‹ L'école de village pendant la RévolutionChapitre 44 sur 50 · ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

ÉCOLES PRIMAIRES

Titre Ier. — Article 1er.

Les différents arrêtés qui fixent le traitement des instituteurs des communes de ce département sont rapportés.

Article 2.

Chaque instituteur recevra par mois des parents des élèves 70 c. par les élèves qui calculent, écrivent et lisent, 50 c. pour ceux qui écrivent et lisent et 30 c. pour ceux qui lisent»

L'administration municipale de chaque canton aura la faculté, conformément à l'article IX de la loi du 3 brumaire an IV, d'exempter de cette rétribution jusqu'à un quart des élèves de chaque école primaire, pour cause d'indigence.

Article 3.

Dans le cas où les ci-devant presbytères ou maisons communales seraient occupés par des administrateurs non examinés par le jury ni reçus par l'administration centrale, ou par d'autres personnes que les lois n'autorisent pas à y loger, les administrations municipales sont chargées, aussitôt la réception du présent arrêté, de les en faire sortir et d'y faire placer les instituteurs publics.

Article 4.

Dans toutes les communes où le logement ne pourra être fourni en nature à l'instituteur, il lui sera accordé, à titre d'indemnité, 70 fr. dans les communes dont la population est de 250 inclusivement et au-dessous, 90 fr. dans celles dont la population est de 251 à 500, 110 dans celles dont la population est de 501 à 1000, 130 dans celles dont la population est de 1001 à 1500 et 150 fr. dans toutes celles dont la population est audessus de 1500.

Cette indemnité sera comprise au rang des charges municipales, conformément aux art. VIII et X de la loi du 11 frimaire dernier.

Article 5.

Les administrations municipales et commissaires du directoire exécutif près d'elles seront tenus de remplir* aussitôt la réception du présent arrêté, le tableau qui leur sera adressé par l'administration centrale, contenant des renseignements sur les talents et la moralité politique des instituteurs.

24i PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Ces tableaux seront faits doubles ; l'un sera adressé à l'administration centrale, l'autre au jury des écoles primaires de l'arrondissement.

Article 6.

Les membres de ces jurys se réuniront, aussitôt la réception de ces renseignements, les examineront et donneront leur avis sur iceux à l'administration centrale, pour être statué ce qu'il appartiendra.

Article 7.

L'administration rappelle aux membres des jurys et aux administrations municipales l'obligation où ils sont, conformément à l'arrêté du directoire exécutif, du 17 pluviôse, de faire tous les mois la visite des écoles particulières de leur arrondissement.

Les commissaires du directoire exécutif près lesdites administrations sont spécialement chargés de veiller à l'exécution de cet arrêté ; réunis aux jurys et aux administrations, ils rendent compte de leurs observations à l'administration centrale, et si les principes professés par les instituteurs et maîtres de pensions particuliers ne sont pas conformes aux principes républicains, si leur méthode d'instruction est mauvaise ou insuffisante, si leur incapacité est démontrée, ces pensionnats seront fermés.

Article 8.

Les instituteurs publics sont tenus de réunir tous les trois mois dans le temple décadaire du canton, le premier décadi de chaque trimestre, les élèves qui suivront leurs classes.

Là se rendront des commissaires nommés par l'administration municipale, lesquels, assistés, autant que faire se pourra, des membres du jury, et en présence du commissaire du Directoire exécutif, examineront lesdits élèves, leur distribueront des récompenses et rendront compte de leurs succès à l'administration centrale.

Article 9.

Les instituteurs adresseront tous les trois mois, sous peine de destitution, au jury de leur arrondissement, l'état nominatif et le domicile des élèves qui ont fréquenté leurs classes pendant le trimestre, et le jury renverra ledit état revêtu de ses observations h l'Administration centrale, conformément à son arrêté du 17 thermidor dernier.

Article 10.

Tous les ans l'administration centrale adressera au Ministre de l'Intérieur le nom de l'instituteur qui, au rapport du jury, se sera le plus distingué dans son canton, et l'invitera à lui faire décerner une récompense nationale.

Article 11.

L'administration centrale fera parvenir à chaque école primaire un certain nombre d'exemplaires de livres républicains, pour l'usage des élèves.

Dès que la remise de ces livres sera faite à l'école primaire, les instituteurs ne pourront plus se servir que d'iceux ou deeeux approuvés par le jury central, sous peine d'être destitués, s'ils en souffrent d'autres.

Article 12.

Les instituteurs et institutrices d'écoles, soit publiques, soit particulières, sont tenus de conduire leurs élèves, chaque jour de décadi ou de fête nationale, au lieu de la réunion des citoyens.

Les instituteurs et institutrices publics, qui ne se conformeront pas à ces dispositions, seront destitués.

Les écoles des instituteurs et institutrices particuliers qui se rendront coupables de la même désobéissance, seront provisoirement fermées, conformément aux dispositions de l'arrêté du Directoire exécutif, du 17 pluviôse an VI, et avis en sera donné sur le champ à l'administration centrale. t

Titre II... — Article 11.

La présente délibération sera imprimée, publiée dans toutes les communes du département et adressée au ministre de l'intérieur.

Nous ferons remarquer les dispositions de l'article VII de cet article qui permettent, sur le rapport des commissaires cantonaux, de faire fermer les écoks particulières, si les principes des professeurs ne sont pas conformes aux principes républicains. C'était ouvrir un large champ à l'arbitraire; mais dans les campagnes, cette mesure resta comminatoire, et les commissaires n'osèrent point heurter de front l'opinion publique, en fermant des écoles où la majorité des parents envoyait ses enfants.

La plupart des préfets ont fait imprimer les statistiques qui leur ont été demandées par le gouvernement à l'époque du consulat et même de l'empire. Si quelques-unes de ces statistiques sont muettes sur l'instruction primaire, comme celles de la Charente, de la Marne, de l'Orne et de la Vienne, d'autres contiennent sur cette instruction des passages qu'il nous a paru utile de reproduire. Nous avons trouvé la plupart d'entre eux dans la collection des statistiques de préfets conservées à la bibliothèque nationale. (Cote L31. 9.)

Extraits de la statistique des préfets.

Ain. Avant la révolution, on comptait..., beaucoup d'écoles particulières de lecture et d'écriture répandues dans les villages. Dans tous les bourgs on trouvait des instituteurs qui enseignaient à lire, à écrire et à chiffrer... Les effets de l'orage révolutionnaire furent de rendre les écoles primaires presque nulles... Leur nombre a trop diminué depuis 1801; à peine en peut-on compter 30 dans toute l'étendue du département. (Cette statistique est par exception de 1807.)

Aisne. L'instruction publique a été singulièrement négligée dans ce département depuis la révolution. L'ignorance ou l'immoralité s'en sont empa-

rées dans beaucoup d'endroits... Le premier degré d'éducation est rempli par des instituteurs asservis pour la plupart à d'aveugles routines. Ceux des campagnes surtout n'ont ni plan, ni méthode et ne tiennent leurs écoles qu'une partie de l'année ; encore la plupart des villages manquent-ils d'instituteurs. Cette situation n'est pas nouvelle. Les choses ont toujours été à peu près dans le même état, si ce n'est que les fonctions de clerc laïque donnaient toujours un maître d'école plus ou moins capable, dans toutes les paroisses, et que dans plusieurs on avait pour les filles la ressource bien précieuse d'une école séparée de celle des garçons. Dans les villes on trouve à regretter les ci-devant frères des écoles chrétiennes connus sous le nom d'ignorantins, dont on estimait le zèle, la moralité et le talent particulier pour enseiguer et contenir les enfants.

Hautes-Alpes. Presque partout l'instruction publique a été négligée ; ici elle est nulle.... Les écoles primaires élémentaires ne sont point organisées... Pour trouver quelque désir d'apprendre et même une instruction réelle, il fautremonter dans le Briançonnais... C'est là qu'on sent le prix de l'instruction et que tous sans exception y consacrent leur jeunesse ; il est rare qu'un enfant n'y sache pas lire, écrire et même un peu de calcul... Tous ceux qui ne connaissent pas d'arts mécaniques s'adonnent à ]ire, à écrire, à l'étude de la grammaire française, même latine ; et à l'approche de la rigoureuse saison ils vont peupler d'instituteurs l'an-

cienne Provence et en général les pays méridionaux. C'est même une chose curieuse de voir dans les foires considérables de l'automne 1$ s instituteurs couverts d'habits grossiers, se promener dans la foule et au milieu des bestiaux de toute espèce, ayant sur leur chapeau une plume qui indique et leur état et leur volonté de se louer pour l'hiver moyennant un prix convenu...

Ardèche. On gémit de voir dans les communes les plus considérables l'enfance livrée en général à l'ineptie de maîtres d'école dont la presque totalité n'entend rien aux premiers éléments de la langue française...

Aube. Dans presque toutes les communes du département, il y a un instituteur primaire qui remplit les mêmes fonctions que les anciens maîtres d'école... A cet égard l'instruction n'a ni perdu, ni gagné.

Les changements successifs apportés à l'organisation de l'instruction publique ont porté un grand préjudice à l'éducation de la génération qui s'élève. Les incertitudes ne sont point encore cessées. Il est à présumer, au contraire, que le système d'éducation va recevoir des modifications. Cette partie si intéressante de l'ordre social ayant été le sujet des discussions du conseil d'Etat, on croit inutile de s'étendre sur les imperfections de son état actuel et les améliorations désirées. On insistera seulement sur la nécessité de faire cesser cette situation pré-

caire, qui laisse les instituteurs dans le découragement et les jeunes gens dans l'ignorance.

Aude. L'enseignement primaire est presque nul. Dans les campagnes, il y a peu d'instituteurs primaires et ceux qui en ont le titre n'ont guère de moyens ni de volonté d'exercer convenablement ces utiles fonctions. Il n'y a presque pas d'écoles particulières.

Cher (p. 74). La situation des écoles est à peu près la même que dans les autres départements, c'est-à dire que le premier degré d'instruction est pour ainsi dire nul et que sa réorganisation est impatiemment attendue.

Drôme (p. 45). L'instruction publique laisse beaucoup à désirer. Dans les campagnes, le choix des instituteurs, soit qu'il ait été fait trop légèrement et sans examen, soit que l'on ait manqué d'hommes propres à ces fonctions, a besoin d'être rectifié.

Gers (p. 49-50). L'instruction publique n'a cessé de languir dans le Gers, parce qu'il y a très peu de maîtres et de maîtresses d'école ou d'instituteurs primaires en état d'enseigner. Il en résulte ce grand mal que la superstition et le fanatisme conservent encore dans plusieurs de ses parties un empire absolu sur les bons citoyens des campagnes et même en apparence sur ceux de plusieurs villes.

STATISTIQUES DES PRÉFETS. 2ol

Ille-et- Vilaine (p. 11)... Un peuple ignorant est toujours un instrument dangereux en révolution.

... Les campagnes offraient un aspect encore plus triste, depuis qu'elles n'avaient ni fêtes, ni assemblées. La décade n'a jamais été observée que par les officiers municipaux du bourg.

Lot-et-Garonne (p. 57 à 59). Les écoles primaires sont à peu près partout dans le même état d'imperfection : quoique les instituteurs n'aient à enseigner que les premiers éléments, leur choix n'a pas été fait avec assez d'attention ; la plupart n'ont rien changé dans leur ancienne routine, et tous auraient besoin d'être guidés dans la méthode qu'ils ont à suivre. Ces écoles remplissent néanmoins une partie de leur objet; répandues sur tous les points du département, elles y augmentent chaque année le nombre des enfants qui savent lire, écrire et un peu de calcul ; ceux des campagnes ne les suivent que pendant quelques mois, dans l'intervalle du travail des champs, et ces fréquentes interruptions prolongent beaucoup le temps de leur enseignement, qui est souvent abandonné avant d'avoir pu être utile. Plus on réfléchit sur les entraves que la situation des lieux, l'indigence et l'insouciance des familles mettent au succès des écoles primaires, dont le but est de rendre à peu près universelle cette première instruction qui est nécessaire à tous, plus on reconnaît que leur avantage principal sera toujours d'être plutôt multipliées que perfectionnées, et qu'il est plus important d'avoir

partout un instituteur qui enseigne à lire et à écrire d'une manière imparfaite que des maîtres moins nombreux avec plus de moyens et d'intelligence ; dans ce genre l'extension de renseignement est encore plus utile que son amélioration ; et c'est ce qu'opérerait l'instruction absolument gratuite, aux frais des communes, par un traitement fixe et suffisant levé sur les contribuables au profit du maître d'école. Cette dépense une fois avancée, tous les habitants s'empresseraient de l'utiliser en faveur de leurs enfants, et ce moyen serait le plus sûr et le plus facile de rendre vraiment générale la jouissance de ce bienfait, dette sacrée d'un gouvernement sage qui s'enrichit en l'acquittant.

Lozère (p. 65). Ce pays, très reculé pour tout ce qui regarde la culture des sciences, l'a été encore plus depuis dix ans ; il n'y a dans la plupart des communes ni instituteurs, ni institutrices ; c'est néanmoins dans ces écoles primaires que les citoyens trouveraient une instruction analogue à l'état auquel ils se destinent ; le gouvernement ne saurait assez tôt s'occuper de l'organisation de ces sortes d'écoles, surtout pour les communes principales.

Basses-Pyrénées (p. 128). Il existe dans presque toutes les communes des instituteurs qui donnent les premiers principes de l'écriture et de l'arithmétique.

Rhône (p. 100 et 101). Dans cet état de choses (l'état de révolution) on n'organise rien, ou si l'on par-

vient à former une instruction, elle languit jusqu'à ce que les divisions politiques s'éteignent parmi les citoyens. Ces considérations et quelques circonstances assez peu connues expliquent comment Ton n'a pu fonder jusqu'à ce jour en France ni école primaire, ni école secondaire...

Haute-Saône (p. 23). L'instruction publique... est presque nulle dans les campagnes, mais les premiers résultats de la tournée des jurys d'instruction donnent de grandes espérances pour son rétablissement ; les communes s'y prêtent avec zèle.

Sarthe (p. 92 à 93). Quant aux écoles primaires, l'état de nullité dans lequel elles végètent en général tient à l'impéritie et à l'inconduite du plus grand nombre des instituteurs, dontles nominations se ressentent trop des temps où elles ont été faites ; ils n'ont pas su se concilier la confiance des pères de famille. Elles ont été fermées dans plus de moitié des communes du département, mais le triste résultat de leur organisation ne fait point regretter qu'elles ne le soient pas dans la totalité. Il s'est élevé contre les instituteurs de tous côtés des plaintes, tant de la part des communes que des conseils d'arrondissement. On en réclame instamment la réforme. Aussi on a pensé que... jusqu'au moment où les dispositions de la loi à intervenir permettraient de mettre en activité le nouveau plan d'instruction que l'on attend avec impatience, il était de la sagesse de ne pas laisser s'invétérer les vices trop sensibles qu'on remarquait dans l'organisation

actuelle; et d'après l'autorisation ministérielle, que j'ai reçue de concert avec les membres des jurys primaires, je m'occupe de la révision des nominations faites précédemment par les membres du jury central.

Tarn (p. 84). Ecoles primaires. L'instruction publique, négligée pendant quelques années, présente chaque jour un aspect plus satisfaisant. Le nombre de maîtres d'école répandus dans les campagnes... est assez considérable ; ils apprennent aux enfants à lire, à écrire et les premiers éléments du calcul.

Var (p. 21 à 23)... L'éducation est entre les mains d'anciens prêtres... isolés ou réunis. Il est essentiel que le gouvernement organise au plus tôt une éducation conforme à ses vues... L'éducation des femmes est un peu moins vicieuse, et comme leur influence politique est moins directe, il y a moins de danger à l'abandonner encore quelque temps aux ex-religieuses.

Vendée (p. 165 et 166). Dans vingt ans, les communes rurales ne fourniront plus un seul homme qui sache lire et écrire ; ainsi plus d'autorité municipale. Si l'on considère que la malheureuse guerre de la Vendée n'a été alimentée que par l'ignorance des paysans ; que cependant il existait, il y a dix ans, des collèges à Parthenay, à Thouars, à Bressuire, à Ghâtillon, à Saint-Maixent et des petites écoles dans tous les villages, ne peut-on rester sans hrquiétude sur l'avenir? Notre système* d'instruction

primaire n'est point mauvais ; mais on Ta maladroitement dépopularisé en proscrivant des écoles tout livre de religion. D'ailleurs, il est absurde de n'établir qu'un instituteur pour plusieurs communes. Dans un pays où pendant l'hiver, qui est la saison de l'étude, les chemins sont impraticables et où les loups font de grands ravages, quelle est la mère qui voudra envoyer ses enfans à une école distante de deux lieues ? Il faut une école dans chaque commune, et que la dépense n'arrête pas, quand il s'agit de ce qui est la base de la liberté, que le maître d'école soit salarié sur les fonds de la commune et tous les enfants instruits gratuitement.

Vosges (p. 103 à 104). L'instruction publique est extrêmement négligée dans ce département. L'insouciance des habitants des campagnes, leurs préjugés qui repoussent les institutions nouvelles, parce qu'elles ne sont pas comme autrefois alliées à la religion, la difficulté des communications dans un pays de montagnes, surtout pendant l'hiver (seul temps où l'on tient l'école dans les campagnes), le peu d'instruction des instituteurs, le peu de confiance qu'ils inspirent, la modicité de leur salaire, le défaut de local, sont autant de causes qui se sont opposées jusqu'à présent à l'établissement des écoles primaires ; car on ne peut appeler de ce nom quelques écoles de villages, la plupart sans écoliers.

Ainsi le premier pas à faire vers le perfectionne-^ ment de l'instruction publique serait de former des

2o6 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

écoles pour les instituteurs ; il faudrait que ceux-ci reçussent des leçons de morale pour en donner à leurs élèves. Par ce moyen, ils acquerraient plus de considération, et les écoles seraient plus fréquentées.

Dans ce département, la première éducation terminée, on n'exige rien des enfants que dans la cinquième ou sixième année. Alors, après quelques leçons de filature, on les envoie, une quenouille à la main, garder les bestiaux. A l'âge de dix à onze ans, ils fréquentent l'école pendant quelques mois de l'hiver; et lorsqu'aprôs plusieurs années, ils sont parvenus à savoir un peu lire, écrire et calculer, on les regarde comme suffisamment instruits. Mais bientôt, faute d'exercice, ils oublient tout.

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