‹ L'ecole de Yasnaïa PolianaChapitre 42 sur 59 · Un poud pèse un peu plus de 15 kilos · texte numérisé non relu

Un poud pèse un peu plus de 15 kilos

ritoire : en revenant de la guerre, il lui abannerait la moitié du butin. Le Khan le laissa* passer.

« Quand il fut arrivé auprès d'une ville, Igor donna Tordre aux siens de descendre sur le rivage, de tout mettre à feu et à sang et de réduire le peuple en esclavage. Quand tout fut terminé, ils se reposèrent. Une fois reposés, ils s'en revinrent cbez eux avec une grande joie. Quand ils furent près de la ville du Khan, Igor envoya au khan ce qu'il lui avait promis. Les gens du pays, ayant ouïdire qu'Igor revenait de la guerre, prièrent le khan de leur laisser venger, sur Igor, le sang des leurs. Le khan refusa, mais le peuple refusa d'obéir et prit les armes, et il y eut une grande bataille. Les Russes furent vaincus et dépouillés de tout ce qu'ils avaient conquis. »

YII

Comme le lecteur peut en juger d'après les extraits ci-dessus, l'histoire russe n'excite pas un bien vif intérêt. Si elle s'étudie mieux que l'histoire générale, c'est seulement parce que les élèves ont accoutumé d'accepter et d'écrire les récits qu'on leur en fait, et aussi parce que la question : « A quoi cela sert-il? » se pose moins souvent. Le peuple russe est leur héros, comme l'était le peuple juif: le peuple juif, c'est le peuple élu de Dieu, et son

histoire est une œuvre d'art; le peuple russe n'a aucune prétention artistique, mais le sentiment national plaide pour lui. Mais sec, froid, ennuyeux est cet enseignement: cette histoire, par malheur, donne au sentiment national de très rares occasions de se satisfaire.

Hier, je suis sorti de ma classe dans la classe d'histoire pour reconnaître la cause de l'animation dont le bruit arrivait jusqu'à moi. C'était la bataille de Koulikovo1. Tous étaient transportés.

— Voilà une belle histoire! Écoute, Léon Nikolaïévitch, comme il a épouvanté, dispersé les Tatars ! Laisse-moi te raconter !

— Non, moi ! criaient des voix. Comme le sang y coula à torrents !

1. Vaste plaine de la Russie (Toula) entre le Don et la Népéïadva. Dmitri, grand duc de Moscovie, y remporta sur les Tatars, en 1378, une grande victoire qui détermina l'expulsion définitive des Tatars du nord de l'Europe.

Presque tous se sentaient en état de raconter, tous étaient dans le ravissement. Mais s'il faut satisfaire au seul sentiment national, que restera-t-il de l'histoire entière? — 1612, 1812 1 5 et c'est tout. Pour répondre au sentiment national, tu n'étudieras pas toute l'histoire. Je comprends qu'on applique les traditions historiques à développer et à satisfaire le goût de l'art, inné chez les enfants, mais ce ne sera pas une histoire. Pour l'enseignement de l'histoire, il est nécessaire de développer chez eux au préalable le goût de l'histoire. Mais comment y arriver?

J'ai souvent ouï dire qu'il faudrait commencer l'étude de l'histoire, non par le commencement, mais par la fin, c'est-à-dire, non par l'histoire ancienne, mais par l'histoire contemporaine. Cette idée est, au fond, abso-

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