches, car les fleurs, les fruits, les feuilles et l'écorce de sureau, dans l'état frais^ sont irritants et purgatifs. On les emploie aussi extérieurement, légèrement torréfiées et chaudes, pour faire transpirer et pour résoudre les tumeurs, les engorgements, les rhumatismes.

Le rob de sureau est un bon remède dans les rhumatismes chroniques, comme dépuratif et sudorifique. On le prépare avec les baies du sureau : cuites dans du vinaigre, elles fournissent une teinture violette assez belle.

Page 1)6. — ScABiEusE.

La scabieuse est stimulante et surtout sudorifique. Son nom vient de scabies, gale, parce qu'on l'emploie dans cette maladie.

Tous les sudorifiques peuvent diminuer et même emporter une douleur de côté, surtout si elle est due à une transpiration arrêtée ; ils sont aussi expectorants. C'est donc par sa propriété sudorifique que la scabieuse peut jouir des vertus que lui attribue l'Ecole de Salerne,

La distillation de la plante fournit une eau dont on se sert dans la toilette, sous le nom de cosmétique ou Eau de beauté.

Page 157. — Asperge.

L'asperge, Asparagus, croît dans toute l'Europe. On sait que le nom des asperges vient de leur goût un peu acre : Asparagus ab asperis.

47 8 Cominentaires de V Ecole de Salerne.

On mange ses jeunes pousses au printemps, après les avoir fait bouillir légèrement dans l'eau ; elles sont très nourrissantes et composent un excellent mets, qui plaît beaucoup à l'estomac.

Les anciens, qui les estimaient beaucoup, ne pouvaient s'en procurer avant la fin de mai. En Italie même, on n'en recueillait pas avant les derniers jours d'avril, au grand désespoir des gourmets romains.

La localité la plus renommée pour cette culture était autrefois Ravenne. « Trois asperges de Ravenne, dit Pline, coûtent autant qu'une livre d'autres ^ »

C'est La Quintynie qui, pour satisfaire aux désirs de Louis XIV, trouva le moyen de hâter d'un mois leur maturité par l'emploi de fumier chaud. « Je n'oublie pas ici, dit-il, pour les véritables curieux qui ont le moyen de le faire, le soin de réchauffer les asperges et de veiller à renouveler les réchauffements dès qu'ils ont passé leur grande chaleur ; la chose n'est pas sans peine ni sans dépense ; mais le plaisir de voir, au milieu des neiges et des frimas, une abondance d'asperges bien grosses, bien vertes et tout à fait excellentes , est assez grand pour n'avoir point de regret de reste. Et dans la vérité, ajoute-t-il, on peut dire qu'il n'appartient guère qu'au roi de goûter ce plaisir, et que peut-être ce n'est pas un des moindres que son Versailles lui ait produits, par le soin que j'ai l'honneur d'en prendre ! »

Les asperges primeurs ne viennent pas, comme on le dit souvent, des pays chauds. Elles sont forcées aux environs de Paris, dont les plaines en sont remplies.

Aujourd'hui, le centre de cette industrie est Argenteuil. C'est là qu'on recueille ces asperges monstrueuses, grosses comme le poing, qui ont reçu le nom d'un maraîcher distingué, M. Lhérault.

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