‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 41 sur 59 · Miecislas, Vratislas, Boleslas · texte numérisé non relu

Miecislas, Vratislas, Boleslas

— Mouslav, Léon Nikoîaïevitch ? murmura une fillette.

— Mstislav, répondis-je.

— ... Et il tailla l'ennemi en pièces, dit fièrement l'un.

— Attends, toi! Il y avait là une rivière.

— Et son fils qui rassembla ses troupes et le tailla en pièces, comment l'appellet-on ?...

— Mais tu n'y comprends donc rien ? dît une fillette douée d'une mémoire d'aveugle.

— L'étrange histoire ! dit Semka.

— Au diable soit-elle ! . . . Mislav, Tchislav?. . . A quoi sert-elle ? Le diable la comprenne !

— Dis, n'empêche pas, au moins, si lu ne sais pas !

— Toi, tu sais, tu es si fin !

— Mais quoi, tu me pousses?...

Ceux qui ont bonne mémoire essayaient de tenir encore, et disaient, il est vrai, des choses justes, pour peu qu'on les soufflât.

Mais tout cela était tellement monstrueux, et ces enfants faisaient tellement peine à voir (ils étaient tous comme des poules a qui l'on jette d'abord du grain, puis tout à coup du sable, et qui se voient perdues, et gloussent, et se démènent, prêles à se plumer l'une l'autre), que nous décidâmes avec l'instituteur de ne plus retomber dans des fautes pareilles. Omettant la période féodale, nous continuâmes l'histoire russe, et voici quelques résultats de cet enseignement recueillis dans les cahiers des aines.

Du cahier de i'élève W. R.

« Nos ancêtres s'appelaient Slaves. Ils n'avaient ni czars, ni princes. Ils se divisaient par familles, s'attaquaient les uns les autres et s'en allaient guerroyer. Une fois ils furent assaillis par les Normands, vaincus et condamnés à payer tribut. Ils finirent par se dire :

« — Pourquoi vivre de [la sorte ? Allons choisir un prince pour le mettre à notre tête.

Ils choisirent Rurik avec ses deux frères, Sinéouss et Trouvor. Rurik s'établit à Ladoga, Sinéouss à Izborskchez les Krivitchi, Trouvor à Beloozer. Ses frères moururent, Rurik prit leurs places.

« Ensuite deux des Slaves partirent pour la Grèce, — Askold et Dir. Ils entrèrent dans Kiev et dirent :

« — Qui règne ici ?

Les habitants de Kiev dirent :

« — Ils étaient trois ici : Kiy, Stcheck et Khoriv. Aujourd'hui ils sont morts.

Askold et Dir leur dirent :

« — Nous régnerons sur vous, voulezvous ?

« Le peuple consentit et leur paya l'impôt.

« Ensuite Rurik bâtit des villes avec des forteresses et envoya des boyards recueillir les impôts, pour les lui apporter. Puis il résolut d'aller attaquer Constantinople avec deux cents barques. Lorsqu'il arriva devant cette

ville, l'empereur était absent. Les Grecs l'envoyèrent chercher. Le peuple ne cessait d'implorer Dieu. L'évêque prit le manteau de la mère de Dieu ; il le trempa dans la mer, et une grande tempête s'éleva, et les barques de Rurik furent dispersées, plusieurs même furent perdues.

« Ensuite Rurik retourna chez lui, et là il mourut.

« Il laissait un fils, Igor. Comme il était encore petit, Olegh régna à sa place. Il voulut conquérir Kiev ; il prit avec lui Igor et s'embarqua sur le Dniepr. Chemin faisant, il conquit les villes de Lubitch et de Smolensk. Quand ils furent arrivés devant Kiev, Olegh envoya des ambassadeurs dire à Askold et à Dir que des marchands étaient venus les voir; il cacha la moitié de ses troupes au fond des barques, et laissa l'autre moitié en arrière.

« Lorsque Askold et Dir furent sortis avec une suite peu nombreuse, l'armée d'Olegh

s'élança hors des barques et fondit sur eux. Élevant dans ses bras Igor, Olegh disait :

« — Vous n'êtes pas des princes, ni de race princière : le prince, le voici.

« Olegb les fit mettre à mort et s'empara de Kiev. Il s'établit à Kiev, en fit sa capitale, et la surnomma la mère de toutes les villes russes.

« Ensuite il bâtit des villes avec des forteresses et envoya des boyards recueillir les impôts, pour les lui apporter. Puis il s'en alla en guerre contre les peuplades voisines, et ii en soumit beaucoup. Il ne voulait point combattre des hommes paisibles, mais des braves. Il se prépara à partir pour la Grèce et s'embarqua sur le Dniepr. Quand il fut arrivé au bout du Dniepr, il entra dans la mer Noire et arriva en Grèce. La, son armée débarqua sur le rivage et mit tout à feu et à sang. Olegh dit aux Grecs:

« — Payez-nous une contribution, dix kopeks par chaque barque.

« Ils se réjouirent et payèrent la contribution. Olegh recueillit trois cents pouds l et s'en retourna chez lui. »

Du cahier de l'élève W. M.

a Quand Olegh mourut, le fils de Rurik, Igor, lui succéda. Il voulait se marier. Un jour qu'il se promenait avec sa suite, il eut à passer le Dniepr. Tout à coup, il aperçut une jeune fille qui voguait dans un bateau. Quand elle fut près du rivage, Igor lui dit :

a — Passe- moi.

« Elle le passa.

« Ensuite Igor l'épousa. Il voulut se couvrir de gloire, réunit son armée et s'embarqua sur le Dniepr pour aller guerroyer. Il passa du Dniepr dans la mer Noire, non à droite, mais à gauche, et de la mer Noire à la mer Caspienne. Igor envoya des ambassadeurs dire au Khan de le laisser passer par son ter-

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