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Concierge

L'ÉCOLE DE YASNAIA POIJANA 39

Cela m'agaçait. Je sentais presque de l'irritation contre le sermonneur. Je regardai la figure du puni. A la voir encore plus pâle, plus souffrante, plus sauvage, je me rappelai, je ne sais pourquoi, les forçats, et la conscience d'une vilenie cria soudain si fort en moi, que j'arrachai l'étiquette en disant au coupable d'aller où il voudrait. Je sentis brusquement, non par l'esprit, mais par tout l'être, que je n'avais pas le droit de torturer cet enfant pauvre, que je ne pouvais faire de lui ce que nous. voulions en faire, moi et le fils du dvornik. Je sentis qu'il y a des secrets de l'âme qui nous sont fermés et que la vie peut modifier, non les reproches ni les punitions. Et quelle sottise ! L'enfant a volé un livre ; — par toute une voie longue, complexe, de sentiments, de pensées, de faux syllogismes, il a été amené à dérober un livre : il ne sait pas pourquoi il l'a serré dans son coffre ; — et moi je lui colle un écriteau avec ce mot

ce voleur » qui signifie tout autre chose ! A quoi bon? Le punir par la honte? dira-t-on... Le punir par la honte? A quoi bon? Sait-on si la honte détruit la disposition au vol? Peutêtre la stimule-t-elle. Peut-être n'était-ce pas de la honte, ce qu'exprimait son visage. Je le sais même sûrement, que ce n'était pas de la honte, mais quelque autre chose, qui eût peutêtre dormi pour toujours dans son âme, et qu'il n'eût point fallu éveiller !

Que dans le monde qu'on appelle pratique, dans le monde des Palmerstons et des Gains, dans le monde qui tient pour raisonnable, non ce qui est raisonnable, mais ce qui est pratique, que là les gens, punis eux-mêmes, s'arrogent le droit et le devoir de punir. Notre monde d'enfants, d'êtres simples, francs, doit rester pur de mensonge, de cette criminelle croyance en la légitimité du châtiment, d'où il suivrait que la vengeance est juste dès que nous l'appelons punition...

Nous reprenons le détail de l'enseignement quotidien. Vers deux heures de l'après-midi, les enfants affamés courent à la maison. Malgré leur faim, ils demeurent cependant encore quelques minutes pour savoir chacun ses noies.

Ces notes, qui n'assignent aucun rang, les inquiètent fort.

— A moi 5 *, avec la croix, et à Olhuchka quel grand zéro on a administré !

— Et à moi k !... crie un autre.

C'est pour eux-mêmes qu'elles sont établies, pour qu'ils y trouvent une appréciation de leur travail ; et ils ne témoignent leur mécontentement que si cette appréciation est injuste. Malheur au maître qui, n'ayant point remarqué les efforts d'un élève, lui donne moins qu'il ne mérite ! L'enfant ne cesse de le harceler, il pleure à chaudes larmes s'il ne réussit pas à obtenir une modification.

Les notes mauvaises, mais méritées, subsistent malgré toute protestation. Les notes sont, d'ailleurs, un vestige de notre organisation primitive, et elles commencent à tomber d'elles-mêmes en désuétude.

Pour la première leçon qui suit la récréation, dans l'après-midi, on se rassemble

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