‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 40 sur 59 · Gethsémani. Le Jardin des Oliviers · texte numérisé non relu

Gethsémani. Le Jardin des Oliviers

« Lorsque Jésus revint, Il vit que ses disciples dormaient ; Il les réveilla et dit :

« — Ne pouviez-vous ^l'attendre une heure?

« Puis il s'en fut prier Dieu. Il pria Dieu et dit:

« — Seigneur, ne détournerez-vous pas de Moi ce calice?

« Et 11 pria jusqu'à ce qu'une sueur de sang se montrât. Un ange descendit du ciel et vint fortifier Jésus. Ensuite Jésus retourna vers ses disciples, et II leur dit :

« Pourquoi dormez-vous? L'heure approche, où le Fils de l'Homme sera livré aux mains de ses ennemis.

« Et Judas dit au grand-prêtre :

« — Celui que j'embrasserai, saisissez-le.

« Puis les disciples sortirent à la suite de Jésus, et ils aperçurent la foule du peuple. Judas s'approcha de Jésus, et il voulait l'embrasser. Jésus dit alors:

« — Est-ce par un baiser que tu me trahis ?

« Et il dit au peuple :

« — Qui cherchez- vous ?

« Et le peuple dit :

« — Jésus Nazaranine.

« Jésus dit :

« — C'est Moi.

« A ce mot, tous tombèrent. »

Après l'Ancien Testament, il me vint naturellement à l'idée de passer à l'enseignement de l'histoire et de la géographie, et parce que cet enseignement s'est donné jusqu'ici partout dans les écoles enfantines et que je l'avais donné moi-même, et parce que l'histoire des Juifs, dans l'Ancien Testament, me semblait amener tout naturellement les enfants à se demander où, quand, dans quelles conditions s'étaient passés tels et tels événements déjà

connus? ce que c'était que l'Egypte? Pharaon ? le roi d'Assyrie ?

Je commençai l'histoire comme on la commence toujours, par l'ancienne. Mais ni Momsen, ni Dounker, ni tous mes efforts ne réussirent à la rendre attrayante. Ils ne se souciaient ni de Sésostris, ni des Pyramides d'Egypte, ni des Phéniciens... Je pensais que des questions comme celles-ci, par exemple : « Quels sont les peuples qui ont eu des rapports avec les Juifs ? » et « Où habitaient les Juifs, quels pays ont-ils parcourus ? » devaient les intéresser ; mais ils n'éprouvaient pas du tout le besoin de savoir tout cela. Les rois, les Pharaons, les Egypte, les Palestine, où, quand, ils n'en avaient cure. Les Juifs, voilà leurs héros ; les autres, des étrangers inutiles à connaître. Quant à leur faire prendre pour héros les Égyptiens et les Phéniciens, je n'y réussis point, faute de documents. Du moment que nous ne savons point par le dé-

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(ail comment les Pyramides se sont bâties, ni quelle était la situation des castes et leurs rapports entre elles, à quoi cela nous sert -il, à nous? — A nous, c'est-à-dire aux enfants. Dans ces histoires-là, pas d'Avraam, d'isaac, de Jakov, de Jossif, de Samson. — De l'histoire ancienne il leur arrivait bien de retenir et de goûter quelque passage, Sémiramis, etc., mais accidentellement, et non parce qu'il leur expliquait quelque chose, mais parce qu'il était conté avec art. Mais de telles pages étaient rares, le reste leur semblait ennuyeux et oiseux, et je dus planter là l'enseignement de l'histoire générale.

La géographie avait le même insuccès que l'histoire. Parfois je me mettais à raconter tout ce qui me passait par la tête, touchant l'histoire grecque, anglaise, helvétique, sans aucune suite, et seulement comme un conte instructif et artistique.

Après l'histoire générale, je dus essayer de

l'histoire. russe, notre histoire nationale acceptée partout et par tous, et je commençai cette triste Histoire de Russie que nous connaissons, sans art comme sans utilité, et qui, de Tchimov a Vodovozov, a subi tant de transformations. Je la commençai deux fois : la première fois avant la lecture de la Bible, la seconde après. Avant la Bible, les élèves se refusaient absolument à retenir l'existence d'Igor et d'Olegh. Le même cas se reproduit maintenant avec les plus jeunes élèves. Ceux qui n'ont pas encore appris, grâce à la Bible, à approfondir et à garder dans leur mémoire ce qu'ils racontent, ceux-là écoulent cinq fois sans retenir rien de Rurik et d'Iaroslav. Les aînés retiennent maintenant l'histoire russe et l'écrivent, mais avec un succès incomparablement moindre que pour la Bible, et ils ont besoin qu'on la leur répète fréquemment.

Nous la leur racontons d'après Vodovozov

et la « Période Normande » de Pogodine. L'un des instituteurs, cédant h je ne sais quel entraînement, et malgré mon conseil, ne voulut point sauter la période féodale, et s'embrouilla dans les Mstislav, les Vriatschislav, et les Boleslav 4. Je rentrai dans la classe au moment où les élèves allaient raconter. Ce qui se passa alors, il est difficile de le décrire. Longtemps tous se turent. Quelques-uns, interpellés par l'instituteur, se mirent enfin à parler, les plus hardis, et qui avaient le plus de mémoire. Toutes les puissances intellectuelles entrèrent en jeu pour retenir ces noms « merveilleux » ; ce qu'avaient fait ces personnages, c'était pour les élèves une affaire secondaire.

— Voilà lui... — Comment l'appelle-t-on?

— Barikav, ou quoi ? commença un élève,

— marcha contre... comment l'appelle-t-on ?

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